Il n'y a pas un seul moment dans la vie où nous ne recevions un bienfait particulier de Dieu : par conséquent, pas un seul où nous ne devions le remercier et le bénir. Nous nous levons le matin : « Merci, mon Dieu ! Devons-nous lui dire, merci de m'avoir conservée pendant une nuit où tant d'autres sont morts, et de m'accorder un jour pour vous servir et me sauver ! » Nous prenons nos vêtements : Merci, mon Dieu ! Tant de pauvres en manquent, ou ont à peine quelques haillons ! » Nous faisons notre prière et notre oraison du matin : « Merci, mon Dieu ! Tant d'autres n'en ont ni le loisir, ni la pensée, ni la bonne volonté ! » Nous remuons les pieds pour marcher, les mains pour agir, la langue pour parler; nous ouvrons les yeux pour voir, l'oreille pour entendre : « Merci, mon Dieu ! Tant d'autres sont privés des sens dont je jouis ! » Nous mangeons et buvons : «Merci, mon Dieu ! c'est un présent de votre amour ; tant d'autres aujourd'hui n'ont pas de quoi manger ! » Nous aspirons et respirons : «Merci, mon Dieu ! Cette aspiration est un bienfait de votre providence; si vous cessiez un seul moment de me dispenser l'air dans la mesure et les conditions convenables, je mourrais à l'instant : Pensée qui a fait dire à saint Grégoire de Nazianze que le souvenir de Dieu doit nous être aussi habituel que la respiration. Nous allons le soir prendre notre repos : « Merci, mon Dieu, de m'avoir conservé ce jour où vous avez retiré la vie à tant d'autres, et de me donner cette nuit pour prendre le repos qui m'est nécessaire ! « II nous vient dans l'esprit une Bonne pensée, dans le cœur un bon sentiment ; de bons exemples s'offrent à nous ; nous entendons de bonnes instructions ; nous faisons de bonnes lectures : « Merci, mon Dieu ! Je vous dois cette bonne pensée, ce bon sentiment, ce bon exemple, cette instruction, cette lecture : tout cela est une grâce que |je ne méritais pas, c'est un présent de votre amour. »
Si, détournant le regard de notre personne, nous le portons leur tout ce qui nous environne, tout nous crie également de penser à vous, ô mon Dieu, et de vous aimer. Toutes les créatures sont vos images et comme des miroirs qui reflètent vos perfections : Le ciel est le palais de votre gloire ; la terre, l'escabeau de vos pieds ; les hommes, les ministres de votre providence ; tous les événements sont les effets, tantôt de votre justice, tantôt de votre bonté, toujours de votre sagesse. Tout, ici-bas, est rempli de votre amour et appelle notre reconnaissance. Au-dessus de notre tête, votre soleil nous éclaire pendant le jour, la lune et les astres pendant la nuit ; autour de nous, les moissons, les fruits, les fleurs, l'herbe des prairies, nous procurent le nécessaire, l'utile et l'agréable ; les animaux qui marchent sur la terre, volent dans l'air ou nagent dans les eaux, nous disent que vous les avez faits, les uns pour nous nourrir ou nous vêtir, les autres pour nous servir ou nous récréer ; les bons offices eux-mêmes que nous rendent nos semblables sont un bienfait de votre amour ; c'est vous qui leur inspirez et leur mettez au cœur cette bienveillance à notre endroit ; enfin, la création entière n'a rien qui ne soit pour notre bien. Or, comment vivre entourées des munificences de l'amour divin, et oublier celui qui en est l'auteur ? En serions-nous réduites à dire avec cet ancien : « De toutes parts l'amour m'environne, et je ne sais ce que c'est qu'aimer ? »
Après tout cela, dites-nous si vivre dans l'oubli de Dieu ne serait pas une horrible ingratitude ?
N'est-ce pas, en effet, une ingratitude sans pareille de recevoir continuellement des bienfaits, et de ne jamais dire merci à son bienfaiteur, et de ne pas plus penser a lui que s'il n'existait pas ?
Triste histoire de l'homme qui vit dans l'oubli habituel de Dieu ! Par amour pour lui, Dieu présent partout donne ou conserve la vie à tout ce qui vit, le mouvement à tout ce qui se meut, l'être à tout ce qui est ; et l'homme ne sait pas lever un regard de reconnaissance vers son bienfaiteur ! Absorbé dans les choses d'ici-bas, il ne pense que rarement à celui qui ne l'oublie jamais. O oubli de Dieu, que tu es une étrange ingratitude, bien digne d'être pleurée avec toutes les larmes du repentir. Hélas ! Que de reproches j'ai à me faire à ce sujet ! Combien rarement je pense à Dieu pour l'aimer, le bénir, le remercier !
Posez-vous de temps en temps les questions contenues dans les pensées qui suivent : Elles vous aideront à mieux remplir ce devoir, généralement négligé, de la reconnaissance envers Dieu.
Le premier signe de la gratitude, c'est le souvenir des bienfaits reçus ainsi que l'inclination à remercier le bienfaiteur: ai-je ce premier indice, cette disposition presque banale ? Plus la conviction que Dieu m'a comblée de bienfaits est profonde en moi, plus ma reconnaissance sera vraie et chaleureuse, si j'ai soin de me remettre souvent devant les yeux ces bienfaits.
Mais ce n'est encore qu'une reconnaissance intérieure, une sorte de préparation à la reconnaissance.
Dieu s'est-il borné à de simples dispositions bienveillantes envers moi ?
Non certes, car où en serais-je ? Il a agi : il a sacrifié son Fils unique, et m'a prodigué les bienfaits les plus sensibles et les plus palpables. Si je suis reconnaissant, je dois donc agir à mon tour, je dois chercher à « rendre service à mon Bienfaiteur » autant qu'il est en moi.
Quelles sont les actions, les bonnes œuvres, les sacrifices, les petites entreprises de zèle par lesquels je témoigne efficacement à Dieu ma gratitude ? Si je m'en tiens à des paroles, n'est-il pas évident qu'elle est illusoire ?
Ah ! Qu’il y a de froideur, de glaciale apathie dans ma pauvre âme, si sensible pourtant et si démonstrative quand elle a reçu d'une créature quelque léger bienfait !
O honte ! Les créatures me gagnent, m'enchaînent, me subjuguent en me faisant un peu de bien, ou seulement en me laissant entrevoir le désir de m'en faire, et Dieu ne peut conquérir mon cœur ! Elles me retiennent près d'elles, et lui n'est jamais assez loin de moi ! Je donne tout mon amour à des êtres qui en sont si peu dignes, et je n'ai plus qu'une froide indifférence pour le Créateur à qui je dois tant !...
Seigneur, je veux désormais ne rien négliger pour vous témoigner ma reconnaissance.
Lectures Médités (1933) Page 51et52-9
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