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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 21:31
 

   Or, cette vertu précoce qui fait aborder si heureusement les âmes aux rivages de la bienheu­reuse patrie, qui peut la donner aux enfants, si ce n'est vous, pères et mères, avec qui Dieu a partagé, pour ainsi dire, sa toute-puissance, vous associant à ses desseins, afin que par vous le ciel se peuple d'élus ?

Je sais bien que si vos enfants viennent à se perdre, Dieu demandera compte aussi de leurs âmes aux maîtres qui les auront instruits, aux confesseurs qui auront dirigé leur conscience, aux prédicateurs chargés de les exhorter à la piété, aux princes tenus de pourvoir par de sages lois, d'une manière toute spéciale, au bien de la jeunesse, tout comme les jar­diniers doivent leurs soins particuliers aux plantes les plus tendres.

Mais les obligations de ceux-là décou­lent ou de la politique, ou des lois civiles et ecclé­siastiques ; tandis que la vôtre n'est pas seulement une obligation positive, écrite et humaine, mais une obligation naturelle, innée et divine, et partant beau­coup plus rigoureuse.

C'est pour cela que Dieu a mis dans vos enfants ces sentiments de respect, de tendresse, de crainte, qui font que s'ils vous voient le front sévère, ils tremblent et fondent en larmes. C'est pour cela qu'il vous a donné cet air d'autorité si imposant qui inspire le respect à l'impiété elle-même.

Or, si Dieu vous ayant fournis de tant de res­sources pour bien élever vos enfants, qui sont encore plus les siens que les vôtres, vous négligez une affaire d'une telle importance, si vous ne prenez nul souci qu'ils soient élevés pour le ciel plutôt que pour l'enfer, qui pourra suppléer votre négligence ? Qui pourra rendre vertueux ces pauvres enfants que vous avez laissés dans l'abandon ? Sera-ce le confesseur ?

Mais si pendant tant d'années vous n'avez pas même demandé une seule fois à cet enfant depuis combien de temps il vit éloigné des sacrements ? Si vous ne savez même pas à qui il a confié la direction de son âme ? Sera-ce le prédicateur ?

Mais si au lieu de les conduire aux sermons, aux pieuses réunions, vous leur jetez la bride sur le cou et les laissez courir les soirées, les maisons de plaisir, les cafés ? Sera-ce le maître, à qui vous n'avez pas seulement confié votre aîné, pour qu'il le forme à la science et à la vertu, mais que vous avez encore chargé du soin bien plus délicat d'apprendre à lire et à écrire à votre fille déjà nubile ?

Mais s'il trahissait lui-même votre con­fiance ?... Ah ! Ah ! Ah !... Je ne voulais pas le dire, mais voilà que je l'ai dit. Après tout, pourquoi tant de réserve ? N'est-il pas vrai que de nos jours on se donne toutes les peines du monde pour trouver un laboureur qui connaisse à fond l'agriculture, et qui ait le talent de faire valoir les terres et les pro­priétés ; tandis que pour trouver un maître qui à la moralité joigne la crainte de Dieu et forme des élè­ves vertueux, oh ! L’on n'a garde de se mettre en peine ; il n'y a point de village qui n'en fournisse, et les meilleurs sont ceux qui coûtent le moins.

Ah ! C'est ici que je sens mon zèle s'enflammer, et je ne puis m'empêcher de m'écrier avec Salvien : C'est donc là l'amour que vous portez à vos enfants ? Vous êtes bien malheureux, parents, d'aimer de la sorte, plus malheureux encore, enfants, d'être l'objet d'un si funeste amour !

 

Je ne m'étonne plus que dans ce pays-ci, l'on ren­contre, courant les rues, tant d'enfants vagabonds, sans retenue, sans pudeur, et plus profondément pervertis encore qu'ils ne le paraissent extérieure­ment, qui ne savent que folâtrer, tenir de mauvais discours et se corrompre les uns les autres.

 

 Je demandai d'abord si tous ces enfants là étaient des orphelins, sans père ni mère ; mais lorsque j'ai appris qu'ils ont leurs parents, ah ! J'en ai eu le cœur percé de douleur et je n'ai pu m'empêcher de m'écrier : malheureux parents, vous agissez avec vos enfants comme l'autruche du désert qui aban­donne ses œufs au premier venu, sans avoir l'ins­tinct de les garder, ni l'amour de les couver !

 

Ainsi en est-il de vous : après avoir mis vos enfants au monde, vous les laissez courir la rue, et ce qui est peut-être pis encore, vous les confiez à des personnes que vous ne connaissez point, à des gens vicieux, méchants, qui perdront ces pauvres créatures, tandis que vous vivez sans le moindre souci de leur éduca­tion. Ce n'est pas là de l'amour, c'est une cruauté qui excitait les lamentations de Jérémie (Thren. 4, 3.).

 

 (A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 


 

 

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