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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 23:11

l. LES BIENFAITS QUE L'HOMME REÇOIT DANS LE SACREMENT DE PENITENCE

En premier lieu, je repasserai dans mon cœur les nombreux bienfaits que j'ai reçus dans ce sacre­ment. Le Roi prophète en fait une énumération abrégée dans le psaume cent deuxième, où il bénit le Sei­gneur de ses bontés envers les pécheurs. Ces bienfaits peuvent se réduire à six.

 

Premièrement. Ce Père des miséricordes me pardonne tous mes péchés non seulement ceux dont je m'étais confessé, mais aussi ceux que j'ai oubliés, et ceux que, sans faute de ma part, je n'ai pas pu connaî­tre.

 

Deuxièmement. Il guérit les maladies spirituelles de mon âme, comme sont les vices, les passions, les tris­tesses, les craintes immodérées, et autres semblables mouvements de l'appétit sensitif, qu'il modère et soumet à l'empire de la raison.

 

Troisièmement. Il me délivre à la fois, et de la mort éternelle que j'avais méritée par ma désobéissance et de la mort très amère qu'entraîné avec elle la privation de la grâce divine.

 

Quatrièmement. Il m'environne de Ses miséricordes ; II m'aide à vaincre les tentations que j'ai eues et puis encore avoir à combattre ; II me préserve d'innombrables dangers ; enfin, II m'offre sa protection toute-puissante pour m'empêcher de retomber dans les fautes dont je me suis rendu si souvent coupable.

 

Cinquièmement, II me communique avec libéralité tous les biens que je puis désirer, surtout la grâce, la cha­rité, les autres vertus infuse qu'il ne cesse d'entretenir et d'augmenter dans mon âme.

 

Sixièmement. Il renouvelle ma jeunesse comme celle de l'aigle, me dépouillant des œuvres et des inclina­tions du vieil homme, et me revêtant des œuvres et des habitudes de l'homme nouveau II me rend ma pre­mière ferveur et m'inspire la joie de l'esprit, afin que je m'adonne d'une manière plus parfaite à l'exercice de la vertu.

 

Ces nombreuses grâces, Dieu les accorde autant qu'il dépend de Lui à tous ceux qui se confessent dignement. Or, le bienfait que nous recevons est d'autant plus précieux qu'il est moins mérité. Il est donc juste que nous en soyons pénétrés de reconnaissance. Dans cet esprit, je concevrai la plus haute idée de la libéralité dont Dieu a usé à mon égard, et dans un silence d'admiration, je me déclarerai vaincu par tant de bonté.

 

II. CANTIQUE DE LOUANGE.

 

Ensuite, toujours animé de la plus profonde reconnaissance, je chanterai au Seigneur un cantique de louange, empruntant au Psalmiste ces touchantes paroles :

 

O mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi bénisse Son Saint Nom. Bénis le Sei­gneur, ô mon âme, et ne perds jamais le souvenir de Ses bienfaits. Il te pardonne tous tes péchés ; II guérit toutes tes infirmités. Il rachète ta vie en t'arrachant à la mort ; II te couronne de miséricorde et d'amour. Il remplit tous tes désirs en te comblant de biens ; II te rend, comme à l'aigle, la vigueur de ta première jeu­nesse. Le Seigneur ne m'a pas traité selon mes offenses ; II ne m'a pas rendu selon mes iniquités. Autant l'Orient est éloigné de l'Occident autant II a éloigné de moi tous mes péchés. Comme un père a pitié de son enfant ainsi le Seigneur a pitié de ceux qui Le craignent, parce qu'il sait de quelle argile nous avons été for­més

 

- O Dieu de mon âme, si les miséricordes dont Vous avez usé envers moi sont infinies, que pourrai-je faire pour ne point manquer envers Vous de reconnaissance ? Je désire continuer et achever avec Votre aide ce que Vous avez commencé en moi par Votre bonté.

 

Puisque Vous m'avez pardonné mes péchés, je suis résolu de n'y retomber jamais. Puisque Vous m'avez délivré de la mort, je ne me soumettrai pas de nouveau à son empire.

 

Puisque Vous m'avez couronné de Vos miséricordes, je déposerai à Vos pieds toutes mes couronnes.

 

Ajoutez, Seigneur, à tant de grâces que Vous m'avez faites, celle de remplir mes désirs, par l'abondance de Vos dons célestes, afin que je puisse accomplir les résolutions que je viens de prendre, et que je Vous offre comme à l'auteur de tout bien.

 

Donnez-moi de nouvelles forces, pour que je marche avec ferveur, que je coure, que je vole comme l'aigle, jusqu'à ce que je reçoive de Vos mains la couronne de la gloire éternelle.

 

Je puis multiplier et varier les cantiques de louange, en invitant ceux d'entre les saints qui ont été de grands pécheurs, à glorifier Dieu et à le remercier du pardon qu'il a bien voulu m'accorder.

 

III. RESOLUTIONS. Quant au troisième acte, qui complète l'action de grâces, j'ai trois choses à faire.

 

Premièrement. Je dois m'affermir dans la résolution de me corriger, me figurant que Nôtre Seigneur Jésus-Christ m'adresse ces paroles qu'il dit à un autre malade, après lui avoir rendu la santé : Voici que vous êtes guéri : ne péchez plus, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pire.

 

Je dois craindre la rechute, parce qu'elle est d'ordinaire plus funeste que la première attaque du mal. Si donc, comme le chien qui retourne à son vomissement, je reprends mes habitudes vicieuses, j'appelle de nouveau le démon que j'avais repoussé au commencement, et je lui rouvre la porte de mon cœur, afin qu'il s'y établisse avec sept autres esprits plus méchants que lui, et mon dernier état est pire que le premier. Mais, de toutes les rechutes, la plus à craindre est celle qui arrive peu de temps après la confession. Si le jour même je venais à tomber dans les mêmes péchés, ce serait une preuve que ma conversion a été bien faible et bien imparfaite, quand même elle aurait été véritable.

 

On pourrait m'appliquer ces paroles de l'Ecclésiastique : Si celui qui se purifie après avoir touché un mort, le touche de nouveau, que gagne-t-il à s'être purifié ? De même, si un homme jeûne après avoir com­mis des péchés, et les commet de nouveau, que lui sert-il de s'être humilié ? Et qui désormais exaucera sa prière ?

 

Je ferai ces réflexions pour m'exciter à une crainte salutaire, non pour m'abandonner à la défiance et au découragement. Je me souviendrai qu'il arrive à l'homme juste de tomber sept fois, et qu'il se relève après chacune de ses chutes

 

Secondement. Aussitôt après m'être confessé, j'accomplirai ma pénitence entièrement, s'il est possible, ou du moins en partie. Je remplirai ce devoir avec piété, en esprit d'obéissance et d'amour, afin d'acquitter quelque chose de la dette immense que j'ai contractée envers mon Dieu. Je désirerai de pouvoir faire da­vantage pour Celui qui s'est montré si miséricordieux envers moi, répétant avec le serviteur de l'Évangile : Seigneur, ayez un peu de patience, et je Vous paierai toute ma dette.

 

Troisièmement. Je remercierai Dieu de la grâce que je viens de recevoir, et je me préparerai avec ferveur à la sainte communion. En effet, une des fins principales de l'institution du sacrement de Pénitence est de nous offrir un moyen pour nous disposer à nous approcher dignement de la sainte Table, suivant cette pa­role de David : Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens dont II m'a comblé ? Je prendrai le calice du salut, et j'invoquerai le Nom du Seigneur.

 

Extrait de : Examen de conscience à partir du Catéchisme de la famille chrétienne.  Père Emmanuel.  (www.a-r-c-f.com)

 

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 08:39

La considération attentive de la Rédemption universelle du gen­re humain permet de découvrir que plusieurs agents collabo­rent à cette grande œuvre de miséricorde et de justice.

 

Dieu le Père donne son Fils en rédemption de nos péchés; le Christ sa­tisfait par sa Passion et nous mérite les faveurs divines; les saints achèvent dans leur chair ce qui manque aux souffrances du Sau­veur (Col. I, 24). A qui faut-il donc attribuer en propre l'œuvre surnaturelle de notre délivrance du péché et de notre réconci­liation avec Dieu ?

 

La satisfaction de Jésus

Si l'on considère les artisans de cette œuvre rédemptrice, il faut tenir que la satisfaction parfaite de nos péchés est propre au Christ d'une manière immédiate. C'est lui qui, en tant qu'hom­me, souffre sur le Calvaire et offre ses souffrances d'une valeur infinie en compensation de nos fautes. Bien plus, cette satisfac­tion est son œuvre personnelle. Il en est la cause prochaine d'une façon absolue, puisque seule la personne du Verbe, en tant qu'elle possède la nature humaine, mérite, satisfait, s'immole et nous sauve.

 

Mais si l'on se place au point de vue de la cause première et éloignée, on peut dire que la Trinité tout entière est cause de la satisfaction. La vie du Christ, objet d'une valeur infinie of­fert en compensation du péché, appartenait à la Trinité, comme à son premier Auteur. C'est la Trinité qui en a décrété l'offrande par la Passion; c'est encore elle qui a inspiré à l'Homme Dieu de souffrir pour nous et qui a déterminé d'avance toutes les cir­constances de sa mort sur la Croix. L'œuvre satisfactoire de Jésus est d'ailleurs une œuvre divine externe, qui, selon les enseigne­ments de la foi, est commune aux trois personnes de la Sainte Trinité. Aussi est-il juste de conclure que la compensation of­ferte à Dieu pour l'injustice du péché et ce qu'on lui offrit ap­partenaient immédiatement et proprement au Christ en tant qu'homme, bien que sa satisfaction parfaite doive être attribuée à la Trinité, comme à sa première cause.

 

La satisfaction des Saints

Quant aux souffrances des saints, elles profitent au salut des fidèles, non par mode de satisfaction en rigueur de justice, mais à titre d'exhortation et d'exemple, selon la déclaration de saint Paul aux Corinthiens : Nous sommes dans la tribulation pour votre exhortation et votre salut (II Cor. I, 6). Car seules les souf­frances du Sauveur, à proprement parler et d'une manière ab­solue, satisfont en stricte justice pour les péchés des hommes. Les souffrances des saints constituent une satisfaction de conve­nance qui peut effacer la peine temporelle due au péché actuel, mais qui n'a qu'une valeur relative. Ainsi les saints, dont les souffrances jouent un rôle actif dans la satisfaction du péché, doi­vent être considérés, non précisément comme des corédempteurs, mais bien plutôt comme des coadjuteurs du Christ, cause propre et immédiate de notre parfaite restauration spirituelle. [... ]

 

La satisfaction des justes

Aux souffrances du Sauveur, qui étaient le lot de l'infirmité qu'il a prise, la divinité conféra une puissance infinie capable de nous restaurer. La chair, dans laquelle le Christ a souffert sa Pas­sion, écrit saint Thomas, est l'instrument de sa divinité, et c'est en raison de sa divinité que les souffrances et les actions du Christ agissent, dans la vertu divine, en vue de chasser les péchés. Aussi l'infirmité de la nature passible et mortelle du Sauveur, en tant qu'elle appartient à un Dieu, possède-t-elle sur la croix une puis­sance réparatrice qui dépasse infiniment toute puissance humaine. Grâce à l'union hypostatique, la satisfaction qui s'y accomplit est douée d'une vertu spirituelle, qui obtient son efficacité en nous par le contact spirituel de la foi et des sacrements de la foi. [...]

 

Nôtre Seigneur Jésus-Christ s'est substitué à nous, a satisfait à notre place. Sans les terribles souffrances endurées dans son hu­manité très sainte et dans sa volonté absolument conforme à la volonté de son Père, si sa satisfaction vicaire était demeurée invi­sible elle n'aurait pas pu, de ce point de vue, servir d'exemple aux rachetés, qui doivent compléter dans leur chair ce qui manque aux souffrances du Christ.

 

Non pas que la satisfaction du Christ pour nous ait en elle-même besoin d'un complément. Elle est absolument parfaite. Nous avons maintes fois rappelé sa valeur infinie qu'elle tient de la Personne du Verbe et sa valeur objective qui lui vient du genre d'action, du nombre et de l'intensité des souffrances de Jésus. Cause universelle, elle a cependant besoin d'être appliquée à chaque âme en particulier, afin d'enlever les péchés propres. Outre qu'elles réalisent une certaine configuration au Christ souf­frant pour nous sur la Croix, les souffrances des âmes saintes achè­vent ce qui manque aux souffrances du Christ en ce sens qu'elles contribuent par mode de convenance à l'application aussi parfaite que possible de  la satisfaction  infiniment méritoire  du Sauveur, application qui doit se faire par la foi et les sacrements.             Arthur-Guzman Albert, o.p.

 

Extrait de : NOURRITURES  spirituelles.  Tome 1  (1956)

 

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 06:58

La souffrance préserve

Dieu voit que tel homme, laissé à lui-même, se laisserait attirer aux lueurs qui trompent et aux flammes qui brûlent. Sa miséricorde se sert de la souffrance qui diminue d'abord l'attraction que les biens sensibles exercent sur l'homme, et qui l'empêche, ensuite, d'aller vers eux et de s'y perdre. La souffrance a pour mission d'empêcher la faute. L'effet ordinaire de la prospérité est de corrompre le cœur et de le porter au mal. Laissez à lui-même le lourd papillon de nuit, et il s'en ira se buter à la flamme de votre lampe et s'y brûler les ailes.

 

La souffrance convertit

On n'en finirait pas de compter les convertis de la douleur. Ils s'en allaient insouciants de leur éternité, cueillant toutes les fleurs empoisonnées aux bords du chemin. Brusquement le mal­heur est venu; comme à la lueur d'un éclair, ils ont vu l'abîme où ils marchaient, et ils sont revenus vers la vérité et vers Dieu. Les châtiments dont vous m'avez affligé m'ont instruit (Jér. XXI, 18).

 

La souffrance perfectionne, affermit dans la vertu

Ceux qui endureront les souffrances de cette vie, Dieu les perfectionnera, les confirmera, les consolidera (I Pierre, V. 10). Peut-il en être autrement, vu que la souffrance détache des créa­tures qui sont le grand obstacle à notre progrès spirituel. Elle est encore la plus probante épreuve du courage. L'amour le plus solide est celui qui sait souffrir.

 

La souffrance enrichit pour le ciel

Les larmes de la terre sont les plus beaux joyaux de notre cou­ronne éternelle. Saint Paul se déclare impuissant à décrire l'éclat de la gloire et la profondeur de la félicité qui couronnent la moindre de nos douleurs supportée avec la grâce divine. Un léger moment de tribulation dans la vie présente nous vaut là-haut une incroyable mesure de gloire éternelle (II Cor. IV, 17).

 

La souffrance est une source de consolation

Heureux ceux qui souffrent ! non pas que la souffrance ait, par elle-même des charmes secrets et comme un bonheur caché, bien au contraire; mais nous affirmons la co-existence de la dou­leur et de la joie dans une âme. Nous disons que l'idée est su­périeure à la sensation, et que c'est par l'idée, dont elles s'accom­pagnent, que nos souffrances nous deviennent soit intolérables, soit tolérables, soit délicieuses. Or, la souffrance réveille en nous l'espérance du ciel dont elle devient l'une des plus fermes ga­ranties. Et cette garantie est pour celui qui souffre un baume à sa douleur, une consolation dans son âme, un avant-goût des joies célestes, avant-goût parfois si délicieux qu'il peut s'écrier avec l'Apôtre : Je surabonde de joie au milieu de toutes mes tri­bulations (II Cor. VII, 4).

 

La souffrance enfin nous donne une ressemblance avec Jésus qui s'est fait homme et qui a voulu tant souffrir pour nous.

Voyez l'artiste en face d'un bloc de marbre; il frappe, il taille jusqu'à ce que de la pierre morte jaillisse superbe, presque vi­vante, la forme idéale de beauté, la vision sublime qui tourmente son âme.

 

Mais autour de lui, que de poussière de marbre, que de mor­ceaux brisés.

 

Nous sommes des statues vivantes qui devons porter plus res­semblante chaque jour, l'image de notre modèle : Jésus.

 

L'artiste, c'est Dieu; la souffrance est le ciseau avec lequel il coupe, il taille jusqu'à ce que se dégage, de notre pauvre boue humaine, une forme sublime de beauté morale que, seule, la foi chrétienne a fait connaître au monde.

 

Ainsi instruits sur la valeur sanctifiante de la souffrance, le mieux, toujours, sera de nous mettre à l'école de Jésus-Christ, pour apprendre à souffrir, sans blasphème, sans envie, sans abat­tement. C'est bien là le secret du sort le plus heureux que nous puissions avoir sur la terre. C'est le sort des saints et leur secret est là.

 

Les saints sont ceux qui promènent sur les chemins de ce monde, « une âme chantante ». Cette âme chantante, ce n'est pas la saturation du bonheur qui la leur donne, c'est la souffran­ce, portée dans la vertu.      Joseph Boutin, prêtre.

 

Extrait de : NOURRITURES  spirituelles.  Tome 1  (1956)

 

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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 07:36

Une loi de la nature

La souffrance est une loi de la nature; elle est la conséquence nécessaire des actions et réactions des causes secondes les unes sur les autres.

 

Dieu nous a donné la sensibilité; par elle, nous pouvons jouir, c'est un bien; mais les nerfs qui vibrent pour le plaisir sensible, peuvent aussi vibrer pour la douleur sensible. Et ceci est pour nous le grand avertisseur, le sifflet d'alarme de l'organisme.

 

Une loi pénale

La souffrance physique et morale est, en outre, une loi pénale, parce que l'impassibilité que l'homme avait comme don prêter naturel fut enlevée par le péché originel.

 

Sans le péché, l'homme n'eût pas connu la souffrance. Au pa­radis terrestre, il se sentait impassible, immortel, maître de la création matérielle. La justice originelle était le garant de tant de précieuses immunités. Mais le péché commis, Dieu, suivant ses menaces, retire sa loi des garanties, et toute créature semble s'armer contre l'homme. Les éléments de la nature, obéissant fatalement aux lois inflexibles qui les régissent, la perversité hu­maine ou diabolique, deviennent de terribles agents qui courent le monde pour l'arroser de larmes et de sang.

 

Un moyen de salut

Mais cette souffrance, si vaste dans son étendue, si inévi­table dans son action, restera-t-elle une douleur aveugle et brutale ? Sera-t-elle une peine purement afflictive, sans une vertu qui l'élève, sans une beauté qui la fasse aimer, sans une promes­se d'espérance qui la rende acceptable ?

 

La foi nous dit que, si l'homme a un corps soumis aux lois de la nature, il a une âme intelligente, libre, responsable; que sa vie ne finit pas aux quelques jours qu'il passe sur la terre, mais qu'il est un voyageur en marche vers une autre vie qui sera la récompense, ou la  punition de celle-ci. C'est donc dans l'éternité qu'il faut jeter nos regards pour juger définiti­vement les événements qui nous font pleurer ici-bas. Aussi, sous toute épreuve et dans toute affliction, la foi toujours nous fait voir Dieu qui décrète le coup dans un dessein de justice ou de miséricorde. Nos souffrances, Il les veut soit directement, soit indirectement, non certes pour le plaisir de nous voir souffrir; mais pour la joie de nous guérir. Il les veut comme une mère veut les meurtrissures que la chirurgie ouvre dans les chairs de son enfant pour sauver sa santé.

 

La souffrance a donc une mission. Elle entre dans le nouveau plan de la création comme le moyen par excellence de réparation, de sanctification et de salut.

 

Sans doute, par elle-même, la souffrance n'est pas une con­dition sine qua non de la justification. Aussi, on ne peut pas conclure que celui qui n'aura pas souffert sera exclu du ciel, ni même qu'il est inférieur spirituellement à celui qui souffre beau­coup, le degré de vie spirituelle dépendant surtout du degré de charité. Toutefois, bien rares sont ceux à qui ce moyen de sanc­tification ne s'impose pas.

 

Sans doute, par elle-même, la souffrance n'est pas méritoire; comme tout ce qui agit sur les sens, elle peut être l'objet d'actes méritoires ou l'occasion d'actes peccamineux. Mal reçues, en ef­fet, les tribulations engendrent une foule de fautes qui désorga­nisent la vie spirituelle : murmures contre la Providence, par­fois blasphèmes, découragement, désespoir, jalousies. Toutefois, bien utilisées, les épreuves deviennent méritoires par la patience, la résignation avec le concours de la grâce et l'influx de la cha­rité.

 

Et c'est ici qu'apparaît toute la valeur sanctifiante de la souf­france, son rôle utile, son magistère bienfaisant dans la vie chré­tienne.

 

La souffrance expie

Il y a dans la douleur plus que le triste héritage d'une faute primitive. Nous devons la considérer presque toujours comme la punition, la conséquence de nos fautes personnelles, familiales, ancestrales.

 

Qui a fait le mal, doit être puni. Or, parmi les hommes, les saints sont plutôt rares. Il en est peu qui, dans leur route vers l'éternité, ne se souillent de la poussière du chemin. C'est le grand rôle de la souffrance de purifier, de réparer le péché.

 

Dieu préfère pour nous les rigueurs du temps à celles de l'éter­nité et il ne nous éprouve en ce monde que pour nous épargner en l'autre. Quand Dieu aime quelqu'un, il le châtie, et après, il se complaît en lui comme en son enfant (Prov. III, 12). La souf­france est une expiation. Cette vérité est écrite en caractères san­glants sur la chair martyrisée de Jésus, notre Sauveur. Il expie nos fautes par ses inénarrables souffrances. Mais en lavant nos péchés dans son sang, en nous obtenant la rémission de la peine éternelle, le Christ n'a pas soldé toutes les peines temporelles dues pour nos fautes. Il n'a pas voulu nous dispenser de souffrir. Le pécheur doit donc, à son tour, satisfaire à la justice divine, expier, réparer.

Voilà ce que saint Paul appelle accomplir dans notre chair ce qui manque à la Passion du Sauveur, c'est-à-dire, que pour obtenir notre pardon, il nous faut souffrir nous-mêmes en union avec Jésus qui rend satisfactoire toutes nos expiations.                Joseph Boutin, prêtre.

 

Extrait de : NOURRITURES  spirituelles.  Tome 1  (1956)

 

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 07:42

Le précieux Sang

Dans la nuit de jeudi à vendredi, il me fut donné de voir mon divin Sauveur crucifié, couvert de plaies et gisant dans son sang. Je vis surtout d'une manière très distincte les pensées cuisantes de son âme divine. J'ai compris que c'était pour mon amour que Jésus, l'Agneau sans tache, endurait de si cruelles souffran­ces ... Et ma douleur devint pour un moment profonde comme la mer. Le péché m'apparaissait dans toute sa malice. De l'oeil de l'intelligence, je voyais Dieu irrité des outrages qu'il reçoit de la part de ses créatures, et déchargeant les coups de sa justice sur la Victime immaculée. Au milieu de ces atroces tortures, la voix gémissante du Bien-Aimé se fit entendre à mon âme. Elle lui disait : Ouvrez-moi votre coeur, -mon épouse, parce que par­tout on me rebute. Mettez-moi à l'abri de mes persécuteurs; étanchez ma soif brûlante, donnez-moi de l'amour, aimez-moi pour ceux qui insultent à mes douleurs, qui se moquent de mon amour, qui foulent aux pieds le Sang que j'ai versé au milieu d'incom­parables douleurs, qui font de leurs âmes que j'ai créées à mon image, que j'ai imprégnées de mon Sang, de véritables repaires de démons... Tout hors de moi-même, en voyant le Dieu fait homme écrasé sous le poids des douleurs et des opprobres, j'ai juré à mon divin Époux que je voulais m'immoler avec Lui et verser jusqu'à la dernière goutte de mon sang, pour lui gagner des âmes... Jésus répétait encore : Je rejetterai ceux qui me rejettent, je me rirai de ceux qui me méprisent, je foudroierai ceux qui se moquent de moi et font peu de cas de la valeur de mon Sang. Mais ceux qui méditent ma Passion et ma mort, qui s'en appliquent souvent les mérites infinis, qui aiment à contempler mes souffrances, qui désirent partager mes angoisses et mes hu­miliations, ceux-là sont mes bien-aimés... Je les porterai dans mon coeur, je les nourrirai de mon Sang.

 

Venez donc, Aurélie, vous désaltérer avec confiance et amour à la source du salut et de la vie. Venez, mes plaies sont ouvertes pour vous recevoir, mon Sang coule pour étancher votre soif insa­tiable et vous vivifier ! Je m'approche avec tremblement du Dieu trois fois saint, j'applique ma bouche sur son divin Coeur et je bois à longs traits le Sang vermeil et chaud qui s'en échappe... Le ciel est dans mon coeur ou plutôt mon coeur est au ciel. Je jouis des promesses de Jésus. Je possède la récompense promise à ceux qui chaque jour boivent le Sang et qui travaillent à le faire connaître et glorifier. Mais bientôt, à cette paix profonde succè­de l'agonie de l'âme ... Je pleure de ne pouvoir assez aimer Celui qui vient de me donner des marques du plus tendre amour. Au sortir de cette union, je me sens dévorée d'un zèle brûlant... Ce fut dans ces dispositions que quelques heures plus tard, je reçus mon Bien-Aimé. Ai-je besoin de vous dire ce qui s'est passé dans l'union eucharistique ? ... L'Époux a donné du Sang à l'épouse, II a guéri ses infirmités, II a communiqué à son âme une fermeté inébranlable, II a dissipé ses doutes, II lui a assuré sa divine pro­tection par ces paroles : Chère épouse rachetée de mon Sang, met­tez-vous à l'œuvre et ne craignez rien ! Je serai près de vous pour vous secourir dans tous vos besoins...

 

La dévotion au Précieux Sang

Une lumière subite éclaira en même temps mon entendement, e vis d'une manière très distincte que j'étais appelée à travailler la fondation d'une arche où viendrait s'abriter une troupe d'éli­te ... Je ne doutais plus des promesses de Jésus-Christ et, dans l'enthousiasme  d'une  reconnaissance sans égale, je m'écriai : Je veux, je crois, j'espère !

 

— Mais, dit Jésus, il ne suffit pas de vouloir, de croire et d'at­tendre; il faut se hâter de faire ma volonté, que je t'ai plus d'une fois manifestée.

— Seigneur, vous voyez mon coeur, vous connaissez l'ardeur de mes désirs. Vos ministres n'ont qu'un mot à dire et je suis à l'Oeuvre.

 

Eh bien ! Mets de côté le sentiment de crainte qui t'arrête et, tout en confessant ton indignité, sollicite vivement de ma part, l'exécution de mes desseins sur toi et sur un grand nombre d'âmes. N'hésite plus à croire que je t'ai choisie pour être l'amante de mon Sang et que par toi, il doit être connu, aimé et glorifié.

 

Au moment où ces paroles sont prononcées, une figure res­plendissante de beauté et de lumière m'apparaît... C'est un hom­me revêtu d'une immortelle jeunesse et qui, en me montrant ses mains, ses pieds et son côté percés d'où s'échappent des rayons lumineux et des torrents de sang, me dit d'une voix forte et douce : Je suis l'Époux des vierges; je suis la vraie Voie, la Vérité souveraine et la véritable Vie.,. Suivez-moi et à votre suite mar­chera cette troupe de vierges que vous voyez. Le regard de mon intelligence fut illuminé et je vis qu'en effet un cortège de vier­ges plus blanches que la neige et plus vermeilles que la rosé s'avançait vers moi... Jésus les aspergeait de son Sang en disant : Soyez bénies, ô vierges, qui avez été jugées dignes de marcher à la suite de l'Agneau immaculé, de partager ses souffrances, ses humiliations, ses abandons... Pour prix de votre généreux dé­vouement, de vos sacrifices, de vos larmes et de vos prières, vous partagerez, dans le ciel, ma félicité. Je ferai jaillir sur vous la gloire que me procurera le salut des pécheurs. En retour des âmes que vous enfanterez à la vie de la grâce, je ceindrai vos fronts d'une auréole particulière dans la cité des élus. Au jour de mes vengeances, vous serez à l'abri des coups de ma justice; vous par­tagerez la gloire des Apôtres, la récompense des Martyrs, le bon­heur des Vierges.

 

Au nom de Jésus crucifié que j'ai vu, que j'aime et que j'ai choisi pour mon unique Époux, je viens vous conjurer, mon Père, de ne pas suspendre plus longtemps l'exécution de la volonté de Dieu. Ne retardez pas mon bonheur; ne laissez pas perdre l'orne­ment de gloire que l'Église recevrait de la pauvreté, de l'humilité, de la pureté et de l'amour des vierges adoratrices du Sang Pré­cieux, filles de Marie Immaculée. Sinon, vous aurez à rendre compte aussi exactement que possible de tout ce qui s'est passé vendredi. Il ne me reste plus qu'à m'anéantir profondément en la présence de Dieu... Je serais prête à perdre mille vies plutôt que de manquer à croire et à soutenir la vérité des paroles et des promesses de mon Époux d'amour... C'est dans ces sentiments qu'humblement prosternée devant l'adorable majesté de Dieu, je le conjure, au nom de la Passion de son Fils, au nom du Sang très précieux, au nom de la Vierge Immaculée, d'avoir pitié de moi, qui n'ai d'autre ambition que d'aimer mon Sauveur crucifié et de procurer la gloire de son Sang. A vous maintenant de peser toutes ces choses et à moi d'exécuter promptement tous vos ordres que je regarderai comme venant de Dieu même. Demandez à Ma­rie qu'elle me fasse part de son humilité et de sa soumission.

Mère Catherine Aurélie du Précieux Sang.

 

Extrait de : NOURRITURES  spirituelles.  Tome 1  (1956)

 

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 08:32

La Passion fut assurément, très amère et douloureuse pour Jé­sus, d'abord à cause du spectacle des péchés, des crimes sans nombre qui souilleraient la terre et perdraient les âmes, dans tous les siècles. Son coeur en est brisé, et c'est là une des causes de cette sueur de sang qui l'inonde au jardin des Oliviers.

 

Douloureuse mille fois plus que toutes les souffrances endu­rées dans tous les siècles par tous les martyrs. Car Jésus le plus beau, le plus parfait des hommes, l'homme par excellence, était le plus sensible, le plus capable de souffrir dans l'âme et dans le corps, le plus vulnérable sous les coups des injures, des fouets, des soufflets, des marteaux et de cette suite inouïe de tourments qui brisèrent son coeur et lui ôtèrent la vie. Chacun de ces coups est un abîme insondable.

 

Le pain de vie

Mais, ô mystère d'amour ! toutes les souffrances lui sont ren­dues supportables et même délicieuses par la pensée que son corps adorable ainsi broyé, brisé, haché, moulu comme le froment, va devenir notre victime, notre hostie, notre nourriture, notre vie, dans l'Eucharistie.

 

La présence réelle

La Passion fut très pénible à Jésus, à cause des séparations qu'elle lui imposait. Se séparer des personnes tendrement aimées selon Dieu, s'éloigner d'elles ne serait-ce que pour peu de temps, est pénible au coeur noble, au coeur doué de sentiments élevés.

 

Quel coeur ne fut jamais rempli de tendresse à l'égal du coeur de Jésus pour ses apôtres et ses disciples ? Et voilà que la mort va le séparer d'eux. Il sait qu'après sa mort, il quittera la terre, qu'il dira adieu à sa mère bien-aimée, à ses apôtres, à tous ceux qu'il a comblés de ses tendresses.

 

Ah ! Combien son coeur si bon souffre à cette pensée. Je m'en vais, mais consolez-vous; ce ne sera que pour peu de temps; Je vais à mon Père, et je vais vous préparer un trône. Je ne vous laisserai pas orphelins. Je vous en­verrai l'Esprit consolateur.

 

Il les revoit après la résurrection, avec quelle joie, quelles effusions de tendresse ! Mais ce n'est que pour quelques jours. Il faut qu'il disparaisse. Et son coeur saigne. Où trouvera-t-il une suprême consolation ? Dans l'Eucharistie. Je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles. Il pense au pouvoir qu'il a donné à ses prêtres de renouveler sa présence : Faites ceci en mémoire de moi.

 

Le sacrement d'amour

Ce qui contribua encore à rendre plus pénible et très amère la Passion de Jésus, ce qui le réduisit à l'agonie au jardin des Oliviers, ce fut la haine et l'ingratitude de ses contemporains et de tous ceux qui dans la suite des siècles se tourneraient contre lui et même se serviraient de ses bienfaits, de son sang, de ses sacrements pour l'outrager, le trahir et perdre les âmes qu'il venait sauver.

 

Les prophètes ont annoncé bien souvent cette cause des dou­leurs du divin Sauveur et lui-même a pleuré sur Jérusalem ingrate et perfide et sur toutes les âmes et les nations qui le trahiraient : A quoi bon verser mon sang à la flagellation, au couronnement d'épines, à la croix ? Tout cela sera inutile pour des millions d'âmes, pour tous ces coeurs endurcis qui se moqueront de moi et qu'il me faudra condamner dans un juste châtiment éternel.

 

O mon peuple, que t'ai-je donc fait, en quoi t'ai-je fait de la peine; réponds-moi ? O ingratitude, ô trahison ! Voilà ce qui plonge Jésus dans une tristesse sanglan­te et lui arrache ce cri de détresse sur la croix : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? Où donc trouvera-t-il un adoucissement à ses douleurs ? À cette angoisse mortelle ? En­core dans l'Eucharistie. Ah ! Sans doute l'Eucharistie rencon­trera aussi la haine, la profanation, les coeurs endurcis. Mais Jésus sait qu'elle enflammera bien des âmes, et qu'elle répandra sous tous les climats, en tous temps et en tous lieux, un vaste incendie d'amour que la haine, l'indifférence, l'ingratitude ne pourront jamais éteindre. L'Eucharistie fera germer et mûrir dans des millions de coeurs une abondante moisson de vertus, et produira les plus merveilleux effets pour la gloire de Dieu et pour le salut éternel d'une multitude innombrable d'âmes.

 

L'âme fidèle qui vit de la foi comprend ces trois grandes causes des souffrances de Jésus et si, comme son Maître et Sau­veur, elle les éprouve elle-même, elle vient à l'Eucharistie cher­cher un adoucissement aux peines corporelles, aux déchirements des séparations inévitables, à la haine et à l'ingratitude; et com­me Jésus, elle accepte tout avec joie ou avec résignation, pour res­sembler à Celui qui l'a aimée jusqu'à la croix.

 

Le saint sacrifice

L'Eucharistie est aussi un mémorial de la Passion par le fait que Jésus se donne à nous dans la sainte communion, dans son état de victime immolée au saint autel comme sur la croix. A la messe, le glaive des paroles de Jésus, prononcées par le prêtre, im­mole la divine Victime; en la plaçant dans un état de mort appa­rente. Vivante représentation du sacrifice de la croix ! Au Calvaire, le corps de Jésus était suspendu au gibet, et son sang inon­dait la croix et la terre, comme il avait inondé le jardin de l'ago­nie et le prétoire de la flagellation. Ce même sang, les anges le contemplent dans le calice du prêtre et sur la patène du sacrifice. Jetons un regard de foi sur la Victime immolée.                                A.-N. Valiquet, o.m.i.

 

Extrait de : NOURRITURES  spirituelles.  Tome 1  (1956)

 

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 08:11

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné !

Jésus a-t-il assez souffert ? Couvert d'ignominies, épuisé dans son corps par la perte de son sang qui coule de toutes ses plaies, torturé dans son coeur par tous les déchirements de l'amour, a-t-il atteint le degré suprême de la douleur, et la passion de son âme est-elle complète ? Oh non, loin de là. Il doit vider le calice jusqu'à la lie. Cette lie ne viendra pas des créatures. Elle sera ver­sée par la justice infinie d'un Dieu qui exige le châtiment absolu de Celui qui seul peut l'offrir dans toute sa perfection.

 

Au moment de mourir dans les affres de la plus cruelle des agonies, Jésus adresse à son Père le cri déchirant de la désolation : Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? Dans les épreuves les plus douloureuses, alors que l'homme troublé, bouleversé jusque dans le fond de son être, ne voit autour de lui que ténè­bres et tristesses, quand tout le monde le repousse avec dédain et sans pitié, il lui reste quand même la ressource d'une cons­cience qui le console par le calme de sa sécurit ; surtout il peut, privé de toute consolation humaine, se tourner vers Dieu et jeter en lui une espérance qui ne trompe jamais.

 

Mais pour le Sauveur sur la croix, il est devenu l'iniquité elle-même, puisqu'il porte tous les péchés, toutes les offenses de l'hu­manité; et devant son Père il disparaît avec sa sainteté et son amour, pour ne laisser voir que le crime et la peine à subir. Il n'a donc rien à attendre que justice implacable et délaissement cruel.

 

Et pourtant c'est le Père qui jadis mettait ses complaisances dans le Fils bien-aimé, c'est lui dont Jésus a voulu en toute chose faire la volonté, c'est lui dont le Sauveur avait enseigné à tous les bontés prévoyantes, et vers qui il avait ramené la confiance humaine par la prière filiale. C'est à lui que tout à l'heure au cénacle il adressait un chant d'amour, et pour qui il voulait con­quérir l'humanité. A l'instant même, il vient de supplier son Père, et de demander le pardon pour les bourreaux qui le tourmentent. Et maintenant tout est changé; tout semble évanoui des tendres­ses divines.

 

Le Fils ne voit pas s'ouvrir les bras paternels, il faudra qu'il meure sans avoir senti les douceurs du pardon, ni les joies de la réconciliation, puisque c'est l'acte même de la mort qui la fera s'opérer :

     Mon Dieu pourquoi m'avez-vous donc abandonné.

Tout est consommé

 

Cherchons s'il s'est jamais trouvé quelque chose dans l'histoire des douleurs humaines, et jusque dans la passion de Jésus qui les résume toutes, qui puisse être comparée à cet état de l'âme de Jésus, ainsi privée de la seule consolation qui lui apporterait quelque soulagement.

 

Que sont les peines, les tourments de toute nature qui peuvent lui venir des êtres qui l'entourent, et sur lesquels il lui suffirait d'un regard pour les terrasser et les anéantir.

 

De ces afflictions extérieures ou même intimes qui sont l'effet de la haine ou de l'amour des hommes, il a pu lui-même fixer librement la mesure.

 

Il est vrai que cette mesure dépasse tout ce qu'une âme humaine n’aurait jamais pu concevoir. Mais pour l'affliction qui lui vient de son Père, exerçant sur lui sa pleine justice pour le châtiment de l'humanité, dont il porte tous les crimes et par conséquent, dont il porte aussi toutes les douleurs qu'elle a méritées, cette affliction l'enveloppe comme un vêtement dont il ne peut se dégager et qui, par le caractère épouvantable de son action sur le cœur de Jésus, a pu être prédite par les prophètes comme une malédiction. Et c'est là le dernier mot de la passion de l'âme de Jésus, qu'il remet ainsi broyée entre les mains de son Père.                      Mgr Joseph-Médard Emard, év.

 

Extrait de : NOURRITURES  spirituelles.  Tome 1  (1956)

 

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