Il est Roi parce qu’Il est Dieu
C’est par un droit divin que se justifie d'abord la domination politique et sociale du Christ-Roi. Et si le droit divin qui fut réclamé par des rois de la terre, fut souvent contesté et brisé par des révolutions triomphantes, celui-là le droit divin du Christ est immuable et éternel : et en dépit de toutes les insurrections passagères des impiétés officielles, il est assuré d'un triomphe final qui confondra tous les orgueils de toutes les révoltes de la politique humaine.
C'est que le Christ-Roi est Dieu. Il est Dieu comme son Père qui l'a envoyé; il est Dieu comme l'Esprit qui procède du Père et du Fils. Il est Dieu et Homme sans doute; mais l'homme qui est en lui uni à la divinité, est de telle sorte uni à cette divinité et par elle de telle sorte absorbé, que la nature humaine et la nature divine se réunissent en une seule et même personne, qui est dans le Christ la personne du Verbe de Dieu. Merveille et mystère de l'union hypostatique d'où résulte que le Verbe incarné, élevant jusqu'à la dignité divine l'humanité qui est en lui, demeure ce qu'il est de toute éternité, vrai Dieu, et que le Christ, en qui s'est accomplie l'incarnation, est ce Dieu même devant qui tout genou doit fléchir sur la terre et aux cieux.
Mais puisque le Christ est Dieu, et que Dieu est un en sa trinité adorable, il s'ensuit que le Christ en tant que Dieu a créé avec le Père et avec l'Esprit; il a créé tout ce qui est, tout ce qui vit et tout ce qui respire, au ciel et sur la terre. Étant créateur, il est Maître souverain, et c'est donc de lui comme du Père et de l'Esprit qu'il faut affirmer le mot qui définit le domaine terrestre de la Trinité : Domini est terra et plénitude ejus.
La royauté de Jésus a donc pour principe sa filiation divine. Le Verbe éternel avait pris soin de la faire proclamer par son prophète. Après avoir rappelé les vaines tentatives des rois et des peuples pour secouer l'autorité du Seigneur et de son Christ, le psalmiste ajoute : Le Seigneur m'a dit : Tu es mon Fils; je fat engendré aujourd'hui. Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage. (Ps. II, 7-8).Merveilleux héritage, royal testament qui fait le Christ maître de l'Univers, et qui étend sa puissance jusqu'aux extrémités du monde...
Est-il étonnant qu'après l'incarnation, Jésus ait lui-même affirmé devant ses Apôtres, ses disciples, et mêmes ses ennemis, sa royauté universelle : Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Et quand Pilate pose la question décisive qui va incriminer Jésus : Es-tu le Roi ? Jésus se dresse devant le proconsul avec toute la majesté d'un Dieu, et il fait la réponse brève et souveraine qui a retenti du Prétoire jusqu'à nous : Ego sum. Je suis le Roi !
Il est Roi parce qu’Il est Rédempteur
Est-il nécessaire de rappeler ici que le Christ un jour ajouta à son droit divin sur les nations, un droit plus sacré peut-être encore au regard de nos âmes coupables et rachetées, le droit de la rédemption. Roi par droit de nature, il le voulut être par droit de conquête. Il a conquis à son Père et à justice l'humanité qui s'était retranchée par son péché du royaume éternel, des âmes qui s'étaient révoltées, qui avaient répété pour elles-mêmes et à leur compte, le cri de l'indépendance : non serviam. Il est venu sur la terre, il s'est incarné pour opérer parmi les hommes cette conquête; il a mis à cette œuvre, à cette guerre au péché et à Satan, toutes les ressources de son immense et éternel amour. Son arme de conquête, ce fut la croix. C'est du haut de cette croix, que le Christ flagellé, brisé, rompu, sanglant, couronné d'épines, fit monter vers le ciel la prière rédemptrice Pater dimitte illis, et c'est sur cette croix que descendit le pardon universel.
Il règne par sa croix
Par la croix, Jésus avait donc fait rentrer au royaume de Dieu les hommes; par la croix il avait conquis ceux-là mêmes qu'il avait créés; et c'est par la croix que désormais il règne sur eux tous : régnant a ligna Deus !
Il règne par la croix sur toutes les terres et sur tous les peuples. Par la croix, signe de ses conquêtes, il règne plus particulièrement sur notre terre bien aimée du Canada. Et il y règne par le geste spontané d'une consécration qui date de la découverte de ce pays. Si bien qu'aux droits divins du Christ Rédempteur sur notre terre canadienne, il nous est particulièrement consolant d'ajouter le droit spécial qui se fonde sur l'hommage volontaire que par la croix Jacques Cartier fit à Dieu de tout le pays qu'il venait de découvrir.
Il y a plus de quatre cents cinquante ans que s'accomplit au rivage de Gaspé le rite de cette dédicace du Canada au Christ-Roi. Vous vous souvenez de cet acte de foi, de cet acte de double loyauté au roi de France, et au Roi des rois. [ ... ]
C'est une fierté pour le Canada français, pour tout le Canada catholique, pour le Canada tout court, que faire remonter jusqu'à la consécration religieuse de 1534, l'histoire de ses destinées. Et c'est une particulière et haute satisfaction de constater aujourd'hui qu'à travers toutes les variations de la politique et de la fortune, malgré toutes les vicissitudes de la guerre; et tous les changements d'allégeance; une chose est ici restée immuable, intangible, c'est la croix; une domination est restée certaine et inchangée, c'est celle de Dieu et de son Christ. Mgr Camille Roy, p.a.
Extrait de : NOURRITURES spirituelles. Tome 1 (1956)
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