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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 08:35

Voici le Sauveur au prétoire devant Pilate.  Pilate, oh ! Nous le connaissons bien. C'est le gouverneur de la Judée. C'est le premier citoyen. Sa charge, ses fonctions, son influence, ses relations, tout contribue à le mettre en relief, comme le personnage le plus important, mais aussi à faire peser sur ses épaules, le fardeau des plus lourdes responsabilités. Il con­naît son devoir et l'étendue de son autorité. Il voudrait être juste, sauver de la mort Celui dont il est forcé de reconnaître l'innocen­ce, il ne trouve en lui aucun sujet de condamnation, mais on le menace de perdre sa place, et le peuple voyant ses hésitations et sa faiblesse augmente d'arrogance et réclame contre Jésus une sentence de mort.

 

L'instinct de la justice demeure, mais Pilate placé entre son intérêt et son devoir, cherche de vains subterfuges pour les con­cilier si c'était possible. L'avertissement de sa femme reste sans ef­fet. La libération de Barrabas n'apaise point la foule. La flagel­lation du Sauveur, sa couronne d'épines, son ignoble manteau de pourpre ne font qu'exciter sa fureur, et Pilate ne décide encore rien. Par la douceur de ses réponses, Jésus l'impressionne évidem­ment. Ce dépositaire de l'autorité, ce magistrat responsable de l'ordre public, va-t-il enfin par un acte énergique faire justice et délivrer le Sauveur ? Oh non ! La politique l'emporte et Ponce Pilate lave ses mains devant le peuple en disant : Je suis innocent du sang de ce juste vous en répondrez. Mais vaine tentative. C'est devant lui et par lui que Jésus aura subi ce qu'il y a de plus dur peut-être dans la vie sociale, se savoir victime de la lâcheté et, par le fait même, de l'injustice de ceux qui ont tout à la fois le droit, et le pouvoir de protéger l'innocence et de proclamer la vertu.

C'est toujours pour Jésus la passion de son âme. Comme elle durera longtemps cette injure particulière. Dans la suite des siècles et jusqu'à la fin des temps, les chrétiens rediront tous les jours la parole vengeresse : a, souffert sous Ponce Pilate. Et cette parole servira à dénoncer toujours et partout les Pilate quels qu'ils soient qui, dans l'administration de la chose publi­que, en dépit de tous les avertissements, n'osent jamais porter le courage jusqu'au point de maintenir la justice et le bon ordre, même au détriment de quelque vulgaire intérêt, et malgré la pous­sée de la clameur populaire.

 

J'ai soif

Jésus est crucifié entre deux voleurs. Il a été mis, dit l'Écriture, au rang des scélérats. Au-dessus de sa tête est l'inscription : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs. A ses pieds on s'est partagé ses vête­ments, sa tunique a été tirée au sort. Ce prêtre souverain éprou­ve les tourments de la soif, la soif brûlante des âmes.

 

On l'abreuve du fiel de l'ingratitude, et du vinaigre de l'in­différence, plus encore des moqueries et des sarcasmes de l'im­piété. Les deux criminels à ses côtés lui lancent les mêmes blas­phèmes. L'un se convertit cependant, et Jésus agonisant oublie sa souffrance pour lui promettre le paradis.

 

Le coeur de Jésus palpite toujours pour ceux qui l'insultent, il implore le pardon de son Père qu'il achète au prix de son sang.

 

Femme, voilà votre Fils; voilà votre Mère !

Puis des hauteurs du gibet, ses regards s'abaissent sur Marie sa mère, debout au pied de la croix. Qui pourrait, avec une langue assez sainte et sublime, décrire ce qui se passe à la fois dans le cœur du Fils et dans celui de la mère ! Jamais deux âmes ne furent mieux faites pour savourer ensemble les mêmes douleurs.

 

Un glaive transpercera votre âme, avait dit à Marie le vieil­lard Siméon. Et elle avait vécu dans l'attente douloureuse de ces heures lugubres et divines durant lesquelles, ressentant en elle-même le contrecoup de toutes les souffrances de son enfant, elle lui serait une source à tout instant renouvelée d'afflictions nou­velles et de plus cruelles tortures.

 

Une mère penchée sur son enfant qui souffre endure plus que lui la douleur. Marie est la mère la plus parfaite, parce qu'elle est la plus sainte. Elle compte chaque goutte du sang de son Fils, chaque battement de son coeur, chaque mouvement de ses lèvres. Elle contemple ses plaies, elle suit la marche lente de la vie qui s'écoule, de la mort qui s'approche. Tout son amour est en oeu­vre pour rappeler toutes les douleurs de sa vie, toutes ses angoisses; elles revivent toutes à la fois, et de son coeur transpercé moment vers l'âme de son Fils les flammes ardentes qui le brûlent, le tourmentent, le déchirent, et reviennent comme à leur foyer dans le coeur de la mère qui souffre toujours davantage.

 

Deux foyers qui se renvoient à l'infini des rayons toujours plus ardents, et la compassion de la Sainte Vierge est l'instrument merveilleux qui accentue la passion de l'âme de Jésus.

Aussi on dirait que, à bout de force par l'intensité de l'amour qui le consume, Jésus veut dans son extrême douleur se donner à lui-même et accorder à sa mère par son prêtre bien aimé, toute la consolation possible : Femme voilà votre fils, voilà votre mère.

Mgr Joseph-Médard Emard, év.

 

Extrait de : NOURRITURES  spirituelles.  Tome 1  (1956)

 

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 13:08

 

Oh mystère insondable ! Un Dieu est mort pour nous. Un Dieu fait homme a livré son humanité en victime d'expiation à la justice divine et a fait peser sur elle le fardeau de toutes les iniquités. Cette expiation s'est faite par la souffrance et par la mort afin de nous épargner à nous-mêmes la mort spirituelle et l'éternelle souffrance.

 

Mon âme est triste jusqu'à la mort

Au jardin des Olives, il est saisi d'effroi et de dégoût. La tristesse et l'ennui l'envahissent. Il a la claire vue de tout ce qui se prépare contre lui. Il accepte le calice d'une amertume sans nom et qu'il doit boire jusqu'à la lie. Toute consolation lui est retirée, c'est une véritable agonie, son cœur déborde, des sueurs de sang l'inondent et coulent jusqu'à terre. Si un ange du ciel lui apparaît et le fortifie, c'est afin de le rendre capable de porter une douleur qui dépasse les limites de la puissance humaine. Où trouvera-t-il une consolation dans cet effroyable abattement ? Ses disciples les plus chers sommeillent et dorment malgré ses instances et ses reproches. Pourtant, il vient de les consacrer prêtres. Ils avaient promis de le suivre partout, et s'étaient dé­clarés capables et prêts de vider avec lui le même calice... Et à côté de Jésus abîmé dans l'amertume et l'abandon, eux se sont endormis. C'est la passion de l'âme qui est commencée pour Jésus et trois de ses Apôtres, les plus favorisés, en sont les premiers instruments. Mon Père ! S'il est possible, que ce Calice s'éloigne de moi !

 

Celui qui doit me trahir approche

Mais voici quelque chose de plus affreux. A la tête d'une troupe de soldats et de valets, avec des lanternes, des torches, et des armes, Judas s'avance, il s'approche de Jésus : Salut Maître, lui dit-il, et il l'embrasse. Ami, lui dit Jésus, qu'es-tu venu faire ? Tu trahis le fils de l'homme par un baiser.

 

Judas, c'est encore un intime, un disciple, un confident. Tout à l'heure il était au cénacle, il se laissait laver les pieds par Jé­sus. Il communiait à son corps et à son sang. Il était lui aussi ordonné prêtre. Déjà il avait vendu son Maître, maintenant il le livre. Judas c'est l'avarice, la jalousie, l'hypocrisie. Judas c'est le sacrilège, l'apostasie, la trahison, tout à l'heure ce sera le déses­poir; mais malgré tout Jésus l'avait aimé, il l'aime encore, il l'ap­pelle son ami, il reçoit son baiser. Sa parole est tendre, son affec­tion suppliante, mais le cœur endurci de Judas résiste à tout, et le poignard de la trahison est plongé par lui dans le cœur de Jésus, c'est la passion de l'âme qui continue.

 

Non ! Je ne connais pas cet homme-là !

Plus tard chez le grand prêtre Caïphe, une foule qui blasphè­me entoure le Sauveur. Pierre qui dormait au jardin, au lieu de prier, s'est joint à la multitude, une servante l'aperçoit, elle croit le reconnaître : Tu étais avec Jésus de Galilée ! Pierre le nia de­vant tout le monde : femme, je ne le connais pas. Je ne sais, je ne puis comprendre ce que tu dis. Le voici inquiet, cherchant à s'esquiver; à d'autres qui l'interrogent il répond une seconde fois dans les mêmes termes. Mais ton langage te trahit, lui dit-on. Est-ce qu'on ne t'a pas vu dans le jardin avec lui ? Non, non, je ne connais pas cet homme-là, je ne sais ce que vous voulez dire.

 

Jésus, à qui rien ne pouvait échapper, entendit ces paroles. Pierre qui avait jadis confessé sa divinité et reçu ses promesses les plus glorieuses, Pierre qui dans sa foi bruyante avait voulu se dérober à l'humilité de son Maître, Pierre qui se croyait plus fer­me et meilleur que tous les autres, et qui avec jurement avait pro­mis de ne jamais abandonner Jésus, quand il serait seul à le soute­nir, Pierre qui vient de tirer l'épée pour défendre son Maître, ce même Pierre, effrayé à la voix d'une femme, renie Jésus et dé­clare ne point le connaître, ne l'avoir jamais fréquenté, lui être absolument étranger.

 

Conçoit-on combien cette conduite du futur chef de ses Apôtres fut sensible à Notre-Seigneur. Cependant Jésus passe. Il s'applique ici à lui-même le précepte qu'il avait naguère formulé pour ses prêtres. Avant de monter au Calvaire où il doit s'offrir en victime sur l'autel de la Croix, il porte dans l'âme de celui qui vient de l'offenser si gravement, le pardon sans atten­dre la supplication ou les excuses du coupable; il n'attend point que Pierre marque son repentir et demande pardon, il a pitié de la gêne qui sans doute empêche son disciple de parler, il arrête sur lui son regard. Les yeux du disciple renégat rencontrent ceux de son Maître.

 

Il peut y lire le reproche sans doute, la douleur en même temps que la sévérité, il y aperçoit surtout une infinie miséricorde, et cette bonté provoque la confiance avec le repentir et Pierre verse des larmes amères qui augmentent encore la pas­sion de l'âme de Jésus.

Mgr Joseph-Médard Emard, év.

 

Extrait de : NOURRITURES  spirituelles.  Tome 1  (1956)

 

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 13:21

Il est Roi parce qu’Il est  Dieu

C’est par un droit divin que se justifie d'abord la domination politique et sociale du Christ-Roi. Et si le droit divin qui fut réclamé par des rois de la terre, fut souvent contesté et brisé par des révolutions triomphantes, celui-là le droit divin du Christ est immuable et éternel : et en dépit de toutes les insurrections passagères des impiétés officielles, il est assuré d'un triomphe final qui confondra tous les orgueils de toutes les révoltes de la po­litique humaine.

 

C'est que le Christ-Roi est Dieu. Il est Dieu comme son Père qui l'a envoyé; il est Dieu comme l'Esprit qui procède du Père et du Fils. Il est Dieu et Homme sans doute; mais l'homme qui est en lui uni à la divinité, est de telle sorte uni à cette divinité et par elle de telle sorte absorbé, que la nature humaine et la na­ture divine se réunissent en une seule et même personne, qui est dans le Christ la personne du Verbe de Dieu. Merveille et mys­tère de l'union hypostatique d'où résulte que le Verbe incarné, élevant jusqu'à la dignité divine l'humanité qui est en lui, de­meure ce qu'il est de toute éternité, vrai Dieu, et que le Christ, en qui s'est accomplie l'incarnation, est ce Dieu même devant qui tout genou doit fléchir sur la terre et aux cieux.

 

Mais puisque le Christ est Dieu, et que Dieu est un en sa trinité adorable, il s'ensuit que le Christ en tant que Dieu a créé avec le Père et avec l'Esprit; il a créé tout ce qui est, tout ce qui vit et tout ce qui respire, au ciel et sur la terre. Étant créateur, il est Maître souverain, et c'est donc de lui comme du Père et de l'Esprit qu'il faut affirmer le mot qui définit le domaine terrestre de la Trinité : Domini est terra et plénitude ejus.

 

La royauté de Jésus a donc pour principe sa filiation divine. Le Verbe éternel avait pris soin de la faire proclamer par son prophète. Après avoir rappelé les vaines tentatives des rois et des peuples pour secouer l'autorité du Seigneur et de son Christ, le psalmiste ajoute : Le Seigneur m'a dit : Tu es mon Fils; je fat engendré aujourd'hui. Demande-moi, et je te donnerai les na­tions pour héritage. (Ps. II, 7-8).Merveilleux héritage, royal testament qui fait le Christ maître de l'Univers, et qui étend sa puissance jusqu'aux extrémités du monde...

 

Est-il étonnant qu'après l'incarnation, Jésus ait lui-même af­firmé devant ses Apôtres, ses disciples, et mêmes ses ennemis, sa royauté universelle : Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Et quand Pilate pose la question décisive qui va in­criminer Jésus : Es-tu le Roi ?  Jésus se dresse devant le pro­consul avec toute la majesté d'un Dieu, et il fait la réponse brève et souveraine qui a retenti du Prétoire jusqu'à nous : Ego sum. Je suis le Roi !

 

Il est Roi parce qu’Il est Rédempteur

Est-il nécessaire de rappeler ici que le Christ un jour ajouta à son droit divin sur les nations, un droit plus sacré peut-être encore au regard de nos âmes coupables et rachetées, le droit de la rédemption. Roi par droit de nature, il le voulut être par droit de conquête. Il a conquis à son Père et à justice l'humanité qui s'était retranchée par son péché du royaume éternel, des âmes qui s'étaient révoltées, qui avaient répété pour elles-mêmes et à leur compte, le cri de l'indépendance : non serviam. Il est venu sur la terre, il s'est incarné pour opérer parmi les hommes cette conquête; il a mis à cette œuvre, à cette guerre au péché et à Satan, toutes les ressources de son immense et éternel amour. Son arme de conquête, ce fut la croix. C'est du haut de cette croix, que le Christ flagellé, brisé, rompu, sanglant, couronné d'épines, fit monter vers le ciel la prière rédemptrice Pater dimitte illis, et c'est sur cette croix que descendit le pardon universel.

 

Il règne par sa croix

Par la croix, Jésus avait donc fait rentrer au royaume de Dieu les hommes; par la croix il avait conquis ceux-là mêmes qu'il avait créés; et c'est par la croix que désormais il règne sur eux tous : régnant a ligna Deus !

 

Il règne par la croix sur toutes les terres et sur tous les peu­ples. Par la croix, signe de ses conquêtes, il règne plus particu­lièrement sur notre terre bien aimée du Canada. Et il y règne par le geste spontané d'une consécration qui date de la décou­verte de ce pays. Si bien qu'aux droits divins du Christ Rédemp­teur sur notre terre canadienne, il nous est particulièrement con­solant d'ajouter le droit spécial qui se fonde sur l'hommage vo­lontaire que par la croix Jacques Cartier fit à Dieu de tout le pays qu'il venait de découvrir.

 

Il y a plus de quatre cents cinquante ans que s'accomplit au rivage de Gaspé le rite de cette dédicace du Canada au Christ-Roi. Vous vous souvenez de cet acte de foi, de cet acte de double loyauté au roi de France, et au Roi des rois. [ ... ]

 

C'est une fierté pour le Canada français, pour tout le Canada catholique, pour le Canada tout court, que faire remonter jus­qu'à la consécration religieuse de 1534, l'histoire de ses destinées. Et c'est une particulière et haute satisfaction de constater aujourd'hui qu'à travers toutes les variations de la politique et de la fortune, malgré toutes les vicissitudes de la guerre; et tous les changements d'allégeance; une chose est ici restée immuable, intangible, c'est la croix; une domination est restée certaine et inchangée, c'est celle de Dieu et de son Christ.                 Mgr Camille Roy, p.a.

 

Extrait de : NOURRITURES  spirituelles.  Tome 1  (1956)

 

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 07:18

Si vous vous étiez égarée en chemin, ne seriez-vous pas très satisfaite de rencontrer quelqu'un qui vous avertît et vous montrât la bonne voie ?

 

Voilà ce que la charité bien ordonnée exige de vous lorsqu'il s'agit de venir en aide au prochain. Il s'est malheureusement égaré, il a suivi une route qui ne conduit point à la fin dernière, à la future pos­session de Dieu. Vous en avez eu connaissance ; vous êtes unie à cette personne par les liens du sang ou de l'amitié, ce qui vous permet de lui parler en toute franchise, de lui adresser des avis sérieux et de salutaires conseils, et vous pourriez vous taire ?

 

Vous verriez d'un œil indifférent comment votre sœur s'éloigne de plus en plus du bien suprême, comment d'un pas pressé elle va à la rencontre de sa perte, comment le danger qui la menace grandit continuellement ?

 

« Celui qui voit son frère dans la détresse, et lui ferme son cœur et ses entrailles, comment aurait-il en soi l'amour de Dieu ? » dit saint Jean.

 

Cette parole du Disciple bien-aimé, qui s'applique aux be­soins temporels et à la position malheureuse des pauvres, peut s'appliquer avec plus de raison encore aux besoins spirituels du prochain, au danger suprême que court une âme égarée, celui de manquer sa fin pour toujours.

 

Et cependant il y a peu de points de la morale chrétienne contre lesquels s'élèvent dans le cœur de bien des personnes plus de préjugés, que contre ce devoir de la correction fra­ternelle.

 

Les meilleures parfois ne veulent pas comprendre qu'il est contraire à la charité, et même dans plusieurs cas contraire à la conscience, de ne pas empêcher le mal quand on le pourrait aisément.

 

Combien n'y en a-t-il pas dont la parole n'est point sans influence, et auxquels une crainte ridicule, une fausse con­descendance, un respect humain mal entendu, une déplo­rable indifférence ferment la bouche !

 

Comme ils se trom­pent! Ils s'imaginent échapper à quelques désagréments, épar­gner à leur prochain une humiliation ou un mécontente­ment passager, alors qu'ils s'attirent souvent une lourde responsabilité, et causent parfois à leurs frères un tort no­table.

 

Sans doute la loi du Seigneur, qui commande d'empêcher, les fautes d'autrui, s'adresse spécialement aux supérieurs;  néanmoins c'est une loi générale de la charité, elle regarde tous les chrétiens, pourvu que l'on reste dans les limites d'une sage prudence.

 

Sans doute, pour qu'il y ait obligation, il ne suffit pas d'un simple soupçon ; il doit être question d'une chose certaine, d'un fait réel, d'un danger évident que va courir le prochain. Enfin il faut qu'il n'y ait point un dommage très grave à craindre, un dommage qui pourrait nous atteindre nous-même par suite des bons avis que nous aurions donnés. Cependant la vraie charité ne calcule pas d'aussi près. Certes elle doit être unie à la prudence ; mais le salut du pro­chain la rend ingénieuse et inventive. Elle est compatissante, mais en même temps franche ; elle est prévenante, mais cou­rageuse; elle est patiente, mais sérieuse et énergique.

 

Que de pauvres jeunes filles se perdent misérablement, par­ce que, parmi celles qui s'appellent leurs amies, il n'en est pas une qui ait la charité et le courage de leur dire : « Prenez garde ! Si je ne me trompe, le sentier où vous marchez de­vient glissant ; en tous cas, il me semble que c'est un faux chemin qui peut vous conduire à l'abîme. Chère amie, vous devenez si tiède dans le service de Dieu ; vous vous éloignez de plus en plus de la religion et votre foi semble chanceler ! Ces discours équivoques, ces paroles à double sens ne me rassurent pas. — Ces relations n'aboutiront à rien de bon ; cette société ne vous convient pas, ce livre doit disparaître de vos mains... Mon amie, vous semblez indifférente à vos devoirs d'état... Vous êtes devenue vaine et bien légère... Mon amie, rentrez en vous-même ; rapprochez-vous des sacrements que peut-être vous n'avez plus reçus depuis trop longtemps ; cherchez un bon confesseur, nourrissez-vous de nouveau du Pain de vie. O mon amie, je vous en conjure, changez de conduite ! »

 

Une bonne parole trouve toujours sa place, dit un pro­verbe, et la simple crainte de n'être pas accueillie, d'être mé­prisée par le prochain, ne doit pas nous empêcher de remplir envers lui les devoirs de la charité chrétienne.

 

Ame chrétienne, n'ayez pas peur d'accourir au secours de votre prochain, qui va tomber ! «Ne retenez pas la parole au temps où il pourrait être sauvé. »

 

Par l'amour que vous vous devez à vous-même, par le dé­sir de n'avoir pas à vous reprocher la damnation de person­ne en gardant un silence lâche et intempestif, parlez quand il faut parler, et sauvez ce qui peut être sauvé !                    R. P. von Doss.

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 00:35

Pour s'emparer de l'homme tout entier, ce n'est pas assez d'enseigner la religion à son esprit ni même de la pré­senter à son cœur ; il faut encore la montrer à ses sens.

 

Le saint concile de Trente disait : «L'homme étant ce qu'il est, il ne peut que difficilement, sans le secours des signes sensi­bles, s'élever à la méditation des choses divines. » Voilà pour­quoi Dieu a écrit la religion dans des signes palpables.

 

Ce que le monde visible est au monde invisible, leculte extérieur l'est aux dogmes et aux préceptes du christianisme : c'est un miroir dans lequel nous voyons de nos yeux, nous tou­chons pour ainsi dire de nos mains les vérités de l'ordre surnaturel : la chute de l'homme, sa rédemption, ses espérances im­mortelles, ses devoirs, sa dignité.

 

Le culte extérieur est en­core à la religion ce que la parole est à la pensée ; il en est l'expression vraie, c'est-à-dire tour à tour douce, joyeuse, terrible, lugubre, suivant la nature des vérités qu'il exprime ; en un mot, le culte extérieur catholique est le christianisme présenté aux sens.

 

Arrêtons-nous à considérer ici l'office du jour solennel si bien nommé le jour du Seigneur. Afin de pénétrer le sens intime et de découvrir tous les trésors du culte catholique, bénédictions, prières, langage, chants, cérémonies, sacrifice auguste de l'autel, tout doit être passé en revue.

 

En contemplant cette magnifique galerie de tableaux animés, nous voyons com­bien le culte de l'Église romaine est digne de la vraie religion, c'est-à-dire raisonnable, noble, saint, propre à captiver les sens et à les purifier en les élevant à la contemplation des choses divines ; nous voyons surtout combien il est instruc­tif et vénérable.

 

Supposez qu'un navigateur digne de foi s'en vienne, au re­tour d'un voyage dans des archipels inconnus, annoncer à l'Europe savante l'existence d'un peuple qui depuis dix-huit cents ans conserve invariables sa langue, sa foi, ses mœurs, ses lois, ses usages, ses rites, jusqu'à la forme de ses édifices et de ses vêtements ; que toutes ces choses, étonnantes de grandeur, de sagesse et de génie, ont leurs racines dans des traditions plus anciennes, dont la plupart remontent à l'ori­gine des temps et se rattachent aux plus grands événements de l'histoire ; de telle sorte qu'il suffit de connaître ce peuple, d'entrer dans ses temples, d'assister à ses cérémonies religieu­ses, d'en pénétrer le sens et la cause pour être transporté com­me par enchantement à dix-huit siècles au-delà, avoir l'in­telligence de tous les mystères de l'homme et assister au spec­tacle vivant de l'antiquité la plus reculée.

 

Eh bien, au récit de ce navigateur, Toulon, le Havre, Brest, Marseille, nos diffé­rents ports et ceux des autres nations verraient accourir de nombreux amateurs, empressés de partir pour visiter ce peuple monumental.Qui sait ? les gouvernements eux-mêmes enverraient peut-être chez ce peuple des expéditions scien­tifiques pour recueillir des traditions plus vraies, lire des ins­criptions plus intéressantes et explorer des ruines plus véné­rables que les traditions, les inscriptions et les ruines de Thèbes et de Memphis.

 

Chrétiens et chrétiennes, ce peuple existait ! C'était le peuple, c'était l'Église catholique, avant ce concile maudit. Amateurs de l'antiquité, assez longtemps vous êtes restés en admiration sur le seuil de nos cathédrales, en­trez dans le sanctuaire. Là vous découvrirez la pensée mys­térieuse et puissante dont l'expression merveilleuse vous ravit ; vous comprendrez l‘esprit du monument dont vous ne connaissez que la lettre morte, et votre admiration doublera ; de simples spectateurs que vous étiez, vous serez poètes de l'art ; car, ne l'oubliez pas, dans les arts celui-là est mort dès cette vie qui ne croit pas à l'autre.

 

Quand un dimanche vous voyez le prêtre à l'au­tel, faisant avec une précision mathématique certains mou­vements qui vous paraissent  étranges,  répétant  certaines paroles dont peut-être vous ignorez la valeur, loin, bien loin de vos esprits la critique ignorante ; bien loin de vos lèvres le sourire impie du mépris ! Recueillez vos pensées, pénétrez le mystère, et dites-vous à vous-mêmes : Voilà devant mes yeux la vénérable antiquité de la foi ; voilà l'immobile per­pétuité du christianisme. Tandis que tout change autour d'elle, cette religion demeure immuable. Ce qu'il fait, ce prêtre, se fait de même en ce moment sur tous les points du globe par des milliers d'autres prêtres ; ce qu'ils font tous ensemble se faisait de même il y a cent ans, il y a mille ans, il y a dix-huit cents ans. Les basiliques de Constantinople et de Nicée, les Catacombes de Rome furent témoins du même spectacle. Dans ce prêtre je vois Chrysostome à Antioche, Denis  à Lutèce, Ambroise  à Milan.

 

Il étend les bras pour prier, je vois le chrétien des anciens jours ; il place ses mains sur l'offrande sacrée, je vois Aaron prenant possession de la victime ; il développe un linge blanc sur lequel il repose l'hostie sainte, je vois le linceul du Cal­vaire, où fut enveloppée la grande Victime du genre humain. Toute l'antiquité se déroule à mes yeux. Dix-huit siècles sont franchis, et j'entends la voix du Fils de l'Éternel di­sant : « Jamais un iota ne sera retranché de ma loi » et je vois de mes yeux l'accomplissement de son immortel oracle : « Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront point. »

 

Non seulement les cérémonies de l'auguste sacrifice font briller aux yeux la vénérable antiquité de l'Église, les usages les plus vulgaires de nos saintes assemblées nous la racontent aussi dans leur langue pleine de candeur et de charité.

 

En mémoire des Actes des Apôtres et des livres des Pro­phètes que les Lecteurs lisaient autrefois aux fidèles assemblés, le sous-diacre et le diacre font la même lecture ; le curé lit l'évangile du jour ; et, suivant la recommandation de l'Apôtre, il prie tout haut pour les pontifes et les rois, les riches et les pauvres, les malades et les infirmes, les voyageurs et les exilés.

 

La religion a arrangé les choses ainsi : Il n'y a pas une douleur sans consolation, une misère sans soulagement, un besoin sans secours ; et chaque dimanche elle nous montre toutes ces bonnes œuvres liées ensemble comme un fais­ceau.

 

Si de superbes esprits dédaignent une grand'messe, c'est qu'ils ne savent pas tout ce qu'elle rappelle de vieilles mœurs et de saintes coutumes. Chose admirable ! Il n'y avait pas dans toute la chrétienté un village, un petit hameau qui ne puisse offrir, tous les huit jours, aux savants et aux érudits des ré­miniscences de l'antiquité, des souvenirs des Césars et du Cirque, des Catacombes et des martyrs.

 

Ainsi s'expliquait et se justifiait cette étonnante parole de l'â­me la plus aimante et peut-être la mieux inspirée du seizième siècle, disait sainte Thérèse: « Je donnerais ma tête, pour la plus petite cérémonie de l'Église. »      Mgr gaume.

 

Inspiré de : LECTURES MÉDITÉES  (1933)

 

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 08:47

L'ordre n'est pas, à proprement parler, une vertu, mais il contribue puissamment à l'entretien des vertus, à leur pratique soutenue,  ainsi qu'à l'accomplissement de tous les devoirs. Il est l'auxiliaire indispensable de la ré­gularité. N'avoir pas d'ordre, c'est un défaut, et un grave défaut.

 

Cependant le nombre de ceux qui ont de l'ordre est petit ! En avez-vous ? Toute votre conduite est-elle réglée ? Agissez-vous toujours selon les principes et selon l'ordre ? Ne suivez-vous pas trop habituellement vos im­pressions, vos caprices ?

 

Il faut avoir de l'ordre, il faut en avoir beaucoup. On y gagne de toutes les façons, et notamment pour la piété.

 

En quoi devez-vous mettre de l'ordre ?

Vous devez en mettre dans votre intérieur et dans votre extérieur, c'est-à-dire que vous devez régler tout ce qui re­garde votre âme et tout ce qui regarde votre corps.

 

L'âme a des pensées, des affections, des désirs. Quelles sont vos pensées ? Vous en avez beaucoup ? Sont-elles toujours selon l'ordre moral, c'est-à-dire selon Dieu ? Quel chaos que celui d'un esprit dont les pensées n'ont aucune règle ! Jusqu'où ne peut-on pas aller quand on ne met pas d'ordre dans ses pensées ?

 

Et à quoi donc faut-il penser ? Il faut penser à Dieu d'abord ; après Dieu vient la famille ; après la famille, les relations honnêtes et légitimes, et enfin toutes les occupations de la vie. Voilà l'ordre des pensées.

 

Malheur à qui trouble cet ordre: il s'expose à tous les écarts de l'esprit! Réglez bien votre imagination, cher lecteur ou chère lectrice, réglez-la dès maintenant, car, en la laissant se développer sans retenue, il arrive un jour où elle devient la maîtresse et où il n'est plus possible de la dominer.

 

Quelles sont vos affections ? C'est-à-dire, où en est votre cœur ?

Le cœur est tout ce qu'il y a de plus difficile à régler. Si vous n'y faites pas une sérieuse attention, votre cœur deviendra pour vous la  source  des plus  amers  chagrins.

 

Quel est l'ordre  des  affections  du  cœur ? Le cœur doit suivre l'esprit ; où vont les pensées, là doi­vent aller les affections. Ainsi Dieu est au premier rang, à lui le suprême amour. En second lieu, il faut aimer les siens, son père et sa mère, ses frères et ses sœurs ; nos amies, si intimes qu'elles soient, ne peuvent prendre place dans notre cœur qu'après la famille. Toute affection qui ne suit pas cette marche est une affection désordonnée.

 

Ah ! Si vous saviez, ce qu'il en a coûté à une foule de jeunes filles pour n'avoir pas su donner à leur cœur cette direction ! Elles ont laissé grandir des sen­timents qui sont devenus des passions, qui ont arraché à leurs mères des torrents de larmes, et qui leur ont apporté à elles-mêmes les plus cruels regrets.

 

Mettez de l'ordre, et le plus d'ordre possible, dans les affections de votre cœur. Il faut en mettre aussi dans vos désirs.

 

On rencontre des personnes dont toute la vie se consume en désirs. Elles rêvent mille chimères ; elles se bercent de mille espérances. Oh ! Si elles avaient ceci, si elles avaient cela, que ne feraient-elles pas ? Et elles soupirent ; elles demandent, elles cherchent. Leurs désirs les poursuivent partout, jus­que dans leur sommeil.

 

Voyez-vous cette jeune personne qui vous paraît toujours si sombre et si triste ? Qu'a-t-elle donc qui la tourmente ? Elle est en proie à la maladie des désirs. Elle ne sait pas les régler ; elle se livre à leur entraînement, à leur folie. Et, comme jamais elle n'arrive à en réaliser un seul, elle se la­mente, elle se trouve la plus malheureuse des créatures. Ne lui ressemblez pas !

 

Que faut-il donc désirer ? Il faut désirer ce que Dieu veut, ce qui peut être utile pour notre bien et pour le bien des autres. Tout autre désir est insensé.

 

Qu'une femme serait heureuse si elle mettait ainsi tout en ordre dans son âme ! Ccomme elle serait plus calme ! Comme elle se posséderait davantage ! Qu'elle éviterait de fautes et de déceptions !

 

Mais il faut aussi régler les choses extérieures. On doit avoir de l'ordre dans ses regards, dans ses paroles, dans ses actions.

 

Tous vos regards sont-ils réglés ? Il y a des choses mau­vaises à voir, il y en a de dangereuses, il y en a d'indifférentes ; et enfin il y en a de bonnes et d'honnêtes. Ici l'ordre a une importance capitale. Détournez-vous toujours les yeux des choses qu'il ne faut pas voir ? Prenez-vous des précau­tions pour celles qui offrent un certain danger ? Et, par rapport aux autres, y mettez-vous encore de la réserve et de la mortification ? Un regard suffît pour ébranler l'âme et pour la perdre.

Toutes vos paroles sont-elles aussi dans l'ordre ? On a dit que celui qui ne pèche pas par la langue est parfait. Pouvez-vous vous rendre le témoignage de régler toujours votre langue ?

 

On parle avec légèreté, avec entraînement, et on se repent ensuite de ce que l'on a dit : on a offensé Dieu, on a blessé le prochain, on a semé la division, on a peut-être allumé la colère et la haine.

 

Que de mal on peut faire par ses paroles si on ne les rè­gle pas !

Veillez sur les vôtres, soyez attentive, soyez prudente. Ne dites pas tout ce qui vous vient à l'es­prit ; mais pesez auparavant la valeur et l'importance de vos paroles.

 

On estime, par-dessus tout, une personne dont toutes les conversations sont dignes et convenables.

 

Enfin, toutes les actions de vos journées sont-elles faites avec ordre et selon Dieu ?

 

Vous levez-vous et  vous couchez-vous à une heure fixe ? Travaillez-vous, priez-vous, sortez-vous, faites-vous toutes choses à des moments déterminés, et non quand cela vous plaît, quand vous en avez l'idée, selon votre goût, selon votre fantaisie ?

 

Vous ne sauriez imaginer tout ce que l'on peut réaliser quand on sait parfaitement régler sa vie.

 

Mais il faudrait tout un livre pour traiter convenablement un tel sujet, pour énumérer les abus d'une vie mal réglée et démontrer les immenses avantages de celle qui est soumise exactement à une règle !

( L'abbé chevojon.)

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 07:59

Un combat, voilà la vie de l'homme sur la terre, disait le saint homme Job (Job, VII, 1). De fait, depuis les jours du Paradis Terrestre, la vie pour chacun de nous, c'est l'état de guerre en permanence. Le démon, le mon­de et notre nature corrompue ont mis le siège autour de chacune de nos âmes, et cet assaut ne prendra fin qu'au moment où, libé­rées par la mort, elles paraîtront devant le Souverain Juge. Com­bat terriblement long : toute la vie ! Il nous faut prendre notre parti et ne plus jamais rêver de jours où tout est rosé, dans un pays où le lait et le miel coulent à pleins flots.

 

Combat épouvantablement ardu et périlleux : d'autant plus rude et dangereux que la puissance des ennemis est encore ac­crue et aidée par la facilité d'accès et d'abordage qui leur est of­ferte. Songez donc que le pire de nos ennemis, notre pauvre nature viciée, est dans la place, au dedans de nous et que nous l'y portons vingt-quatre heures par jour !

 

Par ailleurs, l'enjeu de la lutte est d'une capitale importance. Vous le savez : l'âme une fois sauvée, c'est le souverain bien et pour toujours. Tandis que notre lâcheté, fût-elle momentanée; peut avoir des conséquences désastreuses, peut-être irréparables...

 

Si le ciel souffre violence (Matt., XI, 12), on saisit l'impor­tance essentielle de la bravoure dans ce combat sans merci. Par­tant de là, on conclut que travailler toute l'année à accroître dans l'âme la force surnaturelle et l'énergie naturelle, c'est faire besogne très utile pour nous et très agréable au bon Dieu. [... ]

 

La force chrétienne

 

La force est une vertu cardinale qui raffermit l'âme dans la poursuite du bien difficile, sans se laisser ébranler par la peur, pas même celle de la mort (Tanquerey).

 

De même que la tempérance s'attache à discipliner l'appétit concupiscible pour en faire un instrument utile au service de la volonté, ainsi la force va soumettre l'appétit irascible à la droite raison pour le rendre souple et puissant.

 

Comme toutes les vertus cardinales, la force se tient à égale distance entre ces deux extrêmes : d'un côté, le manque de force qu'on appelle timidité ou pusillanimité; de l'autre, l'excès de force, qui prend le nom d'audace, de témérité.

 

Ici encore, il est opportun de rappeler que la grâce, loin de détruire la nature, la perfectionne : c'est ainsi que la vertu in­fuse de force vient surélever notre force d'âme naturelle. Tra­vailler au perfectionnement de cette vertu de force, c'est rendre le terrain plus propice à l'infusion et à l'action de la vertu infuse et du don. Ce travail surnaturalisé par la prière constitue la coo­pération voulue et jugée suffisante pour que le bon Dieu agisse en nous. Notre effort conditionne l'œuvre de Dieu. A celui qui fait son possible, Dieu ne refuse pas sa grâce.

 

Tout le monde connaît l'antique proverbe latin sous sa for­me francisée : c'est en forgeant qu'on devient forgeron. Le saint n'a pas appris son art, difficile entre tous, en « jouant aux ver­tus » ou « aux caprices », mais en pratiquant les vertus et en combattant ses caprices.

 

Vouloir, exécuter, persévérer

 

Le premier acte de la force sera donc de vouloir, de vouloir pour de vrai..., non pas au conditionnel, au plus-que-parfait, au futur simple ou antérieur; mais vouloir au présent — je veux !

 

« L'enfer, dit-on, est pavé de bonnes intentions. » Il n'est pas besoin, hélas ! D’aller si loin; il suffit de scruter notre vie...

 

Il y a trois manières de vouloir : vouloir sans qu'il en coûte; vouloir quoi qu'il en coûte; vouloir parce qu'il en coûte. Cette dernière manière de vouloir est pour les grands caractères et les grands cœurs. (P. de Ravignan). [...]

 

Le savoir doit toujours être suivi de l'exécution. Dans les commandements, il est important de vouloir peu pour que l'exécu­tion n'exige pas tout de suite de l'héroïsme — l'héroïsme ne saurait être le pain quotidien de tous — mais ce peu, il faut l'exécuter sans défaillance. Il serait imprudent et bien téméraire pour un professeur de piano de demander à un débutant d’exécuter une fugue de Bach. Mais encore faut-il commencer, puis conti­nuer par quelque chose.

 

La persévérance enfin vient parachever cette œuvre de cul­ture de la force. Persévérer quand les difficultés inhérentes à tou­te entreprise se dressent pour mettre notre patience à l'épreuve, quand elles alourdissent nos heures et épuisent nos forces.

 

Persé­vérer même quand il n'y a plus que notre tête pour tenir bon tant la fièvre rend notre bouche amère...

Persévérer en face de l'in­différence, des railleries, des calomnies, de toutes les petitesses, les plus insupportables et les plus mesquines, dues à la malice hu­maine. . .   E. Dussault, ptre (")

 

Extrait de : NOURRITURES SPIRITUELLES (Tome 1) Léandre Fréchet, C.S.C.,  et Guy Bertrand. C.S.C.

 

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