Permettez donc qu'aujourd'hui, un crucifix à la main, je me mette à parcourir les rues en demandant à tous ceux que je rencontrerai : Où allez-vous ? Où allez-vous ? Chez un avocat peut-être pour terminer tel procès, chez le notaire pour stipuler tel contrat, chez le prince pour obtenir telle faveur, au marché pour faire des emplettes, au ministère pour arranger telle affaire ?
Fort bien ; mais pourquoi tant d'embarras ? — Nous avons des enfants, nous avons des filles à marier, nous avons une nombreuse famille. — Mais ces enfants où les avez-vous laissés ? Si c'est sous la garde d'une personne qui ait soin de les diriger dans les chemins du ciel, allez, je n'ai rien à dire.
Mais si vous les avez laissés dans un rendez-vous de jeunesse où ils apprendront le vice, ou à une table de jeu, occupés à manier les cartes et les dés, ou dans un lieu suspect, se livrant à de dangereuses licences, retournez, pères inhumains, retournez chez vous : pensez d'abord à vos enfants eux-mêmes, et puis vous songerez à la fortune. Quelle est donc votre folie ? Vous vous préoccupez des biens à procurer à vos enfants, et vous oubliez ces enfants auxquels vos biens doivent servir.
Quand vous paraîtrez devant ce divin Sauveur que vous voyez ici, voyez ce crucifix, il ne vous demandera pas si vous avez laissé à vos enfants des revenus considérables, ou des charges honorables, ou des alliances distinguées, non ; mais il vous demandera si vous les avez laissés riches de vertus.
C'est sur ce point qu'il vous faudra répondre à ce redoutable tribunal. Et qu'aurez-vous à répondre vous qui parfois, pour une misérable somme, ne craignez point de risquer leur salut éternel ?
N'est-il pas vrai que si vous vouliez dépenser un peu plus, prendre un peu plus de peine, vous pourriez les pourvoir de bons maîtres, de serviteurs fidèles, de confesseurs zélés, de livres utiles, de sages enseignements, de conseils, d'encouragements, de freins et de tous les secours nécessaires pour vivre chrétiennement ?
Pourquoi ne le faites-vous pas ? Est-ce que l'Esprit Saint ne vous le recommande pas ? « Vous avez des enfants ? Élevez-les bien. » II ne dit pas : enrichissez-les, non, non ; mais, rendez-les vertueux, oui, rendez vos enfants vertueux ; c'est là ce que vous devez avoir à cœur avant tout.
Advienne que pourra des richesses, pourvu que leurs âmes soient sauvées ; que vos champs restent incultes, qu'importé ! Mais que les inclinations de vos enfants ne soient pas laissées sans culture ; que vos vignes soient négligées, mais non leur caractère.
Vos enfants auront un riche patrimoine s'ils sont riches de vertus ; et il leur sera bien plus avantageux d'hériter des vertus et des bons exemples de leurs parents, que de toutes les richesses du monde.
(A suivre)
Tiré de : De l’Éducation des enfants, œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice.
Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260 Vailly-s/-Sauldre.
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