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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 20:05
       Mais non ; si l'on emploie la rigueur, c'est quand les intérêts corporels      sont en jeu, nullement quand il s'agit de l'affaire importante du salut.

 Et pour en venir entre nous aux cas pratiques, combien de fois n'est-il pas arrivé, père de famille, qu'un ami s'est approché de vous pendant que vous étiez occupé, soit dans votre atelier, soit dans votre maga­sin, ou assis à une table de jeu, ou faisant anticham­bre en attendant votre tour d'audience, ou conver­sant dans un cercle de désœuvrés, pour vous souf­fler à l'oreille que votre fils faisait de fréquentes sta­tions dans certains endroits suspects, qu'on le voyait souvent à la porte de telle maison, et que sa fré­quentation devenue publique faisait connaître la pas­sion délirante qui l'égarait, , ou bien pour vous avertir qu'ayant attaqué un de ses compagnons pour une bagatelle, il l'avait accablé d'injures et de coups ? Et qu'avez-vous répondu ?

Sans vous émou­voir le moins du monde, vous avez excusé sa jeu­nesse en disant : Que voulez-vous ? Il est encore jeune ; à son âge, moi aussi j'ai brisé une lance. Et peut-être avez-vous été jusqu'à louer son courage et sa bravoure. De retour chez vous, vous l'avez accueilli avec le même air qu'auparavant, si pas mieux ; il s'est assis à votre table comme aupara­vant, il a conservé la même place dans votre affec­tion, en un mot, il n'a rien perdu aux yeux de son père, parce que son père n'avait souffert aucun pré­judice dans ses intérêts temporels.

Peu de temps après, le même ami est venu vous dire, d'une manière vague, que votre fils avait perdu au jeu dans telle maison une somme considérable, et qu'il était assiégé par ses créanciers, lesquels menaçaient de recourir aux tribunaux pour se faire payer. Alors qu'avez-vous dit ? Ah ! Quels emportements ! Quelle fureur ! Quel vacarme ! Quel ressentiment ! Quelle rage ! Qu'il ne paraisse plus devant moi, l'infâme. Non, il ne mérite plus de demeurer chez moi le misé­rable qui veut ruiner son père. — Mais, monsieur, il faut considérer qu'il est jeune. — Quoi jeune ! J’aurai donc dépensé mes années et mes sueurs pour m'élever une modeste fortune, afin que ce malheu­reux me la renversât en quelques heures ? Non, je ne veux plus le voir. Je le châtierai tant que je vivrai en le privant à jamais de ma présence, je le châtierai à la mort en le déshéritant et en lui léguant pour héri­tage la pauvreté. — N'est-ce pas ainsi que les choses se passent ?

 Mais est-ce bien ainsi qu'elles devraient se passer ? Quel étrange aveuglement ! Comment ! Parents insensés, vous vous montrez si sévères quand il s'agit des intérêts du temps, et vous avez si peu de souci des intérêts bien plus importants de l'âme ?

A quoi pensez-vous du matin au soir ? À quoi tendent tous vos efforts, sinon à procurer à vos enfants soit une position plus opulente, soit un état plus lucratif ou un emploi plus convenable ? N'est-il pas vrai que vous n'omettez rien pour qu'ils deviennent habiles dans les écoles, braves dans la milice, ingénieux dans les affaires, afin d'assurer par là leur fortune, et de les mettre à même, comme vous le dites, de figurer plus honorablement dans le monde ?

Mais de mettre leur salut en sûreté, quand y penserez-vous ! Ah !  C'est là ce qui arrachait des larmes à saint Jean Chrysostome : « Les uns pourvoient leurs enfants de grades dans l'armée, les autres d'honneurs, ceux-ci de dignités, ceux-là de richesses ; et personne, chose déplorable ! Ne songe à les pourvoir de l'amitié de Dieu. » Quel amour insensé ! Pourvoir ses enfants de tout excepté de Dieu !

 

(A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

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