Qui l'en dispenserait ? Pour lui, la prière est bien plus nécessaire que pour les justes, car ses besoins sont plus urgents. S'il veut que sa prière soit méritoire et satisfactoire, qu'il ait soin avant de la commencer de faire un acte de contrition parfaite, disant à Dieu de tout son cœur : « Mon Dieu, parce que vous êtes souverainement aimable, je vous aime pardessus tout ; et pour l'amour de vous, je me repens de tout mon cœur de vous avoir offensé et je vous promets de ne plus le faire. »
L'acte de contrition parfaite a, en effet, la vertu d'effacer tous les péchés, même en dehors du sacrement de pénitence, car il est fondé sur la charité. Or, « la charité, dit le Saint-Esprit, couvre la multitude des péchés » ; et il n'est pas possible qu'elle règne dans un cœur en même temps qu'une faute grave. Elle est donc la planche de salut pour ceux qui sont surpris par un accident mortel, et qui n'ont pas le temps de recevoir les sacrements ; et elle est la ressource de ceux qui, ne pouvant pas se confesser aussitôt après une faute sérieuse, veulent se réconcilier avec Dieu.
Qu'ils récitent de tout cœur l'acte de contrition parfaite avec la ferme résolution d'accomplir désormais tous les commandements de Dieu et de se confesser, par conséquent, ils retrouveront la grâce.
Toutefois, autre chose est le mérite de la prière, et autre chose son efficacité pour obtenir ce qu'elle demande. La prière du juste a un droit de justice au mérite ; mais l'efficacité de la prière repose sur la miséricorde de Dieu, comme le remarque saint Thomas. Il convient à cette miséricorde de se laisser fléchir par la prière du pécheur ; et, du reste, la promesse divine de tout accorder à la prière s'adresse à tous. « Quiconque demande reçoit, et quiconque cherche trouve, et on ouvre à quiconque frappe. » supposé, bien entendu, qu'on demande dans les conditions voulues. Sur ces paroles de l'Évangile, saint Jean Chrysostome dit : « Quiconque demande reçoit, qu'il soit juste ou pécheur,… »
Quand on ose dire : Je suis trop grand pécheur, je n'oserais m'adresser à Dieu, c'est comme si l'on disait : Je suis trop pauvre, donc je ne dois pas demander l'aumône; je suis trop malade pour recourir au médecin. C'est là se rebuter de ce qui devrait nous exciter davantage à la prière.
On lit, il est vrai, dans l'Évangile, que Dieu n'exauce pas les pécheurs ; mais cette parole n'est pas de Nôtre Seigneur, ni de ses Apôtres, mais de l'aveugle-né, qui l'a dite n'étant pas encore assez éclairé intérieurement, comme remarque saint Augustin. Le publicain était mieux avisé ; aussi fut-il loué et approuvé par Nôtre Seigneur lui-même. Se tenant en bas du temple, et s'estimant indigne de s'approcher du sanctuaire, il se reconnaissait grand pécheur, et alléguait ce motif pour incliner Dieu à lui faire miséricorde: « Soyez-moi propice. Seigneur, disait-il, car je suis un pécheur » ; et il se retira justifié. C'est en vain qu'il eût fait cette prière, dit saint Augustin, si Dieu n'exauçait pas les pécheurs. Quel que soit l'état de conscience d'un ministre de l’Église, dit saint Thomas, toutes les prières qu'il fait au nom de l'Église sont fructueuses, soit à l'autel, soit dans les offices ecclésiastiques, lors même que sa prière particulière ne vaudrait rien, car l'Église, au nom de laquelle il prie, est toujours agréable à Dieu.
Aux pécheurs, quels qu'ils soient, saint Augustin dit, dans un de ses sermons : « Appliquez-vous aux prières, confessez vos péchés, priez pour qu'ils soient effacés, pour qu'ils deviennent moins nombreux, pour qu en avançant vous-même dans le bien, ils cessent tout à fait; néanmoins, ne désespérez pas, mais, tout en étant pécheur, priez. »
Hélas ! Il est des hommes qui, sous l'influence des habitudes vicieuses, ont perdu les lumières de la grâce. Ils vivent dans un aveuglement étrange. Leur cœur n'a plus d'élan vers le bien, il est insensible à toutes les exhortations des prêtres, des parents, des amis. La foudre elle-même ne les réveille pas de leur sommeil léthargique. Quelle ressource leur reste-t-il ? La prière, dont Dieu donne la grâce à tous les hommes.
Qu'ils crient donc, comme l'aveugle de l'Évangile: «Seigneur, faites que je voie ! » Ou comme le lépreux : « Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir ! » Et s’ils ne cessent pas de prier, et s'ils le font dans les conditions voulues, Dieu ne les abandonnera pas. Il ne les laisse même sur la terre que pour qu'ils reviennent enfin à lui.
Toutefois, que quiconque est en état de péché et prie pour s'en affranchir ait soin de coopérer, à la grâce que lui obtient la prière. Qu'il fasse des efforts pour se corriger de ses mauvaises habitudes, qu'il renonce aux occasions qui le perdent, car celui qui nous a créés sans nous ne nous sauvera pas sans nous. Mais, avec la prière et la bonne volonté, un pécheur arrivera à ne plus pécher, à ne plus mettre d'obstacle par conséquent à la libéralité de Dieu à son égard, à recouvrer l'amitié de Dieu, a persévérer dans la grâce, et à mériter le ciel.
Extrait de : LA CLÉ DU CIEL (1904) P. Berthier. M. S.
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