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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 01:53

Ce que nous avons dit dans la première partie de cet ouvrage nous a fait comprendre qu'il est nécessaire de prier pour nous-mêmes, afin d'obtenir toutes les grâces dont nous avons besoin pour sortir du péché, pour persévérer dans la grâce et pour arriver au ciel.

 

Aujourd’hui, il s'agit de la prière que nous devons faire pour les autres. Écoutons saint Thomas : « Saint Jacques dit : Priez les uns pour les autres afin d'être sauvés. Nous devons demander et désirer des biens, non seulement pour nous, mais encore pour les autres; c'est ce qui résulte de l'obligation que nous avons d'aimer notre prochain. Par conséquent, la charité nous fait un devoir de prier pour les autres. C'est pourquoi saint Jean Chrysostome dit : C'est la nécessité qui nous presse de prier pour nous, c'est la charité fraternelle qui nous exhorte à prier pour les autres. Elle est bien plus agréable à Dieu la prière que recommande la charité que l'on a pour ses frères, que celle que dicte la nécessité. C'est pourquoi Notre Seigneur nous a appris à dire : Notre Père, et non mon Père, donnez-nous et non donnez-moi. »

 

Il est vrai que plusieurs auteurs pensent que les promesses de Nôtre Seigneur d'accorder tout ce que l'on demande, ne s'appliquent pas à la prière faite pour les autres; mais beaucoup d'autres théologiens soutiennent un sentiment opposé. Ils s'appuient sur l'autorité de saint Basile qui enseigne que la prière, en vertu de la promesse divine, obtient infaillible­ment son effet, même quand on prie pour les autres, pourvu qu'ils n'y mettent pas un obstacle positif.

 

Ils se fondent aussi sur ces textes des Écritures : La confiance que nous avons en Dieu, c'est qu'il nous exauce, quoi que ce soit que nous lui demandions selon sa volonté. Or, quand nous prions pour les autres, nous ne faisons que demander selon la vo­lonté de Dieu qui a dit : Priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient ; et encore : Priez les uns pour les autres afin d'être sauvés.

 

Ceux qui sou­tiennent un sentiment contraire disent que quand on prie, pour un autre, il arrive parfois qu'il n'est pas en état de recevoir ce que l'on demande pour lui : « Mais, dit Suarez, on pourrait en dire autant quand on demande pour soi, car celui qui demande pour lui-même n'est pas toujours dans les dispositions voulues pour recevoir ce qu'il demande. Il est bien vrai qu'il peut plus facilement se disposer lui-même que disposer un autre à recevoir l'effet de la prière, et que, par ce côté-là, il est plus facile d'obtenir quand on demande pour soi ; mais ce n'est pas une condition particulière de l'efficacité de la prière de demander pour soi : c'est une condition générale que celui pour qui on prie ne mette pas d'obstacle à l'effet de la prière. »

 

Corneille de Lapierre parle comme Suarez, voici ses paroles : « La promesse de Nôtre Seigneur s'ap­plique aussi bien aux prières que nous faisons pour les autres, d'autant plus qu'en priant pour le pro­chain, et surtout pour des ennemis, nous faisons un acte de plus grande charité. Aussi voyons-nous que saint Etienne pria pour la conversion de saint Paul et l'obtint ; aussi lisons-nous dans l'Écriture que Job pria pour ses amis et obtint de Dieu leur pardon. Judith, soutenue par les prières de ses concitoyens, trancha  la  tête du général ennemi Holopherne ; Jérémie priait pour le peuple et sa prière liait les mains à la colère divine. Quand saint Pierre était en prison,  tous les fidèles  priaient pour lui,   et  ils obtinrent sa délivrance miraculeuse. Saint Paul priait pour les fidèles  et  demandait  pour lui-même  le secours de leurs prières.

 

Jésus-Christ lui-même a prié pour   ses   Apôtres  et  pour  tous les fidèles. Or,   il est plus utile de prier pour les autres que de prier seulement pour soi : d’abord parce que Dieu accepte plus volontiers le sacrifice de la prière quand il est parfumé par la charité. C'est pourquoi les prières communes et alternées ont plus de prix que les prières privées, comme le dit saint Augustin. De plus, quand chacun prie pour tous, tous prient pour chacun, comme le remarque saint Ambroise, et, en récompense de ce que chacun fait, il acquiert une participation aux suffrages de tous, et reçoit ainsi une grande abondance de grâces. Et n'est-ce pas déjà un grand bien d'avoir part aux prières des autres, parmi lesquels il y a des saints, aux supplica­tions desquels Dieu accorde souvent ce qu'il refuse­rait aux nôtres qui lui sont moins agréables? » Il  ne  s'ensuit pas  toutefois  qu'il  ne soit  pas permis, et souvent à propos, de prier spécialement pour soi, ou pour quelqu'un en particulier. C'est même en certains cas un devoir de charité ; et il est certain que la prière, au moins comme satisfactoire, profite plus à un particulier, quand on lui en ap­plique le fruit, que si on l'appliquait à un grand nombre.

 

Quand nous prions pour les autres, si nous ne sommes pas exaucés, cela peut venir ou de nous qui ne prions pas dans les conditions voulues, ou d'eux, qui, par leur malice ou leur lâcheté, ne se rendent pas dignes de recevoir la grâce ou même la mé­prisent.

 

Celui pour qui on prie doit s'aider lui-même à profiter de la prière des autres, comme un malade doit aider le médecin qui entreprend de le guérir. S'il ne le fait pas, le médecin perd son temps et sa peine. Que ceux qui prient pour les autres et qui ne sont pas exaucés sachent, pour leur consolation, que leur prière ne laisse pas d'être méritoire pour eux, comme l'enseigne formellement saint Thomas. Il est donc toujours de notre intérêt de prier pour les autres.

 

Mais pour qui devons-nous prier? Nous devons prier pour les vivants et pour nos défunts.  (A suivre)

 

 

Extrait de : LA CLÉ DU CIEL  (1904) P. Berthier. M. S.

 

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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 20:16

Saint Alphonse de Liguori enseigne que l'invoca­tion de la Sainte Vierge est moralement nécessaire au salut, et qu'il est moralement impossible, si on n'a pas une vraie dévotion envers Marie, d'arriver à une grande perfection.

 

Voici la raison de cette doctrine. Selon la pensée de saint Bernard, nous n'avons accès auprès du Père éternel que par le moyen de son Fils, qui est Média­teur de justice ; de même, nous n'avons accès auprès du Fils que par le moyen de sa Mère, qui est Média­trice de grâce, et nous obtient par son intercession les biens que Jésus-Christ nous a mérités. De là, le même saint infère dans un autre endroit, que Marie a reçu de Dieu deux plénitudes de grâces : la pre­mière a été l'Incarnation du Verbe éternel dans son chaste sein ; la seconde est la plénitude des grâces que nous recevons de Dieu par son intercession. C'est pourquoi il ajoute : Dieu a placé en Marie la plénitude de tout bien ; de telle sorte que, s'il y a pour nous quelque espérance de salut, quelque grâce, nous devons croire que tout nous vient de la sura­bondance de celle qui s'élève pleine des divines richesses ; de celle qui est un jardin de délices où affluent et d'où découlent les plus précieux aromates, c'est-à-dire les dons de la grâce. Ainsi, tous les biens qui nous viennent du Seigneur, nous les recevons par l'intermédiaire de Marie, et pourquoi cela ? Saint Bernard répond : Parce que telle est la volonté de Dieu. Mais la raison spéciale de cette prérogative de Marie, saint Augustin l'a indiquée en disant qu'elle est appelée à juste titre notre Mère, parce qu'elle a coopéré par sa charité à nous faire naître à la vie de la grâce, comme membres de Jésus-Christ notre Chef. Ainsi, comme la charité de Marie a coopéré à la naissance spirituelle des fidèles, Dieu veut encore que son intercession les aide à acquérir la vie de la grâce en ce monde, et la vie de la gloire en l'autre. C'est pourquoi, instruit par la sainte Église, nous n'hésitons pas à la saluer des titres de notre vie, notre douceur, notre espérance.

 

D'après ce principe, saint Bernard nous exhorte à recourir toujours à cette divine Mère, parce que ses prières ne peuvent manquer d'être exaucées : « Allez à Marie; car, je ne saurais en douter, le Fils exaucera la Mère. Mes enfants, ajoute-t-il, Marie est l'échelle des pécheurs, elle est le principal appui de ma confiance, elle est tout le fondement de mon espérance. » Le Saint donne à Marie le nom d'échelle, parce que, comme on ne monte au troisième échelon qu'en s'appuyant sur le second, et au second qu'en se servant du premier, de même on n'arrive à Dieu que par le moyen de Jésus-Christ, et l'on n'arrive à Jésus-Christ que par le moyen de Marie.

 

Il l'ap­pelle encore sa plus grande confiance et tout le fon­dement de son espérance, conformément au principe énoncé par lui, que Dieu ne veut nous accorder aucune faveur qui ne passe par les mains de Marie. Il termine en nous exhortant à solliciter par l'entremise de Marie toutes les grâces que nous désirons, parce que ce qu'elle demande, elle l'obtient, et ses prières ne sauraient jamais être rejetées.

 

Cette doctrine n'est pas propre à saint Bernard, elle est professée également par saint Ephrem, saint Ildefonse, saint Germain, saint Pierre Damien, saint Antonin, saint Bernardin de Sienne, saint Bonaventure, et par un grand nombre de théolo­giens. Aussi saint Alphonse de Liguori l'enseigne-t-il et la vente-t-il d'une manière victorieuse. Il n'est pas douteux, conclut-il, que Dieu, qui aime tant nous voir invoquer les saints, nous verra avec plus de plaisir encore recourir à la protection de Marie afin que sa dignité supplée à notre indignité. Or, la dignité de Marie, selon l'enseignement de saint Thomas, est, en un sens, infinie, car elle est Mère de Dieu.

 

On n'exagère donc rien quand on affirme que ses prières sont plus puissantes auprès de Dieu que celles de tout le paradis ensemble. Aussi l'Église appelle-t-elle Marie la porte du ciel, le refuge des pécheurs, la consolation des affligés, le salut des infirmes; et les saints nous assurent qu'un vrai serviteur de Marie ne saurait périr.

 

Pé­cheurs, courons à Marie, et disons-lui : Nous sommes coupables, faites tomber les chaînes qui nous lient au péché ; et elle nous exau­cera. Justes, allons à elle avec confiance, elle nous aime de toute la tendresse qu'elle a pour Jésus auquel nous sommes unis par la grâce ; demandons-lui de nous servir de mère, de nous défendre contre les assauts dé l'ennemi du salut ; elle est la tour de David; de nous faire participer à ses vertus, et sur­tout à son amour pour Dieu ; elle est la Mère de la crainte, du bel amour et de l'espérance; de nous montrer un jour après cet exil le fruit béni de son sein. Elle ne demande pas mieux de nous obtenir cette faveur qui fera notre béatitude éternelle. Les mères sont si fières de faire voir leurs enfants, et Jésus est si beau et si bon.

 

Tous, ne laissons pas passer un jour sans donner à Marie quelque marque de dévotion, ne négligeons pas de réciter, s'il est possible, le chapelet. Honorons Marie d'une manière spéciale le samedi, jour que la piété catholique lui a consacré; préparons-nous par des neuvaines à célébrer ses fêtes, et, en ces jours, ayons soin de nous approcher des sacrements.

 

Loin de compter sur sa protection pour persévérer impu­nément dans le péché, n'ayons en vue, dans toutes nos pratiques envers elle, que d'obtenir de mener une vie sainte ; car nous ne serons ses vrais enfants qu'autant que nous reproduirons en nous ses traits, c'est-à-dire la haine du mal et l'amour de la vertu.

 

Extrait de : LA CLÉ DU CIEL  (1904) P. Berthier. M. S.

 

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 20:29

La prière peut s'adresser à celui qui peut en ac­complir  le but,  ou à celui qui peut nous aider à obtenir ce que nous demandons. Comme toutes nos prières doivent tendre à obtenir la grâce et la gloire que Dieu seul donne, il est clair que nous ne pou­vons recourir qu'à Dieu pour obtenir l'effet de nos prières, mais, pour nous aider à réussir, nous nous adressons aux anges et aux saints hommes afin qu'ils unissent leurs prières aux nôtres. Aussi dans les li­tanies nous demandons à la Trinité d'avoir pitié de nous, et aux saints nous demandons de prier pour nous.

 

Il y a donc, d'après le Docteur angélique, et d'après tous les autres théologiens, une prière qui ne doit s'adresser qu'à Dieu et qu'on ne peut adres­ser aux créatures. C'est celle par laquelle on regarde celui qu'on prie comme la source principale de tout le bien qu'on lui demande, ne dépendant de per­sonne pour nous l'accorder, pouvant triompher de tous les obstacles qui s'y opposeraient et disposer de tout par sa puissance et sa volonté pour que l'effet de nos prières soit produit.

 

Or, il est clair que, quand on pense de la sorte en priant, on ne peut adresser qu'à Dieu sa prière, car lui seul est le principe de tout bien, lui seul est indépendant, lui seul peut disposer de toutes choses, selon son bon plaisir, par sa propre puissance. La prière faite dans cette persuasion est un acte de reli­gion et du culte de latrie qui n'est dû qu'à Dieu. On peut prier de la sorte, ou la divinité, ou la Trinité, ou chacune des Personnes divines séparé­ment, comme le fait l'Église.

 

Et certes, approchons avec confiance du trône de la grâce. Dieu veut bien que nous l'appelions du nom de Père, et il a toujours l'oreille ouverte à la prière de ses enfants. Toujours il est prêt à les accueillir, à les consoler, à les assister, quelle que soit leur misère, et même quels qu'aient été leurs crimes.

 

Mais si nous ne nous défions pas de lui, il nous est permis de nous défier de nous-mêmes. Nous sentons notre impuissance, nous n'avons de ressource que dans la miséricorde divine implorée par la prière; mais notre prière elle-même est souvent si impar­faite que nous éprouvons le besoin de la faire appuyer par d'autres qui aient plus de crédit que nous. De là l'invocation des saints et en particulier de la Vierge Marie, dont nous avons à parler.

 

Quand nous avons à cœur d'obtenir une grâce, nous demandons le secours des prières des parents, des amis, des religieux dont la vie est plus sainte que la nôtre ; et quand ils nous promettent de nous aider de leurs suffrages, nous en sommes heureux. Cette pratique est tellement conforme à la raison et à la foi, que les protestants eux-mêmes n'ont pas osé l'attaquer. Dieu lui-même dit aux amis de Job de recourir aux prières de ce saint homme qu'il promet d'exaucer. Les Apôtres ne cessent de recommander aux fidèles de prier pour eux.

 

Quand nous demandons aux vivants de prier pour nous, il ne nous vient pas même en pensée que ce soit eux qui doivent nous donner ce que nous vou­lons obtenir, la santé par exemple, ou la conversion. Nous savons bien que nous attendons de Dieu seul l'effet de leurs prières et des nôtres.

 

Il en est de même quand nous nous adressons aux saints du ciel. Nous ne les regardons pas comme maîtres indépendants des biens que nous voulons obtenir;  mais nous implorons simplement le secours de leurs prières, pour qu'ils nous aident à obtenir l'effet des nôtres; et ce recours aux saints, loin d'of­fenser Dieu, l'honore; car il fait ressortir davantage l'excellence de cette Majesté divine, auprès de laquelle, nous reconnaissant indignes de ses faveurs, nous faisons appuyer nos suppliques par le crédit des princes de sa cour. Cette prière adressée aux saints n'est plus alors un acte du culte auquel Dieu a seul droit; mais c'est l'acte du culte que nous rendons aux saints, comme étant les amis et les favoris de Dieu et les héritiers de sa gloire.

 

Nous n'ignorons pas que nous n'avons point d'autre Médiateur principal auprès de Dieu que Nôtre Seigneur Jésus-Christ, que c'est par ses mé­rites seuls que nos prières, et celles des saints, et de la Vierge Marie elle-même, ont accès auprès de Dieu; que c'est par lui, comme chante l'Église, que les anges, les archanges, les principautés, les puis­sances célestes louent la Majesté divine. Mais sa médiation, loin d'être amoindrie par celle des saints, en est, au contraire, rehaussée. De même que Dieu se montre plus grand en donnant à ses créatures le pouvoir d'agir, que s'il faisait tout par lui-même sans que les créatures pussent rien faire; de même les mérites de Jésus-Christ sont plus excellents quand ils donnent de l'efficacité à nos prières et à celles des saints, que s'ils faisaient tout par eux-mêmes. Sa médiation est d'autant plus parfaite que ses effets sont plus grands. Le crédit des saints l'honore donc, puisque c'est lui qui le leur donne, et que les saints ne peuvent rien que par lui. C'est un petit roi que celui qui n'a à son service que des valets. A un grand roi, il faut une grande cour composée de princes d'une grande puissance et d'un haut crédit. Il faut être protestant pour refuser cet honneur à notre Dieu.

 

Il est donc bon et utile d'invoquer les saints et de recourir à leurs prières et à leur assistance pour obtenir les bienfaits de Dieu par la médiation de son Fils Jésus-Christ; c'est la doctrine de l'Église telle que l'expose le Concile de Trente. Il est clair que les Bienheureux, éclairés par la lumière de la gloire, connaissent nos besoins et nos prières, et qu'ils sont d'autant plus disposés à nous aider à faire notre salut qu'ils sont plus en sûreté sur le leur. La prière pour les autres, dit saint Thomas, vient de la charité; plus donc les saints, qui sont dans la patrie, ont une charité parfaite, plus ils prient pour ceux qui, étant encore sur la terre, peuvent être aidés par leurs prières; et plus ils sont près de Dieu, plus leurs prières sont efficaces. Il est dans l'ordre de la Providence que l'excellence des êtres supérieurs se déverse sur les inférieurs, comme la lumière du soleil se répand dans l'air. Aussi saint Jérôme écrivait-il contre Vigilance : Si les Apôtres, si les martyrs étant encore dans leurs corps et ayant encore à s'inquiéter de leur propre salut, prient pour les autres, combien plus ils doivent le faire après les couronnes, après les victoires, après les triomphes. Leurs prières tirent leur efficacité de leurs mérites précédents, et de la miséricorde de Dieu qui les accepte.

 

Par les Bienheureux qu'il est bon d'invoquer, il faut entendre tous les saints anges et tous les hommes qui sont au ciel. L'Église ne prie publiquement que les saints canonisés ou béatifiés: mais, dans nos prières privées, il suffit de croire très probablement qu'une âme est au ciel pour pouvoir l'invoquer.

 

Il est manifeste, par conséquent, qu'on peut invo­quer les enfants morts après le baptême, puisque rien en eux n'a pu mettre obstacle à leur béatitude aussitôt après leur mort ; et peut-être n'y pense-t-on pas assez.

 

Qu'il nous soit permis à ce sujet de raconter une anecdote de notre vie de missionnaire. Au cours d'une mission dans une paroisse montagneuse peu éloignée de La Salette, nous avions la consolation de voir les fidèles accourir tous les soirs à l'église pour entendre la parole de Dieu. Or, un jour, une mère de famille, croyant qu'un de ses petits enfants, qui dormait dans son lit, pourrait se passer d'elle, vint avec son mari à la mission, après avoir fermé la porte de sa modeste demeure. Mais il arriva que, pendant le sermon, l'enfant s'éveilla, et souffrant de la soif, il s'approcha d'un grand seau à moitié rempli d'eau. En approchant les lèvres de l'eau, la tête emporta le reste du corps, et il se noya. Le père et la mère, à leur retour, eurent la grande douleur de le trouver sans vie.

 

Le surlendemain eurent lieu les funérailles. Il était d'usage dans cette paroisse de faire porter à l'église dans une bière ouverte le corps d'un enfant, vêtu de blanc et envi­ronné de feuillages et de fleurs, par d'autres petits enfants en habits de fête. En contemplant les restes de cet ange qui avait repris son vol vers le ciel, nous ne pouvions retenir nos larmes. Quelques mois après, les habitants de cette paroisse vinrent en pèlerinage à La Salette. Du haut de la chaire, nous leur rap­pelâmes cette circonstance, et, partant de là, nous leur prouvâmes que dans leur paroisse, comme dans toutes les paroisses chrétiennes, il y a des saints qui sont au ciel, pour les protéger, ne serait-ce que les enfants morts après le baptême. Cette pensée fit couler bien des larmes; elle est, en effet, touchante et consolante à la fois. Il est tel père qui oublie ses devoirs religieux, telle mère qui ne prie presque plus, et qui ont donné au ciel un élu et quelquefois plusieurs. Comment les parents peuvent-ils l'oublier? Et en y pensant, comment ne s'excitent-ils pas à invoquer cet être si cher, lui demandant son appui auprès de Dieu, pour supporter les peines de la vie, pour se préserver du péché, pour persévérer dans la grâce jusqu'à la mort, afin d'aller rejoindre au ciel ceux auxquels des liens si étroits les ont unis sur la terre ? Mais il n'y a pas que les petits enfants qui vont au ciel dans les familles chrétiennes. Les indif­férents de nos jours ont eu souvent des parents ou des grands-parents qui ont vécu et qui sont morts dans de tels sentiments d'amour et de crainte de Dieu, qu'il y a tout lieu de penser qu'ils sont au ciel. Que ne leur demandent-ils tous les jours de leur obtenir la grâce de n'être pas séparés d'eux éternel­lement!

 

Si les âmes de ces défunts étaient encore en Purgatoire. saint Alphonse de Liguori et Suarez enseignent qu'elles y prient pour nous, et qu'on peut croire pieusement que nous pouvons les invoquer, que nos bons anges, ou les leurs, leur font connaître nos prières, et que, étant les amies de Dieu, elles peuvent intercéder pour nous efficacement. Cette doctrine est consolante, et, en même temps, tout à fait conforme à l'esprit de l'Évangile qui relie par le lien de la charité tous les membres de l'Église, soit qu'ils règnent au ciel, soit qu'ils souffrent en Purgatoire, soit qu'ils combattent sur cette terre.   Sainte Catherine  de Bologne, au témoignage de saint Alphonse de Liguori, recourait aux âmes du Purgatoire, quand elle avait quelque faveur particulière à demander ; elle se voyait aussitôt exaucée; et même bien des grâces qu'elle n'avait pu obtenir par l'intercession des saints du ciel, lui avaient été accordées, assurait-elle, par l'en­tremise des âmes souffrantes.

 

Quoi qu'il en soit, invoquons les saints. De même que le commerce avec le démon par la sorcellerie est une marque de réprobation, de même l'habitude de s'adresser aux saints est un signe qu'un jour on sera associé à leur gloire.

 

Il est bon même d'avoir recours à plusieurs d'entre eux. Saint Thomas en donne la raison. « On obtient parfois, dit-il, par les prières de plusieurs ce que l'on n'obtiendrait pas par l'intercession d'un seul. »

 

C'est une pratique salutaire de se faire à soi-même des litanies dans lesquelles on invoque les saints pour lesquels on a le plus de dévotion, les saints de sa famille, de son pays, avec l'intention d'obtenir par chacun la grâce pour laquelle Dieu lui a donné plus de crédit, ou la vertu dans laquelle ce saint a le plus excellé. Mais surtout qu'on n'oublie pas de recourir à la Reine des saints.     (A suivre)

 

Extrait de : LA CLÉ DU CIEL  (1904) P. Berthier. M. S.

 

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 18:44

Qui l'en dispenserait ? Pour lui, la prière est bien plus nécessaire que pour les justes, car ses besoins sont plus urgents. S'il veut que sa prière soit méri­toire et satisfactoire, qu'il ait soin avant de la com­mencer de faire un acte de contrition parfaite, disant à Dieu de tout son cœur : « Mon Dieu, parce que vous êtes souverainement aimable, je vous aime par­dessus tout ; et pour l'amour de vous, je me repens de tout mon cœur de vous avoir offensé et je vous pro­mets de ne plus le faire. »

 

L'acte de contrition parfaite a, en effet, la vertu d'effacer tous les péchés, même en dehors du sacre­ment de pénitence, car il est fondé sur la charité. Or, « la charité, dit le Saint-Esprit, couvre la mul­titude des péchés » ; et il n'est pas possible qu'elle règne dans un cœur en même temps qu'une faute grave. Elle est donc la planche de salut pour ceux qui sont surpris par un accident mortel, et qui n'ont pas le temps de recevoir les sacrements ; et elle est la ressource de ceux qui, ne pouvant pas se confesser aussitôt après une faute sérieuse, veulent se récon­cilier avec Dieu.

 

Qu'ils récitent de tout cœur l'acte de contrition parfaite avec la ferme résolution d'accomplir désor­mais tous les commandements de Dieu et de se con­fesser, par conséquent, ils retrouveront la grâce.

 

Toutefois, autre chose est le mérite de la prière, et autre chose son efficacité pour obtenir ce qu'elle demande. La prière du juste a un droit de justice au mérite ; mais l'efficacité de la prière repose sur la miséricorde de Dieu, comme le remarque saint Thomas. Il convient à cette miséricorde de se laisser fléchir par la prière du pécheur ; et, du reste, la pro­messe divine de tout accorder à la prière s'adresse à tous. « Quiconque demande reçoit, et quiconque cherche trouve, et on ouvre à quiconque frappe. » supposé, bien entendu, qu'on demande dans les con­ditions voulues.  Sur ces paroles de l'Évangile, saint Jean Chrysostome dit : « Quiconque  demande reçoit, qu'il soit juste ou pécheur,… »

 

Quand on ose dire : Je suis trop grand pécheur, je n'oserais m'adresser à Dieu, c'est comme si l'on disait : Je suis trop pauvre, donc je ne dois pas de­mander l'aumône; je suis trop malade pour recou­rir au médecin. C'est là se rebuter de ce qui devrait nous exciter davantage à la prière.

 

On lit, il est vrai, dans l'Évangile, que Dieu n'exauce pas les pécheurs ; mais cette parole n'est pas de Nôtre Seigneur, ni de ses Apôtres, mais de l'aveugle-né, qui l'a dite n'étant pas encore assez éclairé intérieurement, comme remarque saint Au­gustin. Le publicain était mieux avisé ; aussi fut-il loué et approuvé par Nôtre Seigneur lui-même. Se tenant en bas du temple, et s'estimant indigne de s'approcher du sanctuaire, il se reconnaissait grand pécheur, et alléguait ce motif pour incliner Dieu à lui faire miséricorde: « Soyez-moi propice. Seigneur, disait-il, car je suis un pécheur » ; et il se retira jus­tifié. C'est en vain qu'il eût fait cette prière, dit saint Augustin, si Dieu n'exauçait pas les pécheurs. Quel que soit l'état de conscience d'un ministre de l’Église, dit saint Thomas, toutes les prières qu'il fait au nom de l'Église sont fructueuses, soit à l'autel, soit dans les offices ecclésiastiques, lors même que sa prière particulière ne vaudrait rien, car l'Église, au nom de laquelle il prie, est toujours agréable à Dieu.

 

Aux pécheurs, quels qu'ils soient, saint Augustin dit, dans un de ses sermons : « Appliquez-vous aux prières, confessez vos péchés, priez pour qu'ils soient effacés, pour qu'ils deviennent moins nombreux, pour qu en avançant vous-même dans le bien, ils cessent tout à fait; néanmoins, ne désespérez pas, mais, tout en étant pécheur, priez. »  

 

Hélas ! Il est des hommes qui, sous l'influence des habitudes vicieuses, ont perdu les lumières de la grâce. Ils vivent dans un aveuglement étrange. Leur cœur  n'a  plus  d'élan vers le bien,  il  est insen­sible à toutes les exhortations des prêtres, des pa­rents, des amis. La foudre elle-même ne les réveille pas de leur sommeil léthargique.  Quelle ressource leur reste-t-il ? La prière, dont Dieu donne la grâce à  tous les hommes.

 

Qu'ils crient  donc, comme l'aveugle de l'Évangile: «Seigneur, faites que je voie ! » Ou comme le lépreux : « Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir ! » Et s’ils ne cessent pas de prier, et s'ils le font dans les conditions voulues, Dieu ne les  abandonnera pas. Il  ne les laisse même sur la terre que pour qu'ils reviennent enfin à lui.

 

Toutefois, que quiconque est en état de péché et prie pour s'en affranchir ait soin de coopérer, à la grâce que lui obtient la prière. Qu'il fasse des efforts pour se corriger de  ses mauvaises habitudes, qu'il renonce aux occasions qui le perdent, car celui qui nous a créés sans nous ne nous sauvera pas sans nous. Mais, avec la prière et la bonne volonté, un pé­cheur arrivera à ne plus pécher, à ne plus mettre d'obstacle par conséquent à la libéralité de Dieu à son égard, à recouvrer l'amitié de Dieu, a persévérer dans la grâce, et à mériter le ciel.

 

Extrait de : LA CLÉ DU CIEL  (1904) P. Berthier. M. S.

 

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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 20:29

Nous sommes dans un temps où l'orgueil humain est tel que certains esprits pourraient en venir à croire qu'ils s'humilieraient en priant. Qu'ils se ras­surent, la prière est un acte d'humilité', mais « celui qui s'humilie sera exalté, a dit Nôtre Seigneur, et celui qui s'exalte sera humilié. » Cette sentence se réalise dès ce monde en ceux qui ne prient pas. Peut-on imaginer un abaissement plus grand pour un homme que de se mettre au niveau des brutes et de leur devenir semblable ? Or, c'est ce qui arrive à qui­conque ne prie pas. Qui ne le sait ? C'est la raison qui nous distingue des animaux. Donc ne pas faire des actes de raison, c'est oublier sa dignité.

 

Écoutons saint Thomas :

« C'est par la raison que nous commandons aux inférieurs ; c'est aussi par la raison que nous deman­dons quelque chose à ceux qui sont au-dessus de nous. La prière est donc un acte de raison; elle est donc propre aux créatures raisonnables; c'est pour­quoi les bêtes ne sauraient prier. »

 

Donc passer sa vie sans faire de prière, qu'est-ce autre chose que de se mettre, par ce côté-là du moins, au rang des brutes ? Et s'il était permis à ce sujet de passer du sévère au plaisant, nous raconterions l'anecdote suivante. Un missionnaire que nous avons bien connu, et qui est mort en odeur de sain­teté, faisait, dans une maison d'éducation, le caté­chisme à de tout jeunes enfants. Il leur dit donc un jour : « Savez-vous, mes enfants, quelle différence il y a entre un enfant qui ne prie pas et un petit chien ? » L'un d'eux lève la main, en disant: « Moi, Monsieur, je le sais.

 

— Dites-la donc, mon enfant.

 

— La différence, Monsieur, c'est que le petit chien n'a pas besoin de s'habiller. »

 

Cette différence est évidemment au profit de l'ani­mal; mais il y en a une autre qui est bien autrement au détriment de l'homme ; c'est que l'animal, n'ayant pas la raison, n'aura pas à rendre compte d'en avoir abusé.

 

Mais quelle responsabilité redou­table pèse sur l'homme, à qui Dieu a accordé l'hon­neur de connaître son Créateur, s'il refuse de l'invoquer ? Mais nous aurons plus tard l'occasion de revenir sur ces considérations. Il s'agit dans ce cha­pitre de comprendre que la prière élève l'homme. La prière est une chaîne d'or par laquelle nous attirons Dieu à nous, et par laquelle il nous attire à lui. Qui ne serait honoré d'avoir accès auprès des grands de la terre, de pouvoir les aborder à toute heure, d'être toujours accueilli à leur audience ? Mais que sont les princes de ce monde comparés à Dieu ? Quelle gloire incomparable, « quelle grande dignité, par conséquent, de pouvoir nous entretenir avec Dieu ! dit saint Jean Chrysostome. La prière nous unit aux anges, car le travail des anges est de prier sans cesse. Par la prière nous cessons d'être mortels et bornés par le temps. Par nature, il est vrai, nous sommes mortels, mais nous passons à une vie immortelle en nous entretenant dans un com­merce familier avec Dieu. Il est nécessaire, en effet, que celui qui est familier avec Dieu devienne supérieur à la mort et à tout ce qui est sujet à la cor­ruption. »

 

Prier, c'est élever son esprit à Dieu et s'unir à lui.Il est hors de doute que cette élévation et cette union contribuent beaucoup à notre avancement. Dieu étant, en effet, la source du bien des créatures, la  créature sera d'autant plus parfaite qu'elle en sera plus rapprochée. Mais ce rapprochement n'est pas un rapprochement corporel; c'est par esprit que nous nous élevons vers Dieu, que nous nous en rap­prochons et que nous participons  à sa perfection sans limites.

 

Plus on est près de la lumière, mieux on voit; plus on est près d'un foyer de chaleur, plus on éprouve son action. Mettez un objet quelconque en contact avec un brasier, aussitôt le feu s'en empare et le pénètre jusqu'à se l'assimiler.  Or, si telle est l'action du feu matériel, quelle sera l'action de celui qui sur­passe en noblesse, en énergie, en activité pénétrante, tout ce qui existe?

 

Avec quelle puissance, il s'empa­rerait de nous si nous n'y mettions pas d'obstacle par notre négligence et par notre éloignement?

 

Voyez encore comme les substances à odeur forte communiquent  promptement leurs  propriétés.   Il suffit de les toucher légèrement pour que la main soit imprégnée de la même odeur  et  la répande autour d'elle. Dieu est aussi la source infinie de toute suavité et de tout parfum. C'est pourquoi, dès que notre âme s'est mise avec lui en rapport intime, elle conserve quelque chose de ce parfum et de cette suavité.

 

En outre, dans la prière, l'âme à les yeux fixés sur Dieu et ce regard lui donne une noblesse et une excellence particulières. Il y a cette différence entre les choses sensibles et celles qui sont l'objet de l'intelligence, que les premières nuisent d'autant plus au sens qu'elles sont plus parfaites; tandis que les choses que saisit l'intelligence augmentent la perfec­tion de l'intelligence proportionnellement au degré de leur  propre  perfection.  

 

Une lumière trop vive éblouit et aveugle ; une détonation bruyante rend sourd ! Au contraire, si l'intelligence s'avilit en s'occupant de pensées rampantes, elle s'ennoblit en s'occupant de  pensées hautes.   Or,   comme  Dieu   est  d'une noblesse hors de comparaison, la prière, qui donne pour objet à la pensée de l'âme cette beauté souve­raine, ennoblit en quelque sorte infiniment l'intel­ligence.

 

Sur ce passage de l'Évangile, où il est dit que « pendant que  Nôtre Seigneur  priait,   son visage devint tout autre », Corneille de Lapierre nous a laissé ce beau commentaire : « Ce qui arriva à Nôtre Seigneur dans sa transfiguration était arrivé bien avant à Moïse, qui descendit de la montagne où il s'était entretenu avec Dieu, portant sur son front des rayons de lumière. Plusieurs saints depuis ont trouvé dans leur commerce avec Dieu un reflet céleste qui rayonnait sur leur visage. C'est ce qu'on rapporte de saint Antoine, de saint Ignace et d'autres. »  Mais c'est surtout  la  transfiguration  de l'âme qu'opère la prière. Car c'est dans la prière que la lumière divine éclaire l'âme sur Dieu, sur elle-même et sur tout ce qui l'intéresse. C'est là qu'on demande et qu'on obtient les grâces qui lavent toutes les souil­lures de l'âme, et la rendent supérieure à tous les assauts de l'ennemi du salut. C'est là que la déso­lation fait place à la consolation, la faiblesse à la force, la tiédeur à la ferveur, le doute à la sécurité, la tristesse à la joie, la pusillanimité au courage.

 

Quand l'aigle prend son vol dans les airs, son plu­mage illuminé par les rayons du soleil devient écla­tant. Ainsi l'âme s'élevant au-dessus d'elle-même jusqu'à Dieu brille d'un reflet divin. Elle apprend, en les voyant de haut, que les choses d'ici-bas sont petites, fragiles et méprisables, que ce n'est qu'au ciel qu'il y a de vrais honneurs, de vraies richesses et de vrais plaisirs. C'est là aussi qu'elle comprend que les douleurs de cette vie, la pauvreté, la maladie, la faim, la persécution ne sont rien, comparées à la gloire qu'elles nous préparent ; et, par conséquent, elle prend la résolution de les soutenir énergiquement.

 

C'est là enfin qu'elle s'unit à Dieu et ne fait qu'un même esprit avec lui. Peut-on rien imaginer de plus noble, de plus sublime ?

 

En vérité, l'homme n'est grand qu'à genoux, sa dignité grandit à mesure qu'il prie davantage; et il s'abaisse d'autant plus qu'il néglige davantage de s'entretenir avec Dieu.

 

 

Extrait de : LA CLÉ DU CIEL  (1904) P. Berthier. M. S.

 

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 21:06

II est difficile d'apprendre à un aveugle ce que c'est que la vue. Toutes les explications qu'on peut lui en donner ne réussiront pas à la lui faire com­prendre tant qu'il ne l'aura pas éprouvée: mais elles auront pourtant pour résultat de lui faire désirer de voir, et de lui donner du regret d'en être privé. On peut en dire autant des joies que donne la prière. Celui qui ne les a pas goûtées ne peut les comprendre, mais en lui prouvant que ces consolations ne sont pas des chimères, mais des réalités certaines, il con­cevra, avec le repentir de s'en être privé par sa négli­gence, la résolution de chercher à se les procurer. Que la prière apporte à l'âme la joie, nous en avons pour garants Dieu lui-même, la raison, le témoignage et l'expérience de tous les saints, et c'en est assez pour convaincre toute âme droite.

 

Quand Dieu parle, il a droit d'être cru. Or, voici sa parole : « La conversation avec la Sagesse divine n'a point d'amertume, il n'y a point d'ennui à vivre avec elle, on n'y trouve que joie et allégresse. »

 

« J'ai créé la paix comme fruit de la prière, » dit le Seigneur dans Isaïe. Il n'y a rien, en effet, qui rende l'âme paisible et sereine comme la prière, surtout dans les épreuves et les labeurs de la pénitence. « Quelqu'un d'entre vous est-il triste, qu'il prie. »

 

Or, voici comment Corneille de Lapierre commente ce texte : « Jésus-Christ était triste jusqu'à la mort au Jardin des Olives, il pria durant son agonie, et après il se leva avec intrépidité et se livra entre les mains des Juifs. La prière obtient de Dieu un secours, une force qui aide à triompher de la tristesse. Prier et s'entretenir avec Dieu, c'est déjà retrouver la joie et la consolation. Lors donc que vous êtes triste, n'allez pas chercher un soulagement chez vos amis, ni dans les festins, ni dans les concerts, ni dans les fables, mais bien dans la prière et les entretiens avec Dieu. Or, la tristesse a plus de puissance pour nous nuire que tous les démons. C'est par la tris­tesse que Satan triomphe des hommes; enlevez la tristesse et il ne pourra blesser personne. »

 

« Si quelqu'un de vous a l'esprit en paix, qu'il récite des psaumes. » Quoiqu'il soit utile à celui qui est triste de psalmodier, cependant cela lui est diffi­cile; mais celui qui à l'âme joyeuse se porte volon­tiers à chanter et à psalmodier, et la psalmodie con­serve et augmente sa joie et l'excite à louer Dieu. Saint Ephrem avait donc raison d'appeler la prière la consolation de ceux qui sont tristes, l'agrément de ceux qui sont dans la joie, le soulagement de ceux qui pleurent.

 

Et comment en pourrait-il être autrement ? La paix, la joie, le bonheur, sont un bien dont nous sommes avides, et que nous mendions souvent à la porte des créatures. Mais quelle est la source de ce bien? Quel est le principe de tout bien, sinon celui de qui descend tout ce qui a l'être, et qui seul a donné à chaque être tout ce qu'il a de bon, Dieu par conséquent?

 

Nous ne trouvons rien dans ce qui existe qui ne vienne de lui, rien dans les joies, dans les plaisirs du monde qu'il n'ait pas à un degré infiniment supérieur. Dieu est la félicité parfaite, le bonheur suprême, la source inépuisable de toute paix, de toute joie, de tout bien. S'en approcher souvent par la prière, c'est s'approcher du bonheur.

 

« Ne vous y trompez pas, vous crie saint Bernard, ne vous laissez pas séduire au point de croire que votre âme n'ait pas autant de plaisir dans les joies spirituelles que dans les sensations du corps. Les plaisirs de l'âme, c'est Dieu même, et Dieu n'aurait pas le pouvoir de donner autant de joie à votre cœur que la chair d'un animal mort en donne à votre palais, qu'un son harmonieux à vos oreilles, qu'un parfum exquis à votre odorat! »

 

Saint Augustin dit : Celui qui cherche Dieu cherche la joie. Celui qui s'éloigne de Dieu fuit son bonheur, sa paix, les vraies consolations. « C'est moi, dit en effet le Seigneur, c'est moi qui vous consolerai. » Aussi est-il écrit qu'il n'y a point de paix pour l'impie. On voit des gens qui ont abandonné la prière courir après les fêtes, les plaisirs, les festins, les divertissements: on les dirait heureux; et ceux qui n'y entendent rien le croient peut-être. Hélas! Ils ne font que s'étourdir et  chercher à dissiper cet inexorable  ennui, qui, fait le fond de la vie humaine'' depuis que l'homme a perdu le goût de Dieu, comme l'a dit Bossuet.

 

Saint Augustin, lui aussi, avait fui loin de Dieu; mais, revenu de ses égarements, il lui disait, instruit par l'expérience: « Ce que je sais certainement, c'est que sans Vous rien n'est bien pour moi, et que toute abondance qui n'est pas mon Dieu n'est que détresse. C'est que Vous nous avez faits pour vous, Seigneur; et notre cœur est dans le trouble tant qu'il ne se repose pas en vous. »

 

Or, la prière, ce sont-les pas par lesquels l'âme monte vers Dieu ; ce sont les mains qu'elle tend vers lui pour lui demander son secours ; ce sont les bras avec lesquels elle l'étreint et cherchent s'unir à lui. L'âme malheureuse et coupable peut bien trembler un peu quand elle aborde celui qu'elle a offensé ; le prodigue, couvert des haillons de la misère, ne reve­nait pas à son père sans que son cœur éprouvât quelque saisissement ; mais dès qu'il eut dit: « Mon père, j'ai péché », et que son père courant à sa ren­contre l'eut serré dans ses bras, quelle ne dut pas être sa joie ! C'est celle qui attend toute âme cou­pable qui cherche Dieu, si elle le fait de tout son cœur.

 

Les saints sont là du reste pour nous l'apprendre. « Les larmes de ceux qui prient, dit saint Augustin, sont plus douces que les joies de théâtre. » Et saint Bernard : « Dans la prière, dit-il, on boit le vin qui réjouit le cœur de l'homme, le vin du Saint-Esprit qui enivre l'âme et lui fait oublier les plaisirs grossiers de la terre. Il arrose et rend ainsi féconde une con­science desséchée. »

 

Saint J.-B. Vianney, curé d'Ars, disait : « La prière est un avant-goût du ciel ;   c'est un miel qui descend  dans l'âme. Les peines se fondent dans une prière comme la neige au soleil. »

 

Mais voici un soldat, un général, qui parle comme les Pères de l'Église et comme les saints. En 1876, le général de Sonis écrivait à un de ses amis : « Je ne connais rien de consolant comme la prière. » Et, certes, il avait eu besoin d'y chercher sa joie dans sa longue carrière, et, en particulier, dans la guerre de 1870, si désastreuse pour la France.

 

Qu'on lise la vie des saints qui, après tout, sont les plus heureux des hommes, et pour qui sont assuré­ment les plus grands bonheurs d'ici-bas. On les verra presque tous puiser dans leurs entretiens avec Dieu des joies ineffables qui rayonnaient parfois sur leur visage. « Mon âme, disait David, a refusé les consolations de la terre ; je me suis souvenu de Dieu, et j'ai été réjoui. »

 

Les joies qu'éprouvaient les saints dans la prière étaient parfois telles qu'ils n'en pouvaient soutenir le poids ; et ils étaient obligés de s'écrier: C'est assez, Seigneur, c'est assez! D'autres fois, ils éprouvaient une peine indicible à s'arracher à leur commerce avec Dieu ; c'est ainsi que saint Antoine, après avoir passé la nuit en prière, se plaignait au soleil de ce qu'il venait l'en distraire.

 

Qu'on ne s'imagine pas que ce soit là, des faits d'un autre âge et que l'esprit de prière ait abandonné notre terre.

 

Dans le cours de notre ministère, nous avons ren­contré, dans les diverses catégories de fidèles, des âmes dont la prière était la grande consolation, qui ne pouvaient s'arracher à leurs entretiens avec Dieu qu'en éprouvant une peine plus vive que celle d'un enfant altéré qu'on arrache du sein de sa mère, et qui avaient hâte de revenir à la prière comme à une source abondante de délices, dès que cessait l'obs­tacle qui les en avait détournées.

 

Et pourquoi recourir à ces exemples ? Ne suffit-il pas d'en appeler à l'expérience de nos lecteurs? Il serait bien à plaindre celui qui n'aurait jamais rien ressenti des joies de l'âme. Qui, parmi les chrétiens, n'a pas eu un jour, une heure dans sa vie, où il a goûté les douceurs de la prière, à l'époque d'une pre­mière confession, d'une première communion, par exemple, ou à la suite d'une retraite ou d'une mis­sion dont il avait suivi avec ferveur les exercices ?

 

Dieu n'a pas changé depuis : la prière a toujours les mêmes charmes. Si nous n'en jouissons pas, c'est que nous ne nous y appliquons pas ou que, du moins, nous ne le faisons pas avec assez d'attention et de ferveur.

 

Il arrive parfois, d'après saint Thomas, que la prière a sa valeur méritoire et qu'elle nous obtienne des grâces sans apporter à l'âme de grandes consolations parce que nous n'y mettons pas l'attention voulue.  

 

Prions avec l'application et la ferveur qui convient et nous ne tarderons pas « de sentir et de voir combien le Seigneur est doux ».

 

Extrait de LA CLÉ DU CIEL  (1904) Père Berthier.

 

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 20:12

Lorsq'une grande calamité s'abat sur une nation, chacun doit payer de sa personne pour la conjurer. Mais n'est-ce pas surtout aux chrétiennes, favorisées de tant de appartient d'exercer un utile apostolat,   dans les milieux surtout où le prêtre ne peut avoir aucun accès ?

 

Nous l’avons dit ailleurs, on ne conçoit pas comment des personnes vraiment dévouées à la religion peuvent hésiter à rendre un service de cette importance à tel parent, par exemple, qu’elles savent exposé à la damnation éternelle. Est-ce la crainte qui retient ? Si ce parent courait un grave danger pour sa santé, sa vie, et qu'il ne vous fût pas possible de l'avertir sans éprouver une appréhension analogue, ne passeriez-vous pas au-dessus de ces vaines frayeurs ? Eh bien, la vie qui doit durer  toujours vaut-elle moins que celle d'ici-bas ?

 

Ah ! Combien de femmes regretteront un jour d'avoir ainsi été victime de la fausse honte ! Mais c'est surtout à l’heure de la mort qu’il faut s'armer de courage et refouler toutes les hésitation du respect humain, pour s'acquitter de son devoir car alors c'est bien un devoir pour les parents du moribond.

 

Un moment désagréable est bientôt passé ; après tout, que pourrait-on craindre ? Un refus, une parole de reproche ? La belle affaire ! « Les paroles frappent l'air, dit l'auteur de l'Imitation, mais elle ne blessent point la pierre. » Si vous êtes repoussée, vous offrirez à Dieu cette petite humiliation, voilà tout. Mais croyez bien que le plus souvent vos charita­bles avertissements seront accueillis avec reconnaissance et bonheur.

 

Un père de famille, atteint d'un mal incurable, se faisait illusion sur son état. Son fils, jeune homme vertueux, com­prit qu'il avait un devoir à remplir.

 

— Mon père, lui dit-il avec affection et douleur, vous sa­vez combien je vous aime.

 

— Oui, mon fils ; je n'en ai jamais douté.

 

— Eh bien, c'est parce que je vous aime, que je veux vous rendre le plus grand des services.

 

— De quoi s'agit-il, mon enfant ?

 

— Mon bien-aimé père... Ah ! Le Seigneur de­mande de vous et de moi un douloureux sacrifice... Les larmes ne lui permirent pas d'achever.

 

— Je comprends, cher enfant, et je te remercie... Embrasse encore ton père qui t'aime... Fais venir un confesseur ; je veux mourir dans les bras de Dieu.

 

Quel malheur pour un chrétien de penser que son père ou sa mère est peut-être en enfer, et qu'il aurait pu les empêcher d'y tomber ! Comme il faut, aux approches de la mort, redoubler de prières, de vigilance et de soins dévoués !

 

Une jeune fille, sur le point de mourir, embrassa sa mère et lui dit tout en larmes :

 

Je n'ai pas peur de la mort, non ; j'ai aimé le bon Dieu, j'ai confiance qu'il me réserve une belle couronne. Mais une pensée trouble mon bonheur. Depuis longtemps vous ne vous êtes pas approchée des sacrements ; je mourrai donc privée de la consolation de vous savoir en paix avec le Seigneur, et sans l'espoir de vous revoir un jour au ciel. Quoi ! Un jour je serais au ciel et ma pauvre mère serait damnée ! Et jamais je ne la reverrais partageant mon bonheur !...

 

Il était impossible qu'une mère résistât à de pareilles sup­plications.

 

Même auprès des personnes en bonne santé, on peut exer­cer un très fructueux apostolat. Une jeune enfant gémissait de voir son père travailler le dimanche. Un jour, elle lui dit avec une douce franchise :

 

Papa, pourquoi travaillez-vous le dimanche puis­que le bon Dieu le défend ?

 

— Mon enfant, répondit le père, il faut manger les diman­ches comme les autres jours, et pour manger il faut travailler.

 

— Sans doute, reprit l'enfant, et le bon Dieu y a pourvu en nous donnant six jours sur sept car en travaillant bien les six jours, on peut trouver de quoi manger le septième, sans travailler. Mais si vous trouvez que cela ne peut pas se faire, eh bien, soit je ne mangerai plus le dimanche, pour que vous ne soyez plus obligé de travailler ce jour-là, malgré la défense de Dieu.

 

Le père se rendit à cette leçon, et sa conduite ne tarda pas à devenir chrétienne.

 

Voici un autre trait, d'une grâce naïve, qui devrait bien donner un peu d'aplomb et de sainte hardiesse aux jeunes filles dont la timidité va jusqu’a leur (fermer la bouche) alors même qu’une rencontre apparemment providentielle sem­ble leur commander de parler.

 

Clément Brentano, célèbre écrivain allemand du XIXe siècle, obtenait de beaux succès littéraires, mais son incré­dulité le rendait malheureux. Il sentait un vide en son cœur, et une voix secrète le rappelait du côté de Dieu. Une lettre à Mgr Sailer fut suivie d'une réponse qui commença l'œuvre de sa réconciliation avec la religion ; mais ce fut une circons­tance toute particulière qui décida son retour aux pratiques chrétiennes. Se trouvant un jour dans un salon de Berlin, il remarqua la fille d'une des dames présentes, toute jeune enfant, dont l’air candide révélait la paix intérieure. Moitié sérieusement, moitié par plaisanterie, Brentano lui dit :

 

Mon enfant, vous êtes plus heureuse que moi ; vous ne connaissez pas les chagrins et les soucis qui me rongent...

 

La jeune fille répondit sans se déconcerter, avec une ai­mable modestie :

 

Monsieur, vous pouvez être heureux, si vous le voulez ; vous n’avez qu'une chose à faire; c’est de vous confesser.

 

On pense bien si le poète se récria à ce conseil. Il fit des objections à sa petite interlocutrice ; elle répliqua simple­ment, mais d'une manière nette, juste et décisive. Le croi­rait-on ? Cet entretien fut comme un trait qui perça le cœur de Brentano, et au mois de mars 1817 quelque temps après cette charmante scène, le grand homme allait se jeter aux pieds d'un prêtre.

 

Une pratique très recommandable consiste à signaler aux prêtres des paroisses les personnes malades et en danger de mort. Dans les grandes villes surtout, beaucoup meurent sans se réconcilier avec Dieu, car ils n'ont pas même vu un prêtre qui ait pu leur parler de leur âme et de l'éternité.

 

Dans l'exercice du zèle, il n'y a rien d'aussi excellent que l'apostolat auprès des mourants, la prière pour ceux qui sont à l'agonie, les démarches et les pressantes instances pour qu'aucun pécheur ne meure sans recevoir les sacre­ments. En vérité, si nous réfléchissions aux grandes pensées de la foi, à ce terrible « Toujours souffrir, jamais sortir… c’est cela l’Enfer éternel ».

 

Pourrions-nous être aussi indifférentes au sort des malheureux qui vont comparaître devant Dieu !

 

Extrait de  LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

http://elogofioupiou.over-blog.com/article-trois-prieres-pour-les-mourants-95808008.html

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

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