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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 07:31

TESTAMENT que fit sur la croix, JÉSUS-CHRIST, notre SAUVEUR, priant son PÈRE ÉTERNEL.

Le Seigneur attaché à la croix disposa de ces biens éternels, faisant connaître ceux à qui ils devaient ap­partenir et qui devaient être ses légitimes héritiers, et ceux qu'il déshéritait, ainsi que les causes de la diffé­rence de leur sort. Il s'entretint de tout cela avec son Père éternel, comme souverain Seigneur et très juste juge de toutes les créatures, car les secrets de la prédesti­nation des saints et de la réprobation des impénitents ëtaient renfermés dans ce Testament, qui fut fermé et ca­cheté pour les hommes. Seule, la bienheureuse Marie eut le privilège de l'entendre, parce que non seulement elle pénétrait toutes les opérations de 1'âme très sainte de Jésus-Christ, mais elle était encore son héritière uni­verselle, constituée la maîtresse de tout ce qui est créé. Coadjutrice de la rédemption, elle devait être aussi l'exécutrice testamentaire qui présiderait à l'accomplis­sement des volontés de ce Fils, qui mit toutes choses en­tre les mains de sa Mère, comme le Père éternel les avait mises entres les siennes (Jean: XIII;3), et en cette qua­lité, elle devait être chargée de distribuer les trésors acquis par son Fils et lui appartenant, tant à raison de son titre que de ses mérites infinis. Cette connaissance m'a été donnée comme faisant partie de cette histoire, afin de faire mieux ressortir la dignité de notre auguste Reine, et que les pécheurs recourent à elle comme à la dépositaire des richesses, dont son Fils, notre Rédemp­teur, veut rendre compte à son Père éternel: car tous nos secours doivent être tirés du dépôt de la très pure Marie et c'est elle qui doit les distribuer de ses mains chari­tables et libérales.

Après que la sainte croix eut été dressée sur le Calvaire, le Verbe incarné qui y était attaché, dit inté­rieurement à son Père, avant de prononcer aucune des Sept paroles: "Mon Père, Dieu éternel, je vous glorifie de cette croix où je suis, et je vous honore par le sacrifi­ce de mes douleurs, de ma passion et de ma mort, vous bé­nissant de ce que par l'union hypostatique de la nature  divine, vous avez élevé mon humanité à la suprême dignité de Christ, Dieu et homme, oint par votre Divinité même. Je vous glorifie pour la plénitude de tous les dons pos­sibles de grâce et de gloire que vous avez communiqués à mon humanité des l'instant de mon incarnation; et je re­connais que vous m'avez donné des ce moment l'empire uni­versel sur toutes les créatures dans l'ordre de la grâce et de la nature pour toute l'éternité (Math.: XXVIII;18); que vous m'avez établi Maître des ci eux et des éléments, du soleil, de la lune, des étoiles, du feu, de l'air, des mers, de la terre, et de toutes les créatures sensibles et insensibles qui s'y trouvent; de la révolution des siècles, des jours et des nuits, soumettant tout à mon pouvoir absolu; que vous m'avez fait le Chef, le Roi et le Seigneur des anges et des hommes, pour les gouverner et pour récompenser les bons et punir les méchants (ephés.:I;21-Jean:V;22); qu'à cet effet vous m'avez donné la toute puissance et les clefs de l'abîme (Apoc. : XX;1), depuis les hauteurs du ciel jusque dans les profondeurs des enfers; que vous avez remis entre mes mains la justi­fication éternelle des hommes, leurs empires, leurs roy­aumes et leurs principautés, les grands et les petits, les pauvres et les riches, et tous ceux qui sont capables de votre grâce et de votre gloire; enfin, que vous m'avez établi le Justificateur, le Rédempteur et le Glorificateur universel de tout le genre humain (I Cor.:l;30), le Seigneur de la mort et de la vie, de tous ceux qui sont nés, de la sainte Eglise et de ses trésors, des Écritures, des mystères, des sacrements, des secours, des lois, et des dons de la grâce: vous avez remis, mon Père, toutes choses entre mes mains (Jean: XIII ;3), et les avez subor­données à ma volonté, et c'est pour cela que je vous exalte, que je vous glorifie.

"Maintenant, Père éternel, que je sors de ce monde pour m'en aller à votre droite par la mort que je vais souffrir sur la croix, et que j'ai accompli par elle et par ma passion la rédemption des hommes que vous m'avez confiée, je demande, mon Dieu, que cette croix soit le tribunal de notre justice et de notre miséricorde. Je veux juger, pendant que j'y suis attaché, ceux pour qui je donne la vie. Et justifiant ma cause, je veux disposer des trésors de mon avènement au monde, de ma passion et de ma mort; afin de déterminer dès maintenant ce qui est dû aux justes ou aux réprouvés, à chacun selon les œuvres par lesquelles il m'aura témoigné son amour ou son mépris. J'ai cherché, Seigneur, tous les hommes, je les ai tous appelés a mon amitié et à ma grâce, et j'ai tra­vaillé sans cesse pour eux dès l'instant que j'ai pris chair humaine; j'ai souffert toutes sortes de peines, de fatigues, d'injures, d'opprobres; j'ai subi une flagella­tion ignomineuse, et ai porté la couronne d'épines; enfin je vais mourir de la mort cruelle de la croix; j'ai im­ploré votre miséricorde infinie pour tous; je vous ai sollicité en faveur de tous par mes veilles, par mes jeûnes et par mes travaux; je leur ai enseigné le chemin de la vie éternelle; et autant que cela peut dépendre de ma volonté, je veux l'accorder à tous, comme je l'ai mérité pour tous, sans en excepter ni en exclure aucun; c'est pour tous que j'ai établi la loi de grâce; et l'Eglise, dans le sein de laquelle ils pourront se sauver, durera toujours, sans que personne puisse 1'ébranler.

"Mais nous connaissons, mon Père, par notre prescien­ce, que par leur malice et leur dureté tous les hommes ne veulent pas recevoir notre salut éternel, ni se préva­loir de notre miséricorde, ni marcher dans le chemin que je leur ai frayé par ma vie, par mes œuvres et par ma mort; mais qu'ils veulent arriver, par les voies de l'i­niquité, jusqu'à la damnation. Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont très équitables (Ps. : CXVIII;137) ; il est juste aussi, puisque vous m'avez établi juge des vivants et des morts (Act.: X ;42), des bons et des mé­chants, que je décerne aux justes la récompense qu'ils ont méritée en me servant et m’imitant, et que j'inflige aux pécheurs le châtiment de leur obstination perverse: que ceux-là aient part avec moi a mes biens, et que ceux-ci soient privés de mon héritage, qu'ils n'ont pas voulu ac­cepter. Or, mon Père éternel, en votre nom et au mien, et pour vous rendre gloire, je vais faire les dernières dis­positions de ma volonté humaine, qui est conforme à votre volonté éternelle et divine. Je veux en premier lieu nom­mer ma très pure Mère qui m'a donné 1'être humain, et la constituer mon héritière unique et universelle de tous les biens de la nature, de la grâce et de la gloire qui m'appartiennent, afin qu'elle en soit la maîtresse avec un plein pouvoir; je lui accorde actuellement tous ceux de la grâce, qu'elle peut recevoir dans sa condition de simple créature, et je lui promets ceux de la gloire dans l'avenir. Je veux aussi qu'elle soit maîtresse des anges et des hommes; qu'elle ait sur eux un empire absolu, que tous lui obéissent et la servent, que les démons la crai­gnent et lui soient assujettis, et que toutes les créatu­res privées de raison et de sentiment lui soient soumises, les cieux, les étoiles, les planètes, les éléments et tous les êtres vivants, oiseaux, poissons et animaux que l'univers contient: je la rends maîtresse de tout, et veux que tous la sanctifient et l'exaltent avec moi. Je veux encore qu'elle soit la dépositaire et la dispensa­trice de tous les biens que les cieux et la terre renfer­ment. Ce qu'elle ordonnera et disposera dans l'Eglise, à l'égard des hommes mes enfants, sera confirmé dans le ciel par les trois Personnes divines, et nous accorderons selon sa volonté tout ce qu'elle demandera pour les mor­tels, maintenant et toujours.

"Je déclare que le suprême ciel appartient aux anges, qui ont obéi à votre sainte et juste volonté, afin qu'il soit leur demeure propre et éternelle; et que là leur ap­partiennent également la jouissance et la claire vision de notre Divinité. Je veux qu'ils en jouissent d'une pos­session éternelle, en notre amitié et en notre compagnie. Je leur prescris de reconnaître ma Mère pour leur Reine et leur Maîtresse légitime, de la servir, de l'accompa­gner, de l'assister en tout lieu et en tout temps, et de lui obéir en tout ce qu'elle voudra leur commander. Quant aux démons qui ont été rebelles à notre parfaite et sain­te volonté, je les bannis de notre vue et de notre compa­gnie; je les condamne de nouveau à notre indignation et à la privation éternelle de notre amitié et de notre gloi­re, et de la vue de ma Mère, des saints et des justes mes amis. Je leur assigne pour demeure perpétuelle l'enfer, qui est le centre de la terre, et le lieu le plus éloigné de notre trône céleste, où ils seront privés de la lumiè­re, et dans l'horreur des ténèbres palpables (Jud.:6). Et je déclare que c'est là la part d'héritage qu'ils ont choisie par leur obstination et par leur orgueil, en s'é­levant contre l'Être divin et contre ses ordres: et je les condamne à être tourmentés dans ces antres ténébreux par un feu éternel qui ne s'éteindra jamais.

"Par toute la plénitude de ma volonté, j'appelle, je choisis, et je tire de la nature humaine entière tous les justes et tous les prédestinés qui, par ma grâce et par mon imitation, doivent être sauvés en accomplissant ma volonté et observant ma sainte loi. Ce sont ceux que je nomme en premier lieu (après ma bienheureuse Mère) les héritiers de toutes mes promesses, de mes mystères, de mes bénédictions, des trésors de mes sacrements, des se­crets de mes Écritures, de mon humilité, de ma douceur, des vertus de foi, d'espérance et de charité, de pruden­ce, de justice, de force et de tempérance, de mes dons, de mes faveurs, de ma croix, de mes souffrances, de mes opprobres, de mes humiliations et de ma pauvreté. Ce sera là leur partage en la vie passagère. Et comme ils en doi­vent faire eux-mêmes le choix par leurs bonnes œuvres, afin qu'ils le fassent avec joie, je le leur destine en gage de mon amitié, parce que je l'ai choisi pour moi-mê­me. Je leur promets ma protection, mes aspirations, mes faveurs, mes secours, mes dons, et la justification, se­lon leur disposition et leur amour; car je serai pour eux un père, un frère, un ami (II Cor.: VI; l8), et ils seront mes enfants, mes élus et mes bien-aimées: et comme tels, je les institue légataires de tous mes mérites et de tous mes trésors sans aucune réserve de ma part. Je veux qu'ils obtiennent de ma sainte Eglise et puisent dans mes sacrements tout ce qu'ils se rendront capables de rece­voir; qu'ils puissent recouvrer la grâce s'ils la perdent, et regagner mon amitié en se baignant et se purifiant de plus en plus dans mon sang; que l'intercession de ma Mère et de mes saints leur serve dans tous leurs besoins; qu'elle les adopte pour ses enfants et les protège comme siens; que mes anges les gardent, les conduisent et les défendent; qu'ils les portent dans leurs mains, de peur qu'ils ne trébuchent, et en cas de chute, qu'ils les ai­dent à se relever (Ps.: XC; 11 et 12).

"Je veux que mes justes et mes élus dominent sur les réprouvés et sur les démons, et que mes ennemis les crai­gnent et leur soient assujettis; que toutes les créatures les servent; que les cieux, les planètes, les étoiles et leurs influences les conservent; que la terre, les élé­ments, tous les animaux et toutes les autres créatures, qui sont à moi et qui me servent, les entretiennent comme mes enfants et mes amis, et que leur bénédiction soit dans la rosée du ciel et dans la graisse de la terre (Ichor.: III;22-Sap.: XVI;24;-Gen.: XXVII;39). Je veux moi-même prendre mes délices au milieu d'eux (Prov.: VIII;31), leur communiquer mes secrets, conserver intimement et demeurer avec eux dans l'Eglise militante sous les espèces du pain et du vin, en gage infaillible de la félicite et de la gloire éternelles que je leur promets, et dont je les fais héritiers, afin qu'ils en jouissent 3 jamais avec moi dans le ciel d'une possession inamissible.

"Quant à ceux que notre volonté rejette et réprouve (bien qu'ils fussent créés pour une plus haute fin), je consens à leur attribuer comme leur partage en cette vie passagère, la concupiscence de la chair et des yeux, l'orgueil et tous ses effets (Jean: ll;l6) ; je permets qu'ils se rassasient de la poussière de la terre, c'est-à-dire de ses richesses, des vapeurs et de la corruption de la chair, de ses plaisirs, des vanités et des pompes mondaines. Pour en acquérir la possession, ils n'ont ces­sé d'employer tous les efforts de leur volonté; ils y ont appliqué leurs sens, leurs facultés, les dons et les bienfaits que nous leur avons accordés; et ils ont eux-mêmes choisi volontairement l'erreur et rejeté la vérité que je leur ai enseignée dans ma sainte loi (Rom.: II;8-Ps.: IV;3). Ils ont renoncé à celle que j'ai écrite dans leur propre coeur, et à celle que ma grâce leur a inspi­rée; ils ont méprisé ma doctrine et mes bienfaits; ils se sont associés avec mes ennemis et les leurs; ils ont ac­cueilli leurs mensonges et aimé la vanité; ils se sont plus aux injustices, à la vengeance et aux projets de l'ambition; ils n'ont cessé de persécuter les pauvres, d'humilier les justes, de railler les simples et les in­nocents; ils ont cherché leur propre gloire et aspiré à s'élever au-dessus des cèdres du Liban (Ps.: XXXVI;35) dans la loi de l'iniquité qu'ils ont observée.

"Comme ils ont fait tout cela en dépit de notre bonté divine, qu'ils ont persisté dans leur malice opiniâtre et renoncé au droit d'enfants que je leur ai acquis, je les déshérite de mon amitié et de ma gloire. Et ainsi qu'Abraham éloigna de lui les enfants des esclaves avec quel­ques présents, et réserva tout son bien pour Isaac, fils de Sara, qui était né libre (Gen.: XXV;5), de même j'ex­clus les réprouvés de mon héritage avec les biens passa­gers et terrestres qu'ils ont eux-mêmes choisis. Et en les repoussant de notre compagnie, de celle de ma Mère, des anges et des saints, je les condamne aux abîmes et au feu éternel de l'enfer où ils seront en la compagnie de Lucifer et de ses démons, auxquels ils se sont volontai­rement assujettis, et je les prive pour notre éternité de l'espérance du remède. C'est là, mon Père, la sentence que je prononce comme juge et comme chef (Ephes.: IV;l5-Colos.: II, 10) des hommes et des anges, et le testament que je fais au moment de ma mort pour régler l'effet de la rédemption du genre humain, rendant à chacun ce qui lui est dû en justice selon les œuvres ( II Tim.: IV;8), et conformément au décret de votre sagesse incompréhen­sible et de votre justice très équitable."

Ainsi parla notre Sauveur crucifié à son Père éternel, et ce mystère fut caché et gardé dans le coeur de la bienheureuse Marie, comme un testament secret et scellé, afin qu'il fût exécuté en temps et lieu, et dès lors même dans l'Eglise par son intercession, comme il l'avait été précédemment par la prescience divine, dans laquelle le passé et l'avenir sont également présents.

(Extrait de LA CITE MYSTIQUE DE DIEU par la vénérable Mère Marie de Jésus d'Agréda, tome V, pp. 178 à 188.1857.)

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 09:14

JEUDI   Voulez-vous  que  nous  allions  arracher l'ivraie ? — Non!

Ardent, le zèle des serviteurs paraît excessif au juge­ment du maître.  Ils voudraient arracher tout de suite ; l'herbe  mauvaise.   « Non,   vous  risqueriez   d'arracher   en •même temps le bon froment. » Dans la réforme du mal, j'emploierai comme vous, ô Jésus,  les moyens suivants :

1° Patience. — Dieu lui-même nous en donne l'exem­ple. Le monde l'offense, et il supporte le monde, parce que, s'il y a des hommes pervers, il en est de bien ver­tueux, II nous a supportés nous-mêmes quand nous l'avons offensé ; il ne nous a point anéantis comme il aurait pu le faire, parce que nous n'aurions pas pu tirer de nos défaillances les fruits d'humilité, de pénitence, de plus grand amour qui en pouvaient sortir. Tous les grands pénitents, de la Madeleine à Augustin, ont pra­tiqué de magnifiques vertus, dont leurs désordres furent l'occasion, et qui auraient été inexistantes si la justice divine les eût frappés sans délai. Un acte de charité donne plus de gloire au Seigneur, que ne lui en enlèvent plusieurs péchés mortels.

Soyons donc patients avec nous-mêmes. Vouloir aller trop vite relève plus d'un subtil orgueil que d'un vérita­ble désir de perfection. Après une défaite, au lieu de nous dépiter, de nous assombrir, reprenons-nous doucement et fortement'; recommençons à marcher ; la vie est un com­bat, elle n'est pas une victoire, c'est-à-dire, qu'elle est une succession de succès et de revers. Prenons-en notre parti ; veillons seulement à toujours croire à la possibilité de la victoire finale, donc à la poursuivre toujours. « Vous posséderez vos âmes dans la patience. » (Luc., 21, 19).

Soyons patients avec les autres. « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. » Ce que nous n'obtenons pas aujourd'hui, nous l'aurons demain ou après-demain, ou plus tard. Il ne faut pas facilement croire à la mauvaise volonté des êtres, plutôt faut-il penser à leur faiblesse, et redouter de les heurter, de les décourager. « La patience fait l'œuvre parfaite. » ( Jac., 1, 4). Désirons le bien du prochain avec ardeur, mais avec calme ; ce n'est point contradictoire.

J'adore, ô Jésus, la longanimité avec laquelle vous m'avez supporté. Je vous en remercie de toute mon âme, vous suppliant d'en user ainsi jusqu'à la fin de ma vie, vous promettant de faire tout mon possible pour réparer mes défectuosités et m'améliorer sans cesse.

2° Bonté. — La patience est déjà une forme de la bonté, mais elle n'est pas la seule. Quand on est bon, on ne se borne pas à supporter le mal, on compatit encore  aux défauts d'où  il procède,  et l'on  cherche  à y   remédier. Dieu ne s'irrite pas violemment de nos péchés, il nous les pardonne, et il nous donne des grâces, pour que nous les réparions, pour que nous les remplacions par des vertus. Il n'abandonne pas sur la route le pauvre voyageur demi-mort ;   bon   Samaritain, il panse  ses plaies, il le confie à son Eglise afin qu'elle lui applique sa rédemption. Jésus n'a maudit ni le traître Judas, ni Pierre le renégat, ni ses bourreaux ; il leur a dit des paroles, il a fait pour eux des gestes, qui pouvaient les arracher à leurs erreurs. Prier  pour ceux qui le faisaient mourir, promettre  le paradis à un blasphémateur qui vient à peine de cesser ses insultes.  Voilà de la bonté, voilà des procédés divins, reconnaissons et admirons les.

O Père des cieux, je vous appelle : « le bon Dieu », et,  Jésus m'a dit : « Personne n'est bon que Dieu ». J'ai bénéficié de votre bonté plus que je ne l'imagine. Je vous en rends grâces et je vous supplie de me traiter ainsi jusqu'à la fin de ma vie, que je m'efforcerai de rendre digne de votre miséricorde.

VENDREDI    Ramassez et liez les mauvaises herbes afin de les jeter au feu.

L'heure viendra, ô Jésus, où il faudra mettre de l'or­dre ; le départ sera fait entre le bien et le mal. Contre celui-ci s'exercera la vengeance du feu. Il y aura trois sortes de feu.

1° Le feu présent. — Le feu a toujours été le symbole des châtiments divins, depuis qu'il le fut effectivement pour Sodome et Gomorrhe, et que, sous l'ancienne loi, il dévorait les blasphémateurs et les sacrilèges. Dans sa prédication Jésus en parle, notamment en prêchant l'enfer, puis en condamnant l'arbre infécond : « Tout arbre qui ne fructifie pas sera coupe et jeté au jeu. » (Matt., 13,10). 

Sans attendre l'éternité, il y a dès ici-bas, pour les pauvres êtres qui s'obstinent lâchement dans le mal, un feu terrible. D'abord, celui de leurs passions, qui les enfièvrent, les dévorent, les tourmentent : ambitions déçues, désirs insatisfaits, jalousies impuissantes, colères vaines. Puis, celui des conséquences de leurs pécjiés. Quelque endurci que soit un malheureux, il a des heures terribles de tourments de conscience, de hontes secrètes, de dégoût profond, d'effroi devant la mort inévitable, d'épouvanté à la pensée des inéluctables jugements de l'Eternel. C'est un enfer anticipé ; il conduit parfois au suicide.

O mon Dieu, gardez-moi de ce malheur ; que, par votre miséricorde, je puisse plutôt dire : « Notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience. » (2 Cor., 1, 12).

2° Le feu futur. — C'est l'enfer. Il existe. Il n'y a que les fous qui s'en moquent, que les ignorants qui le nient, que les damnés d'avance qui le bravent. Jésus l'a prédit, et « si le monde passe, sa parole demeure éter­nellement. » Aux endurcis jusqu'à la fin de leur péché, il dira : « Allez au feu éternel » ; un feu qui brûle sans consumer, qui torture l'âme aussi bien que le corps. Quand on y réfléchit, on ne peut comprendre que, pour un ins­tant de jouissance brutale et basse, on s'expose à une éternité de tourments atroces.

Y a-t-il des damnés ? Certainement. Et Dieu ne les a pas poussés en enfer ; ce n'est pas lui qui damne, on se damne. Ce feu, c'est encore le purgatoire. Il existe. N'y pas croire serait une hérésie. Et les pauvres âmes qui y sont détenues y souffrent comme les damnés, la peine du dam. sauf, et c'est immense, les affres de l'éternité. Elle ne voient pas Dieu qu'elles désirent ardemment. Elles souffrent la peine des sens ; un feu mystérieux les mar­tyrise.

O Seigneur, où irai-je à l'heure de ma mort ? Angois­sante question à laquelle je puis répondre, puisque « où l'arbre penche, il tombe ». Je vous adresse le cri du dies irae : « Indignes sont mes prières, mais vous, soyez plein

 de bénignité, que je ne sois pas consumé dans le feu  per­pétuel. » !

3° Le feu de la charité. — Pour se préserver du pre­mier, atténuer du second la violence, sinon l'éviter, devra être incandescent le feu de la charité. De celui-là le Christ a dit : « Je suis venu allumer le feu sur la terre, je ne désire rien tant que de le voir s'étendre. » (Luc., 12, 49).

Dans son principe l'amour est un feu : « Feu vivant, charité », dit 1’hymne Veni Creator. Il l'est dans l'âme qui en vit ; « la charité du Christ nous brûle », écrit saint Paul. Aussi consume-t-il les scories, purifie-t-il l'atmosphère.

En réalité, le péché est un refus d'amour, puisqu'il consiste dans la révolte de la volonté, et que la volonté est toute l'âme. L'amour est don de soi à Dieu ; le pécheur ne veut pas se donner. Voilà pourquoi l'amour répare le péché, il compense, même en son extension, selon la teneur du second commandement, semblable au premier : « La charité couvre la multitude des péchés. » (1 Petr., 4, 8). Jetons-nous dans ce feu, l'ivraie de notre vie y sera détruite.

O Jésus, votre Cœur est « fournaise ardente de cha­rité», communiquez-m'en une étincelle et qu'elle m'em­brase.

SAMEDI  Mettez le blé dans mon grenier.

Si l'on doit détruire les  herbes mauvaises,  ô Jésus, on doit surtout conserver avec soin le bel et bon froment.  Aussi, prudent et prévoyant, le père de famille recommande-t-il à ses serviteurs d'y veiller. 1° Quel est le beau  froment, 2° Dans quel grenier le placer ?

1° Le beau froment. — C'est le fruit d'un  labeur généreux. Le  grain  est  lourd, il  possède  des  qualités nutritives   sérieuses.  Aussi,  concourra-t-il  à  la  bonne santé, à la vigueur de l'homme, lui permettant de bien remplir  sa tâche.  Le travail important de l'âme, c'est son application réaliser surnaturellement son devoir. De quoi résulte un double bien : l'affermissement de ses vertus, l'augmen­tation de ses mérites.

Nos vertus sont naturelles ou surnaturelles et infuses. Les secondes s'appuient sur les premières en les utilisant et en les transportant sur un plan supérieur.   Des unes/ et des autres,  l'exercice s'impose sans cesse à celui qui I veut suivre imperturbablement la voie droite. Difficiles à leur début,  les actes nécessités par cet exercice devien­nent   progressivement moins pénibles;  ils arrivent à j être même  aisés, et l'on bénéficie  de  vertus  acquises autorisant vers l'idéal de la sainteté une montée dilatée et épanouie.

Alors apparaît le mérite, c'est-à-dire, un droit concédé par la miséricorde de Dieu à une récompense surnaturelle. Celle-ci peut consister dans des grâces actuelles précieuses, éclairantes, fortifiantes ; elle peut être une augmentation de cet inestimable trésor qu'est la grâce habituelle ; elle peut enfin, atteindre son sommet par l'introduction dans ta gloire.  Il est magnifique le bon froment qui, semé en la terre des âmes, par l'amour de Dieu, en peut sortir abondant et fort,

O mon Dieu, vous l'avez fécondé le champ de mon cœur ; vous y versez constamment des grains riches et abondants. Ne permettez pas que je rende vos faveurs inutiles ; mais faites que je leur fasse produire cent pour lins que je vous glorifie par ma générosité, en m'enri­chissant de vertus et de mérites.

2° Le grenier. — Nous possédons de belles récoltes, mais saint Paul nous donne un grave avertissement : « Nous portons ce trésor dans des vases fragiles, afin qu'il paraisse que cette souveraine puissance vient de Dieu et non pas de nous. » (2 Cor., 4, 7). La négligence peut laisser se perdre nos profits ; les voleurs que sont nos passions leur font courir des risques ; abritons-les sans retard, dans le Sacré-Cœur de Jésus.

Sainte Marguerite-Marie écrit : « Si vous êtes dans un abîme d'infidélité' et d'inconstance, allez vous jeter dans celui de fermeté et de stabilité du Cœur de Jésus, notre vrai et fidèle ami, qui vous apprendra à lui être fidèle et constant,

comme il l'a toujours été à nous aimer. » Excellent conseil, qui n'est qu'un écho des recommandations du Maître lui-même. Nous n'oublions pas sa comparaison du cep et des branches. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. — Demeurez dans mon amour. » (Joan., 15, 5, 19). C'est par une vie d'union profonde au Christ que nous mettons en sécurité dans son âme; nos vertus et nos mérites; Ce qu'il garde est bien gardé. Et c'est dans son Cœur que accumulent nos richesses pour le jour où elles seront définitivement placées dans le ciel. Il nous montrera, alors, qu'il en était le gardien, puisqu'il énumérera lui-même nos mérites. « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; soif, et vous m'avez donné à boire... ». (Mail., 25, 35).

O Jésus, tous mes biens sont de vous ; je les remets à votre divin Cœur, sûr ainsi, non seulement de ne pas les perdre, mais encore, de les voir s'augmenter jusqu'à l'éternité.

Extrait de STELLA MATUTINA  Mgr A. Gognon (1947)

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 09:59

MARDI  L'ennemi sema de l'ivraie au milieu du froment.

O mon Dieu, depuis la chute de Lucifer il y eut toujours des ennemis en face de vous. C'est un mystère, vous, amour infini, vous n'avez voulu créer que de l'amour, et la haine est sur la terre, séparant les hommes, en dres­sant beaucoup contre vous ! Les meilleurs parmi nous ont des antagonistes qui cherchent à leur nuire.

1° L'ennemi. — Malheureuse réalité, nous avons toujours un implacable, un irréconciliable ennemi dans le démon. Il nous en veut comme hommes, il nous en veut surtout comme chrétiens, parce que nous pouvons arriver à l'éternelle béatitude dont il est pour jamais privé, banni qu'il est du royaume de Celui auquel il a refusé de se soumettre. Aussi il tâche dé nous nuire par tous les moyens. .

Il en a plusieurs à sa disposition, ne serait-ce que la possibilité que Dieu lui laisse d'atteindre notre sensibilité, notre imagination, notre mémoire. Puis, il a des suppôts à son service qui, par une parole, une attitude, une démar­che, peuvent nous faire beaucoup de mal.

Nous avons fait effort, nous nous sommes établis sur un plan supérieur que nous croyons solide, et, soit par une insinuation perfide, soit par une bourrasque violente, tout est renversé.

Il s'en prend à nous, il s'attaque aussi à nos œuvres, qu'il s'agisse de notre devoir d'état, bien établi, dirigé, qu'il s'agisse de notre part dans l'action catholique.

Nous avons travaillé avec foi, noua nous sommes appli­qués de notre mieux, nous nous sommes dévoués géné­reusement, et tout est contrarié, rien ne réussit, d'où, peuvent nous saisir le doute, le découragement, une lassi­tude paralysante.

Gardons-nous, soyons forts. Les Proverbes nous don­nent un programme auquel ' nous devons nous attacher obstinément : « L'homme sage est fort, docte, solide (24, 5), et la. sagesse, saint Jacques nous a avertis qu'on l'obtient quand on la demande « dans la foi, sans hésitation. »

O Jésus, accordez-moi la vigueur d'âme qui me main­tiendra  invincible  contre  les  assauts  sournois  de  mon ennemi.

2° Il sema de l'ivraie/ — La « zizanie » dont parle le texte est  ainsi nommé parce que ses grains peuvent donner le vertige de l'ivresse. Assez sem­blables à ceux du froment, ils sont en général de couleur noirâtre. Mêlés en partie notable à la nourriture, ils peu­vent causer la mort.

Comparaison expressive ! Il ne fait pas autre chose, l'ennemi, que de semer en notre âme des mensonges qui nous enchantent, nous grisent, nous amènent à perdre pied, et finalement nous jettent à terre. Les raisonnements sur lesquels nous avons appuyé notre orientation ver­tueuse sont ébranlés, -nous semblent exagérés sinon erronés ; la porte est ouverte au relâchement, tout danger nous menace. Voilà pourquoi il est important d'être fidèle à une oraison qui nous garde en contact avec une lumière pleine et limpide, que les nuages n'arrivent pas à obscurcir.

Même tactique en ce qui concerne nos œuvres, nos tra­vaux. L'ennemi s'y insinue, il suscite des difficultés là où nous pensions être aidés, il crée des incompréhensions, il occasionne des blâmes, il nous jette ainsi dans le doute sur la route que nous suivons, le dégoût pour notre dévoue­ment que nous estimons inutile, il s'efforce de nous incliner vers la paresse ou l’égoïsme.

Restons surnaturels, ne regardons que Dieu, ne cher­chons que lui et n'ayant pas peur, allons toujours de l'avant : faisons notre devoir tranquillement, sans nous préoccuper du résultat.

O Jésus, je comprends que je dois être toujours sur le qui-vive. Je vous implore avec confiance, défendez-moi de l'ennemi perfide, ne permettez pas qu'il me trouve jamais endormi:

MERCREDI

Quand grandit la semence, apparut la zizanie.

Seigneur Jésus, si la ressemblance entre l'ivraie et le froment est si grande, au début surtout, qu'il faille attendre la formation de l'épi pour bien se rendre compte de la présence des parasites, il y a donc un danger latent. D'où je conclus que je dois :

1° Me défier. — Nous avons tous fatalement des défauts ; nul ne vient parfait en ce monde : « Je jus conçu dans l'iniquité. » (Ps. 50, 7). Ces défauts dépendent du tempérament et physique, et moral. On ne rencontre jamais une nature pleinement équilibrée ; une faculté se développe presque toujours au détriment d'une autre ; de là des déficiences parfois regrettables.

Ces défauts peuvent venir encore de notre hérédité, de notre éducation, de notre ambiance. Multiples et pro­fondes sont les influences qui émanent de ces sources et qui laissent jusqu'au bout leur frappe sur notre âme. S'il en est de favorables à la vertu, il en est beaucoup d'autres qui lui sont contraires.

Enfin, une troisième cause de mal, c'est le démon qui, astucieux, habile, exploite les deux premières et nous poursuit obstinément par les mêmes tentations.

Il arrive alors que les mauvaises herbes poussent plus vite que les bonnes. Nos imperfections ne sont pas détrô­nées par nos vertus ; elles nous suivent toute notre vie. et parce que, en vieillissant, à moins qu'on ait l'habitude d'une sévère discipline, on se surveille moins, elles appa­raissent dans un relief malheureux. Ne voit-on pas des personnes de piété, pas très jeunes, médisantes, critiques, ou violentes, irascibles, ou avares, regardantes, ou immor­tifiées, sensuelles... D'où pour quelques-uns, une sorte de scandale auquel il faut prendre garde. A mesure que s'avancent les années, nous devrions progresser. Ceux avec lesquels nous vivons sont en. droit de nous demander une édification qu'il serait désastreux de ne point leur donner. Ne laissons pas l'ivraie grandir avec le bon grain.

O mon Dieu, maintenez ardente ma volonté d'être un de ne tolérer en moi nul laisser-aller, d'être docile à saint Paul qui recommande de « ne donner nul étonnement à personne, pour ne point faire mésestimer la reli­gion. » (2 Cor., 6, 8).

2° M'y opposer. — Convaincus de nos misères, tra­vaillons dès le début à les débusquer, à les combattre.

Débusquer. Cela exige une sérieuse attention sur soi, une introspection assidue, l'habitude des examens cons­ciencieux. Il est précieux le « Connais-toi toi-même » de l'antique sagesse. Qui s'ignore, ne voit pas son mal, n'en suit pas le développement, est bien incapable d'y remédier.

Nous devons, évidemment, pratiquer toutes les vertus, mais il en est qui, plus que d'autres, nous préoccuperont, parce qu'elles sont l'antithèse de nos défauts. On n'en fait pas le discernement avec légèreté.

Combattre. Connaissant l'ennemi, nous emploierons contre lui une énergie farouche et tenace, ne nous décou­rageant jamais de nos défaites inévitables, qui doivent plu­tôt stimuler notre activité, si nous nous en relevons plus humbles qu'humiliés, plus défiants de nous-mêmes, mais plus confiants en la grâce de Dieu.

Enfin, soit de la surveillance à exercer, soit de l'effort à produire, nous ne nous départirons jamais ; nulle trêve dans cette lutte ; nous mourrons avec notre tempé­rament, il exigera jusqu'au bout l'attitude qui nous en fera tirer parti selon le plan providentiel.

O Jésus, lumière et force de mon âme, remplissez-la de votre clarté, de votre charité divine, afin qu'elle réalise sa perfection telle que vous l'attendez d'elle.

Extrait de STELLA MATUTINA  Mgr A. Gognon (1947)

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 10:35

DIMANCHE     Un homme sema de bonne semence en son champ.

La comparaison du semeur revient plusieurs fois sur vos lèvres, ô Jésus. Elle convenait à vos auditeurs et elle est aussi intelligible pour nous tous.

1° Le semeur. — C'est Dieu, ce ne peut être que Dieu car, de tous les dons, quels qu'ils soient, il est l'auteur. ' Tout est une forme de la vie, quelque chose de l'être, et nous savons ce qu'il a dit à Moïse : « Je suis celui qui suis. » Hors de lui, il n'y a rien et il ne peut rien y avoir. Dans Fange, dans l'homme, dans l'animal, dans la plante, dans la pierre, dans tous les ordres de créatures, se trouve de l'être, donc, son œuvre. Nul autre que lui ne peut créer. « 11 a créé dans le ciel les anges, sur la terre les ver­misseaux, dit saint Augustin, il n'est pas plus petit en ceux-ci, plus grand en ceux-là ». L'univers que nous aper­cevons, renferme des merveilles que nous ne connaîtrons jamais, et il n'est pas le seul ; il y en a peut-être d'autres plus magnifiques, que lui.

Au-dessus de tout plane le grand Semeur. Il a, pour ainsi dire, lancé la vie, et; dès qu'il a commencé, il ne cesse plus de le faire, car, s'il s'arrêtait de créer, ce serait l'anéan­tissement, ce serait le néant. Grave et splendide pensée : « En lui, nous vivons, nous nous mouvons, nous sommes. » (Act., 17, 28). Nous sommes l'effet d'une cause qui est Dieu ; tout en nous vient de lui, et notre corps avec ses, organes, et notre âme avec ses facultés. Dans nos travaux, nous ne faisons qu'utiliser le labeur même de Dieu, même si nous réalisions un chef-d'œuvre où apparaîtrait du génie.

Nous devrions être en adoration constante ; tous les battements de notre cœur nous redisent le mot d'Isaïe : « Dieu, le Seigneur éternel qui a créé les frontières de la terre, qui ne se fatigue, ni ne se lasse. » (40, 28). Puis, être attentifs à tout rapporter à Dieu ; tout en nous étant de lui est à lui. Une pensée, un sentiment, une action contraire» à sa volonté, c'est une injustice, c'est la mort, car ce n'est pas de lui, de la semence qu'il profuse à pleines mains.

O mon Dieu, tenez-moi bien ; imposez-vous à ma raison, à mon cœur, que je sois moi-même bonne semence.

2° La semence. — C'est l'être, mais, plus exactement, l'être pour la vie. Distinguons, en effet, l'existence de la vie en son sens profond. Celle-ci, saint Jean nous la définit : « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. » (I, Joan., 4).

Tout ce qui n'est pas esprit existe mais ne vit pas positivement. L'animal, la plante vont au néant. L'âme humaine remonte à sa source, elle est immortelle. Aussi bien, dans la création, tout se ramifie autour d'elle. « Tout est à vous, écrit saint Paul, vous au Christ, le Christ à Dieu. » (I Cor., 3, 23). La terre et tous les règnes de la création n'existent qu'à cause de l'homme, et ainsi, entrent dans l'ordre de la vie que l'homme possède, par quoi il a quelque chose de Dieu, auquel il communie pour toujours au terme de son existence.

Cependant, à ce moment, bien que son âme ne cesse pas d'être, elle risquerait de ne pas jouir de la vraie vie qui est lumière, amour, dans le cas où elle se serait soustraite volontairement, obstinément à la bonne semence de cette lumière et de cet amour que nous communique la grâce. Elle conserverait l'existence, mais plus la vie : épouvantable malheur, la mort éternelle.

Recevons avec un soin extrême cette bonne semence de la grâce ; le divin Semeur ne nous la ménage pas, car il veut notre vie ; sans cela, il ne nous aurait pas créés.

O Jésus, je vous en prie, dilatez mon cœur, répandez-y largement votre bonne semence et qu'elle y prenne  de profon­de  racines.

LUNDI     Alors que les hommes dormaient.

O Jésus, vous avez dit : « Celui qui agit mal, fuit la lumière ». Les mauvais coups se font la nuit. Ce n'est pas quand les hommes sont éveillés que s'approche le malfaiteur. Il y a donc à se défier, à prendre des précau­tions suivantes :  

1° Sommeil permis. — II faut bien qu'on dorme, c'est dans l'ordre de la nature, pour se reposer et reprendre des forces. C'est vrai du point de vue physique ; ce l'est moins du point de vue moral. Et cependant, on peut admettre que, soit dans le labeur qu'imposé la poursuite des vertus, soit dans celui que réclame le dévouement surnaturel, il y ait des heures de relâche, ou, plus exac­tement, de moins grande activité. Saint Jean se récréait en caressant une colombe.

Tendre la volonté constamment, c'est la tendre outre mesure. Il y a une grande différence entre tension et atten­tion. Une âme doit toujours faire attention pour se maintenir sur la voie montante, mais elle n'a pas à ré­aliser sans trêve ni merci la tension de ses puissances. Il y a des résultats acquis qui permettent de respirer et de repartir plus vigoureusement. Un essoufflement, de quelque ordre qu'il soit, n'est jamais bon.

Toutefois, ces phases plus modérées, plus calmes, ne signifient pas qu'on lâche la partie, ni qu'on se départisse d'une vigilance que tout impose. Il y a telle attitude sereine qui n'empêche pas qu'on interroge toujours la conscience. Ainsi ne court-on aucun risque et l'on peut en un certain sens, dormir.

Mon Dieu, je veux toujours faire effort, donner plus, donner mieux, et si je me sens un peu las, c'est en vous que je me reprendrai, et certes, sans danger, tout au contraire : «Dans là paix, et sur son Cœur, je m'endormirai et me reposerai. » (Ps., 4, 9).

2° Sommeil défendu. — Dormir, c'est s'arrêter de travailler, fermer les yeux, perdre conscience de ce qui se passe au-dedans et au-dehors. Lorsque, dans le domaine moral, cette perte de conscience s'appelle négligence, indifférence, laisser-aller, désintéressement, le sommeil est coupable, il peut même l'être gravement, car il constitue un danger.

Nous ne devons pas oublier, en effet, que notre ennemi mortel ne dort jamais, il est toujours à l'écoute, il est toujours à l'affût, et ne laisse passer aucune occasion favorable à ses desseins infernaux de porter atteinte à nos .résultats acquis, finalement de nous perdre.

Qu'on mette de côté systématiquement les moyens de dompter ses passions, de pratiquer la vertu ; qu'on soit moins vigilant sur soi-même, qu'on veille avec moins de soin sur. la route qu'on doit suivre, et une tentation arrivera, lus insidieuse ou plus violente, qui nous fera tomber, u moins rétrograder, et un coup de vent soufflera plus perfide ou plus' brutal, qui dispersera ou affaiblira les profits de longs mois d'un labeur intelligent et généreux.

Ne nous endormons donc jamais, en ce sens répréhensible. Le « veillez et priez » du Maître est le mot d'ordre nécessaire de l'âme soucieuse de sa perfection. Nous connaissons le mot de saint Augustin : « Qui dit, une fois, cela suffit, périt». On ne prend pas suffisamment au sérieux le proverbe banal : « Qui n'avance pas, recule. »

O Jésus, tenez-moi toujours en éveil ; ne permettez pas que je ferme les yeux à la lumière. Si je me repose que ce soit dans votre amour. En lui, les nuits sont lumi­neuses.

Extrait de STELLA MATUTINA  Mgr A. Gognon (1947)

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 13:24

 nature de l'ame.

On connaît la valeur d'un objet à sa nature. « Qu'est-ce qu'une âme », une âme en état de grâce surtout ?

C'est un esprit infiniment plus précieux que toutes les créatures privées de raison, car pour elle « ont été créés le ciel, la terre et tout ce qu'ils renferment ».

C'est un esprit immortel « comme Dieu » : toutes les créatures matérielles se dissoudront en poussière, l'âme leur survivra.

C'est « un esprit capable de connaître les beautés et toutes les perfections de Dieu » : les êtres sans raison, si ravissants qu'ils soient, ne peuvent s'élever jusqu'à celui qui les a faits.

C'est un esprit libre : l'âme est maîtresse de ses actions « elle peut donner son amour à qui bon lui semble », et si elle le donne à Dieu, il exauce tous ses désirs.

C'est un abîme dont rien de créé ne peut combler les profondeurs. « Présentez-lui toutes les richesses et tous les trésors du monde, rien de cela ne la contentera. Dieu l'a faite pour lui, il n'y a que lui qui soit capable de remplir ses vastes désirs. En lui, elle a tous les biens et les plaisirs qu'elle peut souhaiter sur la terre et dans le ciel. »

C'est « un esprit que Dieu a créé à son image et ressemblance, afin de se sentir plus porté à l'aimer et qu'en la contemplant il se contemplât lui-même. Aussi lui donne-t-il les noms les plus tendres : il l'appelle son enfant, sa sœur, sa bien-aimée, son épouse, son unique, sa colombe ».

« L'occupation de l'âme ici-bas est la même que celle des anges dans le Ciel : servir et glorifier Dieu dans chacune de ses actions. »

Une âme en état de grâce « est l'objet des complaisances des trois Personnes divines ».

Elle sera un jour « lumineuse du bonheur de Dieu même », elle le verra face à face et « chantera ses louanges pendant des siècles sans fin ».

« Notre, âme est si noble » et si grande « que le bon Dieu n'a voulu la confier qu'à un prince de sa cour céleste ».

« Elle est si précieuse que, dans toute sa sagesse, le Fils de Dieu n'a point trouvé de nourriture qui fût digne d'elle que son corps adorable », point de breuvage qui lui convînt que son sang.

« Dieu l'estime tant, que, eût-elle été seule au monde, Jésus-Christ serait mort pour elle et aurait créé exprès pour elle son paradis. » « Vous m'êtes si agréable, dit un jour Nôtre-Seigneur à sainte Thérèse, que, quand il n'y aurait point de Ciel, j'en créerais un pour vous seule. »

« O mon corps, s'écrie saint Bernard, que vous êtes heureux de loger une âme ornée de si belles qualités ! »

Tel est le prix de l'âme, que « Dieu a pleuré sa perte avant même d'avoir des yeux » et de s'être fait homme : « il a emprunté pour cela les yeux des prophètes ». Voyez : « Amos, fait retentir les rues et les places publiques de ses gémissements », et appelle les pécheurs à la pénitence. Jérémie se coupe les cheveux, il les jette loin de lui en signe de deuil et pousse vers le ciel des cris éplorés, parce que Dieu a abandonné son peuple prévarica­teur (1). Joël pleure la désolation de Jéru­salem comme un jeune homme la mort de son épouse (2). Ces prophètes — et tous ont été de même — ont pleuré au nom de Dieu les péchés de leur peuple et les âmes qui se per­daient. Ne les imiterons-nous pas ?

« On pleure la perte d'un procès, la mort d'un enfant, la privation d'un plaisir. » Qu'est-ce que cela en comparaison de la perte de son âme ?

Si vous sentiez, après votre péché, « l'éten­due de votre malheur », vous seriez incon­solable. « Larmes précieuses, dit saint Ber­nard, mais que vous êtes rares ! »

Oh ! Mettons « tous nos soins à conserver la beauté de notre âme » ; faisons comme «les saints qui ont tant souffert » pour se sauver.                     (1) Jerem., VII, 29.   (2) Joël, 1,8.

ce que notre ame a coûté a jésus-christ.

On connaît la valeur d'un objet à ce qu'il coûte, aux travaux que l'on accomplit, aux dangers auxquels on s'expose pour se le procurer. A ce second signe jugez du prix de votre âme.

Vous étiez les ennemis de Dieu, les esclaves du démon : qu'a fait le Fils de Dieu pour vous racheter ? Il est descendu du Ciel et « a pris un corps semblable au nôtre, il a épousé notre nature et ses infirmités sauf le péché » ; il a reposé à Bethléem, sur un peu de paille, il a fui en Égypte, il a obéi pendant trente ans à deux de ses créatures, il a ré­pandu des larmes de sang au Jardin des Oli­viers. Et maintenant « voyez-le pris, lié, garotté par ses propres enfants ; on l'attache à la colonne » de la flagellation, et les bour­reaux se lassent à le frapper sans pouvoir lasser la patience de leur victime ; on le « couronne d'épines », et leurs pointes en­trent douloureusement dans son front ; on l'oblige à porter le bois de son sacrifice, et chacun de ses pas est marqué d'une chute ; on le dépouille de ses vêtements et il s'étend lui-même sur le bois de sa croix ; on enfonce les clous dans ses pieds et dans ses mains, et il ne profère aucune parole de plainte ni de « murmure ». O mon âme, regarde ce que tu vaux : un Dieu a vécu dans le travail et la pauvreté, il est mort dans d'affreuses tor­tures pour te racheter : tu vaux le sang d'un Dieu.

Et toutefois Jésus ne s'en est pas tenu là. « Pour guérir notre âme quand elle a eu le malheur d'être blessée par le péché, pour la fortifier dans le combat, il a institué les Sacrements ; il s'est exposé lui-même à bien des outrages » en restant avec nous dans l'Eucharistie et en voulant y être notre nourriture. Pour nous guider dans la vérité, il a établi son Église et a chargé ses ministres de veiller sur nous avec une maternelle ten­dresse. Pouvait-il mieux nous montrer la valeur et la beauté de notre âme ?

« Comment se fait-il donc que nous en fassions si peu de cas » et que nous la défi­gurions par le péché ? O âme coupable, toi qui fus le sanctuaire de l'Esprit-Saint et de toutes les vertus, qu'es-tu devenue ? Le repaire du démon et de tous les vices. Oh ! Je conçois que Jésus-Christ ait pleuré sur toi : « Il a pleuré sur ton orgueil, en voyant que tu ne cherchais que les honneurs et l'estime du monde ; il a pleuré sur tes haines et tes vengeances, lui qui est mort pour ses enne­mis ; il a pleuré sur tes impuretés, en voyant combien ce péché te déshonore et te plonge dans la boue. Il a pleuré sur tous tes crimes. »

Pleurons  avec   Jésus,   faisons  pénitence, purifions-nous dans les larmes de la contri­tion. Animés par les souffrances de Jésus-Christ, les martyrs ont enduré tous les tour­ments plutôt que de perdre leur âme : ils en  comprenaient le prix, ils savaient combien  Dieu l'aimait, quelle récompense il lui réservait pour l'éternité. Regardons la croix, nous aussi : elle nous dira ce que nous valons, et ni les biens, ni les plaisirs, ni la mort ne seront  capables  de  nous  faire  vendre  au démon une âme qui a tant coûté à Jésus-Christ.

3°   CE QUE LE DÉMON FAIT POUR LA PERDRE.

Le démon, en effet, convoite notre âme, et c'est le troisième signe auquel nous en pouvons connaître le prix. Quand un objet excite universellement la jalousie, que tout le monde le désire ou s'efforce de l'acquérir, c'est une preuve évidente de sa valeur.

Or, que ne fait pas le démon pour s'em­parer de notre âme ? Il la tente continuelle­ment. Il nous tente par lui-même, par les mauvais exemples, par l'attrait des plaisirs, par les passions qu'il excite en nous : il met tout en œuvre pour nous faire tomber ; il fait sans relâche le siège de notre âme, et les soldats qu'il emploie pour y pénétrer sont l'orgueil, la vanité, la jalousie, la vengeance, l'impureté, le dégoût de la prière, le monde avec ses fausses maximes et ses voluptés mensongères. Que de mauvaises pensées il suggère, que de désirs honteux il fomente dans certains cœurs ! Repoussé, il revient à la charge et ne se décourage jamais. Il nous a attaqués tout seul et a essuyé une défaite : il attendra le moment opportun et fondra sur nous avec de nombreux ren­forts. Il n'épargne personne, « et les plus grands saints sont ceux qui ont été le plus tentés ».

'Pourquoi tous ces efforts ? Ah ! Il sait « la beauté et la valeur d'une âme, et il consen­tirait à souffrir deux enfers s'il le fallait, pourvu qu'à ce prix il réussît à l'entraîner avec lui. Si, après quatre mille ans de ten­tations, il nous gagnait, dit saint Augustin, il compterait pour rien toute sa peine. Il dit lui-même par la bouche d'un possédé, que, tant qu'il y aurait un homme sur la terre, il le tenterait, parce que, ajouta-t-il, je ne sup­porte pas que des chrétiens, après tant de péchés, puissent encore espérer le Ciel que j'ai perdu par une seule désobéissance ».

N'est-ce pas .une honte que le démon fasse plus pour perdre notre âme que nous ne faisons pour la sauver ? Et en effet, quelle estime pratique en avons-nous ? « Quand nos animaux sont dans l'écurie, nous leur donnons à manger ; nous avons soin de fer­mer les portes de crainte que les voleurs ne nous les prennent ; s'ils sont malades, nous allons chercher le médecin pour les soulager ; nous sommes touchés quelquefois jusqu'au cœur en les voyant souffrir. » Le faisons-nous pour notre  âme ?  Avons-nous  soin  de la nourrir par la grâce, par la fréquentation des sacrements ? Avons-nous soin d'en bien fermer les portes, de crainte que les voleurs ne lui ravissent la grâce ? Hélas ! Disons-le à notre confusion : nous la laissons périr de misère ; nous la laissons déchirer par nos ennemis, qui sont nos passions ; nous laissons toutes les portes ouvertes ; le démon de l'or­gueil ou de la sensualité vient, il entre, il salit,  il pourrit cette pauvre  âme.   « Ah ! Pauvre âme, nous dit saint Augustin, que l'on t'estime peu de chose ! Un orgueilleux te vend pour une pensée d'orgueil ; un avare pour une pièce de terre ; un ivrogne pour un verre de vin ; un vindicatif pour une pensée de vengeance ! »

« Nous venons de voir combien notre âme est quelque chose de grand, combien Dieu l'aime, combien il a souffert pour la sauver, les biens qu'il lui prépare dans l'autre monde, toutes les ruses, tous les pièges que le démon lui tend afin de la perdre ! Veillons donc sur nous » de peur d'être surpris ; « prions pour connaître nos tentations », et avoir la force d'y résister ; combattons les tenta­tions d'orgueil « en nous humiliant et en nous abaissant devant Dieu », les tentations contre la sainte vertu « en tâchant de morti­fier notre corps et tous nos sens », les tenta­tions de dégoût dans nos prières en en faisant encore davantage et avec une attention plus soutenue ». Heureux qui aura sauvé son âme : il possédera Dieu toute l'éternité.

Sermon sur le IXe dimanche après Pentecôte. Les larmes de Jésus. (Curé d’ARS)

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 09:26

Sept témoignages de Dieu…  (suite)   2 de 2

Puis vient le quatrième témoin, au centre des sept. C’est bien sûr la personne même du Seigneur. S’il y a un témoin par excellence, incomparable, à nul autre semblable, c’est bien le Seigneur. Il a rendu un témoignage divin, bien sûr, et par conséquent parfait. Dans l’évangile selon Jean nous lisons (3:31-33) : « Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous. Celui qui est de la terre est de la terre, et parle comme étant de la terre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous ; et de ce qu’il a vu et entendu, de cela il rend témoignage ; et personne ne reçoit son témoignage. Celui qui a reçu son témoignage, a scellé que Dieu est vrai ».

Si des hommes ont parlé, rendu témoignage, si des prophètes ont parlé, l’épître aux Hébreux nous déclare, en commençant, que Dieu a parlé dans le Fils ou « en Fils ». La Parole de Dieu, la pensée de Dieu incarnée a été donnée à connaître de manière particulière par le message, par le ministère, par la vie du Seigneur. Bien sûr que c’est le seul témoignage qui ait été parfait, sans aucune défaillance, témoignage lié à l’excellence de Sa personne, puisqu’il nous est dit de Lui qu’Il était l’empreinte de Sa substance et le resplendissement de Sa gloire. L’homme n’a pas vu cette gloire, gloire morale, et il ne l’a même pas discernée. Mais le Seigneur était Dieu manifesté en chair, ce grand mystère de la piété dont parle Paul en écrivant à Timothée.

Il a été le témoin par excellence, innocent, bien qu’ayant la connaissance du bien et du mal. Il a été l’homme parfait qui s’est approché du pécheur sans jamais connaître le péché. Il n’a ni commis ni connu le péché. Il a été le témoin par excellence. Bien sûr quant à Sa personne et quant à Sa marche, quant à Sa vie, Il a été le témoin également incomparable : « je fais toujours les choses qui Lui plaisent », « je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi » : quel témoignage ! Ce témoignage d’obéissance, de soumission, avait déjà été exprimé par le langage prophétique : « voici je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté » (Héb. 10:7, 9). Quel chemin que celui du Seigneur ! On peut dire que du premier pas au dernier pas, il s’est dégagé le même parfum pour Dieu, de sorte que le Seigneur, comme Seigneur, peut sceller Lui-même sa vie d’homme sur la terre, ne la remettant, pas plus que son œuvre, à l’appréciation de personne, en disant (dans l’évangile du Fils de Dieu) : « je t’ai glorifié sur la terre » (Jean 17). Cette parole « je t’ai glorifié sur la terre » est un témoignage rendu dès son entrée dans ce monde et tout au long de son ministère, — un témoignage rendu quant à Sa personne, quant à Ses paroles, quant à Ses œuvres. « Les œuvres que je fais », dit ce même évangile de Jean, « rendent témoignage de moi ». Encore fallait-il Le voir, et fallait-il Le recevoir !

Or en même temps que son témoignage est annoncé, la Parole déclare déjà : « personne ne reçoit son témoignage » (Jean 3:32). Sa marche, sa mission ont été à la satisfaction parfaite de Dieu. Dieu Lui-même a déclaré par deux fois le plaisir qu’Il trouvait en Lui ; mais plus le témoin est fidèle, moins il est connu et reçu. Comme témoin, Il a été rejeté, et quel témoignage rendu sur la croix ! Ce n’est pas sans raison que c’est le seul homme qui emporte dans le ciel ce titre de « témoin », cité deux fois au début de l’Apocalypse : Jésus Christ le témoin fidèle. Il est le témoin par excellence, et la qualité, la perfection, la continuité absolue de Son témoignage rendu à Dieu Lui-même dans ce monde, fait que ce titre de témoin est associé à Sa personne comme homme glorifié. Le témoin fidèle…

On peut dire qu’Il a été la manifestation sans aucune restriction de toute la pensée, de toute la volonté, de toute la nature de Dieu, puisque la plénitude de la déité s’est plu à habiter en Lui. Lorsque Dieu habite avec l’homme, c’est toujours une grâce, et lorsqu’Il a habité dans la personne de son Fils, c’était un plaisir. C’est le Seul à l’égard duquel il nous est dit que cette plénitude s’est plu à habiter dans l’homme Christ Jésus. N’a-t-Il pas été la manifestation sans aucune restriction de tous les caractères divins dans ses gloires variées, dont l’amour, on peut dire, est le rayon le plus élevé.

Un témoignage excellent, lié à celui du Seigneur, est le témoignage du Père. C’est le témoignage de Dieu le Père rendu à l’égard de Son Fils, et la Parole est là dans ces mêmes chapitres pour nous le dire : « Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous. Celui qui est de la terre est de la terre, et parle comme étant de la terre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous ; et de ce qu’il a vu et entendu, de cela il rend témoignage ; et personne ne reçoit son témoignage. Celui qui a reçu son témoignage, a scellé que Dieu est vrai ; car celui que Dieu a envoyé parle les paroles de Dieu, car Dieu ne donne pas l’Esprit par mesure. Le Père aime le Fils, et a mis toutes choses entre ses mains. Qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais qui désobéit au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3:33-36). Le Père aime le Fils, Il a mis toutes choses entre ses mains. Au ch. 5:37, nous avons un témoignage : « Et le Père qui m’a envoyé, lui, a rendu témoignage de moi ». Le Père a rendu, on pourrait dire, publiquement témoignage de Lui par ces deux déclarations, d’une part en sortant du Jourdain, d’autre part à la montagne de la transfiguration, où Dieu déclare le plaisir qu’Il trouve dans son Fils bien-aimé.

Dans la première épître de Jean nous avons également le témoignage du Père : « Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand ; car c’est ici le témoignage de Dieu qu’il a rendu au sujet de son Fils. Celui qui croit au Fils de Dieu, a le témoignage au dedans de lui-même ; celui qui ne croit pas Dieu, l’a fait menteur, car il n’a pas cru au témoignage que Dieu a rendu au sujet de son Fils » (1 Jean 5:9-10). Nous ne pensons pas peut-être toujours et suffisamment à l’appréciation de Dieu à l’égard de son Fils, notamment dans son chemin d’homme sur la terre. Ne pas croire au témoignage de Dieu qu’Il a rendu au sujet de son Fils, c’est être assuré d’être condamné. Qui croit au Fils à la vie ; en dehors de cela, il n’y a que la mort et le jugement. Le témoignage de Dieu, qui pourrait le contester ?

Sixièmement, l’heure de la croix arrive. En 1 Jean 5 nous avons le témoignage rendu par l’Esprit, mais lisons d’abord ce que le Seigneur Lui-même dit à cet égard en Jean 15:26 : « Mais quand le Consolateur sera venu, lequel moi je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui procède du Père, celui-là rendra témoignage de moi », et en 1 Jean 5:6 nous lisons : « C’est lui qui est venu par l’eau et par le sang, Jésus le Christ, non seulement dans la puissance de l’eau, mais dans la puissance de l’eau et du sang ; et c’est l’Esprit qui rend témoignage, car l’Esprit est la vérité ; car il y en a trois qui rendent témoignage : l’Esprit, et l’eau, et le sang, et les trois sont d’accord pour un même témoignage ».

L’Esprit rend témoignage : le fait que le Saint Esprit s’est posé sur Lui sous la forme corporelle d’une colombe au jour où le Seigneur remontait des eaux du Jourdain est déjà une manifestation de ce témoignage rendu par l’Esprit. Il s’est posé sur le Seigneur pour sceller le Fils de Dieu de Sa présence. Lorsque le Seigneur dit en 1 Jean 5:6 : « c’est Lui qui est venu par l’eau et par le sang », sa venue n’est pas ici en rapport avec l’incarnation, mais en rapport avec Son œuvre. C’est exactement ce que nous avons en Jean 12 quand il est dit : « Je suis venu à cette heure ». « Maintenant mon âme est troublée ; et que dirai-je ? Père, délivre-moi de cette heure ; mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure » (Jean 12:27). Ce n’est pas l’incarnation cela, mais c’est le Seigneur dans son obéissance, que rien ne pouvait détourner. Il a poursuivi son chemin et Il est arrivé jusqu’à cette heure-là où Il devait s’offrir, et c’est ce même « venu » que nous avons dans 1 Jean 5:6 : Lui qui est venu par l’eau et par le sang, Jésus Christ.

Ces trois éléments l’eau, le sang et l’Esprit ne sont pas nécessairement cités dans un ordre historique, mais dans un ordre moral. L’eau nous parle de la mort ; Il est entré dans les eaux profondes ; nous avons à cet égard la figure bien connue des douze pierres dans le Jourdain ; Il a dû entrer dans les eaux de la mort. Et le sang nous parle du don de sa vie ; la vie est dans le sang. L’Esprit, l’eau et le sang, ces trois éléments sont d’accord. Cette expression est frappante : c’est comme s’ils avaient conversé ensemble ; ils sont d’accord pour un unique et même témoignage.

Nous sommes mis au bénéfice de l’œuvre du Seigneur, Il est entré dans les eaux profondes où les algues ont enveloppé sa tête (Jonas 2:6) ; nous sommes au bénéfice du don de Sa vie. Le sang a été versé par des mains iniques à leur totale responsabilité, mais quant au don de la vie, c’est Lui-même qui l’a fait, « personne ne me l’ôte, je la laisse de moi-même ». Et l’Esprit est là pour rendre témoignage de ces choses ; Il vient sceller en quelque sorte ce double témoignage, et les trois sont d’accord pour rendre témoignage. Dieu mentionne dans les Écritures comme un témoignage multiple, trois témoins qui attestent la valeur de l’œuvre de Christ. Dieu rend témoignage à son Fils par ces trois éléments.

Enfin nous avons le septième « moyen » par lequel Dieu rend son témoignage. Ce sont ses rachetés au-delà de l’œuvre de la croix. Ces rachetés comportent, bien sûr, ceux desquels nous faisons partie par grâce, les rachetés de l’économie de la grâce, son assemblée, son église. Il s’y ajoutera les témoins, combien fidèles, qui souffriront après la venue du Seigneur, et desquels il nous est parlé d’une manière si éloquente et élogieuse, incomparable, dans le chapitre 14 de l’Apocalypse. Ces témoins connaîtront les souffrances des grandes tribulations, et il nous est dit d’eux qu’ils sont irréprochables, ils suivent l’Agneau où qu’Il aille. Nous ne trouvons pas une appréciation divine d’un tel niveau dans les temps précédents. Que nous soyons nous-mêmes rendus irréprochables, c’est notre position en Christ, irrépréhensibles et irréprochables en Christ ; mais ça ne concerne pas notre marche et notre responsabilité, c’est ce que nous sommes en Christ devant Dieu. Mais dans ce chapitre 14 de l’Apocalypse, il s’agit des saints de l’économie apocalyptique, de la deuxième demi-semaine de Daniel, les saints de cette grande tribulation où chaque pas de fidélité les expose à la mort. Ils suivent l’Agneau où qu’il aille, autrement dit quoi qu’il en coûte ; et ils sont irréprochables.

Donc tous les saints au-delà de la croix constituent, on peut dire, un témoignage collectif rendu par les rachetés. Mais notre privilège et notre responsabilité, quant à nous-mêmes dans l’économie où nous vivons, est d’être des témoins à titre individuel, et un témoignage à titre collectif. Nous n’entrons pas dans les septuples caractères d’un témoignage collectif qui conditionnent sa réalisation et qui conditionnent par conséquent la réalisation et la vie d’assemblée ici bas ; c’est un très beau sujet que chacun peut considérer.

Mais le témoignage est confié maintenant aux rachetés du Seigneur, et en Jean 15 le Seigneur l’ajoute aux versets que nous avons partiellement lus après avoir mentionné la venue prochaine du Consolateur qui rendra témoignage de Lui : Jean 15:26 « l’Esprit de vérité qui procède du Père celui-là rendra témoignage de moi », et le Seigneur ajoute : « et vous aussi vous rendrez témoignage parce que dès le commencement vous êtes avec moi ». Vous aussi, disciples du Seigneur, qui appartiendrez peu après à l’Église en résultat de l’œuvre de la croix : nous aussi sommes appelés à être des témoins.

Nous savons bien que l’élément fondamental qui qualifie le témoin, c’est de contraster avec ce qui l’environne. Lorsque nous serons auprès du Seigneur, rendus semblables à Lui, où nous foulerons un sol sans danger de souillure, où il n’y aura plus aucune mise à l’épreuve, où nous seront délivrés de nos limites, délivrés de tout ce qui peut en nous-mêmes nous entraver et de tout ce que produit la chair qui est encore en nous, — lorsque nous serons dans cet état céleste de gloire dans la présence du Seigneur, nous n’aurons plus de témoignage à rendre ; ce sera trop tard pour le faire, le temps du témoignage sera passé. Dans une scène de perfection et de gloire, il n’y a pas de témoignage, mais nous serons avec le Témoin fidèle. Il conserve ce titre (Apoc. 1:5 ; 3:14). Mais maintenant que nous sommes sur la terre, cheminant encore peut-être pour peu de pas, nous sommes appelés à être des témoins, — des témoins qui sont conduits par la Parole de Dieu, — des témoins qui sont nourris par les Écritures, dont les affections sont développées, entretenues, et qui sont par cela attachés au Seigneur Lui-même, — des témoins qui sont séparés de ce monde, bien que marchant encore dans ce monde, comme le Seigneur l’a dit dans sa prière de Jean 17 « je ne te demande pas que tu les ôtes du monde mais que tu les gardes du mal, sanctifies les par ta Parole ».

Que cette parole du Seigneur dans sa prière sacerdotale trouve son exaucement dans nos cœurs, pour Sa propre gloire et pour notre bénédiction, — notre bénédiction présente, mais aussi notre bénédiction future. Car nous devrons rendre compte au jour de la comparution devant le Seigneur, ce jour où tout sera mis en évidence par le Seigneur. Malgré la précarité des temps, malgré toutes les défaillances en nous-mêmes, et tout le coefficient de risque qu’il y a en nous-mêmes, Il nous a maintenus toutes Ses ressources, et nous les maintiendra jusqu’au dernier moment.

Qu’Il nous rende désireux d’être dans ce monde des témoins qui contrastent avec ce monde, — dans le monde mais pas du monde.

http://www.bibliquest.org/CombeP/CombeP-7_temoignages_de_Dieu_a_l_homme.htm

Psaume 19:1-3, 7-9    Pierre Combe  Août 2005

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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 11:55

Nature et objet du témoignage

Combien nous pouvons rendre grâce au Dieu qui habite la lumière inaccessible, que nul œil n’a vu ni ne peut voir, de ce que Dieu dans sa miséricorde s’est plu à se faire connaître ! Bien que l’homme se soit détourné de Lui par la désobéissance, la transgression et l’introduction du péché, Dieu, dans sa grâce et dans sa bonté, ne l’a pas laissé dans cet état, et la première manifestation divine après l’introduction du péché par l’homme dans le monde, a été de l’appeler : « où es-tu ? », « qu’as-tu fait ? ».

Dieu veut se faire connaître : c’est ce qui constitue en quelque sorte, sous des aspects très variés, le témoignage que Dieu rend de Lui-même.

Pourquoi Dieu rend-t-Il son témoignage ? C’est précisément parce qu’Il veut se faire connaître, et faire connaître Sa volonté, Ses pensées, ce qu’Il se propose.

À qui le fait-il ? À des créatures qui par nature étaient ennemies dans leur entendement, — ce qui nous fait mesurer quelque peu la grâce dont nous sommes les objets.

Quand le fait-il ? Quand Dieu rend-t-Il son témoignage de Lui-même ? Pendant le temps de la responsabilité de l’homme sur la terre.

Comment le fait-il ? Sous des formes variées, et la révélation de ses pensées progresse au cours des siècles. Nous sommes dans l’économie [ou : dispensation] de la grâce, si favorisée, et au bénéfice de la révélation complète de ce que Dieu juge bon de nous faire savoir, tout ce qui nous est profitable.

Et nous pouvons constater dans les Écritures, que le témoignage de Dieu est rendu (en quelque sorte, et pour faciliter la mémorisation) de sept manières, ou par sept moyens, ou par sept canaux de Son choix, dont les deux premiers nous sont mentionnés brièvement dans ce psaume 19, la création tout d’abord, et la Parole de Dieu. Nous ne ferons, dans nos limites, qu’évoquer ces différents moyens par lesquels Dieu rend son témoignage, cherchant à dégager quelques pensées générales sans pouvoir, bien sûr, nous étendre sur ces différents aspects.

La création est un témoignage muet : il n’y a pas de langage dans la création, et pourtant quel langage éloquent pour qui sait le discerner (Ps. 19:3). Cette création, ouvrage de Ses mains, de laquelle Dieu a pu dire au terme des six jours que tout était très bon, en sorte que Dieu put se reposer de son travail (Dieu ne peut trouver du repos que quand Il est satisfait, c’est bien la raison pour laquelle tant qu’il y a des âmes perdues et éloignées de Lui, le Seigneur peut dire : « mon Père travaille et moi je travaille » Jean 5:17). Dieu a été satisfait, mais on peut dire que cette satisfaction a été de courte durée à cause de l’homme qui a souillé par la transgression ce que Dieu avait placé entre ses mains pour qu’il domine, pour qu’il gère cette scène de délices qu’était le premier jardin.

Néanmoins en dépit de la chute et des conséquences que la création en a subies (car le sol a été maudit à cause de l’homme, et aujourd’hui encore, comme le dit l’épître aux Romains (8:22), « la création soupire », elle gémit, bien qu’elle n’ait pas péché ; mais elle subit les conséquences du péché de l’homme). Néanmoins la création demeure un témoignage qui rend l’homme responsable (Rom. 1:18-20). Même quand l’homme cherche à scruter ce qui est au dessus et au dessous de lui, et au-delà de ses limites, il ne peut que s’épuiser en hypothèses ; et même si Satan cherche à développer ce qui peut détourner l’homme de son Créateur, par l’évolution et par tant d’autres choses, il n’en demeure pas moins que la création est un langage qui rend l’homme plus que responsable comme le dit l’épître aux Romains. L’homme est appelé, en raison de l’intelligence qui lui est donnée, à discerner l’Auteur des merveilles de cette création, et cela le rend inexcusable. La création en effet, par laquelle Dieu a appelé toute chose à l’existence, témoigne de Sa grandeur, de Sa puissance, de Sa sagesse, de Sa divinité, et l’Écriture dit que, déjà devant ce témoignage là, l’homme est inexcusable.

Après avoir été créées, les choses ont été placées entre les mains de l’homme. Il a failli à son mandat puisqu’il devait garder et cultiver ce que Dieu lui avait confié, et il s’est laissé en quelque sorte ravir par l’Ennemi ce que Dieu lui avait confié en tant que gérant, — un gérant qui devait être honnête et fidèle. Satan l’a ravi, et nous voyons au début de l’évangile selon Luc, que Satan a cette parole effrontée à l’égard du Seigneur même : Lui montrant les royaumes, il lui dit que l’autorité lui a été donnée, à Satan lui-même, et qu’il la donne à qui il veut. Or nous savons bien que Satan a usurpé ce pouvoir : il l’exerce pour éloigner la créature de Dieu. Mais le Seigneur recevra en son temps (encore futur) tout le domaine de la création ; tout Lui sera donné, mais Il ne le recevra pas de la main de l’Ennemi ; Il le recevra de la main de son Père.

La création donc est un langage muet, et qui peut le percevoir et le saisir et en tirer profit, si ce n’est la foi ? C’est ce que nous déclare l’épître aux Hébreux dans son chapitre 11 : « par la foi », il n’est pas dit « nous savons », mais « nous comprenons qu’Il a fait les mondes ». Il n’y a que la foi qui saisit, qui comprend — dans la conscience de ses limites, mais dans l’adoration et la révérence — le travail que Dieu a accompli en Créateur en appelant du néant des choses à l’existence. Par la foi nous comprenons ; mais l’homme ne peut pas aller au-delà de ses limites ; il est un être limité et Dieu n’a pas de raison à nous donner pour ce qui demeure encore caché aux limites de l’homme. C’est là le premier témoignage.

Le deuxième témoignage que nous avons dans les versets du Ps. 19, c’est la Parole de Dieu, — la loi de l’Éternel, autrement dit la Parole de Dieu, appelée « les témoignages ». Dieu témoigne, se fait connaître, révèle Sa volonté et Ses pensées par la Parole, la Parole écrite.

C’est dans le chapitre 17 de l’Exode (17:14) que nous trouvons pour la première fois la mention de l’Écriture, après la victoire remportée sur l’ennemi Amalek : « Et l’Éternel dit à Moïse : Écris ceci pour mémorial dans le livre ».

La Parole de Dieu revêt les mêmes caractères que Dieu Lui-même qui nous l’a donnée. L’apôtre Pierre est là pour nous dire (1 Pierre 1:23) que nous avons une Parole vivante, émanant du Dieu vivant et véritable, Celui qui est Vérité. C’est Lui qui nous l’a laissée, et elle est rendue opérante et pénétrante par l’action de son Esprit. C’est à cette Parole que la foi s’attache ; cette Parole a le son des trompettes d’argent (Nombres 10) qui résonnent aux oreilles de celui qui est attentif. Nous avons le privilège de posséder cette Parole qui nous fait connaître Ses pensées. Dieu veuille qu’elle ait toujours plus de prix pour nos âmes.

La Parole, nous le savons bien, a été incarnée dans la personne même du Seigneur, dont il est dit « la Parole devint chair et habita au milieu de nous » (Jean 1:14). Il est du reste frappant de constater la mesure dans laquelle le Seigneur, en dispensant ses enseignements, plus particulièrement sous la forme de paraboles, a recours aux éléments de la création, de la nature. La création et la Parole sont en quelque sorte deux moyens par lesquels Dieu s’adresse à la conscience ; Il le fait par la création, et Il s’adresse à la conscience et au cœur par sa Parole. Cette Parole combien précieuse, est le guide de notre marche, elle est la nourriture de nos âmes ; elle nous révèle les pensées les plus profondes de Dieu quant à Lui-même et à notre égard.

Cette Parole a été donnée sous la forme de la loi à son peuple terrestre, Moïse ayant reçu ces tables de la loi écrites du doigt même de Dieu. Où pouvait-elle être à l’abri, cette Parole, au sein du peuple, ce peuple d’Israël dans le désert qu’Aaron avait livré au désordre ? C’était impossible ; le peuple eut été consumé si les tables avaient pénétré dans l’enceinte du peuple : Moïse a dû les briser. Mais Dieu avait ordonné de faire une arche, et rappelant ces circonstances au peuple, à une nouvelle génération, Moïse pourra dire quant à ces tables, les deuxièmes qu’il a reçues (qui comportaient du reste la même Parole, il n’y a pas a plus de changement dans la Parole de Dieu que dans Dieu Lui-même) : « Je me tournais et les mis dans l’arche, et elles sont là jusqu’à ce jour » (Deut. 10:5). En quelque sorte, la Parole ne pouvait être à l’abri que dans la personne de Christ ; Il a été la Parole faite chair, venant ici bas et faisant connaître, au-delà des limites de la loi, les ressources de la grâce.

Nous avons le privilège de connaître cette ressource merveilleuse qui est celle de la Parole ; Dieu veuille que nous fassions l’expérience qu’en fit le psalmiste auteur du psaume 119 qui en parle dans la quasi-totalité de ses versets, et qui, sauf erreur, 9 fois au cours de ce long psaume, peut exprimer les délices qu’il trouve dans les témoignages. Trouvons-nous de la joie dans sa Parole comme celui qui a trouvé un grand butin ? La mangeons-nous comme l’a dit Jérémie (15:16) ? Est-elle, et produit-elle l’allégresse et la joie dans nos cœurs ? Dieu veuille que ce soit le cas.

En dépit de ce qu’est l’homme, en dépit de ce qu’est ce monde, en dépit des assauts permanents de l’Ennemi qui a cherché à détruire cette Parole, il n’y est jamais parvenu ni n’y parviendra jamais. C’est le livre le plus répandu sur la terre, traduit en plus de mille cinq cent langues. Cette Parole, l’Ennemi ne pourra jamais la détruire. Dieu veuille qu’elle soit précieuse à nos cœurs, et que l’exhortation de l’apôtre s’adressant à son enfant Timothée « exerce-toi à la lecture » trouve un écho dans nos affections profondes. C’est par elle que nous apprendrons ce que Dieu veut nous communiquer.

Un troisième moyen, si on peut dire, en restant très bref et très général, par lesquels Dieu fait connaître ses pensées, et Il rend et a rendu témoignage, c’est par le moyen des saints de l’Ancien Testament. Nous pensons à ce chapitre 11 de l’épître aux Hébreux, qui est suivi du premier verset du chapitre douzième : La mention au chapitre 11 des hommes de foi de l’Ancien Testament est couronné par cette première déclaration du chapitre 12 « une si grande nuée de témoins », qui sont donc des témoins de l’Ancien Testament.

Le chapitre 11 commence par le premier témoin qu’il y a eu sur la terre, Abel, qui a payé son témoignage fidèle du prix de sa vie. Abel est le premier qui est mentionné. D’ailleurs en lisant en détail l’évocation des noms, il est frappant de voir que, dans la personne d’Abel, nous avons l’évocation de la valeur du sacrifice dont il a senti la nécessité ; en Énoch nous avons l’évocation de la marche avec Dieu ; en Noé nous avons celui qui est mis à l’abri du jugement pour arriver sur le rivage de la délivrance ; en Abraham, le père de la semence de la foi, etc.…

Une si grande nuée de témoins… Qu’est-ce qui a animé leur témoignage et qui l’a produit ? C’est la foi.

Il y a donc eu des témoins avant le déluge, Abel, et beaucoup d’autres, Énoch, Noé. Noé a été un témoin dont il nous est dit qu’il était un « prédicateur de justice », bien que nous n’ayons aucune parole de Noé rapportée dans l’Écriture. Mais les innombrables années pendant lesquelles il a construit une arche sur une terre sèche était un témoignage qui aurait du être observé.

Puis nous avons les témoins qui sont venus plus tard, après le déluge. Abraham occupe une place particulière parmi eux. Il est l’homme de foi, celui dont parle l’épître aux Romains (ch. 4), nous disant de lui qu’il ne forma point de doute sachant que ce que Dieu a promis, Il est puissant aussi pour l’accomplir ; et en cela il donna gloire à Dieu, et par cela il a été justifié. Remarquons que toujours et dans tous les temps, longtemps avant la grâce, avant l’économie de la grâce, l’homme a été justifié par la foi ; en raison de sa foi, il a été en quelque sorte mis au bénéfice de ce qui sera acquis pour lui par l’œuvre de Christ à la croix. Abraham a glorifié Dieu par la foi : quel témoignage ! Quittant sa parenté, le lieu de sa résidence initiale, il est allé vers une terre inconnue, s’appropriant les promesses divines.

Puis nous avons les témoignages rendus par les hommes de Dieu au cours de la vie d’Israël, du peuple choisi de Dieu selon le critère de la grâce souveraine — non pas parce que ce peuple était plus attrayant, plus nombreux, plus puissant, mais parce que Dieu l’a aimé. Que de témoins dans le cours de l’histoire d’Israël ! Si l’on pense à Moïse, à Eléazar, à Rahab, à Caleb, à Josué, et tant d’autres encore — des témoins qui ont été des canaux dans la main de Dieu pour conduire le peuple, pour lui communiquer Ses pensées. Moïse a été l’homme dont Dieu peut dire qu’Il parlait avec lui comme un homme parle à son ami.

Il y a eu ensuite le temps qui a succédé à la vie dans le désert, puis le temps des prophètes qui ont parlé comme oracles de Dieu — des témoins qui ont été la bouche de l’Éternel. Si l’on pense à ce qui a été donné à connaître et à annoncer à des hommes tels que Élie, Jérémie, Ésaïe, Ézéchiel et tant d’autres, quels témoins ! Ils attendaient la cité de laquelle Dieu serait l’architecte et le créateur, le fondateur, mais ils n’ont pas connu ni vu ni vécu les choses promises. C’est encore cette épître aux Hébreux qui nous le fait connaître, mais leur foi n’a pas été ébranlée par une attente qui a été jusqu’au terme de leur vie ; ils sont demeurés des témoins fidèles, parlant comme la bouche de l’Éternel, des hommes de Dieu.

Quand la Parole parle d’« hommes de Dieu », cela qualifie beaucoup de serviteurs, David et d’autres encore ; David est ainsi appelé trois fois, et  Élisée sauf erreur plus de vingt fois. « Homme de Dieu » ne signifie pas du tout que c’est un homme à l’abri des chutes, ou qui a une nature privilégiée naturellement, mais c’est un homme pour qui les droits divins s’imposent au cœur et à la conscience, et qui n’a pas de privilège personnel ou de position à défendre. Les « hommes de Dieu » sont des instruments dociles et dépendants dans la main de Dieu, qui s’en sert soit pour dénoncer le mal et les conséquences, soit pour annoncer les bénédictions qui se rattachent à la fidélité. Que d’hommes de Dieu, que de témoignages auront été suscités !

On peut dire que le dernier prophète, c’est Jean le Baptiseur. Il était le précurseur, appelé à préparer le peuple afin qu’il reçoive le Messie que la bonté divine leur envoyait. Il est le seul prophète, le seul témoin de cette dispensation qui a vu Celui qu’il annonçait. Il est du reste très frappant de considérer les sept témoignages que Jean le Baptiseur rend à l’égard du Seigneur, une plénitude remarquable de témoignage, six fois dans le premier chapitre, et une fois au chapitre 3 au sujet de son privilège d’annoncer l’Époux en sa qualité d’ami.

Extrait de :   Psaume 19:1-3, 7-9    Pierre Combe  Août 2005

A suivre…

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