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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 19:10

 

La mort est pour le juste le terme de sa captivité, la fin de son exil, la récompense de ses travaux, c'est sa victoire, son triomphe. Une chrétienne vertueuse qui descend dans la tombe ressemble au vaisseau qui entre au port.

 

Le juste n'a point à appréhender les accablements de la mort ; il est dans la main de Dieu, qui est son père et son protecteur. La crainte de mourir ne viendra pas le troubler, car il ne songe qu'à la joie d'une délivrance prochaine et d'u­ne éternelle union avec Jésus. La crainte de l'enfer ne l'affli­gera pas davantage, car il a la confiance de passer bientôt à une vie meilleure : les remords n'auront point accès dans son cœur, car le juste aie cœur pur. Saint Martin, voyant le dé­mon près de son lit de mort, lui criait : « Que fais-tu là, misé­rable ? Tu n'auras aucune prise sur moi, grâce à Dieu ! » Oh ! Vivez maintenant si pieusement que vous puissiez tenir le même langage à votre dernière heure !

 

Saint Louis de Gonzague ayant appris que sa fin approchait manifestait une joie extraordinaire : « Quel bonheur ! disait-il, quel bonheur! Nous allons partir! Nous allons partir! « Le cardinal Bellarmin assurait que la nouvelle de sa mort pro­chaine lui avait causé la même impression que lui eût causé la nouvelle d'un heureux événement. Rappelez-vous la joie merveilleuse de saint Stanislas Kostka, favorisé d'une vision céleste, la paix ineffable dont jouissait Saint Louis, roi de France, mourant sur une terre étrangère, et tant, d'autres saints dont la mort vous offre de si consolants exemples. Le pieux et savant Suarez, se trouvant sur le point de mou-

rir, disait avec une profonde et douce émotion : « J'ai attendu le Seigneur avec une vive impatience 1 Que vos tabernacles sont aimables, ô Dieu des armées 1 « Et il ajoutait comme s'il eût déjà un avant-goût des délices du ciel: «J'ignorais qu'il fût si doux de mourir ! »

Croyez-en la Vérité éternelle qui affirme que celui qui craint le Seigneur sera heureux à ses derniers moments : Heureux dans son corps, car ses douleurs sont allégées par l'espérance des biens éternels ; heureux dans son âme, car le calme dont elle jouit est un avant-goût et un gage de salut ; heureux, parce qu'il a la ferme confiance de comparaître devant un juge favorable, qu'il s'est toujours appliqué à servir fidèle­ment et au tribunal duquel ses bonnes œuvres l'ont précédé. Si vous voulez agir dans vos intérêts, vivez dans la crainte de Dieu, observez ses commandements, accomplissez les de­voirs de votre état : Souffrez sans impatience, et vous serez tranquille à l'heure si redoutée de la mort.

 

A cette heure suprême l'image du Sauveur crucifié est présentée aux justes comme aux pécheurs ; mais comme les sentiments qu'elle éveille en eux sont différents ! Ceux-ci ne voient dans le Christ qu'un juge sévère, dont une vie de dé­sordres doit provoquer la rigueur; ceux-là reconnaissent en lui le Rédempteur qu'ils ont aimé toute leur vie. Avec quelle consolation ils pressent sur leur cœur cette chère image ! Avec quelle confiance ils l'embrassent ! Avec quelle satisfaction ils entendent les prières de l'Église et répètent les doux noms de Jésus et de Marie qu'ils ont tant de fois invoqués pour obtenir la grâce d'une bonne mort !

 

« Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur ! » nous dit l'Esprit-Saint. Oui, mille fois heureux ceux-là ! Quand le mon­de entier les délaisserait, quand ils périraient au fond d'une sombre prison ou sur un échafaud ; quand leur corps serait dévoré par les flammes, ou noyé dans les abîmes de la mer, mille fois heureux ceux qui meurent dans le Seigneur !

 

Mais « mourir dans le Seigneur », ce n'est pas simplement mourir après avoir observé extérieurement les lois de l'Église, ni faire partie d'une confrérie, ni répondre jusqu'au dernier soupir aux prières qu'on récite, ni se frapper la poitrine ; ce n'est même pas répandre des larmes, baiser la croix et ren­dre l'esprit en la pressant sur son cœur et sur les lèvres !

 

Mourir dans le Seigneur, c'est sortir de cette vie dans la grâce et l'amitié de Dieu.

 

Qu'importe que vous périssiez misérablement aux yeux des hommes, tuée par un accident par exemple, sans pouvoir ni vous confesser, ni prononcer même les noms de Jésus et de Marie ! Pourvu que vous mouriez dans l'amitié de Dieu et exempte du péché mortel, ce sera mourir dans le Seigneur et avoir l'assurance d'une béatitude sans fin.

Mais vous auriez beau mourir dans votre lit, après une lon­gue maladie, ayant distribué tous vos biens aux pauvres, fon­dé des milliers de messes pour le repos de votre âme et reçu les sacrements de l'Église, si vous mouriez en état de péché mor­tel, hélas ! C'en serait fait de vous, vous tomberiez dans une éternelle réprobation !

 

Autant le pécheur est terrifié par la perspective de la mort, autant est inondé de joie un bon chrétien lorsqu'il entend réciter à son chevet : « Ame chrétienne, partez de ce monde, de ce monde que vous avez toujours méprisé, pour aller pa­raître devant Celui pour qui vous avez travaillé avec tant de courage, souffert avec tant de constance et de résignation, combattu avec tant de générosité et de bravoure ! »

 

Quel ravissement doit transporter un prince exilé à qui l'on vient dire : « Retournez dans votre patrie, dans votre royaume ! » Quelle joie doit pénétrer le guerrier vaillant que la voix du général appelle à venir recevoir sa récompense ! Eh bien ! Votre joie sera bien plus grande encore quand vous serez rappelée de votre exil pour entrer dans la patrie éternelle, sinon aussitôt, du moins après un certain séjour dans le Pur­gatoire !

 

Combien on se félicitera alors d'avoir souffert les épreuves, d'avoir dompté sa chair et pratiqué la vertu, préféré la croix de Jésus à tous les biens du monde ! Qu'on se réjouira d'avoir confessé ses péchés avec sincérité et repentir ; de les avoir effacés par les indulgences, les aumônes, les jeûnes, les prières et les bonnes œuvres !

 

Il est en votre pouvoir de goûter ces douceurs : Choisissez aujourd'hui ce que vous voudrez alors avoir choisi, car si vous ne fixez votre choix, c'est en vain que vous formeriez alors des vœux plus raisonnables ; il sera trop tard.

R. P. Hillegeer.

 

29   DÉCEMBRE,  FÊTE DU JOUR:   Les Saints Innocents.

 

Les mages avaient quitté la crèche en évitant, sur un avis, du ciel, de repasser par Jérusalem. Hérode les attendait, anxieux de savoir quel était cet enfant salué par eux du nom de roi des Juifs ; la royauté du Messie le faisait trembler pour la sienne, et déçu par les mages, incertain du lieu exact ou était né Jésus, de son âge, de sa condition, pour sauver sa couronne, il donna l'ordre barbare de faire mourir à Bethléem et aux environs tous les enfants au-dessous de deux ans.

 

Voila comment  la   fureur   égarait    ce  roi  qui   tremblait    pour son trône. Le nombre des enfants immolés par son ambition fut de plusieurs milliers. Ces enfants, « sont morts pour le Christ, dit saint Augustin, l'innocence fut victime pour la justice, mais aucune faveur ne pouvait leur être plus avantageuse ; car, baptisés dans leur sang, ils jouent dans les cieux avec leurs couronnes, près de l'autel où s'immole l'Agneau de Dieu. » Dès le XI° siècle, l'empereur Justin dédia à ces saint \ martyrs, à Constantinople, une église, où l'on vénérait le corps de l'un d'eux. Jusqu'aux jours néfastes de la révolution on conservait aussi à l'abbaye de Saint-Denis, en France, les reliques de l'un des saints Innocents dans un berceau de palmier enchâssé dans une caisse d'argent doré. L'Église de Saints- Innocents à Paris se glorifiait d'une semblable relique. Enfermée dans un magnifique cristal garni d'argent et enrichi de pierreries par la magnificence du roi Louis XI. Ces précieux trésors ont disparu.

 

Extrait de : LECTURES   MÉDITÉES (1933)

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 20:56

 

Si Dieu veut que vous soyez malade présentement, pourquoi ne le voudriez-vous pas ? La volonté de Dieu n'est elle pas toujours sainte et adorable ?

 

Pourquoi êtes-vous au monde ? Est-ce pour faire votre volonté ou celle de Dieu ?

 

Vous lui dites tous les jours : que votre volonté soit faite ; et maintenant que Dieu vous manifeste sa volonté en vous frappant de maladie, vous opposeriez-vous à son accomplissement ? Dites donc une bonne fois du fond de votre cœur : Seigneur, que votre volonté soit faite !

 

Vous demandez à Dieu votre guérison et vous éclatez en plaintes parce   qu'il ne vous l'accorde pas : ne vaut-il pas mieux être malade avec la volonté de Dieu  que  bien  portant malgré lui ?

 

Vous vous irritez de l'impuissance des remèdes : usez-en, c'est bien ; Dieu vous y autorise ; s'ils restent sans effet, qu’avez-vous de plus sage à faire que de vous soumettre à une volonté toute-puissante, contre laquelle toute rébellion est aussi folle que superflue ?

 

«Je suis si heureuse d'être telle qu'il plaît à Dieu, disait une pieuse fille, que je n'échangerais pas mes douleurs contre une couronne. »

 

Une mère de famille, à ses derniers moments, était en proie à de vives souffrances : le prêtre l'exhorta à la résignation : « Quoi ! Lui répondit-elle, et pourquoi ne me soumettrais-je pas à la volonté de Dieu ? Toute ma vie je lui ai demandé ce qui lui plaisait, joie ou croix, et maintenant qu'il exauce mes vœux, aurais-je des motifs de me plaindre ? »

 

Heureuses les âmes qui ont de tels sentiments !

 

Vous êtes inquiète, dites-vous, parce que vous vous trouvez dans l'impossibilité de réciter vos prières, d'aller à l'église, de vous livrer à vos habitudes de piété. Et pourquoi vous troubler de ce que vous ne pouvez pas faire ? Pourriez-vous servir Dieu mieux et plus sûrement qu'en vous soumettant à sa vo­lonté ? Qu'y a-t-il de plus grand, de plus méritoire, de plus glorieux, que de souffrir pour Dieu ? Un grand nombre de saints ont été contraints de passer toute leur vie avec des in­firmités qui ne leur permettaient pas de faire de longues orai­sons, ni de se livrer aux bonnes œuvres qu'ils eussent désiré faire : ils se soumettaient à Dieu, et c'était tout ce qu'il exi­geait d'eux pour les sanctifier.

 

Mais, vous ajoutez encore, ce qui me contrarie, c'est de voir que je cause tant d'embarras à ceux qui doivent me soigner ou vivre avec moi. Tranquillisez-vous : la maladie est une occa­sion d'acquérir beaucoup de mérites, non seulement pour ce­lui qui est malade, mais encore pour ceux qui l'assistent. «Quel­le consolation, disait saint François de Sales dans sa dernière maladie, de voir les peines que ces bons serviteurs se donnent pour moi ! Ils gagnent le ciel à force de bons soins et de cha­rité. »

 

Courage donc ! Il est bien plus aisé de faire son purgatoire en ce monde que dans l'autre : songez combien vous serez heureu­x un jour si vous souffrez maintenant avec patience !

 

Pourvu que vous arriviez au ciel, qu'importe le chemin qui vous y mène ! La route peut vous paraît longue aujourd'hui, mais qu'elle vous semblera courte quand vous toucherez au terme !  Laissez Dieu agir en maître et reposez-vous sur lui avec un abandon complet, comme le passager se confie au pilote pen­dant la tempête ! Ce monde est une mer houleuse semée de mille écueils. Auriez-vous moins de confiance en Dieu pour vous conduire au ciel que dans le matelot pour vous faire aborder heureusement au rivage ?

 

Dieu sait ce qui est le plus avantageux pour votre salut : con­tentez-vous de ce qu'il fait. Il n'a nul besoin de vos conseils : Il ne demande que votre soumission. Sa bonté vous mesure les croix en raison de vos forces : Il a fixé lui-même le temps où il sera opportun de vous en délivrer, et elles ne dureront pas au delà de ce qui vous est nécessaire ou avantageux. Que cette réflexion vous soutienne et vous console.

 

Sainte Lidwine était admirablement fidèle au Seigneur : Il l'éprouva par une maladie extraordinaire durant trente-huit ans, et la patience avec laquelle elle supporta celle épreuve l'éleva à une haute sainteté.

 

Combien d'âmes sont montées au ciel par la maladie et que la santé eût précipitées en enfer ! Combien d'autres sont déjà malheureuses pour l'éternité, et qui eussent été à jamais heureuses si elles avaient été éprouvées par de longues et cruelles souffrances !

 

Saint Alipe resta couché quatorze ans : une large plaie le faisait beaucoup souffrir. Dans cette position douloureuse, il répétait constamment la même prière : « J'adore votre sainte volonté, Ô mon Dieu ! Vous êtes juste et vous m'éprouve avec équité ! » Que cette prière soit aussi la vôtre dans tous vos souffrances et vos maladies !

 

Voici encore quelques courtes oraisons que vous réciterez avec profit quand vous serez malade, non pas toutes à la foi mais tantôt l'une, tantôt l'autre.

 

O mon Dieu, je crois en vous ! — 0 mon Dieu, j'espère en vous !... O mon Dieu, je vous aime par-dessus tout ! O mon Dieu, j'ai un extrême regret de vous avoir offensé !... O Jésus, je veux souffrir, parce que vous le voulez ! 0 Jésus, je veux souffrir comme vous le voulez ! 0 Jésus, je veux souffrir an tant que vous le voulez ! O Jésus, je veux souffrir aussi longtemps que vous le voulez ! O Jésus, je veux souffrir par l'amour de vous, parce que vous avez beaucoup souffert pour l'amour de moi ! Jésus, Marie, Joseph, assistez-moi dans, mon agonie !

 

FÊTE DU JOUR: Saint Jean, apôtre et évangéliste.

 

Saint Jean est l'apôtre que désigne l'Évangile par ces mois : « Le disciple que Jésus aimait. » Notre-Seigneur aime par dessus tout, la pureté virginale et c'est cette vertu qui rendit saint Jean cher à son Cœur sacré. Le plus jeune de tous les, apôtres, Jean fut invité, sur les bords du Jourdain, à suivre Jésus, au commencement de la vie publique du Sauveur. Il fut un des apôtres privilégiés appelés à être témoins de la transfiguration et de l'agonie de Jésus.

 

A la dernière scène, sa tête reposa sur la poitrine du divin Maître, et au jour de la Passion, tandis que tous les autres fuyaient, il accompagna Jésus sur la voie douloureuse et se tint debout près de la croix avec Marie. De la croix notre divin Sauveur légua sa mère à la tendresse de l'apôtre fidèle, qui la recueillit dans sa demeure.

 

Ainsi la Vierge bénie fut confiée à un apôtre vierge, dit saint Augustin. Après l'Ascension de Notre-Seigneur, saint Jean vécut à Jérusalem, puis à Éphèse. C'est là qu'il écrivit son Évangile, si justement appelé l'Évangile de l'amour. Au­cun des autres évangélistes n'a pénétré plus avant dans la connaissance des mystères divins.  Aussi compare-t-on saint Jean à l'aigle pour exprimer la profondeur de ses vues surna­turelles. Le saint apôtre mourut à Éphèse en l'an 100 de l'ère nouvelle.

 

Extrait des LECTURES MÉDITÉES  (1933)

 

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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 18:59

 

Jésus à Bethléem a des bienfaits à répandre sur tous ceux qui vont l'adorer, l'implorer, lui témoigner confiance et amour.

 

Êtes-vous coupable ? Il est la miséricorde incar­née.

Êtes- vous languissante? Il brûle d'amour pour vous.

 

Enfant de Jésus, ne voulez-vous pas entrer dans ce Cœur, puisqu'il vous est toujours ouvert ?

 

Songez en outre que des trésors inestimables sont cachés dans ce Cœur d'Enfant. C'est là que la grâce a sa source ; c'est là que réside la sainteté. Là les sacrements ont leur principe; là l'Église a son aliment.

 

Tout ce qu'il y a de beau et de bon, sur la terre et dans le ciel, se trouve enfermé dans le Cœur de Jésus Enfant. Oh ! Qu’il est doux d'habiter dans ce Cœur ! Dites-lui que vous voulez y établir votre demeure éternelle avec Marie et Joseph.

 

Et maintenant, si vous avez cette intimité avec le Cœur de l'Enfant Jésus, ne serez- vous pas pénétrée de confiance en lui ?

 

Ne redeviendrez-vous pas entant à côté de lui, vous rappelant toujours qu'il est votre seigneur et votre Dieu ?

 

Un enfant entre sans cérémonies ni compliments dans la chambre de son père ; il s'assied près de lui et ils s'entretiennent ensemble. Nous sommes enfants de Dieu, frères de Jésus : Entrons donc avec confiance à Bethléem, sous l'humble toit qui l'abrite. Dans la familiarité de l'âme avec Dieu est la parfaite union. Purifions nos âmes et alors la présence de Jésus ne nous cau­sera pas de trouble ; bien au contraire, elle nous inondera de consolation.

 

Mais voici un trait bien touchant pour exciter encore davantage votre amour envers l'Enfant divin. Le P. Zucchi, la Compagnie de Jésus, remit un jour une petite image l'Enfant Jésus à une personne un peu mondaine, qui, tout l'acceptant avec reconnaissance, demanda en riant ce qu’elle devait faire de ce petit Enfant.

Le saint homme, qui savait qu'elle était grand amateur de musique, et qu'elle y consacrait une bonne partie de ses journées, répondit :

 

«Je vous invite seulement à placer la petite image sur clavecin où vous avez coutume de jouer.»

 

Elle le fit, et comme elle avait sans cesse devant elle cette image à côté de ses morceaux de musique, elle ne pouvait s’empêcher, chaque fois qu'elle jouait, de la regarder souvent. Et voilà que peu à peu ses yeux se portant de plus en plus souvent sur le divin Enfant, ils y demeurèrent longtemps fixes, et de jour en jour son cœur se sentit attiré davantage vers lui. Elle ne tarda pas à entremêler son jeu de longs repos, de fréquents soupirs, pendant lesquels elle considérait attentivement l'image.

 

Hélas ! disait-elle alors en poussant un profond gémissement, quel humiliant contraste entre cet Enfant et moi ! Il a abandonné le ciel et choisi la terre afin que moi j'abandonnasse cette terre et je choisisse le ciel. Et cependant, combien mon cœur est fortement attaché à ce monde, et combien il s'élève péniblement vers le ciel ! Cet Enfant aime la pauvreté, moi les richesses ; il recherche la misère et le besoin, moi le superflu et le bien-être ; il ambitionne le mépris, moi les honneurs et les distinctions ; il marche sur un chemin d'épines, et moi je veux arriver au ciel par un chemin de rosés ; déjà, quoique encore enfant, il tend ses petits bras vers la croix, et moi je recule devant la plus légère mortification ; il veut prendre son premier repos dans une étable et sur un peu de paille grossière, afin qu'un jour je trouve le repos dans le palais de la gloire céleste. O pauvre petit Enfant ! Tu fais et tu souffres tout pour moi, et moi je fais et je souffre si peu pour toi !

 

Ses yeux alors se mouillaient de larmes, et l'émotion profonde qu'elle ressentait lui inspirait de généreux propos.

 

Non, s'écria-t-elle un jour qu'elle venait de repasser ces pensées dans son cœur, non, cela ne peut aller ainsi !  Tant d'amour ne peut et ne doit être compensé que par le plus ar­dent amour.

 

Elle se lève, et comme autrefois la Samaritaine, elle est transformée par les touches puissantes de la grâce. Disant adieu à toutes les frivolités mondaines, elle devient une fer­vente adoratrice de Jésus Hostie, à qui elle se dévoue tout entière et à jamais.

 

Oh ! Combien elle doit aujourd'hui s'applaudir au ciel de cet acte de générosité !

 

26 Décembre, FÊTE DU JOUR: Saint Etienne, premier martyr.

 

Saint Etienne était, selon toute apparence, au nombre des soixante-douze disciples de Nôtre Seigneur.

 

Après l'As­cension, il fut choisi par les apôtres pour être un des sept dia­cres ; il est même nommé le premier de tous avec cette men­tion élogieuse : « Etienne, homme de foi, rempli de l'Esprit-Saint. »

 

 Le ministère des sept diacres fut des plus fructueux ; mais plus que tous, Etienne, plein de grâce et de force, ac­complissait parmi le peuple des prodiges et d'éclatants mi­racles.

 

Un grand nombre d'adversaires se levaient pour dis­cuter avec lui, mais « ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l'esprit qui parlaient en lui. »

 

 Ils entrèrent en fureur. Etien­ne fut aussitôt traduit devant le sanhédrin et accusé comme son divin Maître d'avoir blasphémé contre Moïse et contre Dieu.

 

Il reprocha vivement aux princes des prêtres leur en­durcissement de cœur, leur résistance à l'Esprit-Saint et la mort du Juste. Aveuglés par la colère, ils grincèrent des dents contre lui et le condamnèrent à être lapidé.

 

Saint Etienne fut conduit hors de la ville. Ayant donné leurs vêtements à gar­der à Saul, jeune homme qui devait être un jour saint Paul, les Juifs lancèrent contre Etienne de lourdes pierres ; mais lui, les yeux levés au ciel, s'écriait : « Je vois les cieux entrou­verts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu.»

 

Il ex­pira en priant pour ses bourreaux : « Seigneur Jésus, pardon­nez-leur, ils ne savent ce qu'ils font. Recevez mon esprit ! »

 

Saint Etienne porte le titre de premier martyr, parce qu'il fut le premier qui eut le bonheur de donner sa vie pour Jésus-Christ.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 18:50


                         

 

 

Jésus naît au milieu de la nuit parce que le monde entier était enveloppé de ténèbres et qu'il venait, comme le soleil, pour les dissiper. Toutes les âmes humaines étaient dans les ténèbres, et Jésus devait les éclairer de sa lumière.

 

Ame pieuse, tu es aussi obscurcie par la nuit des passions et de l'ignorance : Approche-toi de la crèche et une grande lumière en jaillira pour t'éclairer. De plus, l'amour-propre t'aveugle, il te cache la lumière de la raison; approche du Seigneur et dis-lui : « Seigneur, faites que je voie ! »

 

Jésus naît dans le silence de la nuit, parce qu'il est ennemi du bruit et de l'agitation. Marie et Joseph sont absorbés dans la contemplation, quand Jésus vient au monde. Si vous n'ai­mez pas le silence et le recueillement, vous n'entendrez pas le Seigneur. Dieu n'a jamais parlé à une âme livrée aux dissipations mondaines.

 

De plus, dans le silence de la nuit tout est en paix : Soyez en paix avec Dieu et avec vos frères ; veillez la nuit dans un silence paisible et vous verrez le Sauveur.

 

Une veille de Noël, saint Bernard éprouva un pieux désir de savoir l'heure à laquelle Jésus était né. Dieu permit qu'a­lors il lui vînt un doux assoupissement pendant lequel l'Enfant Jésus lui apparut dans un berceau en forme de crèche, et il entendit une voix qui disait : « Minuit».

 

Minuit ! O heure, à jamais bénie, qui nous a donné notre Rédempteur et le Bien-Aimé de nos âmes !... Riches et pauvres, justes et pécheurs, tous doivent se réjouir en voyant l'Homme Dieu apparaître. « Jésus Enfant est notre frère selon la na­ture, » Marie est notre mère, Joseph est notre père bien-aimé.

 

Les Anges envient notre sort. Les Patriarches soupiraient après ce beau jour et n'ont pu le voir, et nous, chaque année, nous en jouissons de nouveau. Dieu s'est fait homme, afin que l'homme retrouve le droit au bonheur du Ciel, en Sa compagnie. O sublime mystère !

Jésus est né, nous devons donc aussi renaître avec lui. De quelle manière ? En menant une vie conforme à la sienne. Jé­sus est pauvre, nous devons nous détacher des richesses ; Jésus est humble, nous devons fuir les honneurs ; Jésus est mortifié, nous devons faire la guerre à nos convoitises ; Jésus Enfant, à peine né, s'offre comme victime pour nous à son Père : Nous devons nous immoler avec lui.

 

A peine né aussi, Jésus se comporte envers Marie et Joseph comme un petit enfant à l'égard de son père et de sa mère. Tantôt il incline sa tête sur le chaste sein du Patriarche, tan­tôt il la repose sur ses épaules, tantôt il se suspend à son cou. Ces ineffables tendresses font pénétrer dans le cœur de Joseph des flèches d'amour. 0 félicités de Joseph, qui ne vous envie­rait !

 

Ame pieuse, veux-tu que Jésus te caresse ? Détache-toi des créatures, mais encore plus de toi-même. Ne cherche que lui, et alors il viendra à toi avec les baisers les plus tendres. Sois fidèle à la prière, accueille bien les divines inspirations, et Jésus se fera ton céleste compagnon, il sera tout à toi.

 

Joseph s'épanchait avec Jésus. Il le baisait, le berçait saintement entre ses bras, le cédait à sa Mère, puis le repre­nait, le pressait amoureusement sur son cœur : Quelle vie délicieuse ! Ame dévote, quelles caresses fais-tu à Jésus ? L'appelles-tu ? Le cherches-tu ? Soupires-tu, avec une soif ardente, après la sainte communion ? Désormais, sache voir Jésus en toute chose. Désire-le en toute action. Si tu veux qu'il te ca­resse, caresse-le ; car, dit l'Esprit-Saint, « Le Seigneur est bon pour celui qui le cherche. »

 

Le Père éternel résidait dans l'âme de Joseph el de Marie, en leur communiquant sa sainteté et son amour de père. Qui peut donc dire combien ils aimaient l'Enfant Jésus ?  «Ce n'est plus moi qui vis, pouvait dire chacun d'eux, c'est Jésus qui vit en moi. » Jésus Enfant était l'âme de leurs pensées, de leurs désirs, de leurs actions.

 

Apprends, âme pieuse, à trouver en Jésus, avec Marie et Joseph, la lumière de ton esprit, la vie de ton cœur ; loin de suivre les ténèbres, c'est-à-dire le monde, ni la mort, c'est-à-dire les inclinations vicieuses, ne mets ton bonheur que dans la société de Jésus, Marie, Joseph.

 

Jésus Enfant se repose sur saint Joseph, comme sur la plus belle fleur de son jardin. Il fait dans le cœur de saint Joseph sa plus douce et sa plus chère demeure. Il n'y a pas d'âme après celle de la sainte Vierge, à qui Jésus se soit communiqué avec plus d'empressement et de grâce qu'à Joseph. Ô Jésus, ô Marie, ô Joseph, qu'il est délicieux de vous aimer ! Faites-moi, ô mon céleste Protecteur, ressentir quelque étincelle cet incendie d'amour qu'allumait dans votre cœur l'Enfant Jésus avec un de ses regards, de ses baisers, de ses sourires et de ses embrassements !

 

Comme le  bienheureux  Boniface,  religieux  de  Cîteaux s'affligeait de n'avoir pu assister une nuit de Noël à l'office divin, l'Enfant Jésus, raconte une pieuse légende, lui apparut enveloppé de langes, et, tirant sa petite main de dessous ces langes sacrés, il mit bien à découvert son visage, afin que son serviteur pût le contempler à son aise.

 

O Jésus, faites-vous voir à mon âme, dans une de ces extases d'amour, quand j'aurai le bonheur de vous recevoir au banquet eucharistique !

 

25 DÉCEMBRE, FÊTE DU JOUR:

La Nativité de N-S. Jésus-Christ.

 

Il était minuit ; le monde était plongé dans le repos ; rien ne semblait distinguer cette nuit des autres nuits, et cependant, c'était celle que Dieu avait désignée dès l'éternité pour faire éclater ses miséricordes ; c'était son silence que devait rompre l'annonce de la grande nouvelle : « Terre, écoute ! Cieux, prêtez l'oreille, voici qu'un Sauveur vous est né. » Il était minuit, et, dit le saint Évangile, Marie mit au monde l'Enfant divin, l'enveloppa de langes, et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait point de place pour eux dans l'hôtellerie. Or, il y avait dans les environs des bergers qui veillaient à la garde de leurs troupeaux. Tout à coup, un ange  du Seigneur apparut auprès d'eux, une clarté céleste l'environnait, et ils furent remplis d'une grande frayeur. Mais l'ange leur dit : Ne craignez pas, car je viens vous annoncer, à vous et à tout le peuple, le sujet d'une grande joie ; il vous est né aujourd'hui un Sauveur dans la ville de David, c'est le Christ, le Seigneur, et voici à quel signe vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. Aussitôt une troupe nombreuse de la milice céleste se joignit à l'ange, et se mit à louer Dieu en chantant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté. » Ainsi le Fils de Dieu naît dans la pauvre­té et, dit saint Bernard, « une étable est son palais, son trône est la crèche, Marie et Joseph forment toute sa cour ! »

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 18:32

 

Mourir, c'est un mot bien simple : mais quel orateur, fût-il doué de la plus prestigieuse éloquence, pourra jamais faire un parfait tableau de toutes les circons­tances qui précèdent, accompagnent et suivent la mort ?

 

La mort est une privation universelle :

 

Une inévitable et éternelle séparation de tous les biens du corps, de tous les agréments de là nature, de toute richesse, de toute gloire, de toute dignité, de toute puissance: Séparation des parents, des époux, des proches, des enfants, des amis, des familiers, de tous les hommes en un mot, et séparation si complète qu'il n'est pas un de ceux à qui vous vous êtes attachée à plaire, pour qui vous vous êtes sacrifiée, qui voulût vous suivre dans ces régions inconnues et mystérieuses qui s'étendent au delà de la vie ! Voilà le terme de toute grandeur humaine.

 

Un moribond s'écriait en gémissant : « Hélas ! Pourquoi ai-je tant travaillé pour les miens et si peu pour moi ! » Parole vraie, mais alors inutile.

 

Vous êtes entrée en ce monde pauvre de tout bien ; et pauvre vous en sortirez. Fussiez-vous plus riche que Crésus, il ne vous sera pas donné d'emporter un grain de vos champs, une obole de vos trésors, une toison de vos troupeaux ! Votre corps lui-même, vous devrez l'abandonner à la terre, livide, défiguré, affreux à voir, d'ailleurs destiné à devenir la pâture des vers.

 

« Qu'il repose en paix ! » voilà tout ce qu'on dira de vous et puis, peut-être ne sera-t-il jamais plus question de vous dans le monde. Que de fois la mémoire des morts s'évanouit avec le dernier tintement des cloches ! Mais dût-on parler beaucoup de vous après votre mort, en seriez-vous plus avancer.  Voyez ces orateurs, ces poètes, ces hommes de guerre,  diplomates qui ne rêvent que la gloire et ne songent qu'à passer à la postérité : En supposant que leurs vœux soient accomplis,  qu'y gagneront-ils?  Les voilà morts: sauront-ils au moins qu'on rappelle leurs talents et leurs œuvres ? Ils n'en sauront absolument rien et par conséquent leur situation ne sera pas meilleure que celle du dernier paysan qui ignore lui, qu'on l'a complètement oublié. O sottise et enfantillage que cette ambition de se survivre !

 

Mais qu'est-ce encore que mourir ?

 

Mourir, c'est lutter pour le salut de son âme, dans une étroite arène, seule, faible et sans appui, baignée de sueur, ayant à tenir tête à la puissance des ténèbres, au démon, à un ennemi rusé et méchant. Épouvantable lutte ! Moment terrible après lequel le Maître suprême vous assignera à son tribunal pour vous juger avec une inflexible rigueur !

 

Mourir ! C'est s'en aller, sans guide, sans compagnon de voyage, pour une contrée lointaine, pour notre demeure éternelle, où l'on n'a égard qu'à la vertu et à la sainteté ; où toutes les choses périssables du monde sont de la fausse monnaie et hors de cours ; où l'âme doit entendre prononcer une sentence sans appel et recevoir une couronne éternelle ou une éternelle réprobation.

 

O mort! Ô fatal instant qui embrasse la durée des siècles ! Ô moment suprême dont tous les moments de notre vie devraient être le but et la fin !  Moment d'où dépendent une éternelle félicité ou une éternelle amertume, un règne éternel ou une éternelle captivité, les supplices de l'enfer ou les ravissements du ciel ! Oh ! Oui, cet instant suprême devrait être sans cesse présent à notre souvenir, si nous avions un grain de sagesse et de véritable bon sens !

 

Examinez-vous vous-même, avant de subir l'examen du Juge souverain, et corrigez sans retard ce qui vous inspire­rait le plus de crainte s'il vous fallait mourir sur-le-champ.

 

O Jésus crucifié, quelle démence de ma part que d'avoir poursuivi les biens périssables de la terre, parfois même au détriment de ce que je vous devais !

 

Quelle impiété que d'a­voir si souvent préféré, à votre amitié, qui pourra seule nous rassurer à l'heure de la mort, l'amitié des hommes qui seront alors dans l'impuissance de m'assister en rien !

 

Je reviens à vous avec douleur et je vous dis avec une profonde humilité et un sincère repentir : Jésus, ayez pitié de moi, ne m'aban­donnez pas dans ce dernier combat dont l'issue décidera de mon bonheur ou de mon malheur éternel !

24 DÉCEMBRE.  FÊTE DU JOUR:

 

Sainte Anastasie, veuve. Fille de Prétextât, riche citoyen de Rome, mais païen, Anastasie fut mariée à un noble seigneur, qui avait grand crédit dans le monde, mais qui était païen aussi et qui se nom­mait Publius. Il fallait une vertu solide pour résister aux mau­vais exemples d'un tel époux. Anastasie sut se préserver de la contagion, par son assiduité dans la prière, et par l'abondance de ses aumônes. On la voyait aller, sans suite et modestement vêtue, de prison en prison, visiter les chrétiens. Ces œuvres de charité lui attirèrent les persécutions de Publius, qui la renferma dans sa maison, où il la traitait avec beau­coup de dureté. Accablée de douleur, la jeune dame écrivit à saint Chrysogone, qui, persécuté lui-même, lui répondit qu'elle serait bientôt en liberté. Publius ayant été chargé peu après d'une mission en Perse, périt misérablement dans ce voyage; et Anastasie, délivrée d'un dur esclavage, fut mise en posses­sion de biens immenses. Elle ne s'en servit que pour secourir les pauvres et pour continuer ses charitables soins aux con­fesseurs de Jésus-Christ.

 

Sous le règne de Dioclétien, saint Chrysogone ne tarda pas à être arrêté et jugé. Anastasie se porta à sa rencontre pour le secourir et, sans aucune crainte, se montra chrétienne fervente et dévouée. Il n'en fallut pas davantage pour qu'elle fût saisie à son tour et remise entre les mains du juge Florus, qui n'épargna rien pour lui faire renoncer au culte du vrai Dieu. Voyant ses efforts inutiles, il soumit Anastasie à divers supplices, et, comme il n'avait pu la faire périr, il ordonna qu'elle fût brûlée vive, ce qui eut lieu le 25 décembre 304.

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉE (1933)

 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 19:48

 

«Dieu n'intéresse plus », cette petite phrase du cardinal Suhard, lourde de tristesse et char­gée de reproche, est la constatation d'un fait que nous pouvons vérifier quotidiennement.

 

Ce qui inté­resse et parfois passionne l'homme d'aujourd'hui c'est la science et la technique, ce sont les affaires et le travail, c'est aussi ce que Pascal appelait le diver­tissement : cinéma, nouvelles, sport. Ne disons pas que le monde actuel est sans religion : il pratique la religion de l'argent, la religion du progrès, la religion du stade, les formes variées de la religion du monde humain.

 

Mais la religion du Dieu vivant ne l'intéresse guère. Même dans des pays qui ne font pas profession d'athéisme, souvent la grande niasse est pratiquement athée, pratiquement, tran­quillement et avec bonne conscience. Et parmi ceux qui sont restés fidèles à Dieu, beaucoup regar­dent la religion comme ennuyeuse, un ennui qu'il faut accepter à certaines heures, après quoi on se hâte de revenir à ce qui présente un intérêt réel.

 

Ainsi l'homme, en général, n'aime pas prier. « Il éprouve facilement, a-t-on dit, à l'égard de la prière de l'ennui, de l'embarras, de la répugnance et, à proprement parler, une véritable hostilité. Tout le reste lui semble alors plus attirant et plus important. Il dit qu'il n'a pas le temps... Il vaudrait bien mieux dire franchement : « Je ne veux pas prier. »

 

« Dieu n'intéresse plus », nous dit-on, ce qui im­plique qu'en d'autres temps Dieu intéressait. Il pa­raît en effet incontestable que l'épaisseur, la den­sité de l'atmosphère matérialiste dans le monde actuel favorise et développe le dégoût des choses de Dieu.

 

Mais ce dégoût a toujours existé et a des raisons profondes dans l'homme. Il est à la fois, pourrait-on dire, anormal et naturel. Anormal, puisque tous les êtres créés sont orientés vers Dieu par leur être même et leur désir essentiel. Comme le chantait un poète de l'Eglise ancienne : « Tous les êtres, ceux qui parlent et ceux qui sont muets, te proclament. Tous les êtres, ceux qui sont muets, ceux qui n'ont point la pensée, te rendent hom­mage. Le désir universel, l'universel gémissement tend vers toi. Tout ce qui est te prie; et vers toi tout être qui pense ton univers fait monter un hymne de silence... »

 

L'homme, plus que toute autre créature, est fait pour Dieu ; il se définit comme une faim et une soif de Dieu ; dans tout ce qu'il recherche et poursuit, plaisir sensible, joie ar­tistique, ivresse de la connaissance et de la décou­verte, satisfaction profonde de l'amour, c'est tou­jours Dieu qu'il cherche consciemment ou sans le savoir. Il semble donc normal que tous nos désirs soient tendus vers ce qui nous conduit à Dieu et que toute notre activité ait pour objet de nous préparer à ce royaume seul capable de nous béatifier.

 

Mais tout cela étant dit, ce dégoût des choses divi­nes, qui semble aberrant et monstrueux, peut, à un autre point de vue, paraître normal. Newman a fait un sermon intitulé : « La religion, un ennui pour l'homme naturel. »

 

Cette formule même nous éclaire sur la question. On peut constater sans irrévérence aucune que Dieu n'intéresse pas l'homme : Cela n'insinue absolument rien contre la perfection divine et son amabilité suprême ; par là on ne fait que souligner l'imperfection de l'homme et sa misère.

 

On peut souvent constater que la vérité n'attire pas l'homme; non point, comme le préten­dait Renan, que la vérité soit triste, mais c'est l'homme qui est encore ténèbres et n'est pas plei­nement accordé à la lumière.

 

On peut constater, par expérience, que la vie de piété semble souvent en­nuyeuse. Ce n'est pas dire que la piété manque d'intérêt en elle-même, mais seulement, comme le dit saint Paul, que « l'homme charnel (c'est-à-dire l'homme psy­chique, l'homme humain) ne perçoit pas la réalité divine » (1Cor., 2, 14).

 

D'une manière plus précise, d'où vient que l'homme s'intéresse peu aux choses de Dieu ?  C'est d'abord que toute la religion repose sur la foi, laquelle demande une abnégation continuelle aux êtres avides de voir, de toucher, de sentir, aux êtres que nous sommes. Dès lors, les vérités les plus éblouissantes nous paraissent des abstrac­tions. Sans doute nous trouvons bien naïve la ré­flexion de cette femme qu'on essayait de consoler de la mort de son fils en la faisant penser au bonheur qu'il avait de voir Dieu : « Voir Dieu, est-ce une occupation pour un jeune de vingt ans? » Mais n'avons-nous pas les mêmes naïvetés? Dési­rons-nous réellement la vision de Dieu ?

 

De plus, toute religion sérieuse exige des efforts qui répugnent singulièrement à « l'homme naturel ». Elle demande une vie intérieure et silencieuse. Or, même à des époques moins bruyantes que la nôtre, mieux garanties du brouhaha où nous vivons, si­lence et recueillement ont toujours été difficiles à l'homme.

 

« Tout le malheur des hommes, remarque Pascal, vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre... De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le re­muement ; de là vient que la prison est un supplice si horrible; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. »

 

Enfin le service de Dieu demande un contrôle continuel de soi, car il n'y a pas de repos hebdo­madaire ni de congés payés par rapport aux de­voirs et aux commandements essentiels.

 

Cet ef­fort soutenu requiert un genre d'activité qui n'a pas le stimulant ni la récompense d'une activité na­turelle humaine, car les résultats sont acquis lente­ment, en général ne sont pas contrôlables et ne peuvent être chiffrés dans des statistiques encoura­geantes.

 

En face de ce monde surnaturel, le seul vraiment solide, mais qui est impalpable et semble irréel, le monde visible exerce sa séduction ; et nous sommes toujours attirés à lui par les concupiscences qui de­meurent vivaces en nous.

 

Voilà pourquoi il faut, sans doute, approuver hautement toutes les tentatives faites pour persua­der les chrétiens que la religion n'est pas en elle-même ennuyeuse et maussade, pour les intéresser à la Bible, pour les faire participer activement à la liturgie, bref pour leur faire vivre le christia­nisme.

 

Mais cet intérêt très réel demeurera tou­jours sur un autre plan que celui du monde hu­main et n'enlèvera pas à la religion son caractère d'austérité. Le catéchisme, même adapté à l'enfant, restera sévère et n'aura pas pour lui le même agré­ment que ses journaux illustrés.

 

La Bible, saint Jérôme en faisait déjà l'expérience, n'aura pas la séduction de certains chefs-d'œuvre littéraires. Et le drame liturgique, même compris par les fidèles, ne pourra soutenir la concurrence, pour l'imagina­tion et la sensibilité, de certains films ou de cer­taines pièces de théâtre.

 

Certes, Dieu se fait parfois sensible au cœur ; mais cette grâce ne nous est pas garantie et peut être rare dans une vie chrétienne. Il faut donc ac­cepter courageusement l'ennui, l'impression de mo­notonie qu'à certains moments nous inspirent les choses divines. C'est le poids de la chaleur et du jour que doivent supporter les bons serviteurs.

 

Dans cette souffrance il y a une valeur de purifica­tion : « Quelle affliction, dit le P. Faber, de trou­ver tant de dégoût dans le service de Dieu ! Plus nous l'aimons et le craignons profondément, plus nous nous sentons misérables d'une telle infir­mité ! »

 

Ne méritons pas que le Christ nous adresse le reproche qu'il fait aux disciples : « Vous n'avez pu veiller une heure avec moi ! » (Mt., 26, 40). Mais songeons que le Christ lui-même, sans avoir les concupiscences et les faiblesses de « l'homme psy­chique », a voulu librement supporter en ses heures d'agonie le poids de l'ennui et nous a ainsi mérité la grâce de le dominer.

 

Et par sa Passion le Sauveur nous a mérité de recevoir le Saint-Esprit, l'Esprit qui nous console parce qu'il fait pénétrer les profondeurs de Dieu et nous rend plus réel le monde invisible.

 

De même que l'homme découvre qu'au delà du plaisir, il y a le bonheur, de même le chrétien découvre qu'au-delà du plaisant, de l'agréable et dans l'aus­térité inévitable du christianisme, il peut y avoir et il y a la joie profonde.

 

Que l'Esprit-Saint nous fasse réaliser cette découverte qui transformera notre vie !

 

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU

Volume VI, du Père Gaston Salet S.J.

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 19:44

 

« A mourir, je gagne! » Comment un homme, un mortel, a-t-il pu écrire de sang-froid une parole aussi provocante et humainement folle ?

 

Pro­vocation, folie, c'est bien ainsi qu'ont dû la juger les païens contemporains de l'Apôtre Paul, c'est ainsi que doivent la juger les païens de tous les siècles.

 

Déjà les anciens poètes grecs gémissaient : « La vie des hommes est orpheline et impuissante, incapable de résister à la vieillesse et d'échapper à la mort. Pourquoi en vain faire effort, puisque tout aboutit à mourir dépouillé ? »

 

Et un poète du XXe siècle, un païen lui aussi, reprend le même gémissement : « Derrière moi il ne reste plus qu'un sillage stérile, oblique, léger : j'ai vécu en vain. Devant moi, dans l'ombre, est la mort sans flam­beau : je mourrai en vain. »

 

La mort est une voleuse qui nous enlève tout : biens matériels, ami­tiés, famille ; et qui nous enlève notre être même en nous déchirant. En présence de cette ruine totale et de cette brutalité, parler de gain semble une plaisanterie macabre.

 

Et au défi que lui lance encore saint Paul : « O mort, où est ta victoire? » La mort aurait beau jeu de répondre : « Ma victoire, elle est partout : car pas un être humain ne m'échappe; et ma victoire est absolue, aboutissant à la désagrégation même de cet être humain. »

 

Mais avec toutes ces considérations développées indéfiniment par les littératures et les philosophies, nous restons au niveau du paganisme. Or saint Paul se mettait dans la perspective et la lumière de la foi chrétienne. Dès lors tout change.

 

Cette mort, qui se présentait comme une spoliation brutale et une extermination révoltante, doit nous apparaître comme le sommet de notre existence ici-bas, comme l'heure privilégiée de cette existence et sa consommation, l'acte le plus solennel, le plus beau et le plus méritoire de notre vie.

 

D'où vient ce changement radical, cette transfor­mation inattendue? C'est que le Dieu fait homme, venant ici-bas comme volontaire de la vie hu­maine, a voulu être aussi volontaire de la mort. Et tout ce que touche le Christ, il le transforme et le transfigure, même si en apparence il le laisse inchangé.

 

En vivant une existence de travail obscur et d'occupations quotidiennes, il a transformé l'obscurité et le quotidien. En mourant d'une mort humaine, il a transformé cette mort et lui a donné un sens et une valeur : elle est un accomplisse­ment.

 

Reconnaissons que le Christ n'a pas triché avec la condition humaine : il a accepté et choisi la mort avec tout ce qu'elle peut comporter d'humiliation et de souffrance jusqu'au paroxysme.

 

Rien de glo­rieux dans ce drame, rien de grand, aucun pana­che, aucune auréole : la banalité d'une exécution capitale, apparemment, un fait divers de la chronique judiciaire, un mélange de barbarie et de vul­garité. Or c'est par cette croix brutale et déshono­rante que le Christ a sauvé le monde.

 

Car sur le Calvaire occupé par les ennemis et les badauds, la mort de Jésus, qui n'a rien d'une solennité liturgique et qui semble une boucherie ignoble, est en réalité le sommet de l'histoire religieuse, le sacrifice dans lequel le Prêtre souverain expie par sa charité le péché du monde et ouvre au genre humain les portes de la vie.

 

«Il n'y a rien de plus grand dans l'univers que Jésus-Christ, dit Bossuet, il n'y a rien de plus grand dans Jésus-Christ que son sacrifice; il n'y a rien de plus grand dans son sacrifice que son dernier soupir.»

 

Et pour Jésus lui-même cette neuvième heure sur le Calvaire, cette heure de lourdes ténèbres, qui semblait la fin de tout, annonce déjà l'aube pascale et la Résurrection.

 

Mais la foi ne nous révèle pas seulement la valeur infiniment méritoire et la beauté réelle de la mort de l'Homme Dieu; elle nous enseigne aussi que notre mort à nous a été sanctifiée par le Christ et que nous pouvons unir cette mort à son sacrifice.

 

Car qu'est-ce que la vie chrétienne tout entière sinon l'union avec le Christ mort et ressuscité? Cette union s'inaugure et s'opère réellement au baptême, qui est dans notre existence le seuil déci­sif, la péripétie essentielle, la rupture véritable, puisque c'est là que nous mourons au mal et nais­sons à la vie divine.

 

Cette union avec le Christ doit se continuer à travers toute notre vie : nous devons toujours davantage nous libérer de ce mal du péché et nous laisser envahir par la vie divine ; nous devons toujours davantage nous unir par nos souffrances offertes et notre amour au sacrifice du Sauveur, en mettant à profit les grâces qu'il nous a méritées par sa mort.

 

Mais c'est notre dernier jour qui doit être le plus beau, qui doit être la suprême montée. Car c'est en acceptant généreusement la mort qui représente pour nous le plus dur sacrifice que nous sommes unis le plus étroitement au sacrifice du Christ ; c'est alors que nous pénétrons au suprême degré cette vie divine, qui doit à la fin s'épanouir dans notre résur­rection dont la Résurrection du Christ est le modèle et l'assurance indubitable.

 

Ce doit être l'acte décisif de notre vie, celui où se consommera enfin cette union avec le Christ mort et ressuscité qu'a inau­gurée notre baptême et qui doit se réaliser de mieux en mieux tout le long de notre existence.

 

Sur la Croix du Vendredi Saint le Sauveur nous a mérité cette grâce. Sur cette Croix où il pensait à nous, le Christ, Prêtre de toute l'humanité, a souf­fert, pour ainsi dire, d'avance notre agonie person­nelle; d'avance il l'a offerte avec la sienne au Père. Et au dernier moment, nous n'aurons qu'à accep­ter et à ratifier cette offrande faite jadis en notre nom.

 

Dès lors tout est changé : « A mourir, je gagne. » Peu importent les circonstances mêmes de cette mort, que nous devons abandonner à la Providence et sur lesquelles nous devons avoir le courage de bannir toute anxiété et même toute interrogation.

 

Que nous mourions dans la banalité d'une chambre de malade ou tragiquement dans ce qu'on appelle un accident absurde, que notre mort soit entourée de soins attentifs et d'affection fidèle ou qu'elle soit tragiquement solitaire, en réalité elle ne sera ni solitaire, ni stupide, ni banale, puisqu'elle sera consolée par la présence du Christ, transfigurée par la grandeur du sacrifice, radieuse de l'espérance toute proche du ciel et de la perspective de la résurrection.

 

Oui, elle sera tout cela, mais à une condition. La formule de l'Apôtre : « A mourir, je gagne », n'est que la seconde partie de sa phrase, comme elle n'est qu'un aspect de sa pensée. Car il a écrit : « Pour moi, la vie, c'est le Christ, et à mourir je gagne ».

 

Il ne doit pas y avoir discontinuité et brisure entre la vie et la mort du chrétien comme si la mort était un coup de théâtre, un brusque renversement de situation. La mort n'est un gain pour l'homme que si le Christ est pour lui la vie, c'est-à-dire s'il a vécu dans sa lumière, dans sa vérité, dans l'observation de ses volontés, si son existence a été profondément une amitié avec le Christ.

 

C'est la grâce qu'il faut demander par l'interces­sion de Marie : car elle est Notre-Dame des agonies, celle qui a souffert en son cœur tous les déchire­ments de la mort de son Fils, celle qui près de la Croix de son premier-né a appris à veiller l'ago­nie de ses autres enfants ; et elle est Notre-Dame de l'Assomption, celle dont la mort fut une extase, parce qu'un élan irrésistible l'attirait vers ce Jésus qui était toute sa vie.

 

O Vierge, priez pour nous maintenant et à notre heure suprême.

 

PLUS PRÈS DE DIEU.  Gaston  Salet S. J.

Volume 3

 

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