Depuis le Ve siècle, des artistes, suivant leur fantaisie ont représenté le Christ en Croix avec un succès souvent douteux ; plusieurs même ont produit des Crucifix vraiment indignes.
Il leur manquait, sinon le sens artistique, du moins le sens religieux, la foi et l'humilité sans lesquels on ne peut faire dignement le portrait du Christ.
De nos jours, un vent de folie révolutionnaire passe sur le monde : la littérature et les arts en sont affectés. Des artistes ont voulu s'affranchir des traditions iconographiques, même dans l'Art sacré. C'est alors le règne de la fantaisie capricieuse, des inventions désordonnées, du snobisme qui veut faire choc, des abstractions incompréhensibles, des caricatures bouffonnes; et quand on ose introduire cela dans les églises, les fidèles en sont mal édifiés et l'Église doit protester. Ces excès peuvent aller jusqu'au blasphème, au sacrilège, à la profanation (objectivement, sans préjuger des intentions de l'artiste).
Hélas ! les avertissements des Souverains Pontifes, en particulier de Pie XII et de son mandataire le cardinal Costantini, qui ont rappelé les directives du Concile de Trente, les prescriptions du Droit Canonique et les décrets du Saint-Office (30 juin 1952), n'ont guère été entendus. Le cardinal Costantini en a enfin exprimé sa tristesse dans la revue italienne Fede ed Arte, sous le titre cinglant « Retour à la fête des Anes et des Fous (Festa Asinorum et Festa Stultorum) ».
II faut reprendre ici les fortes paroles du Chanoine A. Croegaert : «Un Crucifix, on l'oublie trop en certains milieux, est un objet essentiellement religieux, qui doit provoquer, soutenir, alimenter l'adoration, l'amour, la confiance, la componction, la prière. Il y a des artistes modernes qui, sous prétexte de réalisme, s'écartent très loin de l'art religieux, qui s'évertuent à représenter exclusivement et d'une manière suraiguë les souffrances atroces, les humiliations, l'anéantissement du divin Sauveur, réduit à un état infrahumain, aussi caricatural que repoussant, et qui, d'autre part, négligent complètement un autre aspect non moins réel du mystère de la Croix, à savoir le triomphe royal du Sauveur du monde et l'oblation sacerdotale et amoureuse de son Sacrifice. Un Crucifix n'est pas une caricature, mais une oeuvre d'art qui doit témoigner de la foi, non seulement dans les humiliations, mais aussi dans LE TRIOMPHE du divin Sauveur, qui meurt en conquérant la Vie divine pour le monde entier. »
En certains endroits, l'autorité épiscopale a fait enlever des Crucifix indignes, par exemple, dans l'église d'Assy, en France (Il s'agit du Crucifix de Germaine Richier, à Notre-Dame d'Issy, en Savoie.) dans des églises de Belgique, de Rome et du Canada. En 1955, un éditeur de Paris a publié des Missels d'Enfants contenant des illustrations ridicules (en particulier la scène du Crucifiement), qui ont été enlevées dans les éditions suivantes, à la demande des autorités romaines. (Illustrations ridicules furent reproduites dans Paris Match, 24 déc. 1955.)
Le grand critique Yves Sjoberg écrit: «Raymond Guerrier est préoccupé du mystère de l'Homme de Douleur, mais l'abjection du supplice lui fait oublier, comme à Germaine Richier, la divinité du Rédempteur. Ces artistes, et d'autres qui leur ressemblent, sont insuffisamment informés de l'essence de la religion chrétienne ; ils la voient trop de l'extérieur. Se complaire dans les traces laissées par le péché dans la nature humaine, oublier l'infusion en elle de la nature divine et la guérison qu'elle lui apporte, c'est mutiler l'esprit du Christianisme, qui s'exprime essentiellement dans le mystère de Pâques. » (Yves Sjoberg, Mort et résurrection de l'Art sacré, p. 254, Édit. Grasset, 1957.)
On prétend styliser le Crucifix (le simplifier en l'épurant). Que les artistes, au moins, restent donc dans les bornes du sens commun ! On ne peut pas tolérer que le Corps sacré du Christ soit représenté en Croix comme une loque sanguinolente, en posture de zigzag, ou avec une tête de singe, ou avec une figure de bouffon ou d’un vieil ivrogne.
Dans cette voie aberrante, un artiste audacieux arrivera un jour à reproduire le fameux Crucifix blasphématoire à tête d'âne de la Rome impériale, ou le symbole du Serpent en croix. Tout cela servira à ridiculiser la Croix du Christ, au grand amusement des sans-Dieu communistes (S. Paul, Philipp., 3, 18). Vengeance de Satan !
Extrait de : La CROIX, étendard du Christ Roi. Chanoine Georges Panneton
Édition LE BIEN PUBLIC (1972)
Trois-Rivières, Canada.
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