LE SECRET DE SAINT BONAVENTURE… (Dernier) 13ième
Extrait de : Saint Bonaventure vous parle de LA SCIENCE.
Éditions Franciscaines. Paris 1943. Albert Garreau.
Saint Bonaventure écarte sans effort, comme si tout allait de soi, les difficultés où nombre de savants et de spirituels de son temps s'égarent.
Ni les sophismes, ni les scrupules ne le font hésiter un instant. Il travaille, il ordonne, il décide et prend les responsabilités. Il y a en lui, certes, la sérénité, la sécurité d'allure des grands scolastiques, qui n'ont jamais douté des droits et des devoirs de l'intelligence humaine, ni de la légitimité ou du bon aloi des résultats qu'elle atteint.
Il y a plus encore, une grâce particulière au Docteur séraphique et qui, à nos yeux, l'individualise. Saint Bonaventure ne paraît même pas s'être posé pour soi-même le problème qui tourmentait les spirituels de son temps et qu'ils tranchaient par une condamnation sans appel de la science. Aucune trace de lutte intérieure, de déchirement, à une époque déterminée, dans ses écrits. Rien qui permette de penser que les regards qu'il porte sur la création n'ont pas toujours été assurés et paisibles. Il a reçu dès l'origine ce don de sagesse qu'il définira si bien dans ses derniers jours, par lequel science et piété s'accordent parfaitement. C'est pourquoi sans doute, il a pu exprimer les conditions de cet accord en termes clairs et précis et en établir les fondements parmi ses Frères.
Sa vie nous livre sans rien dissimuler le secret de sa réussite. Il fut un maître savant, humble, aimable et pieux. Son effacement n'est jamais de la mollesse, sa modération n'est jamais de la tiédeur, parce qu'en lui la raison et la science sont toujours illuminées par la charité.
Il nomme son savoir une très pauvre toute petite chose, bien qu'il soit l'un des plus grands docteurs de son siècle. « A ceux qui sont peu intelligents, comme moi, je propose, dit-il, à mon exemple, de s'attacher aux opinions les plus communes ». Il applique ce programme dans une mesure qui fait de lui l'un des interprètes les plus sûrs des doctrines de l'Église, mais non pas au point d'étouffer dans ses écrits des sentiments très personnels, dont on a pu dire qu'ils traduisaient exactement sur le plan et dans le langage philosophique la prière de saint François.
Mieux vaut se taire, dit-il, que définir témérairement. Il conseille aux jeunes gens de ne pas mépriser les opinions des anciens, « car il ne faut pas croire que de si grands amants et chercheurs de la vérité aient soutenu sans raisons leurs opinions si remarquables ». Il était, rapportent les biographes, gracieux et pacifique, tel qu'on ne pouvait pas le voir sans l'aimer, modéré et modeste dans la polémique, sans arrogance dans l'affirmation, sans nul entêtement dans ses opinions.
L'étendue et la profondeur de sa science étonnaient les plus doctes. Les peintres se sont emparés d'une anecdote, peut-être légendaire, mais riche d'enseignement et, dans son esprit, bien conforme à la vérité.
Saint Thomas d'Aquin lui demande où est la splendide bibliothèque qu'il doit avoir à sa disposition pour être si savant ; saint Bonaventure se tourne vers le crucifix et le montrant à son ami : « Voilà, dit-il, le livre qui m'instruit ».
Un autre jour, saint Thomas surprend dans sa cellule Bonaventure écrivant la vie de saint François, il se retire en silence et dit aux Frères qui l'accompagnent : « Laissons un Saint travailler pour un Saint ».
D'après une tradition un peu différente, saint Thomas d'Aquin, discutant avec saint Bonaventure, aperçut au-dessus de la tête de celui-ci un crucifix et des rayons de lumière qui partaient des plaies sacrées pour aboutir sur les écrits de saint Bonaventure. Dès lors saint Thomas d'Aquin n'osa plus argumenter contre son confrère.
Telle est donc la source suprême de son savoir, et aussi du respect, de l'amour qu'il porte à l'étude des sciences humâmes ou divines. Telle est sa plus haute et plus constante leçon : « O âme, soit que tu écrives, lises, enseignes ou fasses tout autre chose, que rien n'ait pour toi de saveur, que rien ne te plaise sinon Jésus. Invoque donc Jésus, c'est-à-dire le Sauveur ; qu'il te préserve de la vanité du monde qui te livre des assauts, qu il te délivre du mensonge du démon, qui est une infection, qu il te garde de la fragilité de la chair, qui te crucifie ».
Fin. (J’espère que vous avez apprécié…)
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