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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 08:40

 

Création d’Adam et Ève…

J’ai (Anne Catherine Emmerick) vu qu'Adam fut créé non pas au Paradis, mais à l'emplacement où devait par la suite s'élever Jérusa­lem. Je l’ai vu sortir, éclatant et blanc, d'une colline de terre jaune, comme d'un moule. Le soleil brillait, et je pensais, car j'étais alors une enfant, que le jour avait fait sortir Adam de la colline ! Il était comme né de la terre, qui était vierge : Dieu la bénit et elle devint sa mère. Il ne sortit pas soudain de la terre, il y eut un instant jusqu'au moment où il parut. Il était dans la colline, allongé sur le côté gauche, le bras replié sur la tête, et une légère nuée le recouvrait comme d'une gaze. Je vis une forme dans son côté droit et compris que c'était Êve, qui fut tirée de lui par Dieu, au Para­dis. Dieu l'appela, et ce fut comme si la colline s'ou­vrait, et Adam en sortit peu à peu. Là, il n'y avait pas d'arbre, simplement des petites fleurs. J'avais vu éga­lement les animaux sortir chacun de la terre, un par espèce, et les femelles s'en détacher.

J'ai vu Adam emporté au loin, dans un jardin situé très haut, le Paradis. Dieu conduisit les animaux devant Adam, au Paradis, et Adam leur donna un nom ; et ils le suivirent et ils jouaient autour de lui. Tout lui était soumis avant le péché. Êve n'avait pas encore été tirée de lui. Tous les animaux auxquels il avait donné un nom le suivirent plus tard sur la terre.

Je vis Adam dans le Paradis, non loin de la source au milieu du jardin ; il semblait sortir du sommeil, parmi les fleurs et les plantes. Il était auréolé d'une lueur blanche, mais son corps était plus proche de la chair que de l'esprit. Il ne s'étonnait de rien, ni de soi-même, et se promenait parmi les arbres et les ani­maux, comme s'il était habitué à tout, comme quel­qu'un qui inspecte ses champs.

Je vis Adam près d'une colline, allongé près de l'eau sous un arbre, le bras gauche replié sous la joue. Dieu fit tomber le sommeil sur lui et, souriant très  légèrement, Adam fut ravi en extase.

Alors Dieu tira Êve du côté droit d'Adam, à l’endroit où Jésus fut plus tard percé par la lance. Je vis Êve fine et petite ; elle devint rapidement plus grande, Jusqu'à atteindre sa taille définitive et être parfaite­ment belle. Sans le péché originel, tous les hommes seraient ainsi nés au cours d'un doux sommeil. La colline se fendit en deux et je vis apparaître, du côté d'Adam, un roc comme composé de cristaux de pier­res précieuses, et du côté d'Êve une vallée toute blanche, comme recouverte de petits fruits blancs et fins comme du froment.

Lorsqu'Êve eut été formée, je vis que Dieu donnait ou plutôt répandait, quelque chose sur Adam. C'était comme si, du front, de la bouche, de la poitrine et des mains de Dieu, qui apparaissait sous figure humaine, s'écoulaient des flots de lumière qui se réunissaient en un globe éclatant : ce globe entra dans le côté droit d'Adam, d'où Êve avait été tirée. Adam seul reçut ceci : c'était le germe de la bénédiction de Dieu. Dans cette bénédiction était une trinité. La bénédiction qu'Abraham reçut de l'ange était identique, apparais­sant sous la même forme, mais pas aussi lumineuse. Êve se tenait radieuse devant Adam, et Adam lui tendit la main. Ils étaient comme deux enfants, indiciblement beaux et nobles. Ils étaient tout brillants, revêtus de rayons comme d'une gaze. Je voyais un large flot de lumière sortir de la bouche d'Adam, et sur son front comme une auréole de majesté. Autour de sa bouche était un soleil de rayons, qu'il n'y avait pas chez Êve. Je vis leur cœur, exactement comme celui des hommes maintenant, mais des rayons enve­loppaient leurs poitrines, et au milieu du cœur de cha­cun je voyais une auréole brillante, dans laquelle se tenait une petite figure qui semblait serrer quelque chose dans la main ; je pense que cela représentait la troisième Personne de la Divinité. De leurs mains et de leurs pieds aussi je vis jaillir des rayons lumineux. Leurs cheveux retombaient de la tête en cinq mèches lumineuses, deux à partir des tempes, deux derrière les oreilles et une de l'arrière de la tête.

J'ai toujours eu le sentiment que les portes du corps humain avaient été ouvertes par les Plaies de Jésus, qu'elles avaient été refermées par le péché originel et que Longin avait ouvert au côté de Jésus la Porte de la nouvelle naissance à la vie éternelle.

J'ai vu les mèches lumineuses, rayons sur la tête d'Adam, comme sa plénitude, son auréole, l'achèvement  des  autres  rayonnements ;  et  cette  auréole retrouve sa place sur les âmes et les corps glorieux.

Nos cheveux sont cette gloire déchue, éteinte, obscur et la comparaison entre notre chair actuelle et celle d'Adam avant la chute est du même ordre que celle de nos cheveux avec les rayons qui couronnaient Adam.

Adam tendit la main à Êve ; ils quittèrent le lieu de la création d'Êve pour se promener dans le Paradis, contemplant tout avec bonheur. Ce lieu de la création d'Êve était le plus élevé du Paradis, tout y était splen­deur et lumière, plus que partout ailleurs.

Extrait de : Les mystères de l’ancienne Alliance. Anne Catherine Emmerick.

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 17:18

Le blog MPI est-il vraiment catholique…

Permettez-moi d’en douter ? Si Francesca de Villasmundo  était catholique, lorsqu’il parle de Bergoglio, il le nommerait non comme pape, mais comme faux pape, parce qu’il prêche une doctrine que la véritable Église a toujours condamnée.

Dans un autre article, il cite le  Pape François : « l’avenir de l’Église est plus autour de la parole de Dieu, qu’autour de l’eucharistie ». L’article est bien fondé, mais l’erreur c’est d’appeler pape une personne qui ne peut pas l’être, ni lui, ni Ratzinger ni J.-P 2, car S.S. PAUL VI est toujours bien vivant. Celui qui est mort le 8 août 1978, c’était le sosie Allessandro Falchi.

Voici le texte d’un vrai Pape : (Saint Pie X, 17 avril 1907).

« … les rebelles ne sont que trop ceux qui professent et répètent, sous des formes subtiles, des erreurs monstrueuses sur l'évolution du dogme, sur le retour au pur Évangile c'est-à-dire à l'Évangile émondé, comme ils disent, des explications de la théologie, des définitions des Conciles, des maximes de l'ascétisme, sur l'émancipation de l'Eglise, à leur manière nouvelle, sans se révolter afin de ne pas être chassé, sans se soumettre néanmoins pour ne point manquer à ses propres convictions ; enfin, sur l'adaptation aux temps présents, en tout, dans la manière de parler, d'écrire et de prêcher une charité sans foi, très indulgente envers les incroyants, mais qui ouvre à tous la voie de la ruine éternelle"

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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 07:49

 

L'ÉLUE DE JÉSUS CRUCIFIÉ…              

Dévotion aux plaies de N. S. J.-Christ

« Une chose me fait de la peine, disait le doux Sauveur à sa petite servante, c'est qu'il y a  des âmes qui regardent la dévotion à mes Plaies  comme étrange, comme méprisable, comme une chose qui ne convient pas..., c'est pour cela qu'elle  tombe et qu'on l'oublie.

«Au Ciel, j'ai des Saints qui ont eu une grande  dévotion à mes saintes Plaies, mais sur la terre,  Il n'est presque plus personne qui m'honore de cette manière-là. »

Cette plainte n'est que trop fondée ! Dans un monde où « jouir » semble l'unique préoccupation, combien de personnes, même chrétiennes, ont comme perdu le sens du sacrifice !... Trop peu d'âmes comprennent la Croix! Trop peu s'atta­chent à méditer la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que saint François de Sales appelle si justement « la vraie école de l'amour, le plus doux et le plus violent motif de la piété ».

Or, Jésus ne veut point que reste inexploitée cette mine inépuisable, que demeurent oubliés et perdus les fruits de ses saintes Plaies. Il se choi­sira — n'est-ce pas sa coutume ? — le plus humble des instruments pour accomplir son œuvre d'amour.

Le 2 octobre 1867, Sœur Marie Marthe assistait à une « Prise d'Habit », lorsque la voûte des cieux s'entrouvrant, elle vit s'y dérouler la même céré­monie dans une splendeur bien autre que celle de la terre. Toute la Visitation du Ciel était présente : Les premières Mères se tournant vers elle, comme pour lui annoncer une bonne nouvelle, lui dirent, joyeuses :

« Le Père Éternel a donné à notre saint Ordre son Fils en trois manières :

1° Jésus-Christ, sa Croix et ses Plaies, à cette Maison plus particulièrement.

   2° Son Cœur Sacré.

  3° Jésus Enfant. Il faut que vous ayez toute la simplicité de l'enfant dans vos rapports avec lui. »

Ce triple don ne semble pas nouveau. En remon­tant aux origines de l'Institut, nous retrouvons, dans la vie de notre Mère Anne Marguerite Clément, contemporaine de sainte Jeanne de Chantal, ces trois dévotions dont toutes les Religieuses formées par elle portèrent le cachet.

Peut-être, et nous aimons à le croire, est-ce cette âme, également favorisée qui, de concert avec notre Sainte Mère et Fondatrice, vient aujour­d'hui les rappeler à l'élue de Dieu.

 

Quelques jours plus tard, notre T. H. Mère Marie Pauline Deglapigny, décédée depuis dix-huit mois, apparaît à son ancienne fille et lui confirme ce don des saintes Plaies :

«La Visitation avait déjà une grande richesse, mais elle n'était pas complète. Voilà pourquoi est heureux le jour où  j'ai quitté la terre, parce que, dès ce jour, au lieu d'avoir seulement le Cœur Sacré de Notre-Seigneur, vous aurez toute la sainte Humanité, c'est-à-dire, ses sacrées Plaies. J'ai demandé cette grâce pour vous. »

Le Cœur de Jésus? Ah ! Qui le possède ne possède-t-il pas tout Jésus ? Tout l'amour de Jésus ?... Sans doute. Mais les saintes Plaies sont comme l'expression prolongée — et combien éloquente — de cet amour. Aussi, Jésus veut-il que nous l'hono­rions tout entier, et qu'en adorant son Cœur blessé, nous sachions ne pas oublier ses autres Plaies, ouvertes, elles aussi, par l'amour. — Et il n'est pas sans intérêt, à ce propos, de rapprocher le don de l'humanité souffrante de Jésus, fait à notre Sœur Marie Marthe, de celui dont fut gra­tifiée à la même époque notre vénérable Mère Marie de Sales Chappuis : le don de l'Humanité sainte du Sauveur.

Saint François de Sales, notre bienheureux Père, qui, très souvent, visitait sa chère fille pour l'ins­truire paternellement, ne manque pas de l'affermir dans la certitude de « l'élection divine ».

Un jour qu'ils s'entretenaient ensemble : «Mon Père lui dit-elle avec sa naïveté ordinaire, vous savez que nos Sœurs n'ont guère confiance en mes  affirmations, parce que je suis bien imparfaite. »  — Ma fille, répondit le Saint, «les vues de Dieu  ne sont pas celles de la créaturela créature juge selon les vues humaines, — Dieu donne ses grâces à une misérable qui n'a rien, afin que toutes retournent à Lui. Tu dois être bien contente des imperfections que tu as, parce qu'elles cachent les dons de Dieu. — Dieu t'a choisie pour compléter la dévotion au Sacré-Cœur : le Cœur a été montré à ma fille Marguerite-Marie et les saintes Plaies à ma petite Marie Marthe !... C'est un besoin pour mon cœur de Père, que cet honneur soit rendu par vous à Jésus Crucifié! Cela fait le complément de la Rédemption que Jésus a tant désirée! »

La Très Sainte Vierge vint aussi, un jour de la Visitation, confirmer la jeune Sœur dans sa voie. Accompagnée de nos saints Fondateurs, de notre sainte Sœur Marguerite-Marie : « Je donne mon Fruit à la Visitation, comme je l'ai porté à ma cousine. Élisabeth, lui dit-elle avec bonté. — « Ton saint Fondateur a reproduit les travaux, la  douceur et l'humilité de mon Fils; ta sainte Mère de Chantal ma générosité, en passant par-dessus tous les obstacles pour s'unir à Jésus et faire sa sainte volonté; ta bienheureuse Sœur Marguerite-Marie a reproduit le Sacré Cœur de mon Fils pour le donner au monde... Et toi, ma fille, tu es choisie pour arrêter la justice de Dieu, en faisant valoir les mérites de la Passion et des saintes Plaies de mon unique et bien-aimé Fils, Jésus!... »

Et comme Sœur Marie Marthe opposait quelques objections : « Ma fille, reprit l'Immaculée Vierge, « vous n'avez pas à vous inquiéter, ta Mère et toi, mon Fils sait bien ce qu'il doit faire... Pour vous, faites seulement, jour par jour, ce que veut Jésus. »

Les invitations et les encouragements de la Très Sainte Vierge iront, d'ailleurs, se multipliant et prendront toutes les formes : « Si vous voulez des richesses, il faut aller puiser dans les saintes Plaies de mon Fils... Toutes les lumières du Saint-Esprit sortent des Plaies de Jésus, mais vous recevrez ces dons à proportion de votre  humilité...»

« — Je suis votre Mère et je vous dis : allez puiser dans les Plaies de mon Fils!... Sucez le sang jusqu'à l'épuiser, ce qui n'arrivera cependant  jamais.»

« — Il faut que toi, ma fille, tu appliques les Plaies de mon Fils sur les méchants pour les convertir. »

Après les interventions des premières Mères, de notre saint Fondateur et de la Sainte Vierge, nous ne saurions oublier, dans ce tableau, celles de Dieu le Père, pour qui notre chère Sœur ressentit toujours une tendresse, une confiance d'enfant et qui en fut vraiment divinement gâtée. — On sait comment Il l'avait instruite de sa mission future. De temps à autre, Il la lui rappelle : « Mon enfant, je te donne mon Fils pour t'aider tout le long du jour, afin que tu puisses payer tout ce que tu dois à ma justice pour tous.»

« Tu prendras constamment dans les Plaies de Jésus de quoi payer les dettes des pécheurs. »

La Communauté faisait des processions et des prières pour différents besoins : « Tout ce que vous me donnez là n'est rien, déclara Dieu le  Père. » — « Si ce n'est rien, riposte l'audacieuse enfant, je vous offre alors tout ce que votre Fils a fait et souffert pour nous. » — « Ah ! Reprend le Père Éternel, ceci est grand!... »

De son côté, Notre-Seigneur, pour fortifier sa servante, lui renouvelle, à plusieurs reprises, l'assurance qu'elle est bien réellement appelée à raviver la dévotion aux Plaies rédemptrices : «Je t'ai choisie pour réveiller la dévotion à ma sainte Passion dans les temps malheureux où vous vivez. » Puis, lui montrant ses saintes Plaies comme un livre où Il veut lui apprendre à lire, le bon Maître ajoute : « Ne bouge pas les yeux de dessus ce livre et tu en apprendras plus que les plus grands savants. La prière aux saintes Plaies comprend tout. »

Une autre fois, pendant le mois de juin, tandis qu'elle était prosternée aux pieds du Très Saint Sacrement, Notre-Seigneur, ouvrant son Cœur Sacré comme la source de toutes les autres Plaies, insiste encore : « J'ai choisi ma fidèle servante Marguerite-Marie pour faire connaître mon divin Cœur, et ma petite Marie Marthe pour insinuer la dévotion à mes autres Plaies!... Mes Plaies vous sauveront infailliblement ; elles sauveront le monde. »

Dans une autre circonstance : « Ton chemin, lui dit-il, c'est de me faire connaître et aimer, surtout dans l'avenir. » Il lui demande d'offrir incessamment ses divines Plaies pour le salut du monde : « Ma fille, le monde sera plus ou moins troublé, suivant que tu auras fait ta tâche... Tu es choisie pour satisfaire ma Justice. — Enfermée dans ta clôture, tu dois vivre ici-bas comme l'on vit au Ciel, m'aimer, me prier sans cesse par mes Plaies pour apaiser ma vengeance.»

« Je veux que, par cette dévotion, non seulement les âmes avec lesquelles tu vis deviennent saintes, mais beaucoup d'autres encore! — Un jour, je te demanderai compte si tu as bien pris dans ce trésor pour toutes mes créatures.»

« Vraiment, lui dira-t-il encore plus tard, vraiment, mon Épouse, j'habite en ce lieu et dans tous les cœurs!... J'y établirai mon règne et ma paix, je détruirai par mon pouvoir tous les obstacles, parce que je suis le Maître des cœurs et que je connais toutes les misères... Toi, ma fille, tu es le canal de mes grâces. Apprends que le canal  n'a rien de lui-même, il n'a que ce que l'on fait passer dedans. Il faut, comme canal, que tu ne gardes rien et que tu dises tout ce que je te communique. — Je t'ai choisie pour faire valoir les mérites de ma sainte Passion pour tous; mais je veux que tu sois toujours cachée. — A moi de faire connaître plus tard que c'est par ce moyen que le monde sera sauvé et par les mains aussi de ma Mère Immaculée!... »

(À suivre)

Extrait de : Sœur Marie Marthe Chambon de la Visitation Sainte-Marie de  Chambéry.  Monastère de la Visitation.  1937

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27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 07:14

INÉVITABLE ALTERNATIVE, LA VIE ou LA MORT…

Toutes les âmes chrétiennes se divisent en deux classes :

les âmes mortes... par le péché mortel ;

les âmes vivantes... par la grâce sanctifiante.

Les âmes mortes sont des transfuges, qui ont changé d'allégeance. En quittant délibérément le plan du ciel où les avait haussées la grâce du baptême, elles se sont installées, au moins tempo­rairement et malgré tous les risques que cela implique, sur le plan de l'enfer.

L'état du péché, dit saint Thomas, est propre­ment un état de mort. De là vient qu'il est appelé mortel, parce qu'il éteint et fait mourir pour ainsi dire la vie divine dans l'âme.

La rupture d'avec Dieu porte tous les caractères d'une trahison de l'amitié, d'un divorce. Saint Paul, qui n'a pas peur des mots, l'appelle un adul­tère. Cette infamie se double d'un suicide spirituel.

Âmes ruinées !... qui se sont sabordées elles-mêmes. Sans souci d'aucun choix, elles se sont gorgées de plaisirs de moins en moins avouables. Dégradées, auprès de Dieu, de tout mérite, elles ne savent plus ce qu'elles sont venues faire sur la terre. Si encore elles étaient tourmentées par l'in­satisfaction d'elles-mêmes, leur impuissance à s'ac­cepter telles qu'elles sont les débarrasserait de leurs écœurements et les ramènerait tôt à la con­dition des meilleurs jours. « N'être plus à Dieu, n'être plus pour Dieu, n'être plus avec Dieu ni en Dieu, c'est, dit saint Augustin, être pire que de cesser absolument d'exister. »

Âmes dissociées de Dieu !... Lui seul, hier en­core, résumait leur vie. Peu à peu, elles en sont venues à chercher autre chose. Elles se sont désha­bituées de travailler dans et pour son amour. Un vide s'est alors creusé en elles. Seulement, ce n'est plus Dieu qui vient le remplir. Ce qui est pire, elles ne trouvent pas anormale leur situation. Leur sort est bien volontaire, car nul n'est jamais contraint de pécher.

Âmes résignées à se passer de Dieu !... apparemment satisfaites, même si elles languissent dans une lamentable disette. Leur obnubilation est telle qu'elles ne discernent plus le sens de la vie. Logis dépeuplés et vides, elles laissent passer la sainteté et le salut devant leurs portes closes. Depuis que Dieu a été sommé de s'en aller, il n'y reste qu'un mélange de mésestime pour ce qui est du ciel, de passion pour ce qui est de la terre, d'indifférence pour ce qui semble neutre. Elles en arrivent à ne pas éprouver la souffrance plus ou moins consciente d'être seules.

Âmes détournées de Dieu !... et du ciel par surcroît. Après avoir perdu la grâce sans peine, peut-être se fixent-elles dans la disgrâce sans re­mords. Sans remords ? En apparence seulement. On a beau être un misérable et un coquin, on ne peut empêcher la conscience de réclamer. Mais, pour ne pas entendre ses protestations, elles essaient d'étouffer sa voix vengeresse. Au lieu de s'abandonner à Dieu, elles abandonnent Dieu. Heureuses encore si elles ne poussent pas l'infidé­lité jusqu'à se faire une gloire de leur criminel assoupissement !

Ames tournées contre Dieu !... acharnées après Lui, rebelles à sa loi. Non seulement sans-Dieu, mais anti-Dieu ! Sinistre besogne, tout de même, que de s'attaquer rageusement à celui qui, miséri-cordieusement, veut les sauver comme malgré elles. Seul un mal de folie peut engendrer une perversion pareille. Folie de passion, folie de jouissance, folie d'autre chose, mais folie tou­jours !

Cet état est la négation du christianisme-doctrine et le mépris du christianisme-vie,

Les âmes vivantes appartiennent déjà au royaume de Dieu, à la lignée des élus. Le ciel est commencé en elles. Nôtre-Seigneur dit : « Celui qui m'aime a la vie éternelle. » Il ne dit pas qu'il l'aura plus tard ; il affirme que, dès maintenant, elle est en lui. En effet, la grâce sanctifiante est le germe de la gloire.

Nanties de la vie de Dieu, ces âmes croient en son amour, elles espèrent en ses promesses, elles acceptent fidèlement ses volontés. « Tout ce qui est fait avec Dieu et pour Dieu, dit saint Augustin, porte le caractère de la vie de Dieu. » Apanage opulent qui vaut au bénéficiaire un riche patri­moine et lui donne comme une première prise de possession des joies célestes. Trésor inestimable, le seul vraiment digne de ce nom. Le reste n'est que chimère et mirage.

Prudentes d'une prudence surnaturelle, ces âmes vivent de façon à ne devoir jamais rougir d'une seule de leurs actions. Elles usent des biens de ce monde comme de talents que Dieu leur a confiés et leur demande de faire fructifier, afin d'être meilleures et plus utiles.

Il leur en coûte parfois de suivre la ligne droite. Mais, convaincues qu'on ne possède jamais assez Dieu et que lui, de son côté, a toujours quelque chose à donner, elles laissent aux impru­dentes la poursuite immodérée du périssable, n'en prenant pour elles-mêmes que ce qui leur est né­cessaire ou utile, et encore en vue des biens supé­rieurs du ciel.

Suprême sagesse !

En effet, que resterait-il de l'argent acquis mal­honnêtement ; voire d'une fortune accumulée se­lon les lois de la justice, mais recherchée pour elle-même jusqu'à l'idolâtrie et dissipée dans l'ou­bli de Dieu ?

Que resterait-il des succès et honneurs convoi­tés avec une avidité poussée jusqu'au mépris du seul honneur vraiment enviable, celui de l'inté­grité chrétienne, et jusqu'au sacrifice de l'unique succès inamissible, celui de la gloire éternelle ?

Que resterait-il de tous les plaisirs malsains qui étouffent lentement l'âme, la tiennent en escla­vage et compromettent sa destinée ?

De tout cela, il resterait, outre la culpabilité, le remords... tardif peut-être mais certain, si même il ne devient pas éternel.

Que sert à l'homme de vivre en mort s'il meurt sans avoir véritablement vécu ?

Les âmes vivantes ont entendu ces mises en garde.

À la différence des âmes mortes, elles en ont tenu compte.

Qu'on travaille à l'atelier ou aux champs, au comptoir ou à l'usine, au foyer ou au collège, il n'y a en définitive que deux besognes : la bonne et la mauvaise. Pas de troisième terme possible !

De même, qu'on soit médecin ou cultivateur, marchand ou cordonnier, professeur ou étudiant, il n'y a que deux catégories de gens : les bons et les mauvais, les vivants et les morts. On est pour Dieu ou contre Dieu. « Qui n'est pas avec moi, dit Jésus, est contre moi ; qui n'amasse pas avec moi, - dissipe. »

De par la force des choses, on communie à celui que l'on entend servir, on vibre aux mêmes coups d'archet. « Là où est votre trésor, là est aussi votre cœur. »

La vie est une communion au Christ ou à Satan, un apostolat du bien ou un apostolat du mal, une ruée vers les sommets ou une culbute dans les bas-fonds.

Il y a du tragique dans la vie. On ne peut se désolidariser d'avec elle, ni se séparer des actes qui en composent la trame. On est comme on vit, on vit comme on est. Tout, le bien et le mal, est marqué au coin de l'éternité. Chaque action reçoit une frappe qui la catalogue dans l'ordre moral. Chaque personne se donne à elle-même une empreinte qui la classifie.

Combien, qui auront travaillé ensemble ici-bas, vécu dans les mêmes cadres, consenti aux mêmes sacrifices, seront surpris de découvrir que, sur le même chantier et au coût des mêmes efforts, ils ont servi des maîtres différents et que, tout en suivant apparemment la même route, leurs voies n'étaient pas identiques !

Vous qui lisez ces lignes, arrêtez-vous quelques instants, descendez dans votre conscience et de­mandez-vous :

Mon âme est-elle vivante ?... ou morte ?

Est-elle en grâce avec Dieu ?... ou en dis­grâce avec lui ?

Est-elle en amitié avec Dieu ?... ou en ini­mitié avec lui ?

Ai-je gardé la vie surnaturelle reçue au bap­tême ?... ou l'ai-je dilapidée ?

Votre existence comporte-t-elle alternativement des intervalles d'état de grâce et des intervalles d'état de péché mortel ?

Pensez-y sérieusement ! Car vous ne pouvez plus prolonger l'hypocrisie de tenir périodique­ment deux attitudes opposées. Il faut faire en vous l'unité. Cette vie à éclipses pourrait bien n'être en réalité qu'une mort consommée dans l'insincérité et l'abus des grâces.

Prenez garde ! Ceux qui se rassasient des mets les plus vils s'intoxiquent vite. Le monde est dur pour ses clients. Ses taxes pèsent lourdement. Ses plaisirs coûtent cher. Ils vident le cœur, ruinent la vie et compromettent l'éternité. « Le monde, dit Victor Cherbuliez, est à la fois un grand tentateur et un austère moraliste. Il veut qu'on se donne à lui, et il méprise ceux qui se donnent. Il leur prend leur vertu, et leur reproche de l'avoir per­due. »,

Il arrive un temps où le mal, si avilissant soit-il, ne fait plus rougir. Il devient même à la mode. Une fois pris dans l'engrenage des concessions et des défaites, l'on peut aller très loin. La triste histoire de certaines âmes prouve qu'il en va ainsi. Accepter cette régression, de déchéance en dé­chéance, quelle abomination !

Il est si facile de s'aveugler, de chloroformer sa conscience, de perdre pied en un moment de ver­tige et de rouler au fond de l'abîme !

Ah ! Si les contaminés étaient une minime exception, avec quel soin il faudrait entretenir la conspiration du silence ! Mais nous n'ignorons pas qu'il devient de plus en plus grand le nombre de ceux qui, par une série de coups de passions et de trahisons tranquilles, se jettent dans le filet. Leurs mauvaises habitudes s'affermissent et deviennent tyranniques. Chaque capitulation amoindrit leur défense. Le corps, violenté par les sourdes pulsa­tions de l'instinct, entraîne l'âme et la fait som­brer.

C'est donc avec la plus grande pitié que nous devons parler de ces âmes envahies par les dé­mons du péché mortel. C'est avec la plus grande miséricorde que nous devons nous pencher sur elles pour les redonner au Christ et ainsi leur rendre, avec la joie de vivre, la possibilité de tendre vers le Ciel.

À moins d'être un de ces pécheurs insolents qui, connaissant Dieu par la foi, font profession de le renier jusqu'au bout par leurs œuvres, per­sonne ne traîne longtemps ce boulet de galérien qu'est la faute mortelle sans pleurer intérieu­rement au souvenir des années vécues dans la sainte liberté des enfants de Dieu. Impossible de garder un cœur endurci dans le mal, de ne découvrir en soi que stérilité ou profanation, et ne pas éprouver la nostalgie de la grâce.

Le pécheur connaît le plaisir, il ne connaît pas la joie. Car la joie, c'est surtout la paix, la paix épanouie qui dilate l'âme. Or, la paix n'habite pas dans le cœur du coupable.

La résignation à la maladie, à la pauvreté, à l'isolement du cœur, à l'insuccès et au deuil, devient source de sérénité et de mérite. En face de ces épreuves, on peut se faire une âme supé­rieure pour qui le péché est le seul mal et la perte de la grâce est la seule calamité.

Mais !... avoir trahi Dieu d'une trahison réfractaire au repentir, ne laisse au fond de soi qu'un mélange de dépit et de tristesse. Il y aurait de quoi faire bien des heureux avec tout le bon­heur gaspillé par le péché.

L'indignation ne convient pas ici, c'est la pitié qu'il faut.

Oui, plaignons celui qui ne recherche que les faux plaisirs pour remplir son cœur, ou plutôt pour le vider !

Lorsqu'en voyant la longue série de ses abdi­cations et de ses chutes, il se rappelle les émotions à la fois si douces et si profondes autrefois éprouvées dans ses contacts avec Dieu, le renégat n'échappe pas au supplice d'un regret particuliè­rement amer : celui d'avoir troqué la vie divine contre quelques satisfactions désenchanteresses.

Il ne peut plus rentrer dans son âme sans rougir de lui-même. Le champ de sa conscience est encombré par un tel mélange de dégoût et de honte, qu'il ne sait plus comment exorciser ses angoisses. Il mesure alors toute la distance qu'il y a entre un chrétien diminué, amoindri, presque déchristianisé, et un chrétien qui a atteint sa me­sure.

La faim de son cœur le torture. Les reproches de sa conscience l’étouffent. Que de journées il voudrait avoir vécues autrement ! Que d'actions il aimerait n'avoir jamais commises ! Que d'au­tres il souhaiterait avoir faites !

Peut-être faut-il que ce tourment traverse son âme pour qu'il sente le vide affreux qu'y a creusé la perte de Dieu.

Tel est l'inexorable partage réservé à celui qui, après avoir tué la vie divine en lui-même, refuserait les faciles moyens de la ressusciter.

Quelle inconséquence !... avoir reçu inconsciem­ment la grâce sanctifiante, et la répudier consciem­ment.

Quelle aberration !... renoncer à l'eurythmie entre son cœur miséreux et le Cœur miséricor­dieux de Jésus.

Quelle désolation !... être réduit à pleurer sur la disproportion entre le vivant qu'on devait être et le mort qu'on a été.

Dieu nous a donné tout ce qu'il faut pour être grands. Encore importe-t-il de ne pas laisser se perdre les éléments de grandeur que nous tenons de lui.

Si nous ne nous élevons pas, nous nous rava­lons.

Si nous ne nous faisons pas bons, nous devenons mauvais.

Vertus et vices ne demandent qu'à croître, mais ne peuvent se développer ensemble.

Empêcher le mal d'étouffer le bien ou étouffer le bien en se livrant au mal, il n'y a pas de milieu. « Quoi que nous fassions, nous serons toujours en guerre : ou bien, pour avoir la paix avec Dieu, nous lutterons contre nos penchants ; ou bien, pour avoir la paix avec nos penchants, nous com­battrons contre Dieu. » Mgr d'Hulst, — Retraite de Notre-Dame de Paris, 1891

Nous serons vainqueurs dans la vertu, ou vain­cus par le vice.

Ne pas lutter pour vivre, c'est consentir à mourir.

Le jugement de Dieu remettra les choses au point. Toute dette devra être payée, dit l'Évan­gile, jusqu'au dernier centime. Terrifiante perspec­tive pour qui a le cœur d'y penser !

Posons donc clairement le problème : VIE ou MORT, voilà le dilemme, l'inévitable alterna­tive.

Entre ces incompatibles, il faut choisir :

— prudemment... c'est-à-dire, face à Dieu, à la vie, à l'éternité ;

— immédiatement...   c'est-à-dire,   sans  retard ;

— définitivement... c'est-à-dire, pour toujours !

Extrait de : L’ÉTAT DE GRACE.  Marie-Antoine Roy. O. f. m. (Fides 1945)

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 16:57

LA VIE DE L'ESPRIT…

L'ASCENSION DE VOTRE AME

Ils sont nombreux, les parents et les maîtres qui disent : « Je perds mon temps avec mes enfants. Je leur redis dix fois la même chose. Ils ne font pas attention. C'est navrant. »

On peut en dire autant de beaucoup de gran­des personnes. Elles ne savent plus réfléchir. Elles se ferment de plus en plus à la vie de l'esprit, faute d'attention. Elles entendent, elles n'écoutent pas. Elles voient, elles ne regardent pas. Elles lisent, mais ne suivent pas et ne re­tiennent pas. Elles ont une tâche et ne s'y don­nent pas avec ferveur. Tout est fait à moitié.

Le monde devient de plus en plus distrait, léger, superficiel. Il n'a plus le culte des idées et des gestes nobles. Il n'a plus de profondeur dans les sentiments. Il n'aime pas se dévouer. Il est mesquin, égoïste, enlaidi par ses instincts. Il mange, il boit, il travaille comme un esclave... Il a soif de jouir... C'est la vie insigni­fiante et sans vraie joie. Il a perdu l'habitude de « penser » et de profiter des richesses spirituelles que lui offrent constamment le specta­cle de la vie, le commerce des gens et des cho­ses, les beaux exemples, les saines lectures...

Interrogez une personne qui vient de lire un beau livre; dites-lui : « Vous avez suivi la thèse, est-elle juste ? Et les développements, sont-ils convaincants ?... Qu'est-ce qui vous a le plus frappée ?... Il y avait des idées élevées, les avez-vous remarquées, retenues, consignées pour garder leur lumière ? »

Vous verrez ce qu'on vous répondra. On lit peu aujourd'hui et on lit mal,  vite, pour voir la fin. L'intelli­gence ne profite pas... L'âme ne s'élève pas...

Interrogez un croyant, quand il sort de la messe le dimanche. Dans son missel vénérable, chargé de pensées pratiques et célestes, il y avait de vrais trésors. (Réflexions de 1946) Il pouvait puiser du courage pour toute la semaine, prendre un bain de lumière et de pureté pour son esprit. Et qu'emporte-t-il de son contact avec la vérité ? S'il est sincère, il vous dira qu'il a lu superficiellement l'épître et l'évangile, qu'il n'a rien remarqué dans les sublimes prières qu'il a eues sous les yeux. Ce chrétien n'a pas fait agir son intelli­gence. Il sort du temple comme il y est entré. Et c'est extrêmement triste.

Un prêtre monte en chaire. Il a demandé à Dieu ce qu'il devait dire à ses frères pour sou­tenir leur foi, pour les faire avancer sur le che­min de leur splendide destinée. Il a essayé d'ou­vrir un horizon, de relever et d'agrandir les esprits. Le fidèle le regarde, l'écoute. Et puis, oui et puis, que reste-t-il de cette parole sainte, dont le Christ lui demandera des comp­tes un jour ? L'office achevé, le fidèle rentre à la maison. Il est repris par la vie, par les nou­velles... et celles-ci ont vite fait d'étouffer le « germe divin ». Résultat : aucun progrès moral.

Oui, c'est ainsi, hélas! On devrait recueillir avidement  « une pensée divine » comme on recueille un peu de nourriture. L'idée, c'est du pain pour l'esprit... Chaque jour, on devrait lire un instant.

Sans la lecture méditée, pas de vie profonde, pas d'élan vers le bien,  pas de dévouement,  pas de force pour le devoir. Au fond, si les âmes aujourd'hui sont abattues et sans élan, c'est parce qu'elles ne se remettent pas sans cesse en face de leur idéal, parce qu'elles ne vont pas chercher avidement un peu de force morale dans un bon livre, dans un article sérieux. On ne vit pas par l'esprit.

Un jour, dans une conférence donnée à des jeunes filles sérieuses, on avait dit ceci : « Cha­que jour, exercez votre intelligence sur le mi­lieu que vous fréquentez, observez l'attitude des gens, écoutez ce qu'on dit, entrez dans les mentalités, guettez le beau geste, la souffrance qui passent devant vous. Cela vous stimulera pour l'action. » On avait été plus loin, on avait dit : « Ouvrez un ouvrage sérieux, lisez lente­ment, une oraison funèbre de Bossuet. Re­prenez vos beaux livres d'étude, penchez-vous quelques instants sur une « vie » pure : celle du Christ, des héros et des saints. Lisez peu, mais essayez de comprendre, goûtez, et surtout notez une pensée originale, une seule. Faites-en la ma­tière d'une prière et d'une résolution. » Oui, un jour on avait ouvert ces horizons à des jeu­nes filles...

Quelques-unes, comprenant la portée du con­seil, avaient fait des glanes spirituelles. Plu­sieurs n'en avaient pas trouvé le temps, ou n'en avaient pas eu le courage et, pour ne pas être forcées d'avouer leur excessive timi­dité, elles avaient manqué la réunion suivante où chacune avait à dire tout haut « la pensée retenue et comprise »...

C'est un petit fait qui montre jusqu'à quel point notre société a perdu l'habitude de la ré­flexion. Et c'est pour cela que les âmes végè­tent et sont emportées par la frivolité am­biante. Même la foi, cette lumière divine et précieuse, n'est qu'une « routine ». Elle n'est pas vécue, parce qu'elle n'est pas étudiée et comprise. Le fidèle assiste à un office sans sa­voir ce qui s'y passe. Il ne cherche même pas à s'informer. Il écoute vaguement, et ne re­tient rien. Il a hâte de sortir. C'est inimagi­nable...

On ne connaît plus les joies supérieures de la pensée !

Que faire pour donner de la puissance à votre intelligence, augmenter votre valeur et votre influence?

D'abord, soyez toujours calme, très calme. Posez avidement votre regard et votre intelli­gence sur le devoir, les êtres, les choses, les évé­nements qui passent devant vous. Puisez, pui­sez en eux. Regardez bien le « film humain » qui se déroule sous vos yeux. Il est instructif, éducateur. Il porte des drames, des souffrances que vous pourriez peut-être soulager, des leçons qui pourraient vous instruire. Vous entendez une conversation, une prédica­tion, vous lisez une revue, une prière, un chapi­tre de l'Imitation de Jésus-Christ, soyez atten­tif, faites un effort pour sortir de vous et sai­sir la vérité qui s'offre... faites-vous violence. C'est ainsi que vous sortirez de la vie instinc­tive et animale pour entrer dans les pures ré­gions de la pensée.

Enfin, le soir, repassez votre journée ; re­voyez les minutes enrichissantes, glanez les épis d'or, les expériences et les vérités acqui­ses, les heureux contacts, les joies reçues et bénissez le ciel.

Des lumières vous ont été données, consignez-les sur votre carnet personnel. Vous les reli­rez plus tard. Au besoin, faites votre journal. Auscultez votre conscience. Jugez-vous simple­ment; regardez vos défaillances, cherchez-en la cause; mettez de l'ordre dans votre monde inté­rieur, comme vous savez en mettre dans vos affaires ou dans votre maison.

Vous ne pouvez pas savoir le bien que vous ferait ce petit travail spirituel. Au début, ce sera un peu difficile. Vous serez tenté de vivre superficiellement, sans contrôle. Mais, si au lieu d'être le papillon qui vole et n'amasse rien, vous cherchez à devenir l'abeille qui se pose sur les fleurs et fait son miel, lentement votre intel­ligence se cultivera, votre personnalité se dessi­nera. Dans ce monde insouciant et rempli de ténèbres, vous deviendrez « l'étoile » vers la­quelle on jettera les yeux pour s'orienter.

J'ai eu, il n'y a pas longtemps, une vraie sur­prise.

Je suis entré, en passant, dans un foyer dont la porte m'est toujours ouverte. C'était le Soir. Pendant que la maman préparait le dîner, le père, qui venait de faire sa visite habituelle à l'église, tenait dans ses mains un livre. « Vous ne devineriez pas ce que je lis, s'écria-t-il. Je suis plongé dans les « Oraisons funèbres » de Bossuet. C'est un vrai régal pour ma foi. Et puis, cette lecture me fait oublier les mesquine­ries de la journée. C'est tellement réconfor­tant... que je me demande pourquoi on délaisse ainsi « les chefs-d'œuvre spirituels » que sont nos classiques. Aujourd'hui, on ne se pas­sionne que pour l'argent, le cinéma et les ro­mans ineptes. C'est lamentable. Les « meilleurs » parmi nos amis perdent le goût des cho­ses élevées. Ils devraient avoir sous la main les bons auteurs et les fréquenter souvent. C'est si vite fait d'ouvrir au hasard et de se pencher sur un passage des œuvres de: Corneille, Ra­cine, Bossuet, Molière, Lamartine, Victor Hugo et de tant d'autres auteurs anciens et modernes. On a déjà lu cela autrefois; on n'a pas compris. L'expérience ouvre les yeux et fait apprécier des « Pensées » qui nous avaient échappé et que la vie nous fait goûter. Tenez ! Ma fille est deve­nue  plus  sérieuse  et  plus  profonde depuis qu'elle va à vos Cercles d'études. Elle  suit attentivement les conférences que font très sou­vent ses compagnes. Elle a admiré tout ce qui a été dit l'an dernier sur : l'art, la littérature, la préparation à la vie, au mariage, la vie spiri­tuelle. Elle m'a raconté les conférences faites sur : Fra Angélico, St François d'Assise, Lacordaire, l'Art religieux aux premiers siècles, la duchesse d'Alençon, l'Aiglon, le Sens de la mort, une Petite Sœur, etc. Elle n'a pas encore osé parler en public; elle est timide; mais je la vois qui médite de bons livres. Je l'ai même surprise faisant « son Journal ». Elle m'a fixé en s'écriant : « Cela m'a aidée à mieux con­naître mon âme et m'a donné le désir de la cultiver à tous les points de vue. Nous, femmes, nous ne sommes pas assez  à la  hauteur, des grandes taches de demain. Le désir de plaire nous domine et non celui de « valoir ». Le ver­nis mondain remplace la vraie culture. Nous nous illusionnons sur nos capacités. La paresse d'esprit nous tyrannise. » J'aime entendre ce langage  de mon enfant.  Aussi,  l'autre jour, quand, dans votre salle, elle a joué son rôle dans la pièce Le Rosaire, j'admirais comme elle « sentait » ce qu'elle  disait.  Son  esprit  s'est éveillé au culte des belles choses, comme au culte de sa Foi, qui maintenant est enracinée en elle. »

Et, pendant que le père me parlait ainsi, je regardais la jeune fille. Elle était là, au coin du feu; elle avait devant elle, sur la table, un livre. « C'est donc si intéressant ? » lui dis-je. Toujours hantée par le désir de s'affiner, elle s'était procuré un recueil des ouvrages des meilleurs auteurs français et étrangers, et pres­que chaque soir, après avoir glané quelques pensées dans la vie de Ste Thérèse d'Avila, elle s'imposait de lire quelques passages. Il y avait, dans son livre, des « Extraits » de tous les chefs-d'œuvre de la Littérature étrangère : italienne, espagnole, anglaise, etc.

« Et je prends des notes, me dit-elle avec un fin sourire! Vous nous l'avez tant demandé. Au commencement, je ne saisissais pas votre insis­tance. Je la comprends maintenant. Une pen­sée profonde, c'est un trésor. »

Enfin, elle me prêta son « Journal ». Il y avait là, à côté des sermons soigneusement recueillis, des méditations évangéliques et des im­pressions personnelles, quelques passages admirables de « la Divine Comédie » de Dante... du théâtre de Shakespeare... du « Paradis perdu » de Milton... Puis, sa plume ardente avait glané des vers de Lamartine, de Victor Hugo, des idées renfermées dans « l'Anthologie de la Renaissance catholique ».

Je rentrai chez moi, heureux. J'avais vu un foyer où l'on ne vivait pas seulement d'un jour­nal de modes, d'un hebdomadaire quelconque, ou de quelques pâles romans.

Mais il ne suffit pas d'avoir un idéal, il faut l'actualiser pour avoir une vraie « vie de l'es­prit ». Et cela suppose une « volonté » géné­reuse. Croyez que ce n'est pas sans raison que Dieu vous donne des « Idées ». Il veut se ser­vir de vous pour la réalisation d'un sublime dessein. Il faut en être fier et vous en rendre digne. Il y a de l'héroïsme en germe dans l'âme humaine.   Faites   naître   cet   héroïsme. Vous avez mille occasions qui s'offrent. Saisissez-les. Faites bien ce que vous faites. Donnez-vous à fond au devoir qui se présente. Enrichissez-vous par l'effort, faites profit de tout,   accueillez joyeusement la plus petite souffrance :   « Mon Dieu,  vous  m'appelez,  me  voici,  je   suis  à vous ».  Est-ce clair ?

Nous sommes jetés dans un monde sceptique, jouisseur et malheureux. Vous, soyez « jeune » par un élan continuel vers les humbles tâches que Dieu Lui-même vous présente, et qui sont des occasions de mérite, de joie éternelle. Ce point est capital. Si vous n'y prêtez pas atten­tion, vous ne serez qu'une « médiocrité ». Et nos cités, hélas fourmillent de « médiocrités », même dorées et honorées. Ne reculez pas devant une occasion de dévouement, de lutte. Ne dites jamais :   « Cela me dépasse ».   Dépassez cela. Vous le pouvez, vous le devez. Vos « Voix » vous appellent.  Il faut  les  suivre coûte  que coûte. Soyez heureux quand   « l'obstacle »  se présente et même quand vous êtes « blessé ». C'est une gloire. Demandez au Christ « une goutte de son Sang » pour vous guérir. Puis, retournez au combat, « car la vie est un combat ». Vous voulez trop qu'elle soit une jouissance et un repos. « Le temps est venu des sacrifices pleins, des holocaustes sans réserve ». Nous ne valons rien si nous ne savons pas batailler, batailler sous le grand soleil de Dieu.

On ne fait rien sans un grand amour. Cet amour, Dieu vous le donne. C'est une source qui coule au fond de votre cœur. Comme Jean, le disciple préféré, appuyez-vous de temps en temps sur le Cœur du Christ. Il vit en vous. Cette vérité fondamentale, vous ne l'avez ja­mais étudiée, vécue. Vous n'avez pas de con­tact avec votre Sauveur. Vous allez comme un solitaire, et vous êtes conduit, porté par Lui, le bon Pasteur. Vous vous approchez de l'autel, mais vous ne voyez que l'Hostie, vous ne cher­chez pas sous son ombre le grand Vivant qui vous a aimé plus que Lui-même. Il vous ac­compagne partout. Il vous tend la main, mais cette main vous ne la saisissez pas. Il vous dit « Mon fils bien-aimé »... et sa Voix n'a pas d'écho. Là encore, vous n'avez jamais réalisé la tendresse infinie qui vous est offerte par l'Ami éternel,

Vous ne savez pas dire et redire par volonté : « Père, ô mon Père, vous m'aimez indiciblement, tel que je suis. Vous êtes venu sur terre pour moi, pauvre pécheur. Vous voulez me gué­rir, me porter, m'améliorer, changer mon âme nonchalante et molle, la dilater par votre pré­sence, la rendre capable de transmettre aux aveugles quelques lignes du message divin. Vous voulez me donner l'énergie qui fait les vail­lants, l'humilité qui fait les grands, la lumière qui fait entrer plus avant dans vos mystères sublimes. Vous me voulez franc et simple, ar­dent et calme, vous désirez que je sois votre vrai fils né de votre âme et de votre sang. Prenez-moi, ô mon Dieu, je me donne. Je sais qu'il y a une plaie incurable dans le cœur de ceux qui s'éloignent de vous. »

Et quand vous aurez parlé ainsi, dites-vous bien que des heures sombres viendront. Le mal vous attirera. Il y a de tels replis mauvais dans le cœur humain. Il est si facile de tomber quand on monte degré par degré les marches qui con­duisent vers l'Être infiniment pur. Les Saints ont eu, comme vous, de terribles tentations. Attendez-vous à des orages intérieurs. Votre barque sera agitée, elle touchera des écueils. Soyez calme, patient. N'oubliez pas que le Christ veille. Il est à vous, surtout quand tout va mal. Il n'est pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs. Toute sa sollicitude s'en va vers la brebis perdue dans les épines. Et vous savez ce que cela veut dire « les épines »... puisque vous les rencontrez à chaque instant. Même les fausses joies dû siècle en sont pleines.

C'est pour vous soigner que le Fils de Dieu est venu sur la terre. C'est le grand événement de l'histoire. Il y revient tous les jours, sur les autels près desquels les hommes s'agenouillent en tremblant de bonheur. Il sait les conso­ler, les fortifier. Il leur redit ses paroles par son Eglise, par ses prêtres.

Et sa parole est si haute qu'elle ravit les foules.

Le monde revient à Lui.

Il vit un peu plus par l'esprit.   AMEN.

Extrait de : L’Ascension de votre âme. Abbé P. Marc. (1946)

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 07:49

LE RESPECT HUMAIN ce n’est rien…

Le sentiment le plus bizarre qu'un être quelconque puisse éprouver, c'est le mépris du bien et le respect du mal. Ce sentiment existe ; on lui a donné un nom absurde comme la chose, un nom fou, qui ne signifie rien, et qui a raison de ne rien signifier, puisqu'il exprime le néant : ce nom, c'est le « respect humain ».

Chose admirable ! Depuis que le bon sens est troublé dans son fond, et menacé dans ses ruines, les langues humaines contiennent d'effrayantes absurdités. Le sen­timent dont je parle, parce qu'il est le contre bon sens le plus radical que la pensée de Satan puisse concevoir, a nécessité une expression folle, qui ne peut signifier quelque chose que dans une maison d'aliénés.

Je me figure souvent un génie voyageur, un être, supérieur à l'homme et ignorant de l'homme, à qui je serais chargé d'apprendre ce qui se passe sur la terre. Je me figure un esprit qui viendrait du ciel et ferait con­naissance avec ce bas monde ; je le vois tombant, quand je lui dirais les choses qui nous paraissent simples, dans des extases de stupéfaction.

« — Vous savez mieux que moi, lui dirais-je, ce que c'est que le vrai, ce que c'est que le beau. J'en sais pourtant assez pour savoir que, si j'en savais davantage, je mourrais d'admiration. Je fondrais, comme la cire devant l'essence du feu ; et c'est pourquoi je ne vois pas encore tout ce que je verrai un jour... Mais voici, O mon maître et mon élève ! Ce que vous ne savez pas, et ce que je vous apprends.

« Celui qui Est, celai dont le Nom ne sa prononce qu'en adorant, celui devant qui les séraphins voilés et timides battent à peine des ailes tremblantes, devinez le sentiment que beaucoup d'hommes éprouvent en face de lui. Devinez ! Vous pensez à la crainte, vous pensez à l'amour. Vous ne devinez pas. O mon maître et mon élève ! En face du Dieu de gloire, ils éprouvent la honte. »

 Il me ferait répéter, l'Archange voyageur ; il ne com­prendrait pas ; il me dirait :

« — Lequel de nous deux devient fou ?» Je m'épui­serais en explications. Je lui dirais :

« — Oui, Monseigneur, les hommes sont fiers d'igno­rer le Vrai, l'Être, le Beau ; ils le méprisent et sont fiers de leur mépris. Si quelqu'un préfère cet infini que j'at­tends, cet infini dont vous êtes imprégné et ruisselant, si quelqu'un le préfère à un tas d'ordures, on lui dit : Cachez-vous, n'avouez pas votre préférence, car nous allons nous moquer de vous.

« Quant à ceux qui ont préféré le tas d'ordures, ils ne se bornent pas à s'y vautrer, ce qui serait explicable, mais ils s'y vautrent fièrement, et méprisent, en piéti­nant dans la boue, en cherchant la ressemblance des singes, ceux qui cherchent, sur la montagne, la res­semblance de Dieu. On a même inventé qu'il était beau de s'écarter du vrai. Vous ne comprenez pas, Monsei­gneur, ni moi non plus. On a inventé que les vices, les crimes, dont nous ne pourrions supporter la forme idéale, si elle nous apparaissait, sans mourir, foudroyés d'horreur, étaient beaux ; et la conformité royale et splendide de l'âme créée avec l'Être de Dieu, cet encens qui monte au trône de Dieu, plus pur et plus tort que celui des rosés de la terre, ça diamant du ciel qui est feu et parfum, les hommes se sont dit entre eux que ces choses étaient petites, mesquines, laides, et que ceux qui avaient l'esprit assez bas pour les préférer aux adul­tères glorieux que les romans divinisent, devaient au moins se cacher. »

Je parlerais longtemps, et plus serait intelligent mon céleste interlocuteur, et moins il comprendrait, car l'in­telligence comprend l'Être et l'inintelligence comprend le Néant. C'est en touchant à la science du mal que l'homme a désappris tout ce qu'il a désappris, le jour où Satan l'a trompé. L'inintelligence comprend le Néant... Ce dernier mot donne la clef des choses de ce monde ; il explique les réputations humaines. Beaucoup d'hommes seront trop bas pour le comprendre encore ; d'autres hommes, de niveau avec lui, le comprendront déjà.

Mais peut-être le génie voyageur, étant au-dessus de lui, ne le comprendrait plus. Et moi qui ai tant souf­fert dans ma vie de voir les choses de l'intelligence n'être pas comprises par des êtres trop au-dessous d'elles, je jouirais de voir les choses de l'inintelligence n'être pas comprises par un être trop au-dessus d'elles. Et si j'arrivais à prononcer devant lui le nom de cette chose qui n'en devrait pas avoir, si je disais : « Les hommes appellent respect cet inexplicable et universel mépris de tout ce qui est, » la conversation finirait sans doute, Je verrais l'Esprit voyageur déployer ses ailes de diamant, légères et brûlantes; fatigué de l'absurde, il s'en­volerait pour se reposer ; croyant à une plaisanterie dont je m'obstinerais à lui refuser le mot, il irait chercher, dans les régions supérieures, des choses claires, des choses simples, des choses intelligibles...

Extrait de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 07:50

Le mauvais riche, qui est-il ?

Il y avait, dit Jésus-Christ, «un homme riche qui était vêtu de pourpre et de lin, et qui se traitait splendidement tous les jours. » Cet homme riche n'est point accusé d'avoir dérobé les biens dont il jouit, il n'est point accusé d'avoir transgressé les prescriptions formelles de la loi ; il jouit de ses richesses, de son luxe : « Il se revêtait de pourpre et de lin et se traitait magnifiquement tous les jours. » Il ne refusait rien à sa convoitise et vivait dans ce profond et indolent égoïsme dont nous voyons tant d'exemples autour de nous. L'oubli des souffrances du pauvre est donc son vrai crime.

« Il y avait aussi un pauvre nommé Lazare, étendu à sa porte, tout couvert d'ulcères, lequel désirait se nourrir des miettes qui tombaient de la table du riche, et personne ne lui en donnait et les chiens venait lécher ses plaies. »

O divin Jésus, vous qui vous laissâtes mener à la mort en silence, avec quelles paroles énergiques vous décrivez les souffrances de Lazare, et comme on voit que vous regrettez du fond des entrailles les maux qu'en­durent vos créatures malheureuses !  Vous ne reprochez rien à ce riche que sa parure et sa table, dont le soin lui fait ou­blier Lazare, mourant de faim. Oh! Empêchez, par votre grâce, que les richesses ne gâtent ainsi mon cœur. Je vous  demande de me les enlever, de me faire pauvre moi-même, si elles doivent me faire tomber dans une si criminelle insensibilité. Oui, Seigneur, vous me les faites voir sous leur vrai jour, ces richesses séduisantes et dangereuses, qui nous en­dorment dans la mollesse et nous rendent, à force de sensua­lité, si dures aux maux que souffrent nos frères. Il est facile aux riches de se sauver par l'aumône, mais ils ne pensent pas à la faire ; la fortune mondaine aveugle l'intelligence et endurcit le cœur ; on fuit ces spectacles touchants et tristes qui blesseraient des yeux trop délicats, et on finit, au milieu de l'or et des fleurs, par oublier qu'il y a des pauvres en ce mon­de.

Le luxe est le mal de notre siècle ; chacun le répète et presque personne n'en est persuadé. Pour moi, ai-je, en pratique, de l’aversion pour le luxe ? Ce mot dangereux : « Il faut faire

comme les autres, » ne m'a-t-il pas entraînée à des dépenses au-dessus de ma position, à des dépenses inutiles, superflues, pure satisfaction donnée à la vanité ?... N'aimé-je pas les bi­joux, la toilette, les petits meubles inutiles ? Ne fais-je pas dépenser à mes parents des sommes considérables pour mes fantaisies ? Ces fantaisies ne sont pas innocentes, car le goût du luxe amène toujours l'endurcissement du cœur...

Poursuivons le récit évangélique. « Ce pauvre, continue Jésus-Christ, vint à mourir, et les anges le portèrent dans le sein d'Abraham. » La pauvreté et la patience sont donc ré­compensées.

 « Le riche mourut aussi, et l'enfer fut son tom­beau. » Les plaisirs sont finis, l'éternelle douleur commence. « Au milieu des tourments, élevant les yeux, il vit de loin Abraham avec Lazare dans son sein, et il s'écria : Père Abraham, ayez pitié de moi et envoyez-moi Lazare, afin qu'il trempe dans l'eau le bout du doigt pour me rafraîchir la lan­gue, car je suis cruellement tourmenté par ce feu. » Le riche lève vers Lazare ces yeux que, durant le cours de sa vie, il n'avait pas daigné les abaisser sur lui ; il a refusé au pauvre les restes de sa table, les miettes de son pain, et il implore du milieu de ses angoisses, une seule goutte d'eau ! Il supplie que Lazare étende vers lui le bout du doigt ! Mais que la ré­ponse d'Abraham est terrible : « Mon fils, souvenez-vous que vous avez reçu les biens pendant votre vie, et que Lazare, au contraire, n'a eu que du mal. Maintenant, il est dans la joie, et vous, vous souffrez. » Vous avez été riche, et vous pouviez alors être charitable ; vous pouviez, en partageant avec votre frère malheureux, être mis en partage des biens éternels : vous avez joui seul ; les trésors de la terre vous ont suffi, vous avez le lot que vous avez choisi! Lazare a eu les maux, il les a chéris et sanctifiés par sa patience ; à lui, les délices éternelles ! Un profond abîme est maintenant entre eux ; sur la terre, il eût été facile au riche de s'abaisser jusqu'à Lazare ou d'élever Lazare jusqu'à lui mais cet espace qu'il n'a pas voulu franchir est devenu un abîme immense, creusé par l'éternité. C'est là ce qu'on ne peut se lasser de répéter et de méditer. « Le service des pauvres, s'écrie Bossuet, natu­ralise les riches dans le ciel, et leur sert à expier la contagion qu'ils contractent parmi les richesses. Par conséquent, ô riches du siècle, prenez tant qu'il vous plaira des titres superbes : « vous pouvez les porter dans le monde ; dans l'Eglise de Jésus-Christ, vous êtes seulement serviteurs des pauvres. »

J'adore, ô mon divin Jésus, votre extrême bonté qui vous a fait penser sans cesse aux besoins des misérables ! Que n’avez-vous pas fait pour les soulager ! Vous nous y avez invi­tés de la manière la plus suave, en disant que tout le bien que nous leur ferions, vous le regarderiez comme fait à vous-même; vous nous l'avez enjoint par les plus fortes menaces, puisque vous nous faites voir en enfer, dans les flammes, le riche dur et insensible. Ayez pitié de moi ! Faites de votre petite servante la servante des pauvres ; que la charité croisse en moi ; que la fortune, si j'en possède jamais, ni mes propres chagrins, n'émoussent dans mon cœur la sainte compassion que l'on doit aux malheureux ; que je sois enfin votre vraie disciple, en vous aimant et en aimant les autres !

Extrait de LECTURES MÉDITÉES. (1933)

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