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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 12:03

Audience générale du 30 mars 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Vous vous rendez compte que depuis le Concile la question des rapports entre l'Église et le monde se sont avivée. La grande constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps, discutée et approuvée à la fin du Concile, présente cette question avec ampleur et aborde quantité de problèmes doctrinaux, moraux et pratiques, quelques-uns anciens et permanents, d'autres d'une importance actuelle et passagère. C'est cette formidable discussion, très poussée, qui attire sur le Concile l'attention non seulement des fidèles, mais aussi des profanes, et qui manifeste même à ceux qui ne pratiquent pas la religion combien le catholicisme est vivant, combien il colle à la réalité spirituelle et temporelle de l'expérience humaine.

Sur la science de l'homme, sur la philosophie, l'histoire, la morale, la sociologie, la culture en général, l'économie, les réalités terrestres comme on dit maintenant, le Concile a projeté la lumière de la théologie catholique afin de porter un audacieux jugement nouveau, pour s'efforcer de comprendre et de classifier, pour se livrer à l'étude et à la recherche comme jamais jusqu'ici le magistère de l'Église ne l'avait fait d'une façon aussi directe, aussi systématique, aussi autorisée. Il y aura là matière à réflexion pour tous et pendant de nombreuses années.

Nous Nous bornerons ici, pendant ce bref moment, à vous faire remarquer que le simple fait d'avoir exposé un tel sujet pousse de nombreux esprits, tant chez les intellectuels que dans le commun du peuple, à se demander quelle est l'attitude fondamentale de l'Église à l'égard du monde.

Son attitude est-elle condamnation? Séparation? Indifférence? Acceptation? Sympathie ? Alliance ?

La réalité que l'on étiquette "monde contemporain" est trop complexe pour que l'on puisse répondre simplement et sans équivoque. L'Église porte des jugements positifs et non pas a priori, elle n'est pas superstitieuse, elle n'est pas superficielle. Elle sait que dans le monde, c'est-à-dire dans notre réalité humaine, on trouve beaucoup de défauts, beaucoup de maux.

Elle n'ignore aucune des causes du pessimisme moderne, elle en révèle même la cause fatale qui est à la racine: le péché originel. D'accord avec tous les diagnostics les plus sincères et les plus durs sur l'esprit humain et l'histoire terrestre, elle enseigne elle aussi que les maux de l'homme sont profonds, sans cesse renais­sants et, par eux-mêmes, incurables.

Elle connaît les abîmes de la souffrance, du péché, de la mort; elle sait voir la profondeur des injustices humaines, des misères personnelles et sociales; elle sait dénoncer les pièges redoutables de la "puissance des ténèbres"; elle sait appeler les choses par leur nom, qu'il soit douloureux, ignoble, criminel; elle sait pleurer. La liturgie de la semaine sainte toute proche nous dira à ce propos des paroles émouvantes et terribles.

L'Église ne contredira pas non plus sa doctrine ascétique au sujet du «mépris du monde», laquelle a si largement contribué, dans la formation médiévale, à libérer l'homme de ce que la vie païenne et barbare avait de matériel et d'animal.

Elle continuera à marquer la séparation spirituelle qui doit se produire entre le chrétien qui tend au «royaume des cieux », c'est-à-dire à la vie de l'âme, à la vie eschatologique au-delà des temps, et la conception d'une vie terrestre qui se suffit à elle-même, c'est-à-dire le monde content de soi, entièrement replié sur ses biens terrestres éphémères et trompeurs. Ce n'est pas sans raison que l'habitude s'est prise d'appeler l'Église idéale «Église des pauvres» et d'attribuer à «l'Eglise constantinienne» les contaminations tem­porelles à réprouver (bien que cette expression soit tout à fait impropre et semble méconnaître le grand événement historique qui est à l'origine de la liberté de l'Église).

Tout cela est vrai et demeure. Mais Nous ne pouvons pas oublier l'optimisme — Nous devrions dire l'amour — avec lequel l'Église du Concile regarde le monde dans lequel elle vit, qui l'entoure, la domine, l'écrase sous ses bouleversements gigantesques.

C'est là un des aspects saillants du Concile. Il considère le monde dans toute sa réalité, avec l'attention aimante qui sait découvrir partout les traces de Dieu, la bonté par conséquent, la beauté, la vérité. Ce n'est pas là la philosophie seulement du Concile, mais c'est sa théologie. Voilà à quoi sert la Révélation.

La lumière de l'Évangile éclaire le panorama du monde. Il y a des ombres, terribles et fortes: le péché et la mort surtout. Mais partout où parvient cette lumière apparaît le reflet de Dieu. L'Église le cherche, le reconnaît et s'en réjouit. Elle le trouve dans le cosmos: personne autant qu'un véritable chrétien ne peut être attiré par l'enchantement de l'univers. Son regard croise le regard illuminateur du Dieu créateur qui, dit l'Écriture, vit tout ce qu'il avait fait, et cela était très bon (Gen. I, 31).

Son regard s'arrête sur le visage de l'homme et c'est sur lui surtout qu'elle découvre le reflet de Dieu. Il se porte sur l'histoire de l'humanité et elle y trouve un fil conducteur, un sens qui aboutit au Christ et se concentre en lui, et ainsi de suite. Et le regard de l'Église se pose, oui, sur ce monde moderne, et celle-ci ne craint pas, elle ne fuit pas, mais elle contemple et bénit. Elle contemple et bénit l'œuvre de l'homme: la science, le travail, la société. Comme toujours, elle voit la misère et la grandeur, mais il y a aujourd'hui quelque chose de plus: l'Église voit sa vocation, elle voit sa mission, elle voit le besoin de sa présence. Les hommes ont besoin de sa vérité, de sa charité, de ses services, de sa prière.

Oh, combien de choses il y aurait à dire! Qu'il vous suffise de comprendre dans quel esprit et avec quel cœur l'Église du Concile aborde le monde moderne.

Elle s'ouvre à lui non pas pour être contaminée par ses mœurs, mais pour mettre en lui le ferment de son salut.

Et comprenez que maintenant nous de­vons nous conformer à cette conception de l'Église et du monde. Que Notre Bénédiction apostolique soit un présage de ce renouvellement.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

(Texte italien dans L'Osservatore Romano du 31 mars 1966. Traduction des Actes Pontificaux.)

NDLR :Les caractères gras sont de l’auteur du blog.

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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 10:19

Audience générale du 20 juillet 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Votre visite Nous trouve en vacances. Elle Nous trouve en effet dans cette résidence d'été des papes où l'excellent climat et la cessation de certaines obligations courantes qui constituent le travail ordinaire du pape Nous font espérer de refaire Nos faibles forces physiques. (Il Nous semble entendre l'aimable invitation que Jésus fit un jour à ses Apôtres: Venez à l'écart, en un lieu solitaire, et reposez-vous un peuMarc VI, 31). Votre visite Nous trouve là où il Nous est loisible de vaquer en même temps, avec plus d'attention et de tranquillité, à deux formes d'activité que comporte Notre charge apostolique: l'étude et la prière.

A la prière spécialement. Quand nous méditons les paroles du Maître nous avertissant que le désir du Père est d'avoir des adorateurs en esprit et en vérité (Jean IV, 24) ; quand nous nous rappelons comment, par son exemple, il a enseigné à prier, comment il a toujours encouragé chez les siens cette activité spirituelle primordiale; quand nous évoquons l'école des Apô­tres qui formaient les nouveaux fidèles à prier sans cesse (saint Paul, par exemple, qui dit aux Thessaloniciens: Priez sans jamais vous arrêter1 Thess. V, 17) ; quand nous cherchons à nous faire une vue d'ensemble du christianisme, de son essence religieuse, de son dessein surnaturel relatif aux rapports entre Dieu et l'homme, de son message en vue de vivifier les âmes, de la vocation au sacerdoce royal qui autorise chaque fidèle à dialoguer avec Dieu et à l'appeler Père (cf. Rom. VIII, 15; Gai. IV, 6); quand, dans l'histoire, nous étudions la vie chré­tienne telle que l'ont manifestée ses expressions les plus élevées et les plus pures; et quand nous observons les besoins les plus réels, les plus profonds, les plus négligés, des hommes de notre temps, nous ne pouvons pas ne pas conclure à la primauté de la prière dans le domaine de l'activité multiforme de l'Église.

L'Église est la société des hommes qui prient. Son but pre­mier est d'enseigner à prier. Si nous voulons savoir ce que fait l'Église, nous devons remarquer qu'elle est une école d'oraison. Elle rappelle aux fidèles l'obligation de la prière; elle éveille en eux l'aptitude à prier, le besoin de la prière. Elle leur enseigne comment et pourquoi il faut prier; elle fait de la prière le « grand moyen » du salut et la proclame en même temps fin suprême et prochaine de la vraie religion. L'Église fait de la prière l'expres­sion élémentaire et sublime de la foi: croire et prier se fondent en un seul acte. Elle en fait aussi l'expression de l'espérance. Se souvenant de l'enseignement de Jésus, elle ne cesse de nous rappeler que, pour obtenir ce que nous désirons, il faut prier; demandez et vous recevrez (Jean XVI, 24; Math. XXI, 22). L'Église enfin proclame l'identité de la prière et de la charité. Bossuet l'affirme: « Il est certain qu'il n'y a que la seule charité qui prie » (Sermons I, 374). Prier c'est aimer (cf. Bremond, Phil. de la prière, 21).

Chacun sait tout ce qui a été dit, écrit, fait à propos de la prière. C'est un sujet d'une fécondité inépuisable. Ce qu'il importe maintenant de noter, si nous voulons connaître la mission de l'Église, c'est l'importance essentielle et suprême qu'elle attribue à la prière, soit en tant qu'activité personnelle jaillissant de l'intime du cœur humain, soit en tant que culte divin, dans lequel se fait entendre la voix de la communauté chrétienne. Contemplation et liturgie sont deux moments obli­gatoires et complémentaires de l'expression religieuse de l'Église, pénétrée par le souffle de l'Esprit-Saint et vivant du Christ dont la vie se poursuit et agit en elle ( Liturgie et con­templation, Desclée de Br.).

Et vous savez tous également que la première déclaration, la première réforme, le premier renouveau que le Concile œcumé­nique a donnés à l'Église a eu pour objet la liturgie, c'est-à-dire la prière officielle et communautaire de l'Église. Qu'on veuille bien se le rappeler.

Que dire de ceux qui distinguent dans l'activité de l'Église le culte et l'apostolat, séparant l'un de l'autre, donnant la préfé­rence au second au détriment du premier ? Et que dire de ceux qui jugent illusoire, ennuyeuse et inutile la vie intérieure, et qui estiment pratiquement comme une perte de temps sans profit la recherche voulue du silence extérieur pour percevoir la voix intime du colloque intérieur ?

Le christianisme pourra-t-il jamais renseigner sur lui-même le monde qui a besoin de vérité vitale, s'il ne se présente pas comme l'art d'explorer les profondeurs de l'esprit, de converser avec Dieu et de former ses adeptes à la prière ? Un christianisme privé d'une vie de prière profondément ressentie et aimée aura-t-il jamais le souffle prophétique qui lui est nécessaire pour imposer aux mille voix qui résonnent dans le monde sa voix qui crie, qui chante, qui inquiète et qui sauve ? Une activité qui prétend témoigner du Christ et mettre dans l'humanité le ferment de la nouveauté régénératrice aura-t-elle jamais les charismes indispensables de l’Esprit-Saint, si elle ne parvient pas, dans l'humilité et la sublimité de la prière, jusqu'au secret de sa certitude et de sa force ?

Nous vous disons ces choses, très chers fils, pour que vous ayez toujours à l'esprit la notion de la nécessité de la prière et pour que vous sachiez répondre à l'invitation solennelle du Concile œcuménique à revenir tous aux eaux pures et vitales de la prière de l'Eglise. Vous savez l'effort que l'Église déploie pour redonner au peuple chrétien le goût et la capacité de prier avec elle et, avec elle, de célébrer et de vivre ses mystères de grâce et de présence divine.

Et cela, Nous vous le disons pour que, pendant cette période des vacances d'été, chacun de vous s'ingénie à trouver des moments de recueillement intérieur, de ferveur spirituelle, de renouvellement religieux. Au délassement des fatigues ordinaires du métier, qu'on ajoute une veille spirituelle: les loisirs doivent aussi servir à cela.

Et puisque votre visite Nous a amené à cette considération et Nous a suggéré cette recommandation, Nous encourageons votre bon désir d'un réveil spirituel par Notre Bénédiction apostolique.

PAUL  VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

(Texte italien dans L'Osservatore Romano du 21 juillet 1966. Traduction des Actes Pontificaux.)

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 10:40

Audience générale du 27 juillet 1966 '.

Chers Fils et chères Filles,

Vous aussi, comme tous ceux qui, membres ou non de l'Église, ont été obligés par le grand événement du Concile œcuménique de réfléchir sur la nature et la mission de l'Église, vous vous êtes certainement demandé: réellement, que fait l'Église? Quelle est sa mission ? Quelle est son activité précise ?

Les réponses à ces questions sont faciles, bien qu'elles ne manquent ni d'importance ni d'intérêt. Il est clair que l'Église vit et œuvre pour continuer et étendre la mission même du Christ. L'idée fondamentale, qui commande toute la doctrine sur l'Église, est celle de la continuation. L'Église est un prolon­gement et un développement de l'Évangile. L'Église apporte le Christ dans le temps, dans les siècles, dans l'histoire; et elle avance vers la rencontre finale, eschatologique, avec le Christ glorieux. Une parole du Seigneur l'assure: Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin du monde (Math. XXVIII, 20). Mais cette continuité n'est pas purement statique, immobile, conser­vatrice. L'Église n'est pas une institution repliée sur elle-même, simplement préoccupée de se défendre et de se conserver. L'Église est faite pour rendre témoignage. Le Seigneur dit aux Apôtres avant de les quitter: Vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités de la terre (Actes I, 8). L'Église est destinée à couvrir la terre, elle a été instituée pour toute l'humanité; elle est uni­verselle, c'est-à-dire catholique.

Il faut bien réfléchir sur cette vocation propre de l'Église et se rappeler comment le Seigneur a voulu que nous nous la repré­sentions comme une semence qui, de sa nature, doit germer, croître et fructifier; ou comme un levain qui pénètre, soulève, gonfle la pâte et lui donne sa saveur.

Cela signifie que l'Église, de par sa nature, est apostolique, c'est-à-dire missionnaire, entendant par là qu'elle est toujours active et tout entière engagée à répandre^ son message de salut, sa conception de la vie et du monde, son Évangile.

Que fait donc l'Église? Cela saute aux yeux: elle parle, elle prêche, elle propose, elle répand, elle proclame la doctrine du Christ. Elle prêche sur les toits ce qui lui a été murmuré à l'oreille (cf. Math. X, 27). L'Église, là où elle vit, là où elle est comprise, là où elle est fidèle au mandat du Christ, exerce une activité principale irremplaçable: elle annonce la Parole de Dieu. La foi, base de tout le système doctrinal et moral du christianisme, exige cette annonce, exige la prédication: La foi naît de la prédication, dit saint Paul, fides ex auditu (Rom. X, 17). La catéchèse — une catéchèse exacte, fidèle, orthodoxe, pas arbitraire, pas changeante — est son premier devoir. La liturgie de la parole précède la liturgie eucharistique. L'Église est l'écho incessant, exact et autorisé, des enseignements du Seigneur. L'Église est un apostolat, elle est une école, elle est une « propa­gation de la foi », elle est un effort qui va jusqu'à l'obstination (vous rappelez-vous ce que disaient les Apôtres ? Nous ne pouvons pas... ne pas parler—Actes IV, 20), et jusqu'au sacrifice (vous souvenez-vous d'Étienne ? Et que sont les martyrs sinon les prédicateurs, les témoins de l'Évangile, par leur sang?).

Nous ne verrions pas la fin de ces simples considérations si Nous voulions montrer, à l'aide de citations des textes conciliaires, comment et combien l'Église, en ce grand acte de réflexion sur elle-même au cours du Ile Concile du Vatican, a confirmé et exprimé cette mission propre, fondamentale, qui est la sienne: être apostolique, être rnissionnaire, se répandre. « Durant son pèlerinage sur terre, l'Église de sa nature est missionnaire » proclame le décret conciliaire Ad génies (n. 2).

Et, vous le savez, ce qui caractérise le récent Concile c'est la reconnaissance de la vocation de tous les fidèles, plus encore, de l'obligation qu'ils ont tous de « répandre la foi et de la défendre, par la parole et les œuvres, comme de véritables témoins du Christ » (Lumen gentium, 11). Et cette reconnaissance se précise dans l'affirmation qui étend aux laïcs catholiques le droit-devoir à l'apostolat (ibid. 33; Apostolicam actuositatem, 2, 3, etc.).

Cette doctrine merveilleuse, nouvelle en un certain sens, indique ce que fait l'Église: elle appelle les hommes, les instruit, les fortifie, les mobilise, les fait participer à sa mission de salut, éveille en eux la conscience d'un messianisme commun et favorise en chacun d'eux le dévouement à la cause du Christ, non par un rêve de conquête et de puissance, mais par une exigence d'amour envers tous les vivants et pour la gloire du royaume de Dieu.

Nous voudrions ici demander à chacun si vous avez fait attention à cette nouvelle vigueur apostolique qui doit au­jourd'hui s'emparer des âmes de tous ceux qui se disent catho­liques et les rendre tous capables de donner sur le Christ un témoignage nouveau et positif. C'est ce que devrait être « l'après-concile », c'est là le renouveau, 1'aggiornamento souhaité par le Concile œcuménique.

A ce propos, vous observerez deux phénomènes différents et divergents. Celui de ces fils de l'Église qu'on dirait fatigués d'être catholiques et qui profitent de cette période de révision et d'adaptation de la vie pratique de l'Église pour tout mettre en question, pour se lancer dans une critique systématique et négative de la discipline ecclésiastique, pour chercher la voie la plus facile pour le christianisme, un christianisme vidé de l'expérience et du développement de sa tradition, un christia­nisme complaisant à l'esprit des autres opinions et aux mœurs du monde, un christianisme non contraignant, non dogmatique, « non clérical », comme ils disent. Est-il possible que du Concile découle logiquement une telle lassitude d'être catholique ?

L'autre phénomène est, au contraire, la découverte qu'on est catholique et la joie de l'être, et avec la joie une nouvelle ferveur dans l'action qui met en tant de cœurs des désirs, des espérances, des résolutions, des audaces en vue d'une nouvelle activité apostolique. Le Concile a suscité une génération d'esprits vigi­lants qui ont entendu l'appel suppliant de l'Église à un plus grand effort apostolique, qui se sont affranchis de l'esprit grégaire, de la passivité, de la routine qui asservit spirituelle­ment tant de personnes en notre monde actuel. Ils se sont imposé des sacrifices — chez certains, un grand sacrifice — pour se mettre au service de l'Église. Certains n'ont pas craint d'offrir leur vie au Christ (le phénomène des vocations d'adultes est d'une magnifique éloquence) ; d'autres, même des laïcs — par­fois mari et femme — sont partis pour les terres de mission; d'autres, sans quitter le lieu de leur travail, ont opté pour un renouveau spirituel profond et pour une plus généreuse activité ecclésiale; ils ont « choisi la sainteté ». Et la sainteté, vous le savez bien, comporte aujourd'hui la charité de l'apostolat.

Fils et filles qui Nous écoutez, êtes-vous de ceux-là ?

Nous l'espérons, Nous le souhaitons en vous accordant Notre Bénédiction apostolique.

Paul VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

(Texte italien dans L'Osservatore Romano du 28 juillet 1966. Traduction des Actes Pontificaux.)

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 12:07

Audience générale du Pape Paul VI,  3 août 1966

Chers Fils et chères Filles,

Vous savez qu'en cette période postconciliaire Nous consacrons ce bref entretien à de modestes considérations sur l'Église, cherchant ainsi à suggérer des pensées spirituelles simples et bonnes en souvenir de l'audience générale hebdomadaire.

Eh bien, mercredi dernier, à la suite d'une telle audience au cours de laquelle Nous avons dit quelques mots de l'Église militante, Nous avons reçu dans une audience suivante un groupe de petits visiteurs qui Nous ont profondément émus. Il s'agissait d'aveugles et de sourds-muets, pieusement assistés et conduits par de bonnes personnes au cœur d'or. Devant ces pauvres visiteurs, l'idée^ Nous est immédiatement venue: et ceux-ci ne sont-ils pas l'Église ? Leur visage, malgré leur triste condition, était empreint de sérénité, une sérénité alors quelque peu émue de se savoir en présence du Pape, mais confiante aussi, comme s'il s'agissait d'une rencontre avec une vieille connais­sance, avec un père qu'ils semblaient deviner être là pour eux, et même leur devoir une certaine préférence. Pauvres enfants! Quelle pitié! Quelle affectueuse compassion ils ont suscitée dans Notre 'esprit. A un certain moment un filet de voix, un chant timide s'éleva d'une partie du groupe des aveugles, et le chant se fit tout de suite plus sûr et joyeux. Ces pauvres enfants ne pleuraient pas, ne criaient pas. Ils chantaient. Notre cœur était plein de tendresse et d'admiration. Comme Nous aurions voulu consoler, guérir ces pauvres, créatures condamnées pour la vie à une douloureuse existence. Et la question de nouveau se posait à Nous: ne sont-ils pas eux aussi l'Église, enfants de l'Église, symboles de 1 Église, ces êtres souffrants si éprouvés par la malchance, tellement soutenus par la foi, tellement assistés par la charité, tellement consolés par la piété ?

__ Bien sûr! Eux et tant de leurs semblables Nous font voir l'Église souffrante, que l'on peut bien appeler la vraie Église des béatitudes évangéliques, la vraie Église de la réalité vécue, l'Église qui pâtit dans le drame de l'histoire, l'Eglise qui soupire et pleure dans l'attente de la vie promise à ceux qui, avec le Christ, auront porté sa croix.

Nous estimons qu'il est opportun et que c'est notre devoir de réfléchir sur les rapports entre l'Église du Christ et l'humanité souffrante. L'idée d'Église est de sa nature associée à celle d'un bonheur, d'une félicité, d'un royaume plein de lumière et de vie, si bien que nous oublions facilement que la béatitude annoncée, promise et réalisée est, pour le temps de notre vie terrestre, essentiellement spirituelle et jamais totale. C'est la béatitude de la conscience et de l'espérance qui n'atteindra sa plénitude que par delà notre pèlerinage dans le temps. Les béatitudes de l'Évangile projettent dans l'avenir l'achèvement de leurs promesses. Spe enim salvi facti sumus, en effet, dit saint Paul, nous sommes sauvés en espérance (Rom. VIII, 24). Et saint Pierre écrit: Dieu ... nous a régénérés pour une vivante espérance (1 Pierre I, 3).

Cela veut dire que l'Église, c'est-à-dire la religion chrétienne, n'est pas une société d'assurance contre les maux de la vie présente. Plus encore, si on y prête attention, c'est une société où les souffrances humaines trouvent un accueil de préférence. Oui, l'Église est tout entière préoccupée d'alléger les maux de l'homme, en premier lieu le péché, puis la douleur, la misère, la mort. Elle est pleine de pitié pour toutes les déficiences humaines. Et c'est précisément pour cela que circule, entre l'Église et l'homme qui souffre, une profonde sympathie. Aucune philanthropie ne peut, dans l'ordre des principes comme dans celui de l'expérience vécue, rivaliser en sollicitude à l'égard des besoins de l'homme avec la charité qui, elle, ajoute à tous les motifs d'intérêt naturel la valeur surnaturelle de la dignité de tout être humain, reconnu enfant de Dieu et frère dans le Christ. Et de plus, elle fait sentir l'urgente nécessité du suprême pré­cepte évangélique qui ordonne d'aimer ceux qui sont plus petits, plus seuls, plus miséreux, qui souffrent davantage.

Celui qui sait correctement évaluer ce rapport peut com­prendre, chez l'Église, la tendance à se pencher amoureusement sur les pauvres et les malheureux et même à faire d'eux ses enfants privilégiés, à se donner à elle-même le titre, humble et glorieux, d'Église des pauvres; et aussi à se proposer la pauvreté comme un programme. La première béatitude du Sermon sur la montagne résonne sans cesse dans le coeur de l'Église. Nous en avons entendu l'écho devenir plus fort et plus pressant durant le Concile (cf. décret Christus Dominus, n. 13; et Prestyt. ordinis, n. 6).

Et celui qui considère attentivement ces rapports entre l'Église et la souffrance humaine pourra également comprendre quelque chose du mystère d'adversité que cette même Église rencontre et subit. La passion du Seigneur, chef de l'Église, se poursuit dans ses membres, dans son Corps mystique, l'Église (cf. Col. I, 24). Vous le savez, telle est l'histoire de l'Église. Non seulement l'histoire antique mais, dans de nombreuses régions du monde, l'histoire présente. « Le Christ, dit le Concile, a accompli son œuvre rédemptrice dans la pauvreté et la persécu­tion, ainsi l'Église est-elle appelée à prendre la même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut » (Lumen gentium, n. 8). Et il cite saint Augustin: « L'Église va de l'avant, mar­chant parmi les persécutions du monde et les consolations de Dieu: inter persecutiones mundi et consolationes Dei peregrinando procurrit Ecclesia » (De Civ. Dei 18, 51, 2: P. L. 41. 614).

Oui, très chers fils, nous devons nous rendre compte que nous appartenons non pas à une Église triomphante, mais à une Église militante, combattue et souffrante. Voudrions-nous pour cela moins aimer l'Église? Refuserions-nous de participer à sa pauvreté et à sa passion ? Oublierions-nous que l'Église, dans sa souffrance aussi et précisément à cause de cette souffrance, expérimente conjointement les « consolationes Dei » et sura­bonde de joie dans toutes ses tribulations (2 Cor. VII, 4) ? N’aimerons.-nous pas encore davantage notre Mère, la sainte Église, précisément parce qu'elle souffre?

C'est à cela que Nous vous invitons tous en vous donnant Notre Bénédiction apostolique.

Paul VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

(Texte italien dans L'Osservatore Romano du 4 août 1966. Traduction des Actes Pontificaux.)

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 10:52

Notre Seigneur dit : « l'Eglise est destinée à souffrir les affronts les plus affreux. Elle s'éteindra, comme la vie du corps des chrétiens ; mais elle ressuscitera au milieu des épreuves, et son triomphe est assuré. (23-2-1882.)

« Dis à mes enfants qu'ils ne doutent pas de son triomphe prochain, car douter serait m'offenser. »

Notre Seigneur dit : « Je me lèverai bientôt, dans tout l'éclat de ma Justice. Je bouleverserai la terre. Je foudroierai l'âme coupable.

Mes petites âmes, dans ce déluge de frayeur, vous porterez ma Croix, fût-elle toute petite ou grande !

Quand il sortira  de la terre des cris épouvantables, effroyables, des hurlements d'âmes en disgrâce qui ne doivent plus revenir à ma miséricorde, vous direz la prière suivante : (17-1-22.)

Je te salue, je t'adore, je t'embrasse, ô Croix adorable de mon Sauveur. Protège-nous, garde-nous, sauve-nous. Jésus t'a tant aimée. A son exemple, je t'aime. Que ta sainte image calme mes frayeurs ! Que je ne ressente que calme et confiance.

Vous ressentirez tant de grâces et tant de forces que ce grand déluge passera sur vous comme inaperçu mes enfants, ce grand coup sera un terrible mélange. Ce seront des jours affreux, bien horribles. Je ne voudrais pourtant pas vous effrayer. Vous aurez votre sauve­garde et un abri sûrs.

Neuf années après l'Avertissement de la Très Sainte Vierge Marie tout sera accompli.

CHRISTUS VINCIT

CHRISTUS REGNAT

CHRISTUS IMPARAT

Extrait de : Je ne peux plus surseoir – Abbé Roger Rebut

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 12:42

RÉPONSE A QUELQUES OBJEC­TIONS, CONCERNANT LA SOUFFRANCE...

CHAPITRE IV (B)

" Mais, dira-t-on, quel plaisir Dieu peut-il prendre en nos souffrances, quel bien en tire-t-il pour nos âmes, quelle gloire pour son saint nom?

Dieu n'est que bonté; il avait créé l'homme pour lui faire mener une vie bienheureuse en ce monde et en l'autre. Mais l'homme s'est perdu par son péché, il s'est de lui-même engagé sur le chemin des peines né­cessaires à l'expiation de ses fautes. En lui imposant ces peines, Dieu agit à l'instar d'un père très aimant qui fait prendre une médecine amère à son enfant malade. Il serait bien plus heu­reux de n'être pas obligé à s'attrister lui-même en faisant souffrir son enfant, mais supposée la maladie de ce­lui-ci, serait-il aimant s'il ne prenait pas, quelque durs qu'ils soient, les moyens de le guérir?

Quant  au  bien  des  âmes  et  à  la gloire du nom de  Dieu,  rien ne  les procure  aussi puissamment que la souffrance,  puisqu'elle  fait les élus. « Qui ne sait, dit un saint évêque, que les arbres plus battus des vents jet­tent de plus  profondes  racines ;  que l'encens  ne  répand son  parfum que lorsqu'il  est  brûlé;   que  la  vigne  ne profite que lorsqu'elle est taillée?

«  Pourquoi tant de fléaux, tant de pauvretés,  de pestes,  de famines,  de guerres et d'autres misères, si ce n'est pour  le  bien des élus?   Le Fils de Dieu n'a-t-il pas mis la consommation de notre salut dans la consommation de ses souffrances et le délaissement du  Père  céleste?   »

On dira : les souffrances ne sont pas  des  états  spirituels,   il  est  inad­missible que souffrir soit une fin.

Ce n'est pas une fin, mais c'est un moyen et moyen nécessaire. Si quel­qu'un veut aller à Rome, il doit passer par bien des villes et villages, et il y doit passer nécessairement, il n'ar­riverait jamais au but de son voyage autrement.

Or, tant que nous sommes en cette vie, nous sommes comme des voya­geurs; ce n'est qu'après la mort que nous arriverons au terme de notre course. Ici-bas, il y a toujours à combattre; cela ne se fait pas saris peine.

On repartira que, dès cette vie même, les états les plus crucifiant conduisent à la jouissance de Dieu.

Sans doute, dans la souffrance, il peut y avoir des joies, mais elles ne sont pas pleines. Tout, en ce monde, est mélangé d'une amertume nécessaire pour nous purifier, nous per­fectionner de plus en plus.

Il y a des croix qui ne durent pas toujours,  il en est  qu'on porte avec une telle vaillance qu'on les sent à peine, c'est le secret de la Providence. Soyons dans les voies divines, de la manière que Dieu veut. Recevons nos croix de sa main, comme il les a faites grandes ou petites, lourdes ou légères. Prenons garde, seulement, aux illusions dans lesquelles pourrait nous faire tomber certaine doctrine spiri­tuelle qui, sous prétexte de jouissance de Dieu, prétendrait nous introduire, dès cette vie, dans un état tout de consolations et de joies, ne parlant de la souffrance que comme d'un état transitoire. La règle générale, c'est qu'il faut toujours  rester sous le poids de la Croix, les exceptions à cette règle ne l'infirment pas.

Il en est, évidemment, que Dieu conduit par des alternatives de peines et de consolations. Cela fait écrire à un grand serviteur de Dieu : « Comme l'orfèvre retire de temps en temps son ouvrage du feu, le travaille et regarde s'il est parfait, puis, s'il ne le trouve pas .comme il le désire, le rejette en la fournaise; de même, quelquefois, Dieu retire l'âme de ses travaux, lui donne quelques consolations; mais comme elle n'est pas encore assez pu­rifiée, elle est de nouveau rejetée en ses peines. »

Dieu est toujours infiniment adora­ble et aimable en ses desseins; maître souverain, il fait bien tout ce qu'il fait; nous n'avons pas à le juger, nous n'avons qu'à nous soumettre en aveugles, avec grand amour.

Il n'en demeure pas moins constant que la Croix nous est bonne, en quel­que état que nous soyons.

Premièrement,  pour satisfaire à la justice divine en union avec les expia­tions de notre bon Sauveur. Hélas ! Par nos péchés, nous avons mérité de souffrir à jamais en enfer, d'être privé pour toujours de la présence de Dieu et  de  toute  consolation.   Avons-nous le droit de  nous étonner et de  nous plaindre, si, au cours d'une existence qui  passe  rapidement,  nous avons  à supporter quelques peines et priva­tions ?

Secondement, nous en avons tou­jours besoin pour être purifiés de nos imperfections. Nous l'avons déjà dit, les saints eux-mêmes peuvent, ici-bas, avoir des défaillances et la plus petite est un obstacle à l'entrée du ciel. « Toute notre vie, disait saint Fran­çois de Sales, n'est qu'un noviciat. Nous ne ferons profession définitive qu'après la mort. »

Troisièmement,  les croix  sont né­cessaires pour nous maintenir dans l'humilité. C'est le sentiment de saint Grégoire, qui enseigne que celui qui est le plus ravi en contemplation est le plus travaillé de tentations. L'exem­ple de saint Paul est un frappant té­moignage de cette vérité. Il écrit, en effet, aux Corinthiens : « De crainte que l'excellence de mes révélations ne vînt à m'enfler d'orgueil, il a été mis une écharde en ma chair, un ange de Satan pour me souffleter. »

Quatrièmement, les croix sont tou­jours avantageuses, parce qu'elles ser­vent à l'augmentation de la grâce, de l'amour de Dieu, du mérite et de la gloire. De là vient que Nôtre-Seigneur s'en montre prodigue aux âmes sur lesquelles il a de grands desseins.

Cinquièmement, la conformité des membres avec leur chef demande qu'ils soient crucifiés avec lui qui n'a pas été un seul moment sans douleur, qui, dans le moment même de sa glorification au Thabor, avait l'esprit oc­cupé  de  sa  douloureuse   Passion    et s'en entretenait. Saint Ignace était si pénétré   de   cette   vérité,   qu'il   disait que,  si pour une âme, la gloire pro­curée  à Dieu  était  égale  dans la consolation ou dans la souffrance,  et qu'elle  put  choisir,  elle  devrait  don­ner la préférence à la souffrance, afin d'avoir plus de traits de ressemblance  avec   le   divin   Modèle.

On pourra objecter que notre Sauveur parle lui-même de consola­tions quand il dit : « Venez tous à moi, vous qui travaillez et qui êtes chargés, je vous soulagerai. »

Fidèle en ses promesses, Dieu sou­lagera ses enfants, mais comment ? Toute la question est là, et la réponse que nous y devons donner ne laisse pas subsister l'objection.

Dieu soulagera ceux qui peinent par le repos éternel qu'il leur donnera en l'autre vie; il les soulage dès le temps présent par la force dont il les revêt pour les aider à porter leurs croix. Ainsi fait-il pour toutes les âmes cru­cifiées; sans doute, il ne donne pas à chacune le même don de force, mais pour toutes, sa grâce est abondante.

Parfois, il soulage par des conso­lations sensibles, par la délivrance de certaines peines. Cependant, ce n'est pas sa manière habituelle, et ce qui est plutôt d'une expérience constante, c'est la souffrance continuelle chez les saints.

On objectera encore les paroles de saint Paul : « Réjouissez-vous tous dans le Seigneur », et l'on en con­clura que le bonheur est dans la joie.

Si l'apôtre entendait parler d'une joie sensible, il se contredirait toi-même : il a passé sa vie à souffrir extraordinairement, en son corps, en son esprit, en son âme, à tel point qu'il avoue  que  la vie,  à certaines  heures, lui était à charge. Aussi bien, parle-t-il d'une joie qui réside en la cime  de l'âmejoie  qui vient de la paix abondante procurée par la par­faite conformité avec la   volonté   de Dieu;  ne  voulant  que ce  que  Dieu veut, l'âme est toujours contente de ce qui lui arrive. Or, cette paix est si souvent cachée que, non seulement les sens n'y ont aucune part, mais pas davantage la partie   inférieure de  l’âme.

L’exemple de Jésus à Gethsémani  jette un grand jour sur ce point. Son âme y était affligée d'une tristesse mortelle, et pourtant elle jouissait, en même temps de la gloire. Écoutons Saint François de Sales nous explique ce mystère : « Sa tristesse ayant porté notre bon Sauveur à demander à son Père que ce calice amer passât loin de lui, s'il était possible, et ayant ensuite ajouté qu'il  n'en allât pas comme  il  voulait, mais  selon  la  vo­lonté de son Père, il est évident que Nôtre-Seigneur n'était pas seulement affligé dans sa partie sensitive qui n'a point de volonté, mais encore dans la partie   inférieure    raisonnable.  Jésus jouissait donc  d'une  joie  inénarrable dans la suprême partie de son  âme, en  même  temps   qu'il souffrait   des tourments les plus grands qui furent jamais.   Ce  qui  marque  bien   que  la joie de la cime de l'âme peut s'allier avec tous les états intérieurs les plus pénibles. Et, dans le même temps que notre bon Maître était si délaissé de son Père, qu'il s'en plaignit publique­ment, n'est-il  pas  vrai  que la gloire de son âme était égale,  et   qu'elle possédait la   joie de la  vision béatifique. »

Nous pouvons maintenant compren­dre de quelle façon saint Paul exhorte à une joie continuelle. Il parle du bonheur qui résulte d'une entière con­formité à la volonté de Dieu, bon­heur qui se comprend plus qu'il ne s'éprouve, bonheur qui réside en l'âme simultanément avec ses désolations, bonheur que l'apôtre exprimait alors qu'il écrivait : « Je surabonde de joie en mes tribulations. »

On ajoutera que les consolations sont bonnes, que les lumières sensibles sont des dons de Dieu.

Cela est vrai, mais il est des dons de Dieu que Nôtre-Seigneur lui-même qualifie de dangereux. Les richesses de la vie présente, par exemple, sont un bienfait de la Providence, et le Maître a dit : « Malheur à ceux qui sont riches !» Il a mis le bonheur dans la pauvreté, parce que son con­traire est plein de dangers.

Appliquons son jugement aux con­solations spirituelles qui sont les richesses dont l'amour-propre s'entre­tient. Sans doute, elles sont utiles à cer­taines âmes, nécessaires même parfois à leur faiblesse; sans doute, encore, Dieu les accorde, de temps en temps, à de très grands saints ; ceux qui en bénéficient doivent les recevoir avec actions de grâces, comme les riches leurs biens temporels, et en faire un saint usage, sans s'y attacher.

Il n'en demeure pas moins constant qu'il vaut mieux en être privé. D'abord, à cause de l'amour-propre qui s'y glisse facilement, comme nous venons de le dire.

Puis, on peut s'y tromper et, sous couleur de consolations saintes, être victime d'illusions diaboliques.

Ensuite, c'est un retard au chemin de la perfection. Il en est de ceux qui sont ainsi consolés, comme d'un voyageur qui, ayant long chemin à faire, au lieu d'aller droit devant lui, s'arrête à regarder les jolies maisons, les beaux jardins qu'il rencontre.

Enfin, il y a, généralement parlant, plus d'amour de Dieu dans les priva­tions spirituelles que dans les conso­lations, parce qu'il y a moins de part pour les créatures. « Ce qui me plaît le mieux, disait sainte Catherine de Gènes, c'est que Dieu donne à l'homme peine et affliction d'esprit; car l'amour-propre, ne pouvant se nourrir, meurt nécessairement. Dans les consolations, les créatures se met­tent entre Dieu et nous; dans les afflictions, Dieu se met entre nous et les créatures pour nous en séparer. »

L'Évangile nous dit bien que saint Pierre ne savait pas ce qu'il disait, alors qu'il demandait à rester au Thabor. Et pourtant, rien d'excellent comme les lumières dont il jouissait, que les douceurs qu'il goûtait, puisque c'était un rejaillissement des clartés célestes, un effluve de la gloire du Sauveur lui-même.

La contemplation de cet ado­rable Maître jette sur la question un jour sans ombre et résout toutes les difficultés opposées à cette proposition que le bonheur du chrétien consiste à souffrir dans ce monde.

Nous ne voyons en lui que croix : croix extérieures effrayantes, croix intérieures extrêmes. Toute sa vie s'est passée dans la douleur. Saint Paul a pu écrire de lui « qu'il ne s'est complu en rien ». Il a refusé toute satisfaction à ses sens, à ses facultés, à son âme même.

Son amour pour la croix ne meurt pas avec lui ; son Cœur est percé par un coup de lance, son Eucharistie est une représentation de sa Passion, et parce que le sacrifice ne doit finir qu'avec le monde, il garde ses plaies pour l'éternité où saint Jean l'a aperçu comme un agneau tué, immolé. Il faut bien que la voie douloureuse soit la meilleure puisqu'il l'a adoptée pour lui, alors que la moindre de ses souf­frances eût surabondamment suffi pour sauver le monde; puisqu'il l'a imposée à la très sainte Vierge qui était plus pure que les anges et qui n'avait rien à expier.

Quand il dit « Si quelqu'un veut venir après moi qu'il se renonce, porte sa croix tous les jours et me suive », il n'exclut personne, il ne marque aucune limite de temps, la loi est universelle et absolue. S'il y avait eu une façon plus sage de vivre qu'en souffrant, il nous l'eût ensei­gnée.

Rappelons-nous donc, pour conclure, ce qu'il a dit à sainte Thérèse : « Le bien de ce monde ne consiste pas à jouir de moi, mais à me servir, à travailler pour ma gloire, et à souf­frir à mon imitation. »

Il n'est pas étonnant que la fon­datrice du Carmel ait pris comme maxime : « Ou souffrir, ou mourir. » C'est comme si elle avait dit : dès que l'on ne souffre plus en ce monde, il faut le quitter, parce que la croix y est notre grande, notre unique affaire.

Extrait de : CHAPITRE IV (B), Les Saintes Voies de la Croix (1915) Mgr A. Gonon

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 11:43

LE BONHEUR DES CHRÉTIENS CONSISTE A SOUFFRIR DANS CE MONDE.

Chapitre IV (a)

Voie qui conduit nécessairement au salut, voie suivie par Jésus et ses saints, puisque tel est le chemin de la Croix; le suivre est, à la fois, bon­heur et honneur. Bien que cela semble étrange d'affirmer que souffrir c'est jouir, une réflexion attentive peut nous prouver qu'il en est ainsi. La Croix est la véritable marque la prédestination. Jésus, le chef, a souffert, ses membres sont sauvés par leur conformité avec sa vie.

La Croix est le moyen sûr qui, par la séparation qu'il nous impose des créatures, nous unit à Dieu. Cette union est le bien des biens, le sou­verain bien, la réalisation d'une ineffable amitié entre Jésus et l'âme.

Sainte Thérèse assure que c'est une rêverie de penser que Nôtre-Seigneur reçoive qui que ce soit en son amitié, sans le mettre à l'épreuve. Son grand directeur, Balthazar Alvarez, disait : « Si le supérieur d'une maison était le premier à l'oraison du matin et aux autres exercices, alors que tous les autres demeureraient dans leurs lits, il en serait certainement mécontent. A plus forte raison, Nôtre-Seigneur, étant ce qu'il est et se voyant le pre­mier à la Croix, ne sera pas satisfait, si l'on ne veut lui tenir compagnie. »

La Croix est un extrême bonheur, parce que, par elle, on possède tout. Elle purifie et expie; elle délivre et sauve; elle embellit et orne; elle en­richit et ennoblit; elle fait avancer les bons en vertu, elle obtient aux mau­vais le pardon de leurs fautes.

Il faut répéter à satiété que ceux qui sont sauvés ne sont sanctifiés que par la même grâce qui est en Jésus, au­trement l'esprit de Jésus serait con­traire à lui-même. Or la grâce de Jésus est une grâce qui cloue et qui attache à la croix. L'esprit de la croix est l'esprit de notre esprit, il est la vie de notre vie.

Sainte Thérèse assurait que ceux auxquels Nôtre-Seigneur envoie le plus de croix sont ceux qu'il aime le plus; elle l'avait appris de lui-même : « Mon Père, lui avait-il dit, envoie de plus grands travaux à ceux qu'il aime davantage. »

Nous avons une preuve de cette affirmation en notre bon Sauveur et en sa divine Mère. Qui a été plus aimé du Père éternel, parmi les enfants des hommes, que Jésus, et jamais per­sonne n'a autant souffert.  La très Sainte Vierge    surpasse toutes les créatures en grâces, et en  même temps,  elle les surpasse toutes  en peines.

La  mesure  de  notre  bonheur  doit donc se prendre à la mesure de nos croix. C'est une vérité de foi: « Bien­heureux ceux qui pleurent! » Par les larmes,  il faut entendre tous les su­jets d'afflictions qui peuvent nous ar­river, tout ce qui  est cause  de  nos pleurs.   Le  divin   Maître,   en  voulant dire  quelque  chose  de  plus  précis  à ses apôtres, leur déclare qu'Ils seront bienheureux lorsqu'ils seront maudits, lorsqu'on dira faussement contre eux toute sorte de mal,  lorsqu'ils  seront haïs, rebutés, chassés et que leur ré­putation sera perdue.

Extrait de : CHAPITRE IV (A), Les Saintes Voies de la Croix (1915) Mgr A. Gonon

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