Extrait de : Saint Bonaventure vous parle de LA SCIENCE.
Éditions Franciscaines. Paris 1943. Albert Garreau.
Contre Guillaume de Saint-Amour et les autres adversaires des Ordres mendiants, saint Bonaventure soutient que les clercs ne sont pas obligés au travail manuel. Plus encore, ceux à qui leur règle impose de prêcher sont tenus à se livrer aux études. Car, écrit saint Bonaventure à ce maître inconnu qui était un ennemi des sciences et des livres, « s'ils ne doivent pas prêcher des futilités, mais une doctrine pure et divine, s'ils ne peuvent la savoir sans l'étudier et l'étudier sans s'en procurer les moyens, c’est de toute évidence que la perfection de la Règle réclame l'usage des livres au même titre que le devoir de prêcher ».
Et l'usage des livres suppose un enseignement organisé des sciences qu'ils contiennent. Dans les déterminations de diverses questions sur la Règle, saint Bonaventure estime que la grammaire et la théologie sont des sciences indispensables au confesseur et au prédicateur et qu'elles le sont encore plus aux supérieurs, qui ont charge d'âmes.
Mais aucun chrétien, quel que soit son état, ne doit avoir l'audace de les dédaigner ; car la foi s'accroît par une connaissance plus claire et une certitude plus grande : « La connaissance de la théologie n'est pas seulement nécessaire pour la prédication et l'enseignement, pour réfuter les hérésies et pour défendre la foi ; elle est aussi nécessaire, pour notre propre et personnelle instruction.
«Celui qui sert Dieu doit savoir se gouverner et se conduire comme Dieu veut, savoir distinguer entre les vertus et les vices, avoir une intelligence plus parfaite de Dieu et de la récompense future et parler toujours et de tout avec plus de discernement et de profit. Voilà pourquoi l'Apôtre conseilla à Timothée l'étude des Écritures. ...C'est dans l'Écriture et non ailleurs qu'on trouve la vérité de la foi et les règles de la sainteté de vie ».
La théologie, la science des Écritures, est donc la plus certaine de toutes les sciences, la plus noble et la plus haute. Elle embrasse toute la Création, depuis son premier principe jusqu'à sa fin, depuis le premier jour de la Genèse jusqu'aux récompenses et aux châtiments éternels. Pour cette raison même, toutes les autres sciences et la connaissance de la Création entière sous tous ses aspects sont utiles par quelque côté à la théologie ; c'est la thèse de la réduction des arts libéraux à la théologie : « De même que toutes les sciences humaines dérivent d'une seule lumière, qui est Dieu, de même elles sont toutes ordonnées à la science de l'Écriture, où elles trouvent leur synthèse et leur perfection ; c'est par là qu'elles retournent à Dieu, dont elles sont descendues. Toutes nos connaissances doivent donc converger vers la science que l'Écriture contient et y chercher leur couronnement par l'union avec Dieu ».
Sagement pratiquées, les sciences ne manquent pas d'être un puissant secours pour la vie spirituelle : « Le fruit de toutes les sciences est d'établir la foi en tous, d'honorer Dieu, de régler la conduite personnelle, de puiser les consolations cachées dans l'union de l'époux céleste et de l'épouse, union qui ne s'atteint que par la charité, fin de tout ce à quoi tend l'Écriture et conséquemment, toute lumière venant d'en haut, fin sans laquelle toute science est vaine ; car on n'arrive au Fils que par le Saint Esprit, qui nous révèle toute vérité ».
Aucun doute n'est donc possible quant à la légitimité des études, et le maître inconnu s'embarrasse de sophismes lorsqu'il feint de voir une contradiction entre les débuts de l'Ordre des Mineurs et sa position actuelle : « Devant Dieu, je t'avoue, lui répond saint Bonaventure, que loin d'être pour moi une occasion de scandale, le mouvement intellectuel dans lequel l'Ordre s'est engagé est une des raisons qui m'ont fait le plus aimer l'Ordre de saint François. Je vois en cela une marque de son caractère divin et un signe que Dieu a présidé à sa fondation. Comme l'Église, il a commencé humblement, avec des hommes simples et sans lettres, et il a progressé jusqu'à compter parmi ses membres des docteurs illustres et habiles... C'est là au contraire ce qui devrait t'inspirer plus de confiance en cet Ordre. Quant à moi, je confesse devant Dieu que c'est ce qui me fit choisir la vie du bienheureux François, car elle n'a pas été inventée par la prudence des hommes, mais par le Christ... »
(A suivre)
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