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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 16:57

LA VIE DE L'ESPRIT…

L'ASCENSION DE VOTRE AME

Ils sont nombreux, les parents et les maîtres qui disent : « Je perds mon temps avec mes enfants. Je leur redis dix fois la même chose. Ils ne font pas attention. C'est navrant. »

On peut en dire autant de beaucoup de gran­des personnes. Elles ne savent plus réfléchir. Elles se ferment de plus en plus à la vie de l'esprit, faute d'attention. Elles entendent, elles n'écoutent pas. Elles voient, elles ne regardent pas. Elles lisent, mais ne suivent pas et ne re­tiennent pas. Elles ont une tâche et ne s'y don­nent pas avec ferveur. Tout est fait à moitié.

Le monde devient de plus en plus distrait, léger, superficiel. Il n'a plus le culte des idées et des gestes nobles. Il n'a plus de profondeur dans les sentiments. Il n'aime pas se dévouer. Il est mesquin, égoïste, enlaidi par ses instincts. Il mange, il boit, il travaille comme un esclave... Il a soif de jouir... C'est la vie insigni­fiante et sans vraie joie. Il a perdu l'habitude de « penser » et de profiter des richesses spirituelles que lui offrent constamment le specta­cle de la vie, le commerce des gens et des cho­ses, les beaux exemples, les saines lectures...

Interrogez une personne qui vient de lire un beau livre; dites-lui : « Vous avez suivi la thèse, est-elle juste ? Et les développements, sont-ils convaincants ?... Qu'est-ce qui vous a le plus frappée ?... Il y avait des idées élevées, les avez-vous remarquées, retenues, consignées pour garder leur lumière ? »

Vous verrez ce qu'on vous répondra. On lit peu aujourd'hui et on lit mal,  vite, pour voir la fin. L'intelli­gence ne profite pas... L'âme ne s'élève pas...

Interrogez un croyant, quand il sort de la messe le dimanche. Dans son missel vénérable, chargé de pensées pratiques et célestes, il y avait de vrais trésors. (Réflexions de 1946) Il pouvait puiser du courage pour toute la semaine, prendre un bain de lumière et de pureté pour son esprit. Et qu'emporte-t-il de son contact avec la vérité ? S'il est sincère, il vous dira qu'il a lu superficiellement l'épître et l'évangile, qu'il n'a rien remarqué dans les sublimes prières qu'il a eues sous les yeux. Ce chrétien n'a pas fait agir son intelli­gence. Il sort du temple comme il y est entré. Et c'est extrêmement triste.

Un prêtre monte en chaire. Il a demandé à Dieu ce qu'il devait dire à ses frères pour sou­tenir leur foi, pour les faire avancer sur le che­min de leur splendide destinée. Il a essayé d'ou­vrir un horizon, de relever et d'agrandir les esprits. Le fidèle le regarde, l'écoute. Et puis, oui et puis, que reste-t-il de cette parole sainte, dont le Christ lui demandera des comp­tes un jour ? L'office achevé, le fidèle rentre à la maison. Il est repris par la vie, par les nou­velles... et celles-ci ont vite fait d'étouffer le « germe divin ». Résultat : aucun progrès moral.

Oui, c'est ainsi, hélas! On devrait recueillir avidement  « une pensée divine » comme on recueille un peu de nourriture. L'idée, c'est du pain pour l'esprit... Chaque jour, on devrait lire un instant.

Sans la lecture méditée, pas de vie profonde, pas d'élan vers le bien,  pas de dévouement,  pas de force pour le devoir. Au fond, si les âmes aujourd'hui sont abattues et sans élan, c'est parce qu'elles ne se remettent pas sans cesse en face de leur idéal, parce qu'elles ne vont pas chercher avidement un peu de force morale dans un bon livre, dans un article sérieux. On ne vit pas par l'esprit.

Un jour, dans une conférence donnée à des jeunes filles sérieuses, on avait dit ceci : « Cha­que jour, exercez votre intelligence sur le mi­lieu que vous fréquentez, observez l'attitude des gens, écoutez ce qu'on dit, entrez dans les mentalités, guettez le beau geste, la souffrance qui passent devant vous. Cela vous stimulera pour l'action. » On avait été plus loin, on avait dit : « Ouvrez un ouvrage sérieux, lisez lente­ment, une oraison funèbre de Bossuet. Re­prenez vos beaux livres d'étude, penchez-vous quelques instants sur une « vie » pure : celle du Christ, des héros et des saints. Lisez peu, mais essayez de comprendre, goûtez, et surtout notez une pensée originale, une seule. Faites-en la ma­tière d'une prière et d'une résolution. » Oui, un jour on avait ouvert ces horizons à des jeu­nes filles...

Quelques-unes, comprenant la portée du con­seil, avaient fait des glanes spirituelles. Plu­sieurs n'en avaient pas trouvé le temps, ou n'en avaient pas eu le courage et, pour ne pas être forcées d'avouer leur excessive timi­dité, elles avaient manqué la réunion suivante où chacune avait à dire tout haut « la pensée retenue et comprise »...

C'est un petit fait qui montre jusqu'à quel point notre société a perdu l'habitude de la ré­flexion. Et c'est pour cela que les âmes végè­tent et sont emportées par la frivolité am­biante. Même la foi, cette lumière divine et précieuse, n'est qu'une « routine ». Elle n'est pas vécue, parce qu'elle n'est pas étudiée et comprise. Le fidèle assiste à un office sans sa­voir ce qui s'y passe. Il ne cherche même pas à s'informer. Il écoute vaguement, et ne re­tient rien. Il a hâte de sortir. C'est inimagi­nable...

On ne connaît plus les joies supérieures de la pensée !

Que faire pour donner de la puissance à votre intelligence, augmenter votre valeur et votre influence?

D'abord, soyez toujours calme, très calme. Posez avidement votre regard et votre intelli­gence sur le devoir, les êtres, les choses, les évé­nements qui passent devant vous. Puisez, pui­sez en eux. Regardez bien le « film humain » qui se déroule sous vos yeux. Il est instructif, éducateur. Il porte des drames, des souffrances que vous pourriez peut-être soulager, des leçons qui pourraient vous instruire. Vous entendez une conversation, une prédica­tion, vous lisez une revue, une prière, un chapi­tre de l'Imitation de Jésus-Christ, soyez atten­tif, faites un effort pour sortir de vous et sai­sir la vérité qui s'offre... faites-vous violence. C'est ainsi que vous sortirez de la vie instinc­tive et animale pour entrer dans les pures ré­gions de la pensée.

Enfin, le soir, repassez votre journée ; re­voyez les minutes enrichissantes, glanez les épis d'or, les expériences et les vérités acqui­ses, les heureux contacts, les joies reçues et bénissez le ciel.

Des lumières vous ont été données, consignez-les sur votre carnet personnel. Vous les reli­rez plus tard. Au besoin, faites votre journal. Auscultez votre conscience. Jugez-vous simple­ment; regardez vos défaillances, cherchez-en la cause; mettez de l'ordre dans votre monde inté­rieur, comme vous savez en mettre dans vos affaires ou dans votre maison.

Vous ne pouvez pas savoir le bien que vous ferait ce petit travail spirituel. Au début, ce sera un peu difficile. Vous serez tenté de vivre superficiellement, sans contrôle. Mais, si au lieu d'être le papillon qui vole et n'amasse rien, vous cherchez à devenir l'abeille qui se pose sur les fleurs et fait son miel, lentement votre intel­ligence se cultivera, votre personnalité se dessi­nera. Dans ce monde insouciant et rempli de ténèbres, vous deviendrez « l'étoile » vers la­quelle on jettera les yeux pour s'orienter.

J'ai eu, il n'y a pas longtemps, une vraie sur­prise.

Je suis entré, en passant, dans un foyer dont la porte m'est toujours ouverte. C'était le Soir. Pendant que la maman préparait le dîner, le père, qui venait de faire sa visite habituelle à l'église, tenait dans ses mains un livre. « Vous ne devineriez pas ce que je lis, s'écria-t-il. Je suis plongé dans les « Oraisons funèbres » de Bossuet. C'est un vrai régal pour ma foi. Et puis, cette lecture me fait oublier les mesquine­ries de la journée. C'est tellement réconfor­tant... que je me demande pourquoi on délaisse ainsi « les chefs-d'œuvre spirituels » que sont nos classiques. Aujourd'hui, on ne se pas­sionne que pour l'argent, le cinéma et les ro­mans ineptes. C'est lamentable. Les « meilleurs » parmi nos amis perdent le goût des cho­ses élevées. Ils devraient avoir sous la main les bons auteurs et les fréquenter souvent. C'est si vite fait d'ouvrir au hasard et de se pencher sur un passage des œuvres de: Corneille, Ra­cine, Bossuet, Molière, Lamartine, Victor Hugo et de tant d'autres auteurs anciens et modernes. On a déjà lu cela autrefois; on n'a pas compris. L'expérience ouvre les yeux et fait apprécier des « Pensées » qui nous avaient échappé et que la vie nous fait goûter. Tenez ! Ma fille est deve­nue  plus  sérieuse  et  plus  profonde depuis qu'elle va à vos Cercles d'études. Elle  suit attentivement les conférences que font très sou­vent ses compagnes. Elle a admiré tout ce qui a été dit l'an dernier sur : l'art, la littérature, la préparation à la vie, au mariage, la vie spiri­tuelle. Elle m'a raconté les conférences faites sur : Fra Angélico, St François d'Assise, Lacordaire, l'Art religieux aux premiers siècles, la duchesse d'Alençon, l'Aiglon, le Sens de la mort, une Petite Sœur, etc. Elle n'a pas encore osé parler en public; elle est timide; mais je la vois qui médite de bons livres. Je l'ai même surprise faisant « son Journal ». Elle m'a fixé en s'écriant : « Cela m'a aidée à mieux con­naître mon âme et m'a donné le désir de la cultiver à tous les points de vue. Nous, femmes, nous ne sommes pas assez  à la  hauteur, des grandes taches de demain. Le désir de plaire nous domine et non celui de « valoir ». Le ver­nis mondain remplace la vraie culture. Nous nous illusionnons sur nos capacités. La paresse d'esprit nous tyrannise. » J'aime entendre ce langage  de mon enfant.  Aussi,  l'autre jour, quand, dans votre salle, elle a joué son rôle dans la pièce Le Rosaire, j'admirais comme elle « sentait » ce qu'elle  disait.  Son  esprit  s'est éveillé au culte des belles choses, comme au culte de sa Foi, qui maintenant est enracinée en elle. »

Et, pendant que le père me parlait ainsi, je regardais la jeune fille. Elle était là, au coin du feu; elle avait devant elle, sur la table, un livre. « C'est donc si intéressant ? » lui dis-je. Toujours hantée par le désir de s'affiner, elle s'était procuré un recueil des ouvrages des meilleurs auteurs français et étrangers, et pres­que chaque soir, après avoir glané quelques pensées dans la vie de Ste Thérèse d'Avila, elle s'imposait de lire quelques passages. Il y avait, dans son livre, des « Extraits » de tous les chefs-d'œuvre de la Littérature étrangère : italienne, espagnole, anglaise, etc.

« Et je prends des notes, me dit-elle avec un fin sourire! Vous nous l'avez tant demandé. Au commencement, je ne saisissais pas votre insis­tance. Je la comprends maintenant. Une pen­sée profonde, c'est un trésor. »

Enfin, elle me prêta son « Journal ». Il y avait là, à côté des sermons soigneusement recueillis, des méditations évangéliques et des im­pressions personnelles, quelques passages admirables de « la Divine Comédie » de Dante... du théâtre de Shakespeare... du « Paradis perdu » de Milton... Puis, sa plume ardente avait glané des vers de Lamartine, de Victor Hugo, des idées renfermées dans « l'Anthologie de la Renaissance catholique ».

Je rentrai chez moi, heureux. J'avais vu un foyer où l'on ne vivait pas seulement d'un jour­nal de modes, d'un hebdomadaire quelconque, ou de quelques pâles romans.

Mais il ne suffit pas d'avoir un idéal, il faut l'actualiser pour avoir une vraie « vie de l'es­prit ». Et cela suppose une « volonté » géné­reuse. Croyez que ce n'est pas sans raison que Dieu vous donne des « Idées ». Il veut se ser­vir de vous pour la réalisation d'un sublime dessein. Il faut en être fier et vous en rendre digne. Il y a de l'héroïsme en germe dans l'âme humaine.   Faites   naître   cet   héroïsme. Vous avez mille occasions qui s'offrent. Saisissez-les. Faites bien ce que vous faites. Donnez-vous à fond au devoir qui se présente. Enrichissez-vous par l'effort, faites profit de tout,   accueillez joyeusement la plus petite souffrance :   « Mon Dieu,  vous  m'appelez,  me  voici,  je   suis  à vous ».  Est-ce clair ?

Nous sommes jetés dans un monde sceptique, jouisseur et malheureux. Vous, soyez « jeune » par un élan continuel vers les humbles tâches que Dieu Lui-même vous présente, et qui sont des occasions de mérite, de joie éternelle. Ce point est capital. Si vous n'y prêtez pas atten­tion, vous ne serez qu'une « médiocrité ». Et nos cités, hélas fourmillent de « médiocrités », même dorées et honorées. Ne reculez pas devant une occasion de dévouement, de lutte. Ne dites jamais :   « Cela me dépasse ».   Dépassez cela. Vous le pouvez, vous le devez. Vos « Voix » vous appellent.  Il faut  les  suivre coûte  que coûte. Soyez heureux quand   « l'obstacle »  se présente et même quand vous êtes « blessé ». C'est une gloire. Demandez au Christ « une goutte de son Sang » pour vous guérir. Puis, retournez au combat, « car la vie est un combat ». Vous voulez trop qu'elle soit une jouissance et un repos. « Le temps est venu des sacrifices pleins, des holocaustes sans réserve ». Nous ne valons rien si nous ne savons pas batailler, batailler sous le grand soleil de Dieu.

On ne fait rien sans un grand amour. Cet amour, Dieu vous le donne. C'est une source qui coule au fond de votre cœur. Comme Jean, le disciple préféré, appuyez-vous de temps en temps sur le Cœur du Christ. Il vit en vous. Cette vérité fondamentale, vous ne l'avez ja­mais étudiée, vécue. Vous n'avez pas de con­tact avec votre Sauveur. Vous allez comme un solitaire, et vous êtes conduit, porté par Lui, le bon Pasteur. Vous vous approchez de l'autel, mais vous ne voyez que l'Hostie, vous ne cher­chez pas sous son ombre le grand Vivant qui vous a aimé plus que Lui-même. Il vous ac­compagne partout. Il vous tend la main, mais cette main vous ne la saisissez pas. Il vous dit « Mon fils bien-aimé »... et sa Voix n'a pas d'écho. Là encore, vous n'avez jamais réalisé la tendresse infinie qui vous est offerte par l'Ami éternel,

Vous ne savez pas dire et redire par volonté : « Père, ô mon Père, vous m'aimez indiciblement, tel que je suis. Vous êtes venu sur terre pour moi, pauvre pécheur. Vous voulez me gué­rir, me porter, m'améliorer, changer mon âme nonchalante et molle, la dilater par votre pré­sence, la rendre capable de transmettre aux aveugles quelques lignes du message divin. Vous voulez me donner l'énergie qui fait les vail­lants, l'humilité qui fait les grands, la lumière qui fait entrer plus avant dans vos mystères sublimes. Vous me voulez franc et simple, ar­dent et calme, vous désirez que je sois votre vrai fils né de votre âme et de votre sang. Prenez-moi, ô mon Dieu, je me donne. Je sais qu'il y a une plaie incurable dans le cœur de ceux qui s'éloignent de vous. »

Et quand vous aurez parlé ainsi, dites-vous bien que des heures sombres viendront. Le mal vous attirera. Il y a de tels replis mauvais dans le cœur humain. Il est si facile de tomber quand on monte degré par degré les marches qui con­duisent vers l'Être infiniment pur. Les Saints ont eu, comme vous, de terribles tentations. Attendez-vous à des orages intérieurs. Votre barque sera agitée, elle touchera des écueils. Soyez calme, patient. N'oubliez pas que le Christ veille. Il est à vous, surtout quand tout va mal. Il n'est pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs. Toute sa sollicitude s'en va vers la brebis perdue dans les épines. Et vous savez ce que cela veut dire « les épines »... puisque vous les rencontrez à chaque instant. Même les fausses joies dû siècle en sont pleines.

C'est pour vous soigner que le Fils de Dieu est venu sur la terre. C'est le grand événement de l'histoire. Il y revient tous les jours, sur les autels près desquels les hommes s'agenouillent en tremblant de bonheur. Il sait les conso­ler, les fortifier. Il leur redit ses paroles par son Eglise, par ses prêtres.

Et sa parole est si haute qu'elle ravit les foules.

Le monde revient à Lui.

Il vit un peu plus par l'esprit.   AMEN.

Extrait de : L’Ascension de votre âme. Abbé P. Marc. (1946)

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commentaires

V
Bonjour, Merci. C'est tellement véridique et profond ce qu'il dit. Véronique
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E
Très inspirant! Merci pour ce bel article:)
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