La pureté est le plus précieux des trésors ; mais sa conservation est très difficile. Pour combien d'âmes, le péché contre cette belle vertu, les entraînera en enfer ? Il y a en effet un grand nombre d'ennemis qui s'acharnent à nous la faire perdre. On peut même dire que presque tout ce qui nous environne travaille à nous la ravir. Comme le démon sait qu'il n'y a point de péché qui outrage tant le bon Dieu et qu'il connaît combien lui est agréable une âme pure, il nous tend toutes sortes de pièges pour nous enlever cette vertu. D'un autre côté, le monde, qui ne cherche que ses aises et ses plaisirs, travaille aussi à nous la faire perdre, souvent en paraissant nous témoigner de l'amitié. Mais, nous pouvons dire que notre plus cruel et notre plus dangereux ennemi, c'est nous-mêmes, c'est-à-dire notre nature, gâtée et corrompue par le péché.
Nous allons vous rappeler les moyens les plus efficaces pour conserver une vertu tout à la fois si précieuse et si fragile.
1° Veiller sur nos regards, nos pensées.... Ce n'est pas douteux que nous soyons obligées d'exercer cette vigilance, puisque nous voyons qu'il y en a tant qui sont tombés dans ce péché par un seul regard, et qui ne se sont jamais relevés. Pas d'imprudences ; si nous voulons rester pures, ne nous exposons pas au péché. Surveillons nos paroles, nos démarches et tous nos actes.
2° Il faut aimer la prière, si nous voulons conserver la pureté de notre âme. Si vous me demandez pourquoi il faut prier, je vous en donnerai la raison : c'est que cette belle vertu de pureté vient du ciel, c'est donc par la prière que nous devons la demander et la conserver. Il est certain qu'une personne qui n'a pas recours à la prière ne conservera jamais son âme pure aux yeux de Dieu. Par la prière, nous conversons avec le bon Dieu, les anges et les saints, et par cet entretien céleste nous devenons nécessairement spirituels ; notre esprit et notre cœur se détachent peu à peu des choses créées pour ne considérer et n'aimer que les biens du ciel. Cependant il ne faut pas croire que, toutes les fois que l'on est tentée, l'on offense le bon Dieu ; le péché ne se trouve que dans le consentement et dans le plaisir que l'on y prend. Quand nous serions tentées huit ou quinze jours, si cela nous fait horreur, nous faisons comme les enfants dans la fournaise de Babylone, qui n'en sortirent que plus beaux. Sitôt que le démon nous tente, il nous faut vite avoir recours au bon Dieu en lui disant : « Mon Dieu, venez à mon aide ; vous savez que sans vous, je ne peux que me perdre ; mais, aidée de votre grâce, je suis sûre de sortir victorieuse du combat. Ah! Vierge sainte, ne permettez pas que le démon ravisse mon âme qui a coûté tant de souffrances à votre divin Fils ! »
3° Pour conserver la pureté, il faut avoir recours aux sacrements, et les recevoir avec de bonnes dispositions. Oui, une personne qui a le bonheur de recevoir les sacrements souvent et saintement, peut très facilement conserver cette belle vertu. Nous avons une preuve que les sacrements nous sont d'un grand secours, dans les efforts du démon pour nous en éloigner ou nous les faire profaner. Voyez, quand nous voulons nous en approcher, combien le démon suscite en nous de craintes, de troubles, de dégoûts ! Tantôt il nous dit que nous agissons presque toujours mal, tantôt, que le prêtre ne nous connaît pas, ou bien que nous ne nous faisons pas assez connaître, que sais-je ? Mais, pour nous moquer de lui, il faut redoubler de soins, nous en approcher encore plus souvent, et ensuite nous ensevelir dans le sein de la miséricorde de Dieu, en lui disant : «Vous savez, mon Dieu, que je ne cherche que vous et le salut de ma pauvre âme. » Non, certes, il n'y a rien qui nous rende si redoutables au démon que la fréquentation des sacrements. L'adorable Eucharistie n'est-elle pas ce vin mystérieux qui produit la virginité ? Comment n'être pas pure en recevant le roi de la pureté ? Voulez-vous conserver ou acquérir cette belle vertu qui rend semblable aux anges ? Fréquentez les sacrements, et alors, vous êtes sûres que, malgré tous les efforts du démon, vous aurez le grand bonheur de conserver la pureté de votre âme.
4° Si nous voulons conserver pur ce temple du Saint-Esprit, il faut avoir une grande dévotion à la très sainte Vierge, puisqu'elle est la Reine des vierges. C'est elle qui, la première, a levé l'étendard de cette incomparable vertu. Voyez combien le bon Dieu en fait d'estime : Il n'a pas dédaigné de naître d'une mère pauvre, inconnue dans le monde, d'avoir pour père nourricier un père pauvre ; mais il lui fallait une mère pure et sans tache, un père d'une pureté telle que la sainte Vierge seule pouvait le surpasser en pureté.
Voulons-nous sortir du péché ? Allons à Marie ; elle nous prendra par la main et nous mènera à son Fils pour recevoir notre pardon. Voulons-nous persévérer dans la vertu ? Adressons-nous à la Mère de Dieu ; elle nous couvrira du manteau de sa protection et tout l'enfer ne pourra rien contre nous.
Ne reculons pas devant les sacrifices quand il s'agit de la pureté. Voyez ce que fit saint Jérôme pour avoir le bonheur de la conserver ; voyez-le, dans son désert, s'abandonner à toutes les rigueurs de la pénitence, aux larmes et à des macérations qui font frémir. Ce qu'ont fait saint Benoît, saint Martinien, saint Bernard et tant d'autres n'est pas moins admirable.
Devons-nous dire encore aux jeunes filles qu'elles doivent surtout avoir en horreur l'indécence dans la manière de s'habiller ? Devons-nous dire qu'il ne faut jamais prendre plaisir à entendre des paroles ou des chansons déshonnêtes ? Ah ! mon Dieu, comment se fait-il que des pères et mères, des maîtres et maîtresses qui entendent, dans les veillées, les chansons les plus infâmes, et voient que la modestie n'est pas observée, puissent le souffrir, sans rien dire, sous prétexte que ce sont des enfantillages ! Hélas ! Le bon Dieu les attend au grand jour des vengeances !... Que de péchés leurs enfants et leurs domestiques auront commis dont ils porteront la responsabilité !
Bienheureux, nous dit Jésus-Christ, ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. » Qu'ils sont donc heureux ceux qui ont le grand bonheur de posséder cette belle vertu ! Ne sont-ils pas les amis de Dieu, les enfants chéris de la très sainte Vierge ? Demandons souvent au bon Dieu, mes enfants, de nous donner une âme et un cœur purs, il n'y a pas en vérité de plus grand trésor ! O Marie, Marie conçue sans péché, obtenez-nous la vertu qui nous rend semblables aux anges !
(Saint Curé d’Ars) Lectures Méditées (1933)
elogofioupiou.over-blog.com