Les persécutions et les martyrs
- Mais la foi chrétienne devait passer par de bien dures épreuves pour qu'il fût manifeste qu'elle venait de Dieu et qu'il était son seul soutien. Dans les trois premiers siècles de son existence, donc rendant le cours de 300 ans, beaucoup de terribles persécutions sévirent contre les fidèles de Jésus-Christ par ordre des empereurs romains.
La guerre faite aux chrétiens n'était pas continuelle, mais elle reprenait à certains intervalles. Et alors, on les recherchait pour leur demander raison de leur foi, on leur enjoignait d'offrir de l'encens aux idoles, et s'ils refusaient ils étaient soumis à tous les affronts, à toutes les peines, à tous les tourments que la malice humaine pouvait imaginer, et enfin à la mort.
- Ils ne provoquaient point leurs ennemis ; pour leurs exercices pieux et pour l'assistance au divin Sacrifice ils se réunissaient le plus souvent dans des lieux souterrains, obscurs et déserts, qui existent toujours à Rome et ailleurs et qu'on appelle cimetières ou catacombes ; mais ils ne réussissaient pas à éviter les périls de mort. Et un très grand nombre d'entre eux, en versant leur sang, rendirent témoignage à la foi de Jésus-Christ pour l'affirmation de laquelle étaient morts les Apôtres et leurs imitateurs. C'est pour r cela qu'on les appelle martyrs, ce qui signifie précisément témoins. L'Eglise reconnaissait ces chères victimes de la foi, recueillait leurs cadavres, les plaçait en de saintes sépultures et les admettait aux honneurs des autels.
Constantin et la paix de l'Eglise
123. L'Eglise n'eut de paix solide que sous Constantin qui, victorieux de ses ennemis, favorisé et encouragé par une vision céleste, publia des édits, d'après lesquels chacun restait libre de professer la religion chrétienne ; les chrétiens rentraient en possession des biens qui leur avaient été confisqués ; personne ne pouvait les inquiéter au sujet de leur foi, ils ne devaient plus être exclus des charges ou emplois de l'Etat ; ils pouvaient bâtir des églises ; et souvent l'empereur en soutenait les frais.
Alors tous les confesseurs de la foi qui étaient en prison furent rendus à la liberté ; les chrétiens commencèrent à célébrer leurs assemblées avec un éclat public et les infidèles eux-mêmes éprouvaient un attrait à glorifier le vrai Dieu.
124. Constantin, ayant triomphé de son dernier compétiteur, resta seul maître du monde romain et on vit la croix de Jésus-Christ briller sur les étendards de l'empire.
Il divisa ensuite l'empire en Empire d'Orient et Empire d'Occident, faisant de Byzance sur le Bosphore une nouvelle capitale qu'il embellit et appela Constantinople (330 après J.-C.) Cette métropole devint bientôt une nouvelle Rome à cause de l'autorité impériale qui y résidait.
Alors l'esprit d'orgueil et de nouveauté s'empara de quelques hommes d'Eglise qui y étaient constitués dans une haute dignité. Ils ambitionnèrent la primauté sur le Pape et sur toute l'Eglise de Jésus-Christ. De là naquirent, pendant plusieurs siècles, de très graves dissensions et finalement le schisme désastreux par lequel l'Orient se sépara de l'Occident (ne siècle), se soustrayant à la divine autorité du Pontife Romain qui est le successeur de saint Pierre, Vicaire de Jésus-Christ.
Les hérésies et les Conciles
125. Tandis qu'elle sortait victorieuse de la guerre extérieure avec le paganisme et triomphait de l'épreuve de ses féroces persécutions, l'Eglise de Jésus-Christ, assaillie par des ennemis intérieurs, livrait déjà une guerre intestine bien plus terrible. Guerre longue et douloureuse qui, engagée et maintenue ardente par de mauvais chrétiens, ses fils dégénérés, n'a pas encore vu de fin ; mais dont l'Eglise sortira triomphante selon la parole infaillible du divin fondateur à son premier Vicaire ici-bas, l'apôtre Pierre « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle ». (S. Mathieu, XVI, 18.)
126. Déjà du temps des Apôtres s'étaient levés des hommes pervers qui, par esprit de luxe et d'ambition, troublaient et corrompaient dans le peuple la pureté de la foi par de honteuses erreurs. Les Apôtres s'opposèrent à eux par leur prédication et leurs écrits, et par l'infaillible sentence du premier concile qu'ils célébrèrent à Jérusalem.
127. Dans la suite l'esprit des ténèbres ne cessa pas ses attaques venimeuses contre l'Eglise et contre les divines vérités dont elle est la gardienne indéfectible ; et, suscitant toujours contre elle de nouvelles hérésies, il attaqua l'un après l'autre tous les dogmes de la religion chrétienne.
128. Les plus tristement fameuses parmi les hérésies furent celles : de Sabellius, qui attaquait le dogme de la Très Sainte Trinité ; de Manès, qui niait l'Unité de Dieu et admettait dans l'homme deux âmes ; d'Arias qui ne voulait pas reconnaître la divinité de N.-S. Jésus-Christ ; de Nestorius, qui déniait à la Très Sainte Vierge sa dignité élevée de Mère de Dieu et distinguait en Jésus-Christ deux personnes; d'Eutychès qui n'admettait en Jésus-Christ qu'une seule nature; de Macédonius, qui combattait la divinité de l'Esprit-Saint ; de Pélage, qui attaquait le dogme du péché originel et de la nécessité de la grâce ; des Iconoclastes, qui rejetaient le culte des saintes Images et des reliques des Saints; de Bérenger, qui niait la présence réelle de N.-S. Jésus-Christ dans le Très Saint-Sacrement, de Jean Huss, qui niait la primauté de saint Pierre et du Pontife Romain ; et enfin la grande hérésie du Protestantisme (XVIe s.) produite et répandue principalement par Luther et Calvin. Ces novateurs repoussaient la Tradition divine, réduisant toute la révélation à la Sainte Ecriture et ils soustrayaient la Sainte Ecriture elle-même au légitime magistère de l'Eglise pour la livrer follement à la libre interprétation de l'esprit privé de chacun. Ils démolissaient ainsi tous les fondements de la foi, exposaient les Livres Saints à la profanation de la présomption et de l'ignorance et ouvraient la porte à toutes les erreurs.
129. Le protestantisme ou religion réformée, comme l'appelèrent orgueilleusement ses fondateurs, est la somme de toutes les hérésies qui furent avant lui, qui ont été depuis et qui pourront naître encore pour la perte des âmes.
130. Par une lutte qui dure sans trêve depuis vingt siècles, l'Eglise catholique ne cessa de défendre le dépôt sacré de la vérité que Dieu lui a confiée et de protéger les fidèles contre le venin des doctrines hérétiques.
131. A l'exemple des Apôtres, chaque fois que le besoin public l'a exigé, l'Eglise rassemblée en Concile œcuménique ou général, a défini avec une limpide clarté la vérité catholique, l'a proposée comme dogme de foi à ses fils et a repoussé de son sein les hérétiques, les frappant d'excommunication et condamnant leurs erreurs.
Le concile œcuménique ou général est un auguste assemblé où sont appelés par le Pontife Romain tous les Evêques de l'univers et autres prélats de l'Eglise et qui est présidée par le Pape en personne ou représenté par ses Légats. A cette assemblée, qui représente toute l'Eglise enseignante, est promise l'assistance du Saint-Esprit, et ses décisions en matière de foi et de mœurs, une fois confirmées par le Souverain Pontife, sont sûres et infaillibles comme la parole de Dieu.
132. Le concile qui condamna le protestantisme fut le Saint Concile de Trente, ainsi nommé de la ville où il tint ses séances.
133. Frappé de cette condamnation, le protestantisme vit se développer les germes de dissolution qu'il portait dans son organisme vicié : les dissensions le déchirèrent, et il s'y multiplia des sectes qui, se divisant et se subdivisant, le mirent en lambeaux. Aujourd’hui le nom de protestantisme ne signifie plus une croyance uniforme et répandue, mais il cache le plus monstrueux assemblage d'erreurs privées et individuelles, abrite toutes les hérésies et représente toutes les formes de rébellion contre la sainte Eglise catholique.
134. Mais l'esprit protestant, c'est-à-dire l'esprit de liberté effrénée et d'opposition à toute autorité, ne laissa pas de se répandre, et beaucoup d'hommes se sont levés qui, gonflés d'une science vaine et superbe, ou dominés par l'ambition et l'intérêt, n'ont pas hésité à créer ou favoriser des théories subversives de la foi, de la morale et de toute autorité divine et humaine.
135. Le Souverain Pontife Pie IX, après avoir, dans un Syllabus, condamné beaucoup des plus essentielles propositions de ces téméraires chrétiens, avait, pour porter la cognée à la racine du mal, convoqué à Rome un nouveau concile œcuménique. Ce concile avait heureusement commencé son œuvre illustre et bienfaisante dans les premières sessions tenues dans la basilique de Saint Pierre au Vatican (d'où le nom de Concile du Vatican) lorsque, en 1870, par suite des vicissitudes des temps, il dut suspendre ses séances.
136. Espérons que la tempête qui agite momentanément l'Eglise s'apaisera, et que le Pontife Romain pourra reprendre et mener à bout l'œuvre providentielle du saint Concile et qu'il nous sera bientôt donné de voir la vérité catholique, victorieuse des erreurs qui travaillent à cette heure l'Eglise et la société civile, briller d'un éclat nouveau et illuminer le monde de ses éternelles splendeurs.
Indications et directions pour l'étude
de la religion dans l'histoire de l'Eglise
137. Nous voici au terme de notre abrégé, car il ne nous est pas possible de suivre pas à pas les vicissitudes de l'Eglise dans la complication des événements politiques, sans dire des choses qui seraient moins à la portée des intelligences ordinaires et sans manquer le but de ces pages.
Que le fidèle de bonne volonté se procure un bon abrégé d'histoire de l'Eglise fait par un auteur catholique. — Qu'il lise en esprit de simplicité et d'humilité chrétiennes, et il verra l'Eglise sa Mère resplendir des caractères dont Notre-Seigneur Jésus-Christ a orné la seule et véritable Eglise fondée par lui, qui sont d'être Une, Sainte, Catholique et Apostolique.
138. Une. — L'unité de l'Eglise, il la verra resplendir dans l'exercice continu de la foi, de l'espérance et de la charité. Il verra, en vingt siècles d'une vie toujours jeune et florissante que compte l'Eglise, tant de générations, tant de multitudes d'hommes différents de tempérament, de nation, de langue, réunis en une société gouvernée toujours par une même et perpétuelle hiérarchie, professer les mêmes croyances, s'appuyer sur les mêmes espérances, participer aux mêmes prières, aux mêmes sacrements, sous la direction des légitimes Pasteurs. Il -verra la hiérarchie ecclésiastique, formée de tant de milliers d'Evêques et de Prêtres, resserrée par le lien de l'unité dans la communion et l'obéissance du Pontife Romain qui est son chef divinement constitué et recevant de lui les divins enseignements pour les communiquer au peuple avec une parfaite unité de doctrine. D'où vient donc une telle merveille d'union ? De la présence, de l'assistance de Jésus-Christ qui avait dit aux Apôtres : « Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. »
139. Sainte. _____ Le fidèle qui lira avec un cœur droit l'histoire de l'Eglise, verra resplendir la sainteté de l'Eglise, non seulement dans la sainteté essentielle de son Chef invisible Jésus-Christ, dans la sainteté des sacrements, de la doctrine, des corporations religieuses, de beaucoup de ses membres, mais encore dans l'abondance des dons célestes des saints charismes (*), des prophéties et des miracles par lesquels le Seigneur qui les refuse à toutes les autres sociétés religieuses fait briller à la face du monde le privilège de sainteté dont seule est ornée son Eglise.
(*) Nom donné par saint Paul aux faveurs spéciales que Dieu accorde à certains chrétiens pour l'utilité de l'Eglise et qui brillaient en grand nombre dans les premières communautés chrétiennes. Ainsi le don de prophétie, le don des langues, la grâce des guérisons, etc., énumérés dans la II, Epitre aux Corinthiens XII.
Celui qui lit l'histoire de l'Eglise avec une âme droite est pénétré d'admiration en contemplant l'action visible de la Providence divine qui communique à l'Eglise la sainteté et la vie et veille à sa conservation. C'est elle qui, dès les premiers siècles, suscitait ces grands hommes, gloire immortelle du christianisme, qui, remplis d'une sagesse et d'une force surhumaines, combattirent victorieusement les hérésies et les erreurs à mesure qu'elles s'élevaient ; saints Pères et Docteurs qui brilleront comme des étoiles, selon la parole de l'Ecriture, dans les perpétuelles éternités. C'est leur consentement universel et unanime qui fait toujours reconnaître à l'Eglise la Tradition et le sens des Saintes Ecritures.
On est également frappé quand on voit surgir providentiellement, en temps et lieu opportuns, ces Ordres Réguliers, ces Familles Religieuses, approuvées et bénies par l'Eglise, dans lesquelles depuis le quatrième siècle on a vu fleurir la vie chrétienne et les aspirations vers la perfection évangélique, dans la pratique des conseils divins par les saints voeux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance.
L'histoire nous montre qu'au cours des siècles ces Familles Religieuses sont toujours allées et vont toujours se succédant et se renouvelant avec un but toujours adapté à la diversité des temps et de leurs besoins : ou la prière, ou l'enseignement, ou l'exercice du ministère apostolique, ou l'accomplissement varié et multiple des oeuvres de charité. Elles sont en butte, comme leur sainte Mère l'Eglise, à des persécutions furieuses qui, souvent et pendant quelque temps, les écrasent. Mais parce que ces instituts appartiennent à l'essence de l'Eglise pour la réalisation des conseils évangéliques, ils ne peuvent pas périr tout à fait. Et il est prouvé que les tribulations les purifient et les rajeunissent ; et, renaissant ailleurs, ils se multiplient et produisent des fruits plus abondants et restent toujours une source inépuisable de la sainteté de l'Eglise.
140. Catholique. — Le fidèle lira avec tristesse qu'au cours des siècles de trop grandes multitudes de chrétiens, parfois des nations entières, furent misérablement détachées de l'unité de l’Eglise ; mais il verra aussi que, successivement, Dieu envoyait à d'autres peuples, à d'autres nations la lumière de l'Evangile par des hommes apostoliques chargés expressément par lui, comme le furent les Apôtres, de guider les âmes vers le salut. --- Et il se consolera en reconnaissant que cet apostolat, le Seigneur a daigné le confier dans notre siècle à des centaines et des milliers de prêtres, de religieux de tout ordre, des vierges consacrées qui, sur les bateaux à vapeur et sur les voies ferrées, parcourent la terre et les mers de l'ancien et du nouveau monde pour étendre le règne de Jésus-Christ
Ce serait donc une erreur d'ajouter foi aux vanteries des incrédules : que le catholicisme va s'éteignant dans le monde et que les hommes ne se préoccupent plus que du progrès des sciences et des arts. Il résulte au contraire bien clairement des statistiques que, dans l'ensemble, le nombre des catholiques, dans les cinq parties du monde, malgré les persécutions et les difficultés de toute sorte, s'accroît tous les ans, et il y a lieu d'espérer que les moyens de communication devenant de plus en plus faciles, il n'y aura plus désormais une terre accessible où il n'y ait pas dans une modeste église, autour d'un pauvre missionnaire, un groupe de chrétiens unis d'esprit et de cœur avec leurs frères du monde entier, et par le moyen des Evêques ou des Vicaires apostoliques légitimement envoyés par le Saint-Siège, reliés avec lui dans l'unité de foi et de communion. — C'est là ce qu'on appelle la catholicité de l'Eglise. Elle seule peut se dire catholique ou universelle, c'est-à-dire de tous les temps et de tous les lieux.
- Anostolique. — Le fidèle verra, en parcourant l'histoire de l'Eglise, se succéder, au milieu d'innombrables difficultés, les Pontifes Romains, tous revêtus en la personne de Pierre des prérogatives mêmes que Jésus-Christ lui donnait. Ils transmettent la juridiction à ceux qui sont, eux aussi, les successeurs des Apôtres. Et de même que nul d'entre les Apôtres ne se sépara jamais de Pierre, ainsi aujourd'hui nul ne pourrait se séparer du Siège de Rome sans cesser d'appartenir à l'Eglise, qui dès lors se dit et est réellement apostolique.
- Dans l'histoire de l’Église le fidèle apprendra à connaître et à éviter les ennemis de l'Eglise et de la foi. Au cours des siècles, il rencontrera des associations ou sociétés ténébreuses et secrètes qui, sous différents noms, se formèrent non pour glorifier le Dieu éternel, tout-puissant et bon, mais pour abattre son culte et y substituer (chose incroyable et pourtant réelle) le culte du démon.
Il ne s'étonnera pas que les successeurs légitimes de saint Pierre, sur lequel Jésus-Christ fonda son Eglise, aient été ou soient encore aujourd'hui, pour les hérétiques et les incrédules, un objet de haine, de moquerie et d'aversion, car ils doivent ressembler de plus près au divin Maître, qui disait : S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi. Mais la vérité qu'il verra résulter de l'histoire est celle-ci : que, pendant plusieurs siècles, les premiers Papes furent justement élevés aux honneurs des autels, car beaucoup versèrent leur sang pour la foi, que presque tous les autres brillèrent par de remarquables dons de sagesse et de vertu, toujours ardents à instruire, défendre et sanctifier le peuple chrétien, toujours prêts, comme leurs prédécesseurs, à donner leur vie pour rendre témoignage à la parole de Dieu.
— Qu'importe dès lors (puisque malheureusement il y eut parmi les douze un apôtre criminel), qu'importe si un petit nombre parmi tant de pontifies furent moins dignes de monter sur le Siège suprême où la moindre tache parait très grave ? Dieu l'a permis pour faire connaître sa puissance à soutenir l'Eglise, puisqu'il a gardé un homme infaillible dans son enseignement malgré les défaillances de sa conduite personnelle.
Fin
Extrait du Catéchisme de Saint Pie X. (TROISIEME PARTIE)
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