LE BONHEUR DES CHRÉTIENS CONSISTE A SOUFFRIR DANS CE MONDE.
Chapitre IV (a)
Voie qui conduit nécessairement au salut, voie suivie par Jésus et ses saints, puisque tel est le chemin de la Croix; le suivre est, à la fois, bonheur et honneur. Bien que cela semble étrange d'affirmer que souffrir c'est jouir, une réflexion attentive peut nous prouver qu'il en est ainsi. La Croix est la véritable marque la prédestination. Jésus, le chef, a souffert, ses membres sont sauvés par leur conformité avec sa vie.
La Croix est le moyen sûr qui, par la séparation qu'il nous impose des créatures, nous unit à Dieu. Cette union est le bien des biens, le souverain bien, la réalisation d'une ineffable amitié entre Jésus et l'âme.
Sainte Thérèse assure que c'est une rêverie de penser que Nôtre-Seigneur reçoive qui que ce soit en son amitié, sans le mettre à l'épreuve. Son grand directeur, Balthazar Alvarez, disait : « Si le supérieur d'une maison était le premier à l'oraison du matin et aux autres exercices, alors que tous les autres demeureraient dans leurs lits, il en serait certainement mécontent. A plus forte raison, Nôtre-Seigneur, étant ce qu'il est et se voyant le premier à la Croix, ne sera pas satisfait, si l'on ne veut lui tenir compagnie. »
La Croix est un extrême bonheur, parce que, par elle, on possède tout. Elle purifie et expie; elle délivre et sauve; elle embellit et orne; elle enrichit et ennoblit; elle fait avancer les bons en vertu, elle obtient aux mauvais le pardon de leurs fautes.
Il faut répéter à satiété que ceux qui sont sauvés ne sont sanctifiés que par la même grâce qui est en Jésus, autrement l'esprit de Jésus serait contraire à lui-même. Or la grâce de Jésus est une grâce qui cloue et qui attache à la croix. L'esprit de la croix est l'esprit de notre esprit, il est la vie de notre vie.
Sainte Thérèse assurait que ceux auxquels Nôtre-Seigneur envoie le plus de croix sont ceux qu'il aime le plus; elle l'avait appris de lui-même : « Mon Père, lui avait-il dit, envoie de plus grands travaux à ceux qu'il aime davantage. »
Nous avons une preuve de cette affirmation en notre bon Sauveur et en sa divine Mère. Qui a été plus aimé du Père éternel, parmi les enfants des hommes, que Jésus, et jamais personne n'a autant souffert. La très Sainte Vierge surpasse toutes les créatures en grâces, et en même temps, elle les surpasse toutes en peines.
La mesure de notre bonheur doit donc se prendre à la mesure de nos croix. C'est une vérité de foi: « Bienheureux ceux qui pleurent! » Par les larmes, il faut entendre tous les sujets d'afflictions qui peuvent nous arriver, tout ce qui est cause de nos pleurs. Le divin Maître, en voulant dire quelque chose de plus précis à ses apôtres, leur déclare qu'Ils seront bienheureux lorsqu'ils seront maudits, lorsqu'on dira faussement contre eux toute sorte de mal, lorsqu'ils seront haïs, rebutés, chassés et que leur réputation sera perdue.
Extrait de : CHAPITRE IV (A), Les Saintes Voies de la Croix (1915) Mgr A. Gonon
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