Trois Églises forment, dans le monde des âmes et le long des siècles, l'Église vraiment catholique et vraiment universelle. Il y a l'Église, la société des âmes bienheureuses qui sont arrivées, et déjà en possession de leur béatitude, c'est l'Église triomphante.
Il y a aussi l'Église des âmes parvenues aux portes du Ciel; sorties de l'épreuve et du temps, elles sont assurées de leur bonheur ; c'est une conquête qui ne leur sera pas ravie : mais un obstacle temporaire entrave leur essor, elles ne peuvent entrer dans le Ciel qui leur appartient ; c'est l'Église souffrante, c'est le Purgatoire.
Enfin, il y a les âmes qui, sous les ombres du temps, doivent marcher encore pour arriver à la patrie : leurs droits sont précaires, elles peuvent s'écarter de la route et tomber par leur faute dans les éternels abîmes: c'est l'Église d'ici-bas, la société militante.
Il y a donc trois Églises : à chaque instant elles se renouvellent et s'enrichissent, à chaque instant de nouveaux élus viennent peupler le Ciel et le Purgatoire, de nouveaux baptisés grossissent les rangs de la société qui voyage ici-bas. Sont-elles étrangères l'une à l'autre ?
N’y a-t-il plus entre elles aucun échange de bons offices ? Tout au contraire, les relations les plus intimes les unissent ; et toutes les trois ne forment qu'une société immense dans laquelle chacune apporte ce qu'elle a, donne et reçoit à son tour.
Les Saints de l'Église triomphante aiment leurs frères du Purgatoire et leurs frères d'ici-bas ; ils aiment parfaitement, immensément, nécessairement.
La gloire n'est que la grâce à son état parfait, comme la grâce est la gloire à son état élémentaire. Mais la grâce dans un cœur ne supprime pas l'amour, elle l'épure et l'avive davantage ; la gloire à son tour ne fera qu'ajouter à ses ardeurs ; au ciel, les élus aiment d'une façon parfaite. Le fond de leur état, c'est l'amour, l'amour de Dieu avant tout, mais on ne peut aimer Dieu sans aimer avec lui tout ce qu'il aime, et parce qu'il l'aime et comme il l'aime. Les Saints nous aiment de cet amour qu'ils ont pour Dieu, ils nous aiment dans cette vallée de larmes où nous marchons à travers les ombres, jusqu'à ce que se lève l'aurore avant-courrière du jour éternel ; mais leur amour nous accompagne encore dans cette station du Purgatoire où la justice de Dieu nous retient pour un temps.
Et cet amour n'est pas inactif : les Saints nous assistent, ils parlent à Dieu, ils prient pour les âmes qui luttent et pour celles qui souffrent. Grande était ici-bas la puissance de leur prière, elle triomphait de tout, même de Dieu ; s'ils pouvaient beaucoup, pécheurs et caducs, aujourd'hui, amis de Dieu pour toujours, que ne peuvent-ils pas ?
Mais comment connaissent-ils nos besoins ? Pour nous connaître, ils n'auraient qu'à se ressouvenir ; n'ont-ils pas été ce que nous sommes ? Mais ils nous voient et nous entendent en Celui qui voit tout. Ils prient donc selon nos désirs, pour nos vrais besoins ; ils prient pour nous quand nous les prions ; ils intercèdent, ils s'entremettent pour nous. Ils font plus, ils dispensent la grâce : Ministres de Dieu pour notre bien, ils rayonnent, ils échauffent, ils vivifient. Souvent ils se servent, pour nous assister, de quelque chose qui a vécu de leur vie ; leurs reliques, leurs cendres inanimées guérissent nos maladies, elles sont bienfaisantes pour le corps et pour l'âme. Souvent aussi, ils communiquent avec nous sans intermédiaire, ils nous assistent spirituellement, nous visitent, ils nous parlent ; la même assistance va de leur part aux âmes du Purgatoire.
En échange de ces bons procédés, que leur rendons-nous ? Nous leur payons un tribut de louanges, de confiance, d'amour, d'imitation, nous leur créons une seconde vie en ce monde dans une postérité de vertus qui se continuent d'âge en âge sans jamais périr. Mais en même temps nous offrons l'aumône de notre compassion aux âmes souffrantes, nous prions pour elles ; nous multiplions les bonnes œuvres, et par une substitution magnanime, avec nos aumônes, nos souffrances, nos immolations volontaires, nous acquittons leurs dettes envers la justice divine.
A leur tour, les pauvres âmes envoient leurs effusions de reconnaissance à leurs bienfaiteurs du ciel et de la terre ; aux Saints du ciel elles donnent la louange, la gloire, tous les hommages d'une pieuse gratitude.
A nous, elles donnent leurs prières, leurs mérites, une fidèle et ardente supplication. Dieu leur permet de nous avertir, de nous conseiller, ou d'éveiller en nous ces pressentiments qui nous guident parmi les incertitudes de la vie.
Enfin, sont-elles entrées dans la béatitude ? Elles s'empressent de nous tendre une main secourable pour nous élever à la participation de leur bonheur.
Tels sont les liens qui unissent les trois Églises, liens de fidélité et de confiance, de dévouement et de reconnaissance qui rapprochent, dans une charité indissoluble, les âmes voyageuses et les âmes arrivées.
FÊTE DU JOUR: Saint Hubert, évêque.
Fils de Bernard, célèbre duc d'Aquitaine, et de la pieuse Hugberne, saint Hubert fut envoyé à la cour du roi Thierry Ier, où ses grandes qualités le firent élever à la dignité de comte du palais. Il se retira ensuite à Metz. La vie d'Hubert était alors celle d'un homme du monde, sacrifiant parfois à son plaisir les exigences de la piété chrétienne. Jésus-Christ, qui le voulait à lui sans réserve, lui donna un solennel avertissement. Un grand jour de fête, Hubert s'était permis de chasser ; tout à coup il aperçut entre les cornes d'un cerf qu'il poursuivait l'image de Jésus crucifié et en même temps il entendit une voix lui dire : « Hubert, si vous ne vous convertissez à une meilleure vie, vous serez, sans pitié, précipité en enfer. » Hubert, docile à la voix de Dieu, résolut dès lors d'être tout à lui. Sur un avis du ciel il s'adressa à saint Lambert, évêque de Maestricht, dont il suivit les sages conseils. A la mort de sa femme, il se retira dans une solitude des Ardennes, et ses vertus firent pendant sept ans l'édification de toute la contrée. Par une inspiration divine, Hubert se rendit alors à Rome, où le pape Serge Ier le consacra évêque de Maestricht à la place de saint Lambert qui venait d'être martyrisé.
Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)
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