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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 18:56



   Permettez donc qu'aujourd'hui, un crucifix à la main, je me mette à parcourir les rues en deman­dant à tous ceux que je rencontrerai : Où allez-vous ? Où allez-vous ? Chez un avocat peut-être pour terminer tel procès, chez le notaire pour stipu­ler tel contrat, chez le prince pour obtenir telle faveur, au marché pour faire des emplettes, au ministère pour arranger telle affaire ?

Fort bien ; mais pourquoi tant d'embarras ? — Nous avons des enfants, nous avons des filles à marier, nous avons une nombreuse famille. — Mais ces enfants où les avez-vous laissés ? Si c'est sous la garde d'une per­sonne qui ait soin de les diriger dans les chemins du ciel, allez, je n'ai rien à dire.

Mais si vous les avez laissés dans un rendez-vous de jeunesse où ils apprendront le vice, ou à une table de jeu, occupés à manier les cartes et les dés, ou dans un lieu suspect, se livrant à de dangereuses licences, retournez, pères inhumains, retournez chez vous : pensez d'abord à vos enfants eux-mêmes, et puis vous songerez à la fortune. Quelle est donc votre folie ? Vous vous préoccupez des biens à procurer à vos enfants, et vous oubliez ces enfants auxquels vos biens doivent servir. 

Quand vous paraîtrez devant ce divin Sauveur que vous voyez ici, voyez ce crucifix, il ne vous demandera pas si vous avez laissé à vos enfants des revenus considérables, ou des charges honorables, ou des alliances distin­guées, non ; mais il vous demandera si vous les avez laissés riches de vertus.

C'est sur ce point qu'il vous fau­dra répondre à ce redoutable tribunal. Et qu'aurez-vous à répondre vous qui parfois, pour une miséra­ble somme, ne craignez point de risquer leur salut éternel ?

N'est-il pas vrai que si vous vouliez dépen­ser un peu plus, prendre un peu plus de peine, vous pourriez les pourvoir de bons maîtres, de serviteurs fidèles, de confesseurs zélés, de livres utiles, de sages enseignements, de conseils, d'encouragements, de freins et de tous les secours nécessaires pour vivre chrétiennement ?

Pourquoi ne le faites-vous pas ? Est-ce que l'Esprit Saint ne vous le recommande pas ? « Vous avez des enfants ? Élevez-les bien. » II ne dit pas : enrichissez-les, non, non ; mais, rendez-les vertueux, oui, rendez vos enfants vertueux ; c'est là ce que vous devez avoir à cœur avant tout.

Advienne que pourra des richesses, pourvu que leurs âmes soient sauvées ; que vos champs restent incul­tes, qu'importé ! Mais que les inclinations de vos enfants ne soient pas laissées sans culture ; que vos vignes soient négligées, mais non leur caractère.

Vos enfants auront un riche patrimoine s'ils sont riches de vertus ; et il leur sera bien plus avantageux d'hériter des vertus et des bons exemples de leurs parents, que de toutes les richesses du monde.

 

(A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

elogofioupiou.over-blog.com


 

 

I 

 

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 20:05
       Mais non ; si l'on emploie la rigueur, c'est quand les intérêts corporels      sont en jeu, nullement quand il s'agit de l'affaire importante du salut.

 Et pour en venir entre nous aux cas pratiques, combien de fois n'est-il pas arrivé, père de famille, qu'un ami s'est approché de vous pendant que vous étiez occupé, soit dans votre atelier, soit dans votre maga­sin, ou assis à une table de jeu, ou faisant anticham­bre en attendant votre tour d'audience, ou conver­sant dans un cercle de désœuvrés, pour vous souf­fler à l'oreille que votre fils faisait de fréquentes sta­tions dans certains endroits suspects, qu'on le voyait souvent à la porte de telle maison, et que sa fré­quentation devenue publique faisait connaître la pas­sion délirante qui l'égarait, , ou bien pour vous avertir qu'ayant attaqué un de ses compagnons pour une bagatelle, il l'avait accablé d'injures et de coups ? Et qu'avez-vous répondu ?

Sans vous émou­voir le moins du monde, vous avez excusé sa jeu­nesse en disant : Que voulez-vous ? Il est encore jeune ; à son âge, moi aussi j'ai brisé une lance. Et peut-être avez-vous été jusqu'à louer son courage et sa bravoure. De retour chez vous, vous l'avez accueilli avec le même air qu'auparavant, si pas mieux ; il s'est assis à votre table comme aupara­vant, il a conservé la même place dans votre affec­tion, en un mot, il n'a rien perdu aux yeux de son père, parce que son père n'avait souffert aucun pré­judice dans ses intérêts temporels.

Peu de temps après, le même ami est venu vous dire, d'une manière vague, que votre fils avait perdu au jeu dans telle maison une somme considérable, et qu'il était assiégé par ses créanciers, lesquels menaçaient de recourir aux tribunaux pour se faire payer. Alors qu'avez-vous dit ? Ah ! Quels emportements ! Quelle fureur ! Quel vacarme ! Quel ressentiment ! Quelle rage ! Qu'il ne paraisse plus devant moi, l'infâme. Non, il ne mérite plus de demeurer chez moi le misé­rable qui veut ruiner son père. — Mais, monsieur, il faut considérer qu'il est jeune. — Quoi jeune ! J’aurai donc dépensé mes années et mes sueurs pour m'élever une modeste fortune, afin que ce malheu­reux me la renversât en quelques heures ? Non, je ne veux plus le voir. Je le châtierai tant que je vivrai en le privant à jamais de ma présence, je le châtierai à la mort en le déshéritant et en lui léguant pour héri­tage la pauvreté. — N'est-ce pas ainsi que les choses se passent ?

 Mais est-ce bien ainsi qu'elles devraient se passer ? Quel étrange aveuglement ! Comment ! Parents insensés, vous vous montrez si sévères quand il s'agit des intérêts du temps, et vous avez si peu de souci des intérêts bien plus importants de l'âme ?

A quoi pensez-vous du matin au soir ? À quoi tendent tous vos efforts, sinon à procurer à vos enfants soit une position plus opulente, soit un état plus lucratif ou un emploi plus convenable ? N'est-il pas vrai que vous n'omettez rien pour qu'ils deviennent habiles dans les écoles, braves dans la milice, ingénieux dans les affaires, afin d'assurer par là leur fortune, et de les mettre à même, comme vous le dites, de figurer plus honorablement dans le monde ?

Mais de mettre leur salut en sûreté, quand y penserez-vous ! Ah !  C'est là ce qui arrachait des larmes à saint Jean Chrysostome : « Les uns pourvoient leurs enfants de grades dans l'armée, les autres d'honneurs, ceux-ci de dignités, ceux-là de richesses ; et personne, chose déplorable ! Ne songe à les pourvoir de l'amitié de Dieu. » Quel amour insensé ! Pourvoir ses enfants de tout excepté de Dieu !

 

(A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

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19

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 19:27

   Oh ! Quant à cela, il n'est pas vrai que j'aban­donne mes enfants, je les aime comme la prunelle de mes yeux. — Ne vous échauffez pas tant ; je ne sais que trop que vous faites de vos enfants autant d'ido­les. L'amour insensé, qui le premier enseigna l'idolâ­trie aux païens, apprend encore tous les jours aux chrétiens à idolâtrer leurs propres enfants. Celui-ci semble né sous la constellation de Mercure tant il est enclin aux fraudes, aux vols, aux injustices : il fau­drait déraciner ces inclinations maudites de ce cœur encore tendre, par les menaces, la rigueur et même le fouet ; mais que voulez-vous ? C'est l'idole du père : on se tait, on dissimule, on adore.

 

Cet autre paraît en public frisé, parfumé, et mis avec un tel luxe, qu'on le prendrait pour un petit Adonis à pla­cer sur les autels de Diane ; déjà on commence à sentir l'infection de ses dérèglements, il faudrait le désinfecter... Mais que voulez-vous, c'est l'idole de la mère : on se tait, on dissimule, on adore. Un troi­sième laisse percer une ardeur toute martiale, il montre un caractère dur, cruel, porté aux querelles, et au carnage : il faudrait lui mettre un frein énergi­que ; mais que voulez-vous : c'est l'idole du père et de la mère tout à la fois : on se tait, on dissimule, on adore.

 

Et pour ménager ces chères idoles, on fausse le langage ; on donne aux vices le nom de vertus, on appelle l'insolence vivacité, la vanité s'intitule magnanimité, la vengeance est l'effet d'un grand cœur. Si l'un ou l'autre pleure de dépit et refuse d'obéir, on essuie ses larmes avec un sourire ; s'il se permet des paroles indécentes, au lieu de lui fermer la bouche par un soufflet, on le récompense par un baiser.

 

O pères et mères, vous n'êtes pas des parents, s'écrie saint Cyprien, mais des parricides. Fort bien ! Passez tout à vos enfants, riez continuel­lement avec eux, ne tenez aucun compte de leurs égarements : Je vous avertis que vous serez les premiers à vous en repentir, et contraints un jour à haïr contre nature, ceux que vous avez aimés d'abord contre raison. Qui ne frémit en lisant dans saint Augustin, un fait arrivé de son temps dans la famille d'un cer­tain Cyrille, homme de mérite et jouissant d'une grande considération à Hippone ? Celui-ci avait un fils qu'il aimait à l'excès, dit le saint, et plus que Dieu même. Il lui avait consacré toutes les tendres­ses de son cœur, toute l'ardeur de ses affections, en un mot il s'en était fait une idole, et il n'y avait chose qu'il ne fît pour lui plaire, lui laissant la liberté de faire lui-même tout ce qu'il voulait. Il ne lui montrait jamais qu'un visage serein, des lèvres souriantes et des regards flatteurs ; aussi n'aurait-il pas eu la force de le voir pleurer, en le contristant par une réprimande, ou en l'intimidant par une menace, ou en l'affligeant par quelque châtiment. O liberté trompeuse ! s'écrie saint Augustin ; ô perdi­tion des enfants ! Ô amour homicide des parents ! 


Grâce à cette détestable éducation, le jeune homme devint bientôt un dissipateur, un débauché, un effé­miné, et finit par le comble de la scélératesse ; écou­tez comment. Un jour qu'il revint à la maison plus ivre que de coutume, et rendu furieux tout à la fois par le vin, par la débauche et par la colère, il opprima sa mère qui était enceinte, étrangla son propre père, attaqua la pudeur d'une de ses sœurs, en blessa deux autres à mort, laissant incertain qui des deux méritait davantage le nom de parricide, ou du fils meurtrier des siens ou du père qui avait été tué. Voilà, pères et mères, où aboutissent toutes vos folies avec vos enfants.

 

Aussi le philosophe Diogène, témoin un jour des insolences d'un jeune homme très arrogant, au lieu de corriger le fils, donna un soufflet au père qui était présent. C'est qu'en vérité, c'est vous qui êtes coupables des écarts de vos enfants.

 

Ah ! Parents inhumains, c'est donc là l'amour que vous portez à vos enfants ? Dites plutôt que c'est de la haine, et une haine cruelle et mali­gne ; et si vous voulez absolument l'appeler amour, je dirai que c'est un amour de singe. Ces animaux, dit Pline, aiment beaucoup leurs petits ; ils ne peu­vent s'en passer un instant, ils les portent dans leurs bras, les pressent contre leur sein, les accablent de mille caresses.

 

 Mais hélas ! À force de les embrasser et de les serrer sans précaution, ils les étouffent et les tuent bien souvent en les caressant. Oh ! Que de singes ont voit aujourd'hui dans la personne des parents trop indulgents ! Considérez, je vous prie, le dommage que vous causez à ces pauvres enfants par un amour si déréglé. Ah ! Que de jeunes gens seraient sauvés s'ils avaient eu en partage un père un peu plus sévère, qui aurait su allier avec la bonté cette rigueur modérée que saint Augustin appelle le tempérament de la sévérité !

 

(A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 21:31
 

   Or, cette vertu précoce qui fait aborder si heureusement les âmes aux rivages de la bienheu­reuse patrie, qui peut la donner aux enfants, si ce n'est vous, pères et mères, avec qui Dieu a partagé, pour ainsi dire, sa toute-puissance, vous associant à ses desseins, afin que par vous le ciel se peuple d'élus ?

Je sais bien que si vos enfants viennent à se perdre, Dieu demandera compte aussi de leurs âmes aux maîtres qui les auront instruits, aux confesseurs qui auront dirigé leur conscience, aux prédicateurs chargés de les exhorter à la piété, aux princes tenus de pourvoir par de sages lois, d'une manière toute spéciale, au bien de la jeunesse, tout comme les jar­diniers doivent leurs soins particuliers aux plantes les plus tendres.

Mais les obligations de ceux-là décou­lent ou de la politique, ou des lois civiles et ecclé­siastiques ; tandis que la vôtre n'est pas seulement une obligation positive, écrite et humaine, mais une obligation naturelle, innée et divine, et partant beau­coup plus rigoureuse.

C'est pour cela que Dieu a mis dans vos enfants ces sentiments de respect, de tendresse, de crainte, qui font que s'ils vous voient le front sévère, ils tremblent et fondent en larmes. C'est pour cela qu'il vous a donné cet air d'autorité si imposant qui inspire le respect à l'impiété elle-même.

Or, si Dieu vous ayant fournis de tant de res­sources pour bien élever vos enfants, qui sont encore plus les siens que les vôtres, vous négligez une affaire d'une telle importance, si vous ne prenez nul souci qu'ils soient élevés pour le ciel plutôt que pour l'enfer, qui pourra suppléer votre négligence ? Qui pourra rendre vertueux ces pauvres enfants que vous avez laissés dans l'abandon ? Sera-ce le confesseur ?

Mais si pendant tant d'années vous n'avez pas même demandé une seule fois à cet enfant depuis combien de temps il vit éloigné des sacrements ? Si vous ne savez même pas à qui il a confié la direction de son âme ? Sera-ce le prédicateur ?

Mais si au lieu de les conduire aux sermons, aux pieuses réunions, vous leur jetez la bride sur le cou et les laissez courir les soirées, les maisons de plaisir, les cafés ? Sera-ce le maître, à qui vous n'avez pas seulement confié votre aîné, pour qu'il le forme à la science et à la vertu, mais que vous avez encore chargé du soin bien plus délicat d'apprendre à lire et à écrire à votre fille déjà nubile ?

Mais s'il trahissait lui-même votre con­fiance ?... Ah ! Ah ! Ah !... Je ne voulais pas le dire, mais voilà que je l'ai dit. Après tout, pourquoi tant de réserve ? N'est-il pas vrai que de nos jours on se donne toutes les peines du monde pour trouver un laboureur qui connaisse à fond l'agriculture, et qui ait le talent de faire valoir les terres et les pro­priétés ; tandis que pour trouver un maître qui à la moralité joigne la crainte de Dieu et forme des élè­ves vertueux, oh ! L’on n'a garde de se mettre en peine ; il n'y a point de village qui n'en fournisse, et les meilleurs sont ceux qui coûtent le moins.

Ah ! C'est ici que je sens mon zèle s'enflammer, et je ne puis m'empêcher de m'écrier avec Salvien : C'est donc là l'amour que vous portez à vos enfants ? Vous êtes bien malheureux, parents, d'aimer de la sorte, plus malheureux encore, enfants, d'être l'objet d'un si funeste amour !

 

Je ne m'étonne plus que dans ce pays-ci, l'on ren­contre, courant les rues, tant d'enfants vagabonds, sans retenue, sans pudeur, et plus profondément pervertis encore qu'ils ne le paraissent extérieure­ment, qui ne savent que folâtrer, tenir de mauvais discours et se corrompre les uns les autres.

 

 Je demandai d'abord si tous ces enfants là étaient des orphelins, sans père ni mère ; mais lorsque j'ai appris qu'ils ont leurs parents, ah ! J'en ai eu le cœur percé de douleur et je n'ai pu m'empêcher de m'écrier : malheureux parents, vous agissez avec vos enfants comme l'autruche du désert qui aban­donne ses œufs au premier venu, sans avoir l'ins­tinct de les garder, ni l'amour de les couver !

 

Ainsi en est-il de vous : après avoir mis vos enfants au monde, vous les laissez courir la rue, et ce qui est peut-être pis encore, vous les confiez à des personnes que vous ne connaissez point, à des gens vicieux, méchants, qui perdront ces pauvres créatures, tandis que vous vivez sans le moindre souci de leur éduca­tion. Ce n'est pas là de l'amour, c'est une cruauté qui excitait les lamentations de Jérémie (Thren. 4, 3.).

 

 (A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 22:02


PREMIER POINT

Aimez vos enfants, personne ne vous le défend : mais ne les aimez pas d'un amour cruel, pire que la haine la plus mortelle. Pères et mères, Dieu en vous donnant des enfants, vous a mis en main une cire molle afin que vous en formiez, à votre choix, ou autant d'anges dignes d'occuper un jour des trônes dans le ciel, ou autant de démons condamnés à gémir au fond des abîmes. Oui, c'est de la cire molle que ce petit enfant, en qui s'impri­ment si aisément les premiers caractères soit de la vertu, soit du vice. Oh ! Si votre amour était bien réglé, quelles bonnes impressions vous formeriez dans ce petit cœur, impressions indélébiles qui se conserveraient jusque dans l'âge le plus avancé.

Prenez garde, vous crie saint Jean Chrysostôme, prenez garde au précieux dépôt que Dieu vous a confié, lorsqu'il vous a donné ce fils que vous avez si longtemps désiré. Sachez qu'il vous a enrichis d'un trésor, lequel étant bien gardé, sera la lumière de vos yeux, la splendeur de votre famille, et un joyau capable d'orner la couronne de Dieu même qui l'a créé. Et pour que vous soyez bien persuadés, qu'il est en votre pouvoir, parents chrétiens, de faire un ange de cet enfant qui vous est si cher, apprenez que c'est une maxime infaillible que « l'adolescent suivra dans sa vieillesse la voie où il s'engage » (Prov. 22, 6.).

Voulez-vous voir cette vérité dans tout son éclat ; parcourez l'Écriture, et vous trouverez que tous ceux qui, dès l'enfance, reçurent en partage une bonne éducation, ont soutenu courageusement les combats de la vertu dans la jeunesse, et se sont maintenus sans tache jusque dans l'extrême vieillesse. La répu­gnance si opiniâtre de Jacob pour les mœurs sauva­ges d'Esau commença dès le sein de sa mère, qui développa ensuite par tous les moyens les heureuses dispositions d'un si digne élève. Vous voyez le chaste Joseph méprisant les attraits de son impudi­que maîtresse ; mais auparavant, dans la maison paternelle, sous la direction d'un bon père, il a appris à envisager avec horreur les vices de ses frè­res.

Vous admirez la vertueuse Judith qui sut con­server intacte sa chasteté sous la tente d'Holopherne ; mais dès son enfance elle s'était rendue plus admirable encore à tout le peuple d'Israël par l'éclat de ses bons exemples. Suzanne repoussa avec un courage héroïque les propositions insolentes de deux impudiques vieillards ; mais pourquoi ? Lisez l'Écriture (Dan. 13, 3.); elle eut le bonheur d'avoir un bon père, une mère vertueuse, qui, dès ses plus tendres années, lui inspirèrent la haine du péché, la crainte du dés­honneur, la modestie, l'amour de la retraite, et la piété. Tobie fut un modèle de pureté au milieu des dissolutions de son siècle ; mais ce fut grâce à la bonne éducation que dès l'enfance il avait reçue d'un vertueux père, lequel, soir et matin, le prenait à part et le pénétrait de solides maximes, ayant tou­tes pour but d'enraciner dans son cœur la crainte de Dieu : et l'enfant observait avec une docilité parfaite toutes ces prescriptions, selon la loi de Dieu. (Tob. 1, 8.)

Et l'histoire ne concorde-t-elle point avec les saintes Écritures ? Si Venceslas, duc de Bohême, fut un modèle de douceur, il faut l'attribuer à la piété ingé­nieuse de Ludmille, sa grand'mère, sainte femme qui le dirigea, dès ses premières années, dans le chemin de la vertu. Si saint Clément d'Ancyre devint un invincible martyr de Jésus-Christ, il faut en rendre grâce à sa mère qui l'encourageait au combat encore petit enfant, en lui racontant les insignes victoires remportées sur les tyrans par les plus vaillants héros du Christianisme.

Si Saint Edmond se maintint si pur dans ses mœurs et garda une inviolable virgi­nité, ce fut l'œuvre de sa mère qui l'accoutuma dès l'enfance à macérer son corps par les disciplines, à le mater par de rudes cilices. Vous voyez, pères et mères, s'il est en votre pouvoir de faire de grands saints. Je comprends à présent pourquoi Nôtre Seigneur, voyant ses disciples repousser les importunités des petits enfants qui se pressaient pour lui bai­ser les mains, leur dit : « Laissez, laissez ces petits enfants venir à moi ; car c'est à eux qu'appartient le royaume des cieux » (Matt. 19, 14.). Remarquez qu'il ne dit pas : le royaume des cieux leur appartiendra, mais il est à eux ; parce que celui qui, avec l'aide d'un bon père, avec l'éducation d'une mère vertueuse, écoute Jésus-Christ, cherche Jésus-Christ, trouve Jésus-Christ dès son enfance, a déjà un pied au paradis

(A suivre)

Tiré de : De l’Éducation des enfants, œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice.

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260 Vailly-s/-Sauldre.

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 19:26

 

«N'appelez personne sur terre du nom de père ; car vous n'avez qu'un père qui est dans les cieux.» Mathieu. 23,9.

 

C'est une défense bien pénible pour un fils de ne pouvoir proférer le doux nom de père ! N'est-ce pas là le nom chéri que nous apprenons tous à dire avant même de savoir vivre ? N'est-ce pas là en quelque sorte le premier lait dont la nourrice arrose les lèvres de l'enfant, afin qu'en balbutiant ces deux premières syllabes il exprime sa reconnaissance envers l'auteur de ses jours ? Quel est l'animal, si féroce qu'il soit, qui ne manifeste ou par des signes, ou par ses regards, ou de toute autre manière, son affection envers ceux qui lui ont donné la vie ? Comment donc nous est-il défendu d'appeler qui que ce soit ici-bas du nom de père ? N'est-ce pas évidemment vouloir arracher du cœur des enfants l'amour envers leurs, parents, et exposer ceux-ci à toutes sortes d'insultes et d'irrévérences de la part de leurs enfants ?

 

Infortunés parents ! A quoi servent les sueurs que vous répandez tous les jours, ou parmi les tempêtes de la mer, ou dans le tumulte des combats, ou dans les luttes des procès, ou parmi les tracas du négoce, ou parmi les efforts qui vous consument ? C'est l'amour de vos enfants qui, comme un doux tyran, vous condamne à une existence, laquelle, selon la remarque de Brocadoro, ne mérite pas le nom de vie, tant elle est laborieuse et pénible.

 

Or, voyez quelle récompense vous recevez, en retour de tant de fatigues et de sollicitudes, un décret interdit d'avance à vos enfants de reconnaître vos bienfaits en vous appelant du doux nom de père. Ah ! Non, c'est une erreur : le divin Sauveur ne défend pas l'amour des enfants à l'égard de leurs parents, puisqu'il en fait un précepte rigoureux dans le Décalogue ; mais c'est l'excès de cet amour qu'il réprouve. Il condamne ces tendresses trop délicates qui pourraient refroidir l'amour véritable que nous devons à notre Père céleste, et c'est pour cela qu'il ajoute : « car vous n'avez qu'un Père qui est dans les cieux. » Malgré cela, j'en demande pardon à cet aimable Sauveur, je voudrais que son zèle se fût élevé avec plus d'énergie encore contre l'amour déré­glé des parents envers leurs enfants.

 

Oh ! C’est bien cet amour qui, dégénérant tous les jours en une haine maligne, remplit les familles de désordres et l'enfer de victimes. Hélas ! Que de pauvres enfants, immolés par leurs parents, peuvent dire avec justice et vérité : nous n'avons qu'un Père, celui qui est dans les cieux. Vous trouverez peu de maisons où il y ait un père qui se conduise en père ; mais presque partout vous trouverez deux mères, l'une plus faible que l'autre.

 

Ah ! Pères et mères ! Ne vous apercevez-vous donc pas du tort considérable que vous faites, et à vos enfants, et à vous-mêmes, et à la société, avec une éducation aussi molle, avec un amour aussi déréglé ? A quoi sert d'aimer beaucoup si l'on aime mal ? Souffrez par conséquent que je fasse aujourd'hui tous mes efforts pour réformer cet amour, et vous montrer — que l'amour faux et déréglé des parents est une véritable haine, et une cause de ruine éternelle pour les enfants ; ce sera le premier point : — que la ruine des enfants, à son tour, est une cause d'éternelle damnation pour les parents ; ce sera le second point. —

 

 Ah ! Si je pou­vais graver cette vérité importante dans les cœurs de tous les chefs de famille, on verrait, non seulement les familles, mais les villes et les villages réformés, et par suite le monde entier sanctifié. Je le désire, mais je n'ose l'espérer car aujourd'hui l'éducation des enfants, d'où dépend l'avenir de la société, passe pour une affaire sans importance, pour un casse-tête superflu.

 

Réveillez-vous donc aujourd'hui, pères et mères, oncles et grands-pères, tuteurs, maîtres et patrons, et vous tous qui êtes compris en quelque manière sous la dénomination de parents ; apprenez une bonne fois le mal que vous faites à vos enfants, à vos neveux, à ceux dont vous êtes chargés, en les élevant si mal, et l'abîme que vous creusez à vous-mêmes par une telle éducation. Quant à moi, je n'espère point de mes paroles tout le fruit possible, non ; mais cela ne me dispense pas de tâcher de le procu­rer, ni vous de m'écouter.  

 

(A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 20:10


L’ENFER ... Suite et fin

Le premier de ces trois princes infernaux s'appelle Asmodée. Il fit partie du chœur des Chérubins. Il est préposé au vice de la chair.

Le second, nommé Mammon, fut du chœur des Thrônes. Il est préposé au vice de l'avarice.

Le troisième, Béelzébuth, autrefois du chœur des Dominations,est le prince de l'idolâtrie et le maître des sciences magiques et de ceux qui pratiquent les sorti­lèges et les incantations. Il est la source de la nuit, le régisseur des lieux obscurs de l'abîme. Son rôle, sa fonction est de répandre les ténèbres sur les créatures raisonnables.

Ces trois lieutenants de Lucifer, de même que leur chef suprême, ne sortent jamais de l'enfer; mais lors­que, par la permission de Dieu, quelque très grand mal doit s'accomplir dans le monde, ils y délèguent à cet effet d'autres démons qui leur sont soumis et qui résident habituellement avec eux dans les ténèbres do l'abîme.

Ils les envoient surtout lorsque les diables qui exis­tent dans les régions aériennes, ou ceux qui sont mêlés aux hommes, n'ont ni la science, ni la puissance suf­fisantes pour exécuter ce mal extraordinaire. C'est seu­lement pour cette cause et dans ce but pernicieux que ces messagers de malheur, plus savants et plus mé­chants que leurs collègues des régions supérieures, sortent de leur prison pour un temps. Cependant ils ne le font pas de leur propre volonté, ni même de l'auto­rité de leurs chefs, mais seulement par une permission expresse de Dieu.

Des esprits déchus qui, lors de la révolte de Lucifer, ont embrassé sa cause, poussés par leur malice propre, les uns habitent la troisième demeure do l'enfer, la plus profonde ; les autres, la seconde, l'intermédiaire; les derniers résident dans la première, la supé­
rieure.

Ceux qui existent dans la demeure inférieure sont les démons qui firent partie de l'ordre le plus élevé de la hiérarchie céleste, c'est-à-dire des chœurs des Ché­rubins, des Séraphins et des Trônes. Ils endurent les plus grands supplices, comme étant les plus coupables, et sont chargés de torturer les âmes damnées qui ont commis les plus grands péchés. Ils sont soumis directement à Lucifer, prince et principe du vice de l'or­gueil, qui est tombé du chœur des Séraphins. Ces démons, quand ils sortent de l'enfer pour venir sur la terre y commettre quelque mal, en sortent principale­ment à cause du crime de l'orgueil.

Les diables qui étaient dans le ciel au deuxième ordre de la hiérarchie, aux chœurs des Dominations, des Principautés et des Puissances, résident dans la demeure moyenne de l'enfer. Ils y sont suppliciés et y tourmentent les âmes des réprouvés qui y sont enfer­mées. Ils sont soumis à l'autorité suprême de Lucifer, mais ils obéissent directement à son lieutenant Asmodée qui tomba du chœur des Chérubins et est le prince et le principe du vice de la chair.

Enfin les esprits déchus du troisième ordre angélique, et qui furent autrefois des Vertus, des Archanges et des Anges, habitent le séjour le plus élevé du royaume infernal. Ils y souffrent eux-mêmes et sont les bour­reaux des âmes des hommes qui s'y trouvent prisonniè­res. Soumis, comme leurs compagnons de douleur, au joug de Lucifer d'une manière générale, ils le sont plus spécialement à celui de Mammon, qui fut autrefois un trône, et est principalement le prince de l'avarice. Ces démons, quand ils sortent de l'enfer, tentent les hom­mes de tant et de si diverses façons qu'il est impos­sible de se l'imaginer.

Le troisième lieutenant de Lucifer, appelé Béelzebuth, qui tomba du chœur des Dominations, a été constitué par la justice divine comme le prince et le chef des ténèbres et des lieux obscurs.

Ces démons, qui sont innombrables, sont ainsi hiérar­chisés entre eux.

Béelzebuth est condamné à être supplicié par ces mêmes ténèbres et à tourmenter aussi les âmes qui sont dans les ténèbres et qui adhèrent aux in­cantations, aux maléfices et aux sortilèges des dé­mons. Ces pratiques répandent l'obscurité dans les esprits des hommes et les détournent de la lumière de la vérité, de la connaissance et de l'intégrité de la doctrine catholique de tant et de si différents moyens qu'il est difficile de le croire et même de l'i­maginer.

De même que les anges déchus qui péchèrent par leur | propre malice sont répartis dans les diverses demeures de l'enfer, de même ceux qui, lors de la révolte de Lucifer contre Dieu, restèrent muets et inactifs et gar­dèrent la neutralité entre le Créateur et sa créature, restent aussi divisés en exécution de la sentence de la justice divine.

Les démons qui résident dans les régions de l'air et qui firent partie de l'ordre suprême de la milice céleste demeurent ensemble. Il en est de même pour ceux qui tombèrent du deuxième ordre et pour ceux qui déchurent du troisième. Mais les uns et les autres n'ont entre eux aucune hiérarchie.

Enfin les mauvais esprits qui habitent sur la terre au milieu des hommes, conservent, comme ceux qui résident dans les airs, les distinctions qui les parta­geaient dans le ciel en trois ordres, mais ils ne sont pas non plus hiérarchisés entre eux.

Fin

Extrait de la : Vie de Ste-Françoise Roumaine. (chapitre II) Thibaud-Landriot et Cie 1841.

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