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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 20:29

 


Hélas ! Que dis-je, hériter des vertus et des bons exemples de leurs pères ? Inconsidéré que je suis ! Je me suis épuisé jusqu'ici à faire comprendre aux pères et aux mères la nécessité de ne pas négliger l'éducation de leurs enfants, j'aurais dû bien plutôt leur inculquer qu'au moins ils ne doivent pas procurer leur ruine.

 

Procurer leur ruine ! Oui, messieurs, oui, qu'ils ne doivent pas procurer leur ruine. Un tel excès vous paraît impossible, peut-être ? Ah ! que n'ai-je une voix de tonnerre et une poitrine de bronze pour déplorer la plus grande de toutes les iniquités que puisse commettre un père de famille, à savoir celle de procurer la ruine, et la ruine éternelle de ses propres enfants par les mau­vais exemples et les pernicieux conseils.

 

Ce n'est pas une règle universelle, je le sais, que de mauvais parents aient toujours des enfants aussi méchants qu'eux-mêmes, les histoires sacrées et profanes abondent en exemples du contraire, et prouvent que les parents les meilleurs ont donné quelquefois le jour à des enfants très pervers.

 

D'Abraham naquit Ésaü, du juste Noé Cham le maudit ; du sage Salomon l'insensé Roboam. Comme au contraire Dieu a donné plus d'une fois des enfants excellents à de très mauvais pères : Saül rejeté de Dieu fut père de Jonathas, d'un caractère si doux ; l'incestueux Ammon eut pour fils Josias.

 

Et dans l'histoire pro­fane vous trouverez un César Auguste tellement malheureux dans ses enfants, que Julie la première fut l'opprobre de toute la ville de Rome, et qu'il avait coutume de l'appeler sa plaie ; et les autres étaient tels qu'il les chassa tous de sa maison, et qu'on l'entendait souvent s'écrier avec douleur : Ah ! Plût aux dieux que je fusse resté célibataire et que ma famille se fût éteinte avec moi plutôt que de
voir mon sang aussi indignement avili ! J'avoue donc que les vices ou les vertus des parents ne pas­sent pas infailliblement aux enfants.

 

Cependant écoutez ceci : quand un père donne le mauvais exemple à sa famille, et qu'au lieu de voiler modes­tement ses vices, il en fait étalage, et ne s'en cache point aux yeux de ses enfants, oh ! Alors dites hardi­ment que la ruine de ces pauvres créatures est cer­taine, et que non contents d'imiter la mauvaise con­duite de leur père, ils deviendront encore pires que lui. C'est le malheur que déplorait Jérémie : « Vos pères m'ont abandonné, dit le Seigneur, mais vous avez fait pis que vos pères. » (Jeremy. 16, 12-12).

 

Le mauvais exemple des parents est tellement contagieux qu'il ne manque jamais de communiquer, par une étroite sympathie, son venin aux pauvres enfants. Le pontife Élie fut négligent dans le service de Dieu, ses fils furent tous à la fois et négligents et sacrilèges. David fut une fois adultère par fragilité ; ses fils furent adultères et incestueux, non par fragilité, mais par habitude.

 

Salomon gouverna avec rigueur ; ses fils firent de son sceptre un fléau et poussèrent la rigueur à ses dernières limites. N'en doutez pas ; si le père est avare, le fils sera voleur ; si le père est colère, le fils sera homicide ; si le père est trop libre, le fils sera dissolu ; et presque toujours on voit se vérifier la parole de Jérémie : les péchés des parents ont quel­que chose du péché originel ; il semble que ce soit aussi, pour ainsi dire, des péchés originels qui se transmettent de génération en génération ; et cette funeste propagation des vices des pères aux fils, des fils aux petits-fils, des petits-fils aux arrière petits-fils ne s'observe que trop souvent dans les familles chrétiennes.

 

Banzonius raconte qu'un brigand fameux condamné à la potence pour ses méfaits, marchait à la mort avec un visage gai et d'un pas assuré, comme à un triomphe. Dès qu'il fut en pré­sence du bois infâme, il se jeta à genoux et dit : « Je te salue, monument précieux destiné à couronner mes années, c'est ici que finirent leurs jours mon digne père et mon grand-père d'heureuse mémoire ; voici mon arbre généalogique et je le laisse pour héritage à mes enfants, afin qu'ils ne dégénèrent pas, mais qu'ils se maintiennent en possession de mourir tous sur le gibet de la main du bourreau. »

 

Apprenez par là, pères et mères, oncles, ascendants, tuteurs, maîtres et patrons, et vous tous qui partici­pez en quelque façon à l'office de père ; apprenez combien il vous importe d'être vertueux et craignant Dieu, et de fuir le vice, si vous ne voulez pas voir vos enfants devenir, par vos mauvais exemples, libertins, querelleurs, violents, menteurs, dissimulés, ennemis de toute vertu et de toute moralité, et se précipiter finalement dans un abîme d'iniquités.

 

On entend quelquefois un père ou une mère dire : Dieu me les a donnés tels, mes enfants.  Comment ! Dieu vous les a donnés tels ? Non, c'est vous qui les avez fait tels. Qui est-ce qui a appris à ce jeune homme à outrager dans sa colère le nom de Jésus-Christ ? N'est-ce pas sa mère, qui, à la moindre contrariété, a ce nom sacré sur les lèvres ? Qui est-ce qui lui a appris à blasphémer le corps et le sang du Sauveur ? N'est-ce pas le père qui a coutume de se servir de ce nom si vénérable pour inspirer la terreur ?

 

Qui lui a enseigné ces paroles obscènes avant même d'en comprendre le sens ? Ne sont-ce pas ses parents qui infectent si souvent par ce langage mal­sain l'air de leur chambre ? Si l'ouïe fait des impres­sions si fâcheuses dans l'esprit des enfants, que sera-ce de la vue qui est bien plus capable encore d'émouvoir ?

 

 Ah ! si l'on pouvait tout dire, vous frémiriez d'horreur, pères et mères, en réfléchissant au tort immense que vous causez à vos enfants, qui vous épient avec curiosité, et cherchent à voir et à savoir ce qu'il n'est pas permis de révéler ici publi­quement.

 

S'il en est ainsi, et la chose n'est que trop vraie, comment peut-on dire que vous aimez vos enfants ? Je dis moi que vous les haïssez, et qu'un amour aussi déréglé, aussi insensé, est une véritable haine, une haine cruelle et perfide. Vous êtes du nombre de ces amis maladroits qui, comme dit Sénèque, vous font du mal avec une bonne intention.

 

 (A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

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