Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 08:19

   LE REPOS

Jamais les hommes n'ont bénéficié d'autant d'in­ventions qui permettent de gagner du temps. Mais jamais ils n'ont eu aussi peu de temps pour le loisir et le repos. Pourtant, bien peu d'entre eux sont conscients de ceci : la publicité a donné naissance dans les esprits contemporains à cette idée erronée que les loisirs et le fait de ne pas travailler sont une seule et même chose, que plus nous sommes environnés de commutateurs, d'engrenages, de leviers et de boutons, plus nous gagnons de temps pour notre bénéfice propre.

Mais cette division de nos journées en heures de travail et en heures de non-travail est trop simple ; pratiquement, pour la plupart des hommes, elle élimine la possibilité même de loisirs véritables. Hors de leur travail, les hommes perdent des heures précieuses à bretter sans but ou à attendre négativement que quelque chose d'intéressant se produise.

Le véritable repos n'est point un simple entracte entre des heures de vie laborieuse. Il comporte une activité intense, mais d'une autre sorte. De même que le sommeil n'est pas un arrêt de la vie, mais une vie qui se distingue de l'état de veille, de même le repos est une activité qui n'est pas moins créatrice que celle de nos heures de labeur.

On ne peut jouir du repos, c'est-à-dire du loisir véritable, si l'on n'a pas quelque notion du monde spirituel. Le premier objectif du repos, en effet, est la contemplation du bien et son but essentiel est de voir les menus incidents de la vie quotidienne sous leur jour véritable, en fonction du bien pris dans son acception la plus large. La Genèse nous enseigne qu'après la création du monde, «Dieu vit tout ce qu'il avait fait et trouva que c'était bon ». Pareille contem­plation de son travail est naturelle chez l'homme lorsqu'il se consacre à des tâches créatrices. Le peintre se recule pour observer sa toile et voir si les détails du paysage sont convenablement agencés. Le véri­table repos consiste ainsi à prendre du recul pour embrasser les activités qui remplissent nos journées. Impossible de tirer de notre travail une satisfaction authentique, si nous ne nous interrompons pas fré­quemment, pour nous demander pourquoi nous fai­sons ce travail et si nous approuvons du fond du cœur ses objectifs. Une des raisons pour lesquelles tant de nos entreprises économiques et politiques avortent est peut-être qu'elles sont entre les mains d'hommes, dont les yeux sont si étroitement rivés sur leur tâche qu'ils ne s'arrêtent jamais pour se demander si elle en vaut vraiment la peine.

Se conten­ter de travailler, se contenter de gagner son salaire, cela ne peut jamais satisfaire le besoin qu'a l'homme de faire œuvre créatrice.

N'importe quelle besogne peut être magnifiée et servir à des fins divines, si on l'envisage dans la perspective de l'Éternité. Balayer le plancher, conduire un camion d'ordures ou vérifier des numéros de wagons de marchandises, ces humbles tâches peuvent être rendues « bonnes » par une simple opération de la volonté qui les consacre au service de Dieu. La besogne la plus ingrate peut recevoir une signifi­cation spirituelle et être divinisée.

Si nous consacrons notre travail à Dieu, nous tra­vaillerons mieux que nous ne l'espérions. Le repos nous est nécessaire pour prendre conscience de ce fait. Une fois par semaine, l'homme se doit de se confron­ter avec Dieu pour reconnaître ce qui revient au Créa­teur dans la somme de travail qu'il a fournie au cours de la semaine ; il peut alors se rappeler que les maté­riaux sur lesquels il a œuvré viennent d'autres mains, que les idées qu'il a utilisées sont venues d'une source plus haute, que l'énergie même qu'il a déployée est un don de Dieu.

Dans un pareil état d'esprit, participant du repos véritable, le savant verra qu'il n'est pas l'auteur du livre de recherche sur les lois de la nature, qu'il en est seulement le correcteur. Le livre, c'est Dieu qui l'a écrit. Au cours d'un repos de cette sorte, le pro­fesseur avouera que chacune des vérités qu'il a dispensées à ses élèves n'était qu'un rayon du soleil de la divine Sagesse. Et la cuisinière, en pelant ses pommes de terre, les manipulera comme d'humbles dons venant de Dieu lui-même.

Le repos nous permet d'examiner les petites choses que nous faisons dans leurs rapports avec les grandes qui leur donnent seules une valeur et une signification. Il nous rappelle que toute action tire sa valeur de Dieu. Admettre ces évidences, c'est adorer Dieu. Et adorer Dieu, c'est rendre à notre vie quotidienne sa véritable valeur, en rétablissant ses rapports réels avec Dieu qui est sa propre fin et la nôtre.

Pareille adoration est une forme du repos, d'un repos qui est une contemplation des choses divines active et créatrice d'où l'on sort tout réconforté. Car la promesse de l'Évangile selon saint Matthieu est toujours valable pour ceux qui consentent à l'en­tendre : « Venez à moi, vous qui peinez et qui êtes las; je vous apporte le repos. »

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen) (1957)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 08:30

   LE  TRAVAIL

De nos jours, bien peu de gens exercent une pro­fession qui soit de leur goût. Au lieu de choisir un métier par vocation, ils sont contraints par les néces­sités économiques d'accomplir des besognes qui leur donnent peu de satisfactions. Beaucoup d'entre eux estiment qu'ils devraient avoir des fonctions plus importantes. D'autres disent : « Mon emploi n'a d'in­térêt que parce qu'il me permet de gagner ma vie. » Cette manière de voir explique la fréquence du travail inachevé ou mal fait. Seul l'homme qui choisit un métier dont les fins ont son approbation se grandit en travaillant. Seul il a le droit de dire, lorsque la besogne est achevée : « Voilà qui est bien fait ! »

A notre époque le sens de la vocation fait cruelle­ment défaut. La faute n'en incombe pas seulement à la complexité de notre système économique, mais surtout à l'effondrement de nos valeurs spirituelles. N'importe quel travail, pourvu qu'on le situe dans sa véritable perspective, peut contribuer à nous ennoblir. Mais avant d'accéder à cette évidence, il convient de comprendre la philosophie du travail.

Toute tâche a deux aspects : l'idée que nous nous en faisons, et le travail en soi, considéré indépendam­ment des buts que nous poursuivons. Nous jouons au tennis pour prendre de l'exercice, mais nous nous efforçons de jouer ce jeu aussi bien que possible, sim­plement pour le plaisir de réussir. L'homme qui prétendrait prendre tout autant d'exercice en adoptant sur le court une technique extravagante, méconnaîtrait le second aspect de toute activité : l'accomplissement d'une tâche en se confor­mant à ses propres normes d'excellence. De même, un homme qui travaille dans une usine d'automobiles peut avoir son salaire comme but principal ; mais le but du travail est la perfection d’en son exé­cution. L'ouvrier doit en être perpétuellement cons­cient, comme l'artiste est conscient d'être à la recherche de la beauté dans son œuvre, la ménagère à la recherche de la propreté lorsqu'elle essuie la poussière.

Aujourd'hui, le premier aspect du travail est devenu primordial et nous avons tendance à ignorer le second, de sorte que beaucoup d'ouvriers vivent une vie diminuée pendant leurs heures de travail. Ils sont comme des jardiniers auxquels on aurait ordonné de faire pousser des choux pour fabriquer de la choucroute et qui ne se préoccuperaient pas de savoir si leurs carrés sont envahis par les mauvaises herbes, si leurs choux sont ou non des légumes sains. C'est là une attitude erronée. Dieu lui-même a tra­vaillé lorsqu'il a créé le monde, et ensuite, en contem­plant son œuvre, il a estimé «qu' elle était bonne ». La fierté légitime que l'on éprouve en faisant du bon travail nous paie d'une grande partie de nos peines. Certaines gens qui ont conservé cette mentalité artisanale trouvent du plaisir à accomplir n'importe quelle sorte de besogne. Qu'il s'agisse de reparer une chaise, de nettoyer une écurie ou de sculpter une statue pour une cathédrale, ils connaissent la satisfaction du « travail bien fait ».

Leur honneur et leur dignité sont rehaussés par les disciplines du travail exécuté avec soin. Ils ont sauvegardé le vieil état d'esprit du Moyen Age, époque où le travail était un événement sacré, une cérémonie, une source de mérite spirituel.

Le travail, on ne l'entreprenait pas alors par souci de gain matériel, on y était poussé par une sorte d'élan intérieur, par le désir de projeter la puissance créatrice de Dieu dans nos propres efforts humains.

Aucune tâche ne doit être entreprise sans qu'on se soit bien pénétré de ces deux aspects essentiels du travail. Pour lier les deux choses — la joie, par exemple, de fabriquer une table et la nécessité de la fabriquer pour gagner sa vie — il convient d'avoir présents à l'esprit les principes suivants :

Le travail est un devoir moral et non, comme beaucoup de gens l'imaginent, une simple nécessité physique. Saint Paul a dit : « Celui qui refuse de tra­vailler, il faut le laisser mourir de faim. » A partir du moment où l'on considère le travail comme un devoir moral, il devient clair qu'il ne contribue pas seulement au bien social, mais qu'il rend également d'autres services au travailleur : il le préserve de l'oisiveté d'où tant de maux peuvent découler, et il maintient le corps en état de soumission à une volonté raisonnée.

Travailler, c'est prier. Une vie bien réglée ne limite pas la prière aux seules heures de loisir : elle transforme le travail lui-même en prière. C'est ce qui se passe lorsque nous nous tournons vers Dieu au commencement et à la fin de chacune de nos tâches et que nous lui offrons notre travail par amour pour lui. Alors, qu'il s'agisse de soigner un enfant ou de fabriquer des carburateurs, d'actionner un tour ou de faire marcher un ascenseur, notre besogne est sanc­tifiée. Il n'y a pas de dévotion pendant les heures de loisir qui puisse compenser les négligences des heures de travail. En revanche, n'importe quelle besogne honnête peut être transformée en prière.

Un économiste médiéval, Antonio de Florence, a résumé dans une formule heureuse les rapports du travail et de la vie : « L'objet que nous poursuivons en gagnant de l'argent est de subvenir à nos besoins et aux besoins de ceux qui dépendent de nous. En subve­nant à nos besoins et à ceux des autres, nous avons pour objet de vivre vertueusement. En vivant vertueusement, nous avons pour objet de sauver nos âmes et d'accéder au bonheur éternel. »

En bonne justice, le travail devrait recevoir deux sortes de rétribution, car ce n'est pas seulement un phénomène individuel, c'est un phénomène social. John Jones qui travaille dans une mine est fatigué à la fin de la journée : c'est là son sacrifice individuel. C'est pour cela qu'il reçoit son salaire. Mais au cours de sa journée de travail, John Jones a également contribué socialement au bien-être économique de son pays et du monde…

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen) (1957)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 09:35

    LA  PHILOSOPHIE DU  PLAISIR

Nous recherchons tous le bonheur. Et si nous étions raisonnables, nous prendrions la peine d'étu­dier les trois lois qui gouvernent le plaisir et qui, si l'on s'y conforme, rendent la conquête du bonheur incomparablement plus facile.

Première loi. — Si vous voulez vous amuser, il vous faut organiser votre existence de telle manière qu'elle ne comporte pas uniquement des amusements. Le plaisir est comme la beauté. Il est conditionné par le contraste. Une femme qui désire mettre en valeur une robe de velours noir, ne la présentera pas, si elle est avisée, devant une tenture noire, mais devant une tenture blanche. Les feux d'artifice ne nous enchanteraient pas si on les faisait jaillir dans l'éclat du soleil de midi : ils ont besoin d'obscurité pour produire tout leur effet. Les nénuphars nous donnent un plaisir esthétique tout particulier parce que leurs pétales émergent, de façon surprenante, des eaux souillées des étangs. Le contraste est nécessaire pour nous aider à découvrir dans chaque chose sa valeur propre.

Selon le même principe, le plaisir est d'autant plus délectable qu'il se présente comme une aubaine contrastant avec des expériences beaucoup moins agréables. Nous commettons une grave erreur si nous essayons de faire des nuits de fête de toutes nos nuits. Le Thanksgiving Day serait sans saveur si nous mangions tous les jours de la dinde. Et nous ne serions pas dans l'allégresse pour le réveillon du jour de l'an si les sirènes retentissaient tous les jours à minuit.

L'amusement dépend d'un contraste. Il en est de même du plaisir que provoque en nous une situation comique. Si la mitre d'un évêque a été placée de tra­vers par un maître des cérémonies négligent, cela nous fait rire ; cela ne serait pas drôle du tout si les évêques portaient toujours leur mitre sur l'oreille.

Le plaisir de vivre se trouve singulièrement accru si nous suivons les préceptes spirituels qui nous enjoignent de pratiquer la mortification et le renon­cement. Cette pratique nous préserve de la lassitude ; elle sauvegarde la joie de vivre.

L'autodiscipline ranime en nous les enthousiasmes de notre enfance, de ce temps où nos plaisirs étaient rationnés, où nous mangions notre dessert à la fin du repas, jamais au début.

Deuxième loi.Le plaisir devient plus profond et plus intense lorsqu'il survit à une période d'ennui ou de douleur. Cette loi nous aide à faire durer toute la vie les plaisirs auxquels nous accordons le plus d'importance. Pour y parvenir, il nous faut persévérer dans ce que nous avons entrepris jusqu'à ce que nous ayons trouvé notre deuxième souffle. On jouit beau­coup mieux d'une ascension en montagne après être passé par les premiers moments de fatigue et de décou­ragement. On s'intéresse beaucoup plus à son métier après avoir surmonté l'envie d'y renoncer.

De même, le mariage ne devient stable qu'après les déceptions qui mettent un terme à la lune de miel. Ce qui donne toute leur valeur aux vœux conjugaux, c'est qu'ils préservent l'union du couple au cours de la première querelle ; ils lient le mari et la femme pendant la période des premiers ressentiments, jus­qu'à ce que les conjoints trouvent leur deuxième souffle et connaissent un bonheur véritable dans leur union. Comme toutes les grandes joies, les joies du mariage s'enfantent plus ou moins dans la douleur. Il nous faut casser la coquille pour manger la noix, de même, dans la vie spirituelle, la croix doit précéder la couronne.

Troisième loi.Le plaisir est un sous-produit et non un but. Le bonheur doit être notre demoiselle d'honneur et non notre épouse. Beaucoup de gens commettent la grave erreur de se préoccuper unique­ment du plaisir ; ils oublient que le plaisir ne découle que de l'accomplissement d'un devoir ou de l'obéis­sance à une loi, car l'homme est fait pour obéir aux lois de sa propre nature auxquelles on ne peut pas plus échapper qu'aux lois de la gravitation. Lorsqu'il mange de la crème glacée, un enfant y trouve du plaisir, car il se conforme à l'un des impératifs de la nature humaine : manger. Mais s'il mange plus de crème glacée que les lois de son corps n'autorisent, il cesse de trou­ver le plaisir qu'il recherche et il finit par avoir mal au cœur. Rechercher le plaisir sans se soucier de la loi, c'est le manquer à coup sûr.

Devons-nous commencer par le plaisir ou finir par le plaisir ? Il y a deux réponses à cette question, la chrétienne et la païenne. Le chrétien dit : « Commence par le jeûne et termine par le banquet ; alors tu le savoureras vraiment. » Le païen dit : « Commence par le banquet et termine par la gueule de bois... »

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0
30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 08:39

L’AMOUR EST INFINI

Il y a une profonde différence de qualité entre les biens dont nous avons besoin, que nous utilisons, dont nous jouissons effectivement, et l'accumulation des choses inutiles dont nous faisons l'acquisition par vanité, par cupidité, ou pour humilier autrui. Les biens de la première catégorie sont une extension légitime de notre personnalité : nous enrichissons par notre amour quelque objet déjà fort usagé, et, de ce fait, il devient pour nous un objet précieux. Ces deux manières d'entendre la propriété, n'importe quelle garderie nous en fournit une illustration : l'enfant qui n'a qu'un seul jouet l'enrichit de son amour. En revanche, l'enfant gâté, saturé de divertissements multiples, ne tarde pas à se blaser et cesse d'y prendre le moindre plaisir. La qualité de son amour diminue en proportion du nombre des objets qui sont proposés à son amour. De même, moins une rivière est pro­fonde, plus ses eaux s'éparpillent dans la plaine.

Lorsque nous pénétrons dans une vaste demeure qui n'est habitée que par deux personnes, nous éprou­vons une sensation de froid, car une telle maison est trop grande pour que l'amour humain en fasse un véri­table « gite ». N'importe lequel d'entre nous est capable d'ennoblir par sa présence quelques mètres carrés... mais pas plus. Plus les gens possèdent de biens qu'il leur est impossible d'imprégner de leur personnalité et de leur amour, plus ils sont accablés de lassitude, d'ennui et de satiété.

Et pourtant les hommes et les femmes s'efforcent perpétuellement d'accroître leurs possessions, bien au-delà des limites de ce dont ils peuvent jouir. Et il en est ainsi parce qu'ils s'imaginent à tort que leur faim d'Infini peut être satisfaite par une multiplicité de biens matériels : ce à quoi ils aspirent, en réalité, c'est à l'Infini de l'Amour divin.

Dès que nous commençons à désirer la « richesse », notre imagination peut très aisément être amenée à désirer un faux infini. Car la « richesse » et l'« argent » sont des choses qui stimulent l'imagination et l'ima­gination est insatiable dans ses désirs. Les biens véri­tables, ceux par exemple dont notre corps à besoin, ne sont pas de cette sorte. La quantité de nourriture que notre estomac peut contenir tient dans d'étroites limites, et lorsque ces limites sont atteintes nous n'en désirons pas plus. Nôtre-Seigneur a nourri, dans le désert, cinq mille personnes en leur distribuant du poisson et du pain, et tout le monde a été rassasié. Mais si, au lieu de cela, il avait distribué des bons du trésor de  mille dollars, nul n'eût dit : « Un seul me suffit. »

La richesse à crédit, les actions, les obligations, les comptes en banque... tout cela n'a pas de limites déterminées qui nous contraignent à dire : « C'est assez. » Il y a dans ces choses une caricature d'infini qui incite les hommes à s'en faire de fausses religions, à les utiliser comme des produits de remplacement qui se substituent au véritable infini de Dieu. Comme l'argent, l'amour et la puissance peuvent devenir des religions: ceux qui sont à la poursuite de ces choses et qui les considèrent comme «des fins en soi», ne parviendront jamais à se satisfaire. Ces hommes sont à la recherche de Dieu, mais ils ignorent son nom et ils ne savent où le trouver.

Étant donné que tout accroissement de la quantité des choses que nous aimons entraîne une diminution de la qualité de notre amour, il existe deux procédés grâce auxquels on peut espérer que se préservera la pureté de notre amour. Le premier consiste à donner en proportion de ce que nous recevons ; et cela per­met de nous remettre en mémoire que nous ne sommes que les simples gérants des richesses du Seigneur et non leurs légitimes propriétaires. Pourtant, bien peu de gens se risquent à agir de la sorte : ils ont peur d'entamer leur « capital » et chaque centime qu'ils y ajoutent devient une partie inhérente de la pile sacrée dont on ne doit pas rompre l'harmonie. Ils finissent par s'identifier à ce qu'ils aiment ; s'il s'agit de la richesse, ils ne peuvent supporter de se séparer de la moindre parcelle du fardeau qu'ils ont accumulé.

Le deuxième moyen de nous préserver d'une cupi­dité malsaine est un moyen héroïque : le détachement complet des richesses de ce monde tel qu'il fut pra­tiqué par saint François d'Assise, tel que le pratiquent tous ceux qui font vœu de pauvreté. Pareille renon­ciation a quelque chose de paradoxal, car l'homme qui a abandonné jusqu'à l'espoir d'assurer sa « sécurité » est l'homme le plus riche du monde : c'est lui qui jouit de la plus grande sécurité, car il ne désire rien et aucun milliardaire ne peut en dire autant. Notre aptitude au renoncement est autrement grande que notre apti­tude à la possession : nul ne peut posséder le monde, mais n'importe qui peut y renoncer.

Les avares peuvent bien emplir leurs portefeuilles, en aucun cas ils ne peuvent emplir leurs cœurs, car il leur est impossible d'acquérir les richesses qu'ils sont aptes à imaginer et à désirer. Par contre, ceux qui sont pauvres du fond du cœur sont riches en bonheur. Dieu nous a dotés d'assez d'amour pour que nous soyons en mesure de le trouver et de trouver en lui l'infini ; mais il ne nous a pas dotés d'assez d'amour pour thésauriser les biens matériels.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

Partager cet article
Repost0
29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 09:35

LA  JOIE INTÉRIEURE

Chacun de nous fait lui-même sa pluie et son beau temps et détermine la couleur du ciel dans l'univers émotionnel qu'il habite. Grâce à un effort créateur, nous pouvons inonder nos âmes de tant de rayons de soleil qu'ils rendent radieux les événements de quel­que nature qu'ils soient. Il nous est possible, d'un autre côté, de nous laisser glisser dans un état de dépression interne si profond, si rempli de tristesse que seules les stimulations extérieures les plus intenses de notre système sensoriel soient capables de nous arracher à l'apathie.

Chacun de nous doit trouver du plaisir, nous disent les philosophes. L'homme qui a développé sa person­nalité en conformité avec sa nature et orienté sa vie vers Dieu, celui-là connaît le plaisir intense et indes­tructible que les saints appellent joie. Aucun événe­ment extérieur ne peut le mettre en péril ou ternir son bonheur. Mais il y a beaucoup d'hommes qui attendent leur plaisir de l'extérieur et comptent sur les accidents de l'existence pour leur procurer du bonheur. Comme personne ne peut faire de l'univers son esclave, quiconque cherche le plaisir à l'extérieur est voué aux déceptions. Les distractions aboutissent à la satiété et nous ennuient; une ambition réalisée devient fastidieuse ; un amour qui nous promettait des satisfactions complètes perd son éclat et son enivrement. Un bonheur durable ne peut jamais nous venir du monde. La joie ne découle pas des choses que nous obtenons ou des gens que nous ren­controns ; elle est fabriquée par l'âme elle-même, dans la mesure où l'âme parvient à s'oublier elle-même.

Le secret d'une vie heureuse tient dans la modéra­tion de nos plaisirs en échange d'un accroissement de notre joie. Mais certaines pratiques contempo­raines nous rendent cette opération difficile. L'une d'elles est celle qui s'efforce d'accroître nos besoins afin que nous achetions plus de marchandises. Il faut y ajouter la psychologie d'enfant gâté de l'homme moderne qui l'incite à estimer qu'il a droit à tout ce qu'il désire, que le monde lui doit la satisfaction de toutes ses fantaisies. Nous devenons vulnérables dès que le moi constitue le centre de l'univers : notre paix peut être détruite par le courant d'air d'une fenêtre ouverte ; par notre incapacité à acheter un manteau de fourrure, si rare que seulement vingt femmes au monde peuvent le porter ; parce que nous n'avons pas été invités à un déjeuner, parce que nous ne sommes pas celui qui paie le plus d'impôts de tout le pays. Le moi est toujours insatiable si on ne le refrène pas ; il n'est de jouissances ou d'honneurs capables de calmer sa boulimie, son besoin fréné­tique de « musiques plus folles et de vins plus entê­tants », de réceptions flatteuses et de gros titres dans les journaux.

Les hommes qui sont centrés sur leur moi consi­dèrent comme des calamités qu'on leur refuse la moindre de leurs fantaisies : ils veulent dominer leur propre univers, tirer les ficelles de ses marionnettes et contraindre ceux qui les entourent à se soumettre à leur volonté. Si une des aspirations de leur moi est contrecarrée et contrariée par le moi d'autrui, ils sont au désespoir. Les occasions de découragement et de tristesse se trouvent ainsi multipliées, car il est fatal qu'on refuse à chacun d'entre nous un certain nombre de choses que nous désirons. Il dépend de nous que ces refus soient acceptés avec une allègre bonne humeur ou pris comme des affronts.

De nos jours, des millions d'hommes et de femmes considèrent que leur bonheur est détruit s'il leur faut se priver de choses dont leurs grands-parents n'avaient jamais rêvé. Les objets de luxe sont devenus pour eux une nécessité ; et plus un individu a besoin de choses pour être heureux, plus il augmente ses chances de désappointement et de désespoir. Il est devenu l'esclave de ses lubies, il subit la tyrannie des objets les plus futiles ; il ne se possède plus, il est possédé par des objets extérieurs, par des jouets trompeurs.

Dans sa République, Platon a parlé de l'homme dont la vie est dominée par ses lubies et ses fantaisies ; ses remarques datent de 2,300 ans, mais elles sont toujours d'une brûlante actualité : « Souvent, il peut lui arriver de s'engouer pour la politique, d'y sauter à pieds joints et de faire ou de dire tout ce qui lui passe par la tête ; ou bien il conçoit de l'admiration pour un général et son intérêt se concentre sur la guerre ; ou encore pour un homme d'affaires et séance tenante il en fait sa ligne personnelle. Il ne connaît dans la vie ni ordre ni obligation ; il refusera d'écouter quiconque lui expliquera qu'il est des plaisirs qui découlent de la satisfaction des désirs bons et nobles, d'autres de la satisfaction des désirs mauvais, et que les premiers doivent être étayés et encouragés, et les seconds refrénés et muselés. En réponse à de tels propos, il hoche la tête et déclare que tous les enthou­siasmes se valent et sont dignes d'une égale atten­tion. »

Si nous voulons jouir de la vie au maximum, il est indispensable que nous établissions une hiérarchie dans nos plaisirs. Les joies les plus intenses et les plus durables n'échoient qu'à ceux qui consentent à s'im­poser certaines restrictions volontaires, qui acceptent les contraintes d'une discipline préalable. C'est du sommet de la montagne qu'on a le plus beau point de vue, mais il peut être ardu d'atteindre la cime. Si l'on veut prendre plaisir à lire Horace dans le texte, il faut d'abord se contraindre à apprendre les décli­naisons de la grammaire latine. Seuls accèdent à la plénitude du bonheur ceux qui se sont privés eux-mêmes de plaisirs légitimes afin d'obtenir des joies différées. Les gens qui se « laissent aller » s'avachissent ou deviennent fous.

Le Sauveur de ce monde nous a enseigné lui-même que les plus belles joies ne peuvent nous être dévolues que si nous les achetons par la prière et le jeûne : il nous faut, avant tout, nous déles­ter, par amour pour lui, de nos pièces de cuivre, et il nous remboursera en pièces d'or, en joie et en extase.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

Partager cet article
Repost0
28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 09:16

NÉCESSITÉ D'UNE RÉVOLUTION

Le philosophe du dix-neuvième siècle, a tenté d'exprimer l'état d'esprit de son époque en affir­mant : « Dieu est mort. » Il voulait dire par là que ses contemporains étaient en train de perdre la foi.

Il a également jeté un regard prophétique sur l'ave­nir et prédit que le vingtième siècle serait un siècle de guerres et de révolutions. Ses deux affirmations étaient liées l'une à l'autre par une logique beaucoup plus profonde que l'inventeur de la philosophie du « surhomme » ne le supposait : l'homme qui a cessé d'aimer Dieu ne continue pas bien longtemps à aimer son prochain, et il considère comme particuliè­rement ardu de tenter d'aimer un prochain d'une catégorie spéciale : son ennemi.

Nous sommes bien, en effet, dans un siècle de révo­lutions. Mais il n'est nullement fatal que ce siècle s'inscrive dans l'histoire comme celui de révolutions strictement économiques et politiques. La possibilité nous demeure toujours ouverte de faire de notre époque celle des révolutions glorieuses, celle des révo­lutions contre nous-mêmes. Il y a révolution chaque fois qu'une âme détrône le moi qui l'opprime et se soumet au principe d'amour. Une révolution se produit chaque fois que l'humilité remplace l'orgueil dans nos cœurs et que nous abandonnons la folle poursuite du « succès » et de la notoriété.

Ce type de révolution domestique trouve son modèle dans l'action de Nôtre-Seigneur lui-même. La nuit qui précéda sa mort pour la rédemption du monde, il s'agenouilla devant ses disciples comme s'il était moins que chacun d'eux. Auparavant, lorsqu'il les enseignait, il leur avait souvent dit de ne pas recher­cher à table les meilleures places ni d'essayer d'être célèbres parmi les hommes. Lorsque les apôtres s'étaient disputés entre eux pour savoir lequel était le plus grand, il les avait adjurés de procéder à une révolution de leurs valeurs. Il leur avait dit : « Les rois des nations les maîtrisent et ceux qui les dominent sont appelés bienfaiteurs. Qu'il n'en soit pas de même pour vous. Mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Car quel est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. »

Naguère, Nôtre-Seigneur avait formulé la révolu­tion de l'humilité ; après la Cène, il la mettait en pratique : « Il ôta ses vêtements et prit un linge dont il se ceignit. Ensuite, il versa de l'eau dans un bassin et il se mit à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. » En ce temps-là, seuls des esclaves étaient chargés de besognes aussi serviles. Et c'était un formidable renversement des valeurs que le Maître des Maîtres, le Roi des Rois s'agenouillât devant vingt-quatre pieds calleux et suants pour les laver... exactement comme son abso­lution continue à laver nos cœurs calleux et nos âmes souillées. Toutes les valeurs humaines se trouvaient effondrées pour toujours par cette stupéfiante révo­lution que le Christ formula en ces termes : « Celui qui s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé. »

A compter du jour où ces paroles furent prononcées, César perdit son trône. Le principe de l'exploitation était aboli, l'arrogance et l'orgueil étaient bannis... Depuis lors, tous les chrétiens ont été mis en garde contre la tentation de juger selon les jugements du monde et de rechercher pour eux-mêmes les récom­penses que le monde peut accorder. En même temps que l'eau coulait des mains divines, cette nuit-là, les vieux systèmes de morale se démodaient et les plus nobles conquêtes des anciens cessaient d'être à l'échelle de l'homme. A partir de ce moment-là, les pires désordres possibles de l'âme étaient connus : c'étaient le refus de servir autrui et la prétention de mériter des privilèges spéciaux. Une nouvelle loi était née : elle affir­mait l'égalité de tous les hommes devant Dieu et proclamait ensuite la beauté de l'humilité. Celui qui s'était abaissé en devenant un homme multi­pliait maintenant les bienfaits et soulignait la leçon en réduisant son infini au service de ses serviteurs.

La révolution à l'intérieur de l'âme, c'est l'aventure chrétienne. Elle ne requiert aucune haine, elle ne revendique aucun droit individuel, elle ne réclame aucun titre ambitieux, elle ne dit aucun mensonge. Dans une révolution de cette sorte, c'est l'amour qui opère de l'intérieur, un peu comme une cinquième colonne, fidèle à Dieu, au sein de nos personnes déchi­rées. Pareille révolution détruit l'orgueil et l’égoïsme, l'envie et la jalousie, et ce besoin d'être « le premier » qui nous empêche de respecter les droits d'autrui. L'épée qu'elle brandit ne menace pas le prochain, elle ne menace que la surestimation absurde de nos personnes. Dans les autres révolutions, il est aisé de se battre, car c'est contre un « méchant ennemi » que nous sommes en guerre. La révolution chrétienne, en revanche, est difficile, car l'ennemi auquel il nous faut donner l'assaut est une partie de nous-mêmes. Et pourtant, c'est là la seule révolution qui aboutit à la véritable paix : les autres rébellions ne s'achèvent jamais, car elles manquent toujours leur but : elles laissent de la haine bouillonner dans l'âme des hommes.

La pensée contemporaine se concentre sur les révo­lutions du monde extérieur, des nations et des classes, des races, des partis et des clans. Notre divin Seigneur, lui, n'a pas pris comme premier objectif la révolution sociale. Il a d'abord refait l'individu, grâce à sa Résur­rection ; ensuite, il a envoyé son esprit dans l'homme et régénéré le monde antique.

Saint Augustin a dit : « Ceux qui troublent la paix dans laquelle ils vivent, ne le font pas par haine de cette paix, mais pour montrer qu'ils ont le pouvoir de l'altérer. » Les guerres éclatent lorsque les hommes projettent leurs conflits intérieurs dans le monde extérieur ; la paix viendra lorsque de nombreux hommes auront accompli leur révolution intérieure, brisé leur orgueil et détruit leurs ambitions égoïstes.

La paix qui découle de pareilles hostilités spirituelles peut exercer une heureuse contagion d'âme en âme, et apporter la paix sur la terre à tous les hommes de bonne volonté.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

Partager cet article
Repost0
27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 10:26

    LES SOUTERRAINS

le monde moderne a un curieux amour des sou­terrains, il aime les caves sombres et profondes des existences humaines, il aime à plonger dans les zones subhumaines de nos vies et à les analyser. Cette attraction est, partiellement, une réaction contre un excès exactement contraire.  Il y a un siècle, les hommes étaient persuadés qu'ils avaient atteint de nouveaux sommets  d'existence.  Ils  parlaient  du  progrès inévitable, du triomphe sur la mort, de la transformation des hommes en dieux et de la terre en paradis.

Aujourd'hui, la présomption de nos grands-parents a cédé la place au désespoir de nos contemporains. Pris de vertige à des altitudes artificielles, l'homme a chu au fond des profondeurs, dans le plus terrible désespoir. Son enthousiasme délirant s'est transformé en dégoût, ses perspectives de plaisirs accrus ont abouti à la satiété, et ses espoirs extravagants de succès temporels ont tourné à la nausée.

Deux catégories de spécialistes des choses souter­raines ont surgi dans les temps modernes : les uns analysent les travailleurs considérés en tant que « masses » ; les autres étudient l'inconscient dans l'âme des individus. Les peuples sont devenus des « masses » qui ne peuvent être manipulées par un dictateur que lorsqu'elles ont perdu le sens de leurs responsabilités et de leur dignité. Lorsqu'elles sont réduites à cette condition, elles offrent une proie facile aux forces étrangères et extérieures ; telles sont les premières conditions de l'établissement de l'état totalitaire. Les communistes et les fascistes le savent bien.

Les spécialistes de la deuxième catégorie sont les gens qui prennent pour terrain de recherches la partie subrationnelle, involontaire, subhumaine de l'intel­ligence de l'homme : son inconscient dans lequel l'esprit refoule des fragments de pensée. Le sub­conscient a, en fait, une influence sur le comportement humain ; mais ce n'est pas là le seul facteur ni celui qui, en définitive, est déterminant. Une éraflure sur le gland dont il est issu peut expliquer, dans une cer­taine mesure, la forme du chêne arrivé à maturité ; mais la lumière, la chaleur et les forces invisibles de la vie sont également responsables de son état présent.

Ces groupes jumeaux de chercheurs « souterrains » nous donnent la clef de notre époque. En effet, comme Virgile, les hommes ont toujours eu tendance à se représenter l'enfer au fond des abîmes, et bien que l'Eglise ne se soit jamais prononcée sur la géographie de l'enfer, l'imagination populaire le situe sous la terre. Il en résulte que lorsque l'intérêt public se concentre sur ce qui est « sous » quelque chose, il y a psychologiquement des chances pour que la question de l'enfer soit l'idée de derrière la tête de toute une génération de penseurs et de lecteurs.

Ceux qui braquent leur attention sur l'inconscient, ceux qui en étudiant la libido et les instincts sexuels espèrent résoudre les problèmes de l'existence, ces gens-là cherchent le bonheur dans les «sous-régions» où on ne le rencontre jamais. C'est seulement grâce à la raison et à la volonté (qui sont des phénomènes d'essence divine) que les êtres humains peuvent atteindre à la paix. La tragédie de notre temps, c'est le désespoir de ceux qui ont réussi : leur misère n'a point pour origine la faillite de leurs plans, mais le fait que, les ayant réalisés, ils ne trouvent pas le bonheur.

Ce Tout auquel ils aspirent (profits matériels et triomphes temporels) se métamorphose en Rien dès qu'on en a la possession. Et Rien, c'est le pôle opposé à celui de Dieu et de sa création. L'enfer, c'est le moi gorgé de ses concupiscences satisfaites, contraint de se consumer pour toujours sans espoir de délivrance.

Le monde d'aujourd'hui attend une résurrection. Les masses qui sont submergées par des pouvoirs dictatoriaux attendent qu'on casse les reins du ser­pent afin d'être libres d'agir de leur propre autorité, comme elles le firent lorsque notre constitution fut écrite. Car cette constitution précisait : « Nous, le peuple ordonnons et établissons un gouvernement... »

De même les âmes qui sont individuellement cadenassées dans la misère de leur moi inconscient, qui opèrent au niveau subhumain du comportement animal et instinctif, ces âmes ont besoin d'une résurrection pour les arracher à la tombe où leur satiété les a placées. Elles aussi, elles aspirent à la lumière.

Il y a de la vie dans l'œuf, mais pour que cette vie en jaillisse, il faut briser la coquille. Il y a aussi de la vie dans les masses dépossédées et dans les âmes individuelles ensevelies et frustrées. Mais dans l'un et l'autre cas, la coquille doit être brisée, et brisée de l'extérieur. Il faut pour cela une Puissance qui ne soit pas humaine, qui soit divine.

Ce que chaque âme, doit se demander, est ceci : Est-ce que je veux continuer à vivre dans la coquille ou est-ce que je désire être portée à un point d'incuba­tion spirituelle ? Ceux qui se trouvent à l'intérieur des coquilles peuvent en sortir s'ils permettent à Dieu de les libérer en écrasant la carapace d'égoïsme qui les prive de sa lumière.

C'est là une question grave. Et ceux qui refusent de prendre au sérieux les questions morales ou spiri­tuelles finissent par prendre au sérieux ce néant qui est le domaine de l'éternel souterrain. Par contre, si nous prenons l'âme au sérieux, nous devenons capables de prendre toutes les autres choses plutôt à la légère. C'est là le commencement du bonheur, dans ce monde et dans le suivant.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

Partager cet article
Repost0