Mourir, c'est un mot bien simple : mais quel orateur, fût-il doué de la plus prestigieuse éloquence, pourra jamais faire un parfait tableau de toutes les circonstances qui précèdent, accompagnent et suivent la mort ?
La mort est une privation universelle :
Une inévitable et éternelle séparation de tous les biens du corps, de tous les agréments de là nature, de toute richesse, de toute gloire, de toute dignité, de toute puissance: Séparation des parents, des époux, des proches, des enfants, des amis, des familiers, de tous les hommes en un mot, et séparation si complète qu'il n'est pas un de ceux à qui vous vous êtes attachée à plaire, pour qui vous vous êtes sacrifiée, qui voulût vous suivre dans ces régions inconnues et mystérieuses qui s'étendent au delà de la vie ! Voilà le terme de toute grandeur humaine.
Un moribond s'écriait en gémissant : « Hélas ! Pourquoi ai-je tant travaillé pour les miens et si peu pour moi ! » Parole vraie, mais alors inutile.
Vous êtes entrée en ce monde pauvre de tout bien ; et pauvre vous en sortirez. Fussiez-vous plus riche que Crésus, il ne vous sera pas donné d'emporter un grain de vos champs, une obole de vos trésors, une toison de vos troupeaux ! Votre corps lui-même, vous devrez l'abandonner à la terre, livide, défiguré, affreux à voir, d'ailleurs destiné à devenir la pâture des vers.
« Qu'il repose en paix ! » voilà tout ce qu'on dira de vous et puis, peut-être ne sera-t-il jamais plus question de vous dans le monde. Que de fois la mémoire des morts s'évanouit avec le dernier tintement des cloches ! Mais dût-on parler beaucoup de vous après votre mort, en seriez-vous plus avancer. Voyez ces orateurs, ces poètes, ces hommes de guerre, diplomates qui ne rêvent que la gloire et ne songent qu'à passer à la postérité : En supposant que leurs vœux soient accomplis, qu'y gagneront-ils? Les voilà morts: sauront-ils au moins qu'on rappelle leurs talents et leurs œuvres ? Ils n'en sauront absolument rien et par conséquent leur situation ne sera pas meilleure que celle du dernier paysan qui ignore lui, qu'on l'a complètement oublié. O sottise et enfantillage que cette ambition de se survivre !
Mais qu'est-ce encore que mourir ?
Mourir, c'est lutter pour le salut de son âme, dans une étroite arène, seule, faible et sans appui, baignée de sueur, ayant à tenir tête à la puissance des ténèbres, au démon, à un ennemi rusé et méchant. Épouvantable lutte ! Moment terrible après lequel le Maître suprême vous assignera à son tribunal pour vous juger avec une inflexible rigueur !
Mourir ! C'est s'en aller, sans guide, sans compagnon de voyage, pour une contrée lointaine, pour notre demeure éternelle, où l'on n'a égard qu'à la vertu et à la sainteté ; où toutes les choses périssables du monde sont de la fausse monnaie et hors de cours ; où l'âme doit entendre prononcer une sentence sans appel et recevoir une couronne éternelle ou une éternelle réprobation.
O mort! Ô fatal instant qui embrasse la durée des siècles ! Ô moment suprême dont tous les moments de notre vie devraient être le but et la fin ! Moment d'où dépendent une éternelle félicité ou une éternelle amertume, un règne éternel ou une éternelle captivité, les supplices de l'enfer ou les ravissements du ciel ! Oh ! Oui, cet instant suprême devrait être sans cesse présent à notre souvenir, si nous avions un grain de sagesse et de véritable bon sens !
Examinez-vous vous-même, avant de subir l'examen du Juge souverain, et corrigez sans retard ce qui vous inspirerait le plus de crainte s'il vous fallait mourir sur-le-champ.
O Jésus crucifié, quelle démence de ma part que d'avoir poursuivi les biens périssables de la terre, parfois même au détriment de ce que je vous devais !
Quelle impiété que d'avoir si souvent préféré, à votre amitié, qui pourra seule nous rassurer à l'heure de la mort, l'amitié des hommes qui seront alors dans l'impuissance de m'assister en rien !
Je reviens à vous avec douleur et je vous dis avec une profonde humilité et un sincère repentir : Jésus, ayez pitié de moi, ne m'abandonnez pas dans ce dernier combat dont l'issue décidera de mon bonheur ou de mon malheur éternel !
24 DÉCEMBRE. FÊTE DU JOUR:
Sainte Anastasie, veuve. Fille de Prétextât, riche citoyen de Rome, mais païen, Anastasie fut mariée à un noble seigneur, qui avait grand crédit dans le monde, mais qui était païen aussi et qui se nommait Publius. Il fallait une vertu solide pour résister aux mauvais exemples d'un tel époux. Anastasie sut se préserver de la contagion, par son assiduité dans la prière, et par l'abondance de ses aumônes. On la voyait aller, sans suite et modestement vêtue, de prison en prison, visiter les chrétiens. Ces œuvres de charité lui attirèrent les persécutions de Publius, qui la renferma dans sa maison, où il la traitait avec beaucoup de dureté. Accablée de douleur, la jeune dame écrivit à saint Chrysogone, qui, persécuté lui-même, lui répondit qu'elle serait bientôt en liberté. Publius ayant été chargé peu après d'une mission en Perse, périt misérablement dans ce voyage; et Anastasie, délivrée d'un dur esclavage, fut mise en possession de biens immenses. Elle ne s'en servit que pour secourir les pauvres et pour continuer ses charitables soins aux confesseurs de Jésus-Christ.
Sous le règne de Dioclétien, saint Chrysogone ne tarda pas à être arrêté et jugé. Anastasie se porta à sa rencontre pour le secourir et, sans aucune crainte, se montra chrétienne fervente et dévouée. Il n'en fallut pas davantage pour qu'elle fût saisie à son tour et remise entre les mains du juge Florus, qui n'épargna rien pour lui faire renoncer au culte du vrai Dieu. Voyant ses efforts inutiles, il soumit Anastasie à divers supplices, et, comme il n'avait pu la faire périr, il ordonna qu'elle fût brûlée vive, ce qui eut lieu le 25 décembre 304.
Extrait de : LECTURES MÉDITÉE (1933)
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