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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 09:14

JEUDI   Voulez-vous  que  nous  allions  arracher l'ivraie ? — Non!

Ardent, le zèle des serviteurs paraît excessif au juge­ment du maître.  Ils voudraient arracher tout de suite ; l'herbe  mauvaise.   « Non,   vous  risqueriez   d'arracher   en •même temps le bon froment. » Dans la réforme du mal, j'emploierai comme vous, ô Jésus,  les moyens suivants :

1° Patience. — Dieu lui-même nous en donne l'exem­ple. Le monde l'offense, et il supporte le monde, parce que, s'il y a des hommes pervers, il en est de bien ver­tueux, II nous a supportés nous-mêmes quand nous l'avons offensé ; il ne nous a point anéantis comme il aurait pu le faire, parce que nous n'aurions pas pu tirer de nos défaillances les fruits d'humilité, de pénitence, de plus grand amour qui en pouvaient sortir. Tous les grands pénitents, de la Madeleine à Augustin, ont pra­tiqué de magnifiques vertus, dont leurs désordres furent l'occasion, et qui auraient été inexistantes si la justice divine les eût frappés sans délai. Un acte de charité donne plus de gloire au Seigneur, que ne lui en enlèvent plusieurs péchés mortels.

Soyons donc patients avec nous-mêmes. Vouloir aller trop vite relève plus d'un subtil orgueil que d'un vérita­ble désir de perfection. Après une défaite, au lieu de nous dépiter, de nous assombrir, reprenons-nous doucement et fortement'; recommençons à marcher ; la vie est un com­bat, elle n'est pas une victoire, c'est-à-dire, qu'elle est une succession de succès et de revers. Prenons-en notre parti ; veillons seulement à toujours croire à la possibilité de la victoire finale, donc à la poursuivre toujours. « Vous posséderez vos âmes dans la patience. » (Luc., 21, 19).

Soyons patients avec les autres. « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. » Ce que nous n'obtenons pas aujourd'hui, nous l'aurons demain ou après-demain, ou plus tard. Il ne faut pas facilement croire à la mauvaise volonté des êtres, plutôt faut-il penser à leur faiblesse, et redouter de les heurter, de les décourager. « La patience fait l'œuvre parfaite. » ( Jac., 1, 4). Désirons le bien du prochain avec ardeur, mais avec calme ; ce n'est point contradictoire.

J'adore, ô Jésus, la longanimité avec laquelle vous m'avez supporté. Je vous en remercie de toute mon âme, vous suppliant d'en user ainsi jusqu'à la fin de ma vie, vous promettant de faire tout mon possible pour réparer mes défectuosités et m'améliorer sans cesse.

2° Bonté. — La patience est déjà une forme de la bonté, mais elle n'est pas la seule. Quand on est bon, on ne se borne pas à supporter le mal, on compatit encore  aux défauts d'où  il procède,  et l'on  cherche  à y   remédier. Dieu ne s'irrite pas violemment de nos péchés, il nous les pardonne, et il nous donne des grâces, pour que nous les réparions, pour que nous les remplacions par des vertus. Il n'abandonne pas sur la route le pauvre voyageur demi-mort ;   bon   Samaritain, il panse  ses plaies, il le confie à son Eglise afin qu'elle lui applique sa rédemption. Jésus n'a maudit ni le traître Judas, ni Pierre le renégat, ni ses bourreaux ; il leur a dit des paroles, il a fait pour eux des gestes, qui pouvaient les arracher à leurs erreurs. Prier  pour ceux qui le faisaient mourir, promettre  le paradis à un blasphémateur qui vient à peine de cesser ses insultes.  Voilà de la bonté, voilà des procédés divins, reconnaissons et admirons les.

O Père des cieux, je vous appelle : « le bon Dieu », et,  Jésus m'a dit : « Personne n'est bon que Dieu ». J'ai bénéficié de votre bonté plus que je ne l'imagine. Je vous en rends grâces et je vous supplie de me traiter ainsi jusqu'à la fin de ma vie, que je m'efforcerai de rendre digne de votre miséricorde.

VENDREDI    Ramassez et liez les mauvaises herbes afin de les jeter au feu.

L'heure viendra, ô Jésus, où il faudra mettre de l'or­dre ; le départ sera fait entre le bien et le mal. Contre celui-ci s'exercera la vengeance du feu. Il y aura trois sortes de feu.

1° Le feu présent. — Le feu a toujours été le symbole des châtiments divins, depuis qu'il le fut effectivement pour Sodome et Gomorrhe, et que, sous l'ancienne loi, il dévorait les blasphémateurs et les sacrilèges. Dans sa prédication Jésus en parle, notamment en prêchant l'enfer, puis en condamnant l'arbre infécond : « Tout arbre qui ne fructifie pas sera coupe et jeté au jeu. » (Matt., 13,10). 

Sans attendre l'éternité, il y a dès ici-bas, pour les pauvres êtres qui s'obstinent lâchement dans le mal, un feu terrible. D'abord, celui de leurs passions, qui les enfièvrent, les dévorent, les tourmentent : ambitions déçues, désirs insatisfaits, jalousies impuissantes, colères vaines. Puis, celui des conséquences de leurs pécjiés. Quelque endurci que soit un malheureux, il a des heures terribles de tourments de conscience, de hontes secrètes, de dégoût profond, d'effroi devant la mort inévitable, d'épouvanté à la pensée des inéluctables jugements de l'Eternel. C'est un enfer anticipé ; il conduit parfois au suicide.

O mon Dieu, gardez-moi de ce malheur ; que, par votre miséricorde, je puisse plutôt dire : « Notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience. » (2 Cor., 1, 12).

2° Le feu futur. — C'est l'enfer. Il existe. Il n'y a que les fous qui s'en moquent, que les ignorants qui le nient, que les damnés d'avance qui le bravent. Jésus l'a prédit, et « si le monde passe, sa parole demeure éter­nellement. » Aux endurcis jusqu'à la fin de leur péché, il dira : « Allez au feu éternel » ; un feu qui brûle sans consumer, qui torture l'âme aussi bien que le corps. Quand on y réfléchit, on ne peut comprendre que, pour un ins­tant de jouissance brutale et basse, on s'expose à une éternité de tourments atroces.

Y a-t-il des damnés ? Certainement. Et Dieu ne les a pas poussés en enfer ; ce n'est pas lui qui damne, on se damne. Ce feu, c'est encore le purgatoire. Il existe. N'y pas croire serait une hérésie. Et les pauvres âmes qui y sont détenues y souffrent comme les damnés, la peine du dam. sauf, et c'est immense, les affres de l'éternité. Elle ne voient pas Dieu qu'elles désirent ardemment. Elles souffrent la peine des sens ; un feu mystérieux les mar­tyrise.

O Seigneur, où irai-je à l'heure de ma mort ? Angois­sante question à laquelle je puis répondre, puisque « où l'arbre penche, il tombe ». Je vous adresse le cri du dies irae : « Indignes sont mes prières, mais vous, soyez plein

 de bénignité, que je ne sois pas consumé dans le feu  per­pétuel. » !

3° Le feu de la charité. — Pour se préserver du pre­mier, atténuer du second la violence, sinon l'éviter, devra être incandescent le feu de la charité. De celui-là le Christ a dit : « Je suis venu allumer le feu sur la terre, je ne désire rien tant que de le voir s'étendre. » (Luc., 12, 49).

Dans son principe l'amour est un feu : « Feu vivant, charité », dit 1’hymne Veni Creator. Il l'est dans l'âme qui en vit ; « la charité du Christ nous brûle », écrit saint Paul. Aussi consume-t-il les scories, purifie-t-il l'atmosphère.

En réalité, le péché est un refus d'amour, puisqu'il consiste dans la révolte de la volonté, et que la volonté est toute l'âme. L'amour est don de soi à Dieu ; le pécheur ne veut pas se donner. Voilà pourquoi l'amour répare le péché, il compense, même en son extension, selon la teneur du second commandement, semblable au premier : « La charité couvre la multitude des péchés. » (1 Petr., 4, 8). Jetons-nous dans ce feu, l'ivraie de notre vie y sera détruite.

O Jésus, votre Cœur est « fournaise ardente de cha­rité», communiquez-m'en une étincelle et qu'elle m'em­brase.

SAMEDI  Mettez le blé dans mon grenier.

Si l'on doit détruire les  herbes mauvaises,  ô Jésus, on doit surtout conserver avec soin le bel et bon froment.  Aussi, prudent et prévoyant, le père de famille recommande-t-il à ses serviteurs d'y veiller. 1° Quel est le beau  froment, 2° Dans quel grenier le placer ?

1° Le beau froment. — C'est le fruit d'un  labeur généreux. Le  grain  est  lourd, il  possède  des  qualités nutritives   sérieuses.  Aussi,  concourra-t-il  à  la  bonne santé, à la vigueur de l'homme, lui permettant de bien remplir  sa tâche.  Le travail important de l'âme, c'est son application réaliser surnaturellement son devoir. De quoi résulte un double bien : l'affermissement de ses vertus, l'augmen­tation de ses mérites.

Nos vertus sont naturelles ou surnaturelles et infuses. Les secondes s'appuient sur les premières en les utilisant et en les transportant sur un plan supérieur.   Des unes/ et des autres,  l'exercice s'impose sans cesse à celui qui I veut suivre imperturbablement la voie droite. Difficiles à leur début,  les actes nécessités par cet exercice devien­nent   progressivement moins pénibles;  ils arrivent à j être même  aisés, et l'on bénéficie  de  vertus  acquises autorisant vers l'idéal de la sainteté une montée dilatée et épanouie.

Alors apparaît le mérite, c'est-à-dire, un droit concédé par la miséricorde de Dieu à une récompense surnaturelle. Celle-ci peut consister dans des grâces actuelles précieuses, éclairantes, fortifiantes ; elle peut être une augmentation de cet inestimable trésor qu'est la grâce habituelle ; elle peut enfin, atteindre son sommet par l'introduction dans ta gloire.  Il est magnifique le bon froment qui, semé en la terre des âmes, par l'amour de Dieu, en peut sortir abondant et fort,

O mon Dieu, vous l'avez fécondé le champ de mon cœur ; vous y versez constamment des grains riches et abondants. Ne permettez pas que je rende vos faveurs inutiles ; mais faites que je leur fasse produire cent pour lins que je vous glorifie par ma générosité, en m'enri­chissant de vertus et de mérites.

2° Le grenier. — Nous possédons de belles récoltes, mais saint Paul nous donne un grave avertissement : « Nous portons ce trésor dans des vases fragiles, afin qu'il paraisse que cette souveraine puissance vient de Dieu et non pas de nous. » (2 Cor., 4, 7). La négligence peut laisser se perdre nos profits ; les voleurs que sont nos passions leur font courir des risques ; abritons-les sans retard, dans le Sacré-Cœur de Jésus.

Sainte Marguerite-Marie écrit : « Si vous êtes dans un abîme d'infidélité' et d'inconstance, allez vous jeter dans celui de fermeté et de stabilité du Cœur de Jésus, notre vrai et fidèle ami, qui vous apprendra à lui être fidèle et constant,

comme il l'a toujours été à nous aimer. » Excellent conseil, qui n'est qu'un écho des recommandations du Maître lui-même. Nous n'oublions pas sa comparaison du cep et des branches. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. — Demeurez dans mon amour. » (Joan., 15, 5, 19). C'est par une vie d'union profonde au Christ que nous mettons en sécurité dans son âme; nos vertus et nos mérites; Ce qu'il garde est bien gardé. Et c'est dans son Cœur que accumulent nos richesses pour le jour où elles seront définitivement placées dans le ciel. Il nous montrera, alors, qu'il en était le gardien, puisqu'il énumérera lui-même nos mérites. « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; soif, et vous m'avez donné à boire... ». (Mail., 25, 35).

O Jésus, tous mes biens sont de vous ; je les remets à votre divin Cœur, sûr ainsi, non seulement de ne pas les perdre, mais encore, de les voir s'augmenter jusqu'à l'éternité.

Extrait de STELLA MATUTINA  Mgr A. Gognon (1947)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

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