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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 19:27

   Oh ! Quant à cela, il n'est pas vrai que j'aban­donne mes enfants, je les aime comme la prunelle de mes yeux. — Ne vous échauffez pas tant ; je ne sais que trop que vous faites de vos enfants autant d'ido­les. L'amour insensé, qui le premier enseigna l'idolâ­trie aux païens, apprend encore tous les jours aux chrétiens à idolâtrer leurs propres enfants. Celui-ci semble né sous la constellation de Mercure tant il est enclin aux fraudes, aux vols, aux injustices : il fau­drait déraciner ces inclinations maudites de ce cœur encore tendre, par les menaces, la rigueur et même le fouet ; mais que voulez-vous ? C'est l'idole du père : on se tait, on dissimule, on adore.

 

Cet autre paraît en public frisé, parfumé, et mis avec un tel luxe, qu'on le prendrait pour un petit Adonis à pla­cer sur les autels de Diane ; déjà on commence à sentir l'infection de ses dérèglements, il faudrait le désinfecter... Mais que voulez-vous, c'est l'idole de la mère : on se tait, on dissimule, on adore. Un troi­sième laisse percer une ardeur toute martiale, il montre un caractère dur, cruel, porté aux querelles, et au carnage : il faudrait lui mettre un frein énergi­que ; mais que voulez-vous : c'est l'idole du père et de la mère tout à la fois : on se tait, on dissimule, on adore.

 

Et pour ménager ces chères idoles, on fausse le langage ; on donne aux vices le nom de vertus, on appelle l'insolence vivacité, la vanité s'intitule magnanimité, la vengeance est l'effet d'un grand cœur. Si l'un ou l'autre pleure de dépit et refuse d'obéir, on essuie ses larmes avec un sourire ; s'il se permet des paroles indécentes, au lieu de lui fermer la bouche par un soufflet, on le récompense par un baiser.

 

O pères et mères, vous n'êtes pas des parents, s'écrie saint Cyprien, mais des parricides. Fort bien ! Passez tout à vos enfants, riez continuel­lement avec eux, ne tenez aucun compte de leurs égarements : Je vous avertis que vous serez les premiers à vous en repentir, et contraints un jour à haïr contre nature, ceux que vous avez aimés d'abord contre raison. Qui ne frémit en lisant dans saint Augustin, un fait arrivé de son temps dans la famille d'un cer­tain Cyrille, homme de mérite et jouissant d'une grande considération à Hippone ? Celui-ci avait un fils qu'il aimait à l'excès, dit le saint, et plus que Dieu même. Il lui avait consacré toutes les tendres­ses de son cœur, toute l'ardeur de ses affections, en un mot il s'en était fait une idole, et il n'y avait chose qu'il ne fît pour lui plaire, lui laissant la liberté de faire lui-même tout ce qu'il voulait. Il ne lui montrait jamais qu'un visage serein, des lèvres souriantes et des regards flatteurs ; aussi n'aurait-il pas eu la force de le voir pleurer, en le contristant par une réprimande, ou en l'intimidant par une menace, ou en l'affligeant par quelque châtiment. O liberté trompeuse ! s'écrie saint Augustin ; ô perdi­tion des enfants ! Ô amour homicide des parents ! 


Grâce à cette détestable éducation, le jeune homme devint bientôt un dissipateur, un débauché, un effé­miné, et finit par le comble de la scélératesse ; écou­tez comment. Un jour qu'il revint à la maison plus ivre que de coutume, et rendu furieux tout à la fois par le vin, par la débauche et par la colère, il opprima sa mère qui était enceinte, étrangla son propre père, attaqua la pudeur d'une de ses sœurs, en blessa deux autres à mort, laissant incertain qui des deux méritait davantage le nom de parricide, ou du fils meurtrier des siens ou du père qui avait été tué. Voilà, pères et mères, où aboutissent toutes vos folies avec vos enfants.

 

Aussi le philosophe Diogène, témoin un jour des insolences d'un jeune homme très arrogant, au lieu de corriger le fils, donna un soufflet au père qui était présent. C'est qu'en vérité, c'est vous qui êtes coupables des écarts de vos enfants.

 

Ah ! Parents inhumains, c'est donc là l'amour que vous portez à vos enfants ? Dites plutôt que c'est de la haine, et une haine cruelle et mali­gne ; et si vous voulez absolument l'appeler amour, je dirai que c'est un amour de singe. Ces animaux, dit Pline, aiment beaucoup leurs petits ; ils ne peu­vent s'en passer un instant, ils les portent dans leurs bras, les pressent contre leur sein, les accablent de mille caresses.

 

 Mais hélas ! À force de les embrasser et de les serrer sans précaution, ils les étouffent et les tuent bien souvent en les caressant. Oh ! Que de singes ont voit aujourd'hui dans la personne des parents trop indulgents ! Considérez, je vous prie, le dommage que vous causez à ces pauvres enfants par un amour si déréglé. Ah ! Que de jeunes gens seraient sauvés s'ils avaient eu en partage un père un peu plus sévère, qui aurait su allier avec la bonté cette rigueur modérée que saint Augustin appelle le tempérament de la sévérité !

 

(A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

elogofioupiou.over-blog.com

 


 

 

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