PREMIER POINT
Aimez vos enfants, personne ne vous le défend : mais ne les aimez pas d'un amour cruel, pire que la haine la plus mortelle. Pères et mères, Dieu en vous donnant des enfants, vous a mis en main une cire molle afin que vous en formiez, à votre choix, ou autant d'anges dignes d'occuper un jour des trônes dans le ciel, ou autant de démons condamnés à gémir au fond des abîmes. Oui, c'est de la cire molle que ce petit enfant, en qui s'impriment si aisément les premiers caractères soit de la vertu, soit du vice. Oh ! Si votre amour était bien réglé, quelles bonnes impressions vous formeriez dans ce petit cœur, impressions indélébiles qui se conserveraient jusque dans l'âge le plus avancé.
Prenez garde, vous crie saint Jean Chrysostôme, prenez garde au précieux dépôt que Dieu vous a confié, lorsqu'il vous a donné ce fils que vous avez si longtemps désiré. Sachez qu'il vous a enrichis d'un trésor, lequel étant bien gardé, sera la lumière de vos yeux, la splendeur de votre famille, et un joyau capable d'orner la couronne de Dieu même qui l'a créé. Et pour que vous soyez bien persuadés, qu'il est en votre pouvoir, parents chrétiens, de faire un ange de cet enfant qui vous est si cher, apprenez que c'est une maxime infaillible que « l'adolescent suivra dans sa vieillesse la voie où il s'engage » (Prov. 22, 6.).
Voulez-vous voir cette vérité dans tout son éclat ; parcourez l'Écriture, et vous trouverez que tous ceux qui, dès l'enfance, reçurent en partage une bonne éducation, ont soutenu courageusement les combats de la vertu dans la jeunesse, et se sont maintenus sans tache jusque dans l'extrême vieillesse. La répugnance si opiniâtre de Jacob pour les mœurs sauvages d'Esau commença dès le sein de sa mère, qui développa ensuite par tous les moyens les heureuses dispositions d'un si digne élève. Vous voyez le chaste Joseph méprisant les attraits de son impudique maîtresse ; mais auparavant, dans la maison paternelle, sous la direction d'un bon père, il a appris à envisager avec horreur les vices de ses frères.
Vous admirez la vertueuse Judith qui sut conserver intacte sa chasteté sous la tente d'Holopherne ; mais dès son enfance elle s'était rendue plus admirable encore à tout le peuple d'Israël par l'éclat de ses bons exemples. Suzanne repoussa avec un courage héroïque les propositions insolentes de deux impudiques vieillards ; mais pourquoi ? Lisez l'Écriture (Dan. 13, 3.); elle eut le bonheur d'avoir un bon père, une mère vertueuse, qui, dès ses plus tendres années, lui inspirèrent la haine du péché, la crainte du déshonneur, la modestie, l'amour de la retraite, et la piété. Tobie fut un modèle de pureté au milieu des dissolutions de son siècle ; mais ce fut grâce à la bonne éducation que dès l'enfance il avait reçue d'un vertueux père, lequel, soir et matin, le prenait à part et le pénétrait de solides maximes, ayant toutes pour but d'enraciner dans son cœur la crainte de Dieu : et l'enfant observait avec une docilité parfaite toutes ces prescriptions, selon la loi de Dieu. (Tob. 1, 8.)
Et l'histoire ne concorde-t-elle point avec les saintes Écritures ? Si Venceslas, duc de Bohême, fut un modèle de douceur, il faut l'attribuer à la piété ingénieuse de Ludmille, sa grand'mère, sainte femme qui le dirigea, dès ses premières années, dans le chemin de la vertu. Si saint Clément d'Ancyre devint un invincible martyr de Jésus-Christ, il faut en rendre grâce à sa mère qui l'encourageait au combat encore petit enfant, en lui racontant les insignes victoires remportées sur les tyrans par les plus vaillants héros du Christianisme.
Si Saint Edmond se maintint si pur dans ses mœurs et garda une inviolable virginité, ce fut l'œuvre de sa mère qui l'accoutuma dès l'enfance à macérer son corps par les disciplines, à le mater par de rudes cilices. Vous voyez, pères et mères, s'il est en votre pouvoir de faire de grands saints. Je comprends à présent pourquoi Nôtre Seigneur, voyant ses disciples repousser les importunités des petits enfants qui se pressaient pour lui baiser les mains, leur dit : « Laissez, laissez ces petits enfants venir à moi ; car c'est à eux qu'appartient le royaume des cieux » (Matt. 19, 14.). Remarquez qu'il ne dit pas : le royaume des cieux leur appartiendra, mais il est à eux ; parce que celui qui, avec l'aide d'un bon père, avec l'éducation d'une mère vertueuse, écoute Jésus-Christ, cherche Jésus-Christ, trouve Jésus-Christ dès son enfance, a déjà un pied au paradis
(A suivre)
Tiré de : De l’Éducation des enfants, œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice.
Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260 Vailly-s/-Sauldre.
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