Le Christ en croix a été représenté différemment, selon les peuples et selon les époques de l'histoire.
Les différents peuples nous montrent le Christ d'après leur tempérament religieux. Par exemple, les Byzantins et les Slaves exaltent un Christ majestueux, le Christ-Roi sur la Croix comme sur un trône de gloire; les Espagnols exposent des Crucifix tourmentés et pathétiques; les Italiens vénèrent un Christ émouvant et douloureux; les Français adorent, dans le Sauveur en Croix, l'Homme Dieu qui s'immole pour ses frères.
Dans la primitive Église, on avait un si grand respect pour la Croix, que l'empereur byzantin Théodose interdisait de représenter la Croix dans les pavages, afin qu'elle ne soit pas foulée aux pieds (Ve siècle).
Parmi les vestiges d'une église primitive à Nazareth, on a trouvé dessinée une CROIX COSMIQUE : figure du Christ, cette Croix est entourée de croisillons aux quatre angles, pour marquer les quatre parties du monde, et la maîtrise du Christ sur tout l'univers. Au IIIe siècle, S. Irénée écrivait : « Le Verbe de Dieu remplit le monde entier de sa présence invisible; ayant été crucifié pour tous, il a tracé le signe de la Croix sur toutes choses. » (Cf. L'Ami du Clergé, 1971, p. 579).
On vante volontiers la façon dont les Orientaux, puis les théologiens du Moyen-âge, se représentaient la Croix du Christ : c'était la Croix triomphale, ornée de pierres précieuses. Par contraste « la dévotion tendre et compatissante issue de saint Bernard et de S. François d'Assise est présentée comme une dégradation « à l'échelon des sentiments humains familiers»...
Mais sans compter que les sentiments humains familiers ont une grande valeur, n'est-ce pas plutôt l'interprétation du Moyen-âge qui concorde le mieux avec celle des Évangélistes ?
Eux qui baignaient dans une atmosphère de Résurrection et de Pentecôte, ils n'ont pas hésité à nous décrire la Passion, depuis Gethsémani jusqu'au Calvaire, en termes d'une objectivité bouleversante. Et l'élaboration théologique de saint Paul n'a pas diminué l'importance de la Passion du Christ . . .
Notre époque est trop portée à oublier la Croix du Seigneur et le rôle de la souffrance chrétiennement supportée. (R. P. M. Trémeau, O.P, dans L'Ami du Clergé, 1967, p. 635).
Dans le mouvement liturgique actuel (1972), on met en évidence surtout le Mystère Pascal, tandis que depuis le Moyen Age on mettait l'accent sur le mystère de la Passion et de la Croix.
De nos jours, certains artistes représentent le Christ écrasé et comme vaincu par son Adversaire, comme s'ils voulaient marquer le fiasco de la Rédemption et l'effacement de la Divinité du Christ.
Le Crucifix souffrant devrait garder un caractère divin et laisser pressentir, même dans la mort la plus ignominieuse, la victoire du Christ sur l'Enfer et sa prochaine Résurrection.
Extrait de : La CROIX, étendard du Christ Roi. Chanoine Georges Panneton
Édition LE BIEN PUBLIC (1972)
Trois-Rivières, Canada.
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