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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 08:10

MOTIFS DE LA DÉVOTION AUX SAINTES PLAIES

Soeur Marie Marthe Chambon, sa vie…                            

En confiant à Sœur Marie Marthe cette tâche magnifique, le Dieu du Calvaire se plaisait à révéler à son âme ravie les innombrables motifs d'invoquer les Plaies divines, comme aussi les bénéfices de cette dévotion.

Chaque jour, à chaque instant, pour l'exciter à s'en faire l'ardente apôtre, Il lui dévoile les inappré­ciables trésors de ces sources de vie :

« Aucune âme, après ma sainte Mère, n'a eu comme toi, la grâce de contempler, jour et nuit, mes saintes Plaies.

« Ma fille, reconnais bien le trésor du monde!... le monde ne veut pas le connaître. — Je veux que tu les voies ainsi, afin que tu comprennes mieux ce que j'ai fait en venant souffrir pour toi.

« Ma fille, chaque fois que vous offrez à mon Père les mérites de mes divines Plaies, vous gagnez une fortune immense. Vous êtes semblables à celui qui trouverait dans la terre un grand trésor ; mais  comme vous ne pouvez pas conserver cette fortune, Dieu la reprend, et ma divine Mère aussi, pour vous la rendre au moment de la mort et en appliquer les mérites aux âmes qui en ont besoin : car vous devez faire valoir la fortune de mes saintes Plaies.

« Il ne faut pas rester pauvres, parce que votre Père est bien riche!...  Votre richesse ? C’est ma sainte Passion! Il ne faut pas vous en écarter. Il faut que vous puisiez constamment dans le trésor de ma Passion et dans les trous de mes Plaies sacrées.

« Celui qui est dans le besoin, qu'il vienne ici; c'est le trésor et la richesse.

« Une de mes créatures m'a trahi et a vendu mon Sang,  mais vous pouvez si facilement le racheter goutte à goutte pour purifier ta terre!...

Une seule goutte suffit... et vous n'y pensez pas!... vous n'en connaissez pas le prix!

« Les bourreaux ont bien fait en me perçant le côté, les mains et les pieds, puisqu'ils ont ouvert par là des fontaines d'où couleront éternellement les eaux de ma miséricorde. C'est seulement le péché qui en a été la cause qu'il faut détester.

« Mon Père se complaît dans l'offrande de mes sacrées Plaies et des douleurs de ma divine Mère.

« Offrir mes Plaies au Père éternel, c'est lui offrir sa gloire, c'est offrir le Ciel au Ciel.

« Voilà de quoi payer pour tous ceux qui ont des dettes ! — Car, en offrant à mon Père le mérite de mes saintes Plaies, vous satisfaites pour les péchés des hommes.»

 

Toutes ces paroles furent prononcées en diverses circonstances, spécialement dans l'année 1868. Tantôt Notre-Seigneur s'adresse à Sœur Marie Marthe seule, tantôt — à travers elle — à la Com­munauté et à tous les fidèles.

 

Jésus la presse  et nous presse avec elle, de venir à ce trésor :

« Il faut tout confier à mes divines Plaies et travailler au salut des âmes par leurs mérites. »

Il nous demande de le faire avec humilité : « Lorsque mes saintes Plaies ont été faites, il y a eu de la « vanité » pour l'homme qui croyait qu'elles finiraient. Mais non, elles seront éternelles, et éternellement elles seront vues de toutes mes créatures. Je te dis ceci, afin que tu ne les regardes pas par manière de routine, mais que tu les vénères avec grande humilité.

«Votre vie n'est pas de ce monde; enlevez les Plaies de Jésus et vous deviendrez terrestres...

« Vous êtes trop matériels pour comprendre toute l'étendue des grâces que vous recevez par leurs mérites... — Vous ne regardez pas assez le soleil dans sa plénitude... — Mes Prêtres eux-mêmes ne montrent pas assez le Crucifix : Je veux que l'on m'honore tout entier.

« Il ne faut pas craindre de montrer mes Plaies aux âmes... Le chemin de mes Plaies est si simple et si facile pour aller au Ciel. »

Il nous demande de le faire avec des cœurs de Séraphins. — Désignant un groupe de ces Esprits angéliques se pressant autour de l'autel, pendant la sainte Messe, il dit à Sœur Marie Marthe : « Ils contemplent la beauté, la sainteté de Dieu!... ils admirent, ils adorent... ils ne peuvent pas imiter. Quant à vous, il faut surtout contempler les souffrances de Jésus pour vous conformer à Lui.  Il faut venir à mes Plaies avec des cœurs bien chauds, bien ardents, et faire, avec grande ferveur, les aspirations pour obtenir les grâces que vous sollicitez. »

Il nous demande de le faire avec une foi ardente : « Elles sont toutes fraîches, il faut les offrir comme pour la première fois.

 « Dans la contemplation de mes Plaies, on trouve tout pour soi et pour les autres.

« Je te les fais voir pour que tu y entres. »

Il nous demande de le faire avec confiance :

 « Il ne faut pas t'inquiéter des choses du temps, ma fille, tu verras dans l'Éternité ce que tu auras gagné par mes Plaies.

« Les Plaies de mes pieds sacrés sont un océan. Amène-moi là toutes mes créatures ; ces ouvertures sont assez grandes pour les y loger toutes. »

 

Il nous demande de le faire avec esprit d'apos­tolat, et sans jamais nous lasser : « Il faut beaucoup prier pour que mes saintes Plaies se répandent dans le monde. »

 

Des Plaies de Jésus, aux yeux de la voyante, partirent, un jour, cinq rayons lumineux, cinq rayons de gloire qui enveloppèrent le globe.

 

1° « Mes saintes Plaies soutiennent le monde.

 

« Il faut me demander l'affermissement dans l'amour de mes Plaies, parce qu'elles sont la source de toutes les grâces. Il faut souvent les invoquer... y porter le prochain... Il faut en parler et y revenir fréquemment, afin d'en imprimer la dévotion dans les âmes...

 

3° « Il faudra longtemps pour établir cette dévotion, travaillez-y avec courage.

 

4°« Toutes les paroles dites au sujet de mes saintes Plaies me font plaisir, un plaisir indicible!... je les compte toutes.

 

5° «Quand même il y en a qui ne veulent pas venir à mes Plaies, il faut que toi, ma fille, tu les y fasses entrer. »

 

Un jour que Sœur Marie Marthe éprouvait une soif ardente, son bon Maître lui dit : « Ma fille, viens à moi, et je te donnerai une eau qui te désaltérera ! Dans le Crucifix, il y a tout : il y a de quoi se désaltérer — il y en a pour toutes les âmes!

« Ma fille, je veux que tu puises dans mes Plaies pour donner aux petits.

« Vous avez tout avec mes Plaies ! Elles ont fait des œuvres solides, non par la jouissance, mais par la souffrance.

« Vous êtes des ouvrières qui travaillez au champ du Seigneur : avec mes Plaies, vous gagnez beaucoup et sans peine.

 « Offre-moi tes actions et celles de tes Sœurs, unies à mes saintes Plaies ; rien ne peut les rendre plus méritoires, ni plus agréables à mes yeux : il y a des richesses incompréhensibles, même dans les plus petites. »

 

Il est bon de le remarquer ici : dans les mani­festations et confidences dont nous venons de parler, le divin Sauveur ne se présente pas toujours à Sœur Marie Marthe avec l'ensemble de ses Plaies adorables : parfois Il ne lui en montre qu'une seule à part des autres.

 

C'est ainsi qu'un jour Il lui découvre son pied droit en disant : « Combien dois-tu respecter cette Plaie et t'y cacher comme la colombe! »

Une autre fois, Il lui fait voir sa main gauche : « Ma fille, prends dans ma main gauche mes mérites pour les âmes, afin qu'elles soient à ma droite pour l'Éternité... Les âmes religieuses seront à ma droite pour juger le monde, mais auparavant, je leur demanderai compte des âmes qu'elles devaient  sauver. »

(À suivre)

Extrait de : Soeur Marie Marthe Chambon de la Visitation Sainte-Marie de  Chambéry.  Monastère de la Visitation.  1937

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 11:18

On a souvent comparé la vie à un voyage; la compa­raison, même si elle est vieille, n'a pas cessé d'être juste.

L'illusion du désir se sent en voyage mieux que par­tout ailleurs. En voyage, l'homme qui désire et qui réfléchit sur son désir se prend, s'il veut, en flagrant délit d'illusion.

Quand on est à Paris, on ne voudrait pas, même si la chose était possible, supprimer la route et arriver sans voyage au terme du voyage. On veut, comme le pigeon de La Fontaine, voir...

Voir, quoi ?

S'il y avait une chose ici-bas qui valût la peine d'être recherchée pour elle-même, cette chose-là dispenserait d'en chercher d'autres et mettrait fin au voyage de l'homme. Cette chose, nous allons tenter de la trouver ensemble si vous le voulez.

A Paris donc, l'homme qui va partir caresse l'idée de son voyage et ne voudrait pas être arrivé déjà au but. En route, il espère voir.

Quand il est monté dans le train, habituellement il regrette la diligence d'autrefois, la vue des chevaux, la voix du postillon, etc.

Si le chemin de fer l'abandonne à moitié chemin, et s'il finit la route dans une vieille voiture, il pense aux avantages du chemin de fer. Il trouve bien lente la vieille voiture, et il a hâte au le relai suivant. J'ai mille fois vu et commis cette innocente niaiserie de désirer le prochain village de la route, comme si, au relai, m'attendait le bonheur.

Après le relai, comme le bonheur manque à ce ren­dez-vous, le désir d'être arrivé au terme même du voyage se fait sentir; et quand on parvient au but, quand on est arrivé, quand on est définitivement des­cendu de voiture, une impression de tristesse se dessine dans l'âme.

C'est que l'attente, quelle qu'elle soit, est toujours trompée.

Elle est trompée, fût-elle surpassée. Car, si elle est surpassée en un sens, par l'éclat extérieur du spec­tacle aperçu, elle est trompée, en un sens plus impor­tant, par l'absence de la plénitude que l'on cherchait.

Les rives du Rhin, les montagnes de là Suisse peuvent être plus belles que vous ne le pensiez. Mais elles ne peuvent pas produire sur vous l'effet que vous attendiez, si vous attendiez la plénitude et la satisfaction.

L'homme passe sa vie à éprouver ces sentiments, et à les ignorer toujours,

Aucun voyage ne lui montre la réalité des choses. Et cependant, quand il regarde les splendeurs de la nature. Il a un regard et un regret pour la maison qu'il a quittée, pour la maison qui est celle du travail, pour la maison où souvent, dans les heures de fatigue, il a désiré le départ; pour la maison où souvent, depuis !e départ, il a désiré le retour.

Et lorsqu'il y reviendra, s'il n'a vu dans son voyage que les choses visibles, je ne le garantis pas contre une impression de tristesse. Ce ne sera plus celle qu'il a eue, quand il est arrivé sur la terre étrangère, ce sera l'autre. Ce ne sera plus celle du voyage, ce sera celle du retour.

Je ne le garantis pas contre le désir de repartir, afin de voir autre chose, ni, quand il sera reparti, contre le désir de revenir, afin de se retrouver chez lui.

Sans doute, il se trompe, puisqu'il cherche toujours, sans trouver jamais. Mais au fond de cette erreur, comme au fond de toutes les erreurs, il y aura une grande vérité. Cette vérité, c'est le double besoin qui résulte de la loi générale, le besoin de satisfaire à l'al­ternance universelle, le besoin de se dilater, puis ensuite de se concentrer ; le besoin du flux et du reflux.

C'est le besoin du cœur et du sang de l'homme ; c'est le besoin du jour et de la nuit ; c'est le besoin de toutes les harmonies qui veulent du silence, au milieu de leurs paroles; c'est le besoin de l'Océan, qui entretient, par le va-et-vient de ses colères mouvantes, la vie du monde, la vie de cette terre qu'il baigne, qu'il arrose, qu'il caresse, qu'il heurte, qu'il dévore.

C'est l'amour du flux et du reflux qui nous conduit sur le bord de la mer. C'est le besoin du flux et du reflux qui nous a chassés de chez nous, et qui nous a envoyés voir le flux et le reflux de la mer, l’image du nôtre.

Pourquoi donc, puisque l'homme qui va et revient obéit, dans son double mouvement, à un besoin vrai, pourquoi donc est-il trompé? Pourquoi ne trouve-t-il pas la satisfaction ? C'est qu'au lieu de là chercher dans le monde invisible, il la cherche dans le monde visible.

C'est qu'au lieu de la chercher dans la loi invisible et vivante, dont le monde est le symbole, il la cherche dans la création elle-même, qui symbolise la loi, mais qui ne la constitue pas. Celui qu'il cherche Est Celui qui Est. Celui-là est l'unique nécessaire, et le malaise inquiet qui nous entraine sur tous les chemins n'est autre chose que le sentiment et la douleur de son absence.

Mais le mont Blanc, franchi et dépassé, ne le montre pas, dans l'horizon nouveau, aux yeux avides du voya­geur. La neige vierge qui couvre le dernier sommet de l'Himalaya, la neige inaccessible, la neige qui ne se laisse ni toucher par la main ni admirer par le regard, cette neige elle-même n'a pas vu sa face.

Car, si elle l'avait vue, elle serait devenue un ruisseau de feu.

Si le voyage est une déception et semble même résu­mer assez bien les déceptions de toute la vie, quand on lui demande ce qu'il ne contient pas, à savoir le terme et le bonheur, il peut répondre à l'attente, si nous lui demandons ce qu'il possède, c'est-à-dire des symboles et des moyens, au lieu d'une fin.

Le voyage a cet avantage précieux d'offrir à nos regards des matériaux nombreux et divers, de présenter la vie sous un jour nouveau, de rompre forcément les habitudes, de renouveler dans une certaine mesure le sang, d'augmenter les provisions de l'homme.

Car nous sommes si pauvres, qu'il nous faut mendier partout : nous mendions le pain du corps et celui de l'intelligence.

Et quand un pays nous donne ses productions, ses aspects, ses habitudes, ses conversations, ses secours, ses idées et son langage, tous les jours depuis quelque temps; quand il nous fournit l'air et le pain, tous les jours depuis quelque temps, ce pays-là est épuisé pour nous, et nous éprouvons le besoin d'aller mendier ailleurs. Et quand nous avons traversé une contrée nouvelle, elle nous semble épuisée à son tour. Nous sommes, grands à ce point que rien ne nous suffit pour nous nourrir, et misérables à ce point qu'il nous faut recourir incessamment à ces choses insuffisantes, et re­nouveler ces provisions.qui s'épuisent dès qu'elles sont faites.

On dit souvent que le voyage instruit, et, dans le sens où l'on prend ce mot, on dit une sottise énorme. Car, en général, on entend par instruction la connaissance lourde, stérile et confuse de faits nombreux et désor­donnés.

Ainsi entendue, l'instruction que donne le voyage sert à défrayer la conversation des sots qui s'alimentent toujours du récit des faits. Cette instruction-là donne à celui qui a le malheur de la posséder le triste pouvoir d'écraser son auditeur sous le poids des incidents dont il a été le héros. Cette instruction-là, quand elle est un peu abondante, est redoutable, et je vous engage à prendre contre elle, lorsque l'occasion s'en présentera, des précautions. Cette instruction-là est vaniteuse, car l'amour-propre trouve partout sa place, même dans un accident de voiture. Il y a des gens qui sont fiers du malheur qui leur est arrivé. Il y en a. d'autres qui sont fiers du malheur qui ne leur est pas arrivé. Il y en a d'autres qui sont fiers d'avoir contemplé de beaux paysages, qui finissent par croire que la création est leur œuvre, et que la gloire de sa beauté doit légitime­ment leur revenir.

Cette instruction n'est pas seulement vaniteuse, elle est féroce. Elle veut des auditeurs, c'est-à-dire des vic­times. Elle cherche à rétablir les sacrifices humains, et c'est souvent une chose terrible que d'avoir affaire à un homme qui a beaucoup voyagé.

Mais si le voyage donne aux sots une instruction qui augmente leur sottise, il peut donner aux autres une autre instruction qui agisse en sens contraire. Car chaque homme tire des faits et des choses un suc qui est le produit non des faits et des choses, mais de sa propre nature. Or, toutes les natures sont affectées di­versement par les influences extérieures. Ce qui ruine l'un enrichit l'autre. Ce qui perd un homme sauve son voisin. Tout ce qui arrive à un sot augmente sa sottise. Tout ce arrive à un homme vaniteux augmente sa vanité.

Le voyage surtout, par la multiplicité et la flexibilité des éléments qui le composent, se prête avec souplesse aux impressions que l'homme est apte à recevoir. Que cent, mille hommes fassent le même voyage, aucun d'eux n'aura fait le même voyage que son voisin; aucun d'eux n'aura vu, ni fait, ni senti, ni compris, ni cherché, ni trouvé, ni aimé, ni haï, ni admiré les mêmes choses.

S'ils sont arrivés tous ensemble sur le bord de la mer, plusieurs auront immédiatement baissé la tête, et con­sacré à la recherche immédiate des petits coquillages leurs regards effarouchés par l'étendue de l'Océan. Il y a des yeux et des esprits qui se détournent instinctive­ment, en face de la grandeur, et qui cherchent à se ras­surer en cherchant l'autre aspect du tableau, l'aspect des petites choses, considérées isolément.

Il y a des hommes qui demandent au brin d'herbe un secours contre le cèdre du Liban, et au caillou du rivage une consolation contre la grandeur gênante de la mer, au lieu de les admirer du même regard.

Le premier regard de ces hommes est toujours con­sacré au détail- Suivez bien ce regard qui fuit le ciel et la mer et qui cherche un microscope pour étudier le brin d'herbe qui pousse près du rocher. Ce regard-là, quand l'homme qui le possède sera revenu à Paris, re­gardera, en face du génie, la forme d'un chapeau, et, dans les œuvres du génie, comptera les virgules, avec l'espérance qu'il y en manque une.

Il est certain que la grandeur de l'espace est la figure d'une autre grandeur. Car il est certain que le sommet d'une montagne, par l'horizon qu'il nous découvre, nous parle de la délivrance. De là, notre émotion. Cette émotion serait stupide si elle portait seulement sur une plus grande masse de terre aperçue. Elle n'est pas stupide, parce que l'horizon qui recule oblige les murs de noire prison à reculer avec lui, et notre joie est profonde, en face de l'étendue. Elle est profonde, parce qu'elle est symbolique. Nous sommes faits pour l'immense, et notre âme se dilate quand le ciel et la mer grandissent devant nos yeux. Cette grandeur ne serait rien, si elle était toute seule; mais elle nous parle de l'autre, et le mérite de l'espace. Ainsi, les ruines séculaires nous parlent de l'éternité, et voilà le mérite du temps.

L'horizon nous parle de ce qui n'a pas de borne, et voilà le mérite de l'horizon.

Le voyage est une chasse à travers les horizons; et voilà le mérite du voyage.

L'horizon porte sur la stupidité humaine une con­damnation que je voudrais rendre claire.

Les sots craignent toujours de s'occuper des choses sérieuses, dans la crainte de se fatiguer; et ils se fa­tiguent  horriblement   en  songeant à  des  riens.   Ils s'épuisent en efforts continuels et stériles, et comme ces efforts portent sur des choses insignifiantes, ils ne les redoutent pas. Si les mêmes  efforts avaient un grand but, les hommes dont je parle se détourneraient en di­sant : « Cela ne me regarde pas. » Ils s'imposent volon­tiers des supplices terribles, pourvu que ces supplices soient en même temps stupides et stériles, pourvu qu'il s'agisse de leur coin du feu, des heures de leurs repas, des querelles qu'ont eues ensemble la femme de chambre et la cuisinière, pourvu qu'il s'agisse de commérage et de dispute, pourvu qu'il s'agisse du rien. Le bourgeois consent à se fatiguer démesurément, pourvu que le chez soi soit le théâtre de sa lutte imbécile ; il mourrait à la peine, pourvu que le   chez soi fût le théâtre de son agonie.

Et il refuserait de faire vingt pas, s'il s'agissait de rendre service à quelqu'un ou à quelque chose.

L'imbécile craindrait de se fatiguer, lui qui porte jour et nuit, sans se lasser jamais, le plus terrible des jougs, son propre joug.

Or, voici ce que dit l'horizon :

L'œil de l'homme est fait pour l'espace. Placez un objet tous près de l'œil, l'œil ne voit pas, il ne peut distinguer et reconnaître. Ayez un mur blanc à quelques pas de votre fenêtre, votre œil distingue, niais se fatigue ; son action est arrêtée : la vue est trop courte, l'organe manque d'exercice.

Allez dans la campagne, votre œil se repose, parce que l'horizon s'élargit et parce que les couleurs sont variées. Gravissez une montagne : le repos de votre œil augmente avec le panorama qui se découvre. Enfin regardez la mer ; même malgré vous, votre œil se tran­quillise et s'épure ; il jouit profondément de la limite reculée : le ciel et la mer lui imposent le repos.

Voilà ce que dit l'horizon.

Tout près, l'objet regardé aveugle l'œil ; trop près, il le fatigue ; lointain, il le repose ; immense, il le ravit.

Et la vue physique est l'image de l'autre.

C'est la portée du regard qui le fait beau, qui le fait calme, qui le fait souverain et qui le fait pur.

Inspiré de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 07:49

LE SPHINX, c’est abîme, c'est la fatalité                     

L'Antiquité, qui corrompait tout, donnerait de singulières leçons à qui saurait ne pas se laisser duper par elle. L'admiration qu'on nous inflige en sa présence nous trompe doublement. D'abord cette admiration nous fait respecter ce qui est méprisable. Ensuite elle nous empêche de découvrir, au fond du mensonge, la vérité que ce mensonge contient. Pour profiter d'un mensonge, en effet, il faut le connaître à fond ; il faut le percer à jour; il faut être le contraire d'une dupe ; il faut être un chimiste qui dégage du poison la substance que le poison cache et corrompt. Il paraît que l'arsenic contient de l'or. Mais, pour découvrir l'or, comme il faut avoir regardé profondément dans la subs­tance de l'arsenic ! Comme il faut lui avoir arraché son secret !

Il y a trois façons de se comporter vis-à-vis du poi­son.

La première consiste à l'avaler, c'est ce qu'on fait généralement. Alors on admire l'antiquité, on absorbe l'arsenic et on meurt.

La seconde consiste à le rejeter sans le connaître. Alors il devient inutile. C'est ce qu'ont fait ceux qui, dans ces derniers temps, ont proscrit en masse toute l'antiquité.

La troisième consiste à analyser, à s'emparer de son secret, à lui arracher le cœur.

Alors on trouve l'or dans l'arsenic, et le vrai dans l'histoire.

« Quelle vérité, disait de Maistre, ne se trouve pas dans le paganisme ! »

Et il cite, à l'appui de sa proposition, une foule d'exemples. Il énumère les secrets que l'antiquité a trahis. Car l'antiquité trahit les secrets qui lui ont été confiés: elle les trahit de deux manières. Elle les révèle, et elle les corrompt.

Or, parmi les secrets que l'antiquité trahit, de Maistre aurait pu compter le sphinx.

Le sphinx est un monstre qui propose l'énigme de la Destinée : il faut deviner l'énigme ou être dévoré par le monstre. Quoi de plus absurde ? Mais quoi de plus profond, si les hommes savaient lire !

« Devinez ! » Ce mot est dans la langue humaine un mot bien singulier. Car la chose qu'il explique ne semble pas être, à la disposition de l'homme. Et cependant elle est pour l'homme d'une importance qui fait frémir. Pour accomplir cette chose, il n'y a pas de procédé connu, et cependant nul ne peut dire à quel regret s'ex­pose celui qui ne l'accomplit pas.

L'histoire de la vérité et l'histoire de l'erreur sont remplies toutes deux de rencontres, et d'événements, qui semblent fortuits.

La vie mêle ensemble les personnes et les choses : le bien, le mal, le médiocre, le très bien, le très mal, le sublime, le hideux ; tout cela se coudoie dans les rues. La terre, qui est grise, semble jeter sur toutes choses un manteau gris. Les hommes se ressemblent beaucoup en apparence. Le costume établit une dissem­blance artificielle, l'usage en établit une autre, la timidité en établit une autre, la dissimulation en établit une autre, l'ignorance en établit une autre : on vit sur des apparences.

Une multitude innombrable de voiles cache les réa­lités. Les hommes ne disent pas leurs secrets ; ils gardent leur uniforme.

L'homme qui verrait de sa fenêtre une rue très achalandée, serait  épouvanté, s'il réfléchissait aux réalités magnifiques ou affreuses qui passent devant lui, sans lire leur nom, déguisées, couvertes, dissimulées profondément, — semblables les unes aux autres, si l'appa­rence est la seule chose qui compte.

Mais son épouvante augmenterait, si ce spectateur intelligent d'une foule qui ne parle pas se disait :

Ma vie dépend peut-être d'un des hommes qui passent ici, sous mes yeux : peut-être un homme que j'attends, peut-être un homme qui m'attend est là, devant sa porte. Mais il y a beaucoup d'hommes devant ma porte. — Si celui dont je parle se trouve ici, à quel signe le reconnaître ?

La vie privée des hommes, la vie publique des nations, l'instinct secret, la littérature, le roman, l'histoire, le souvenir du passé, les besoins du présent, l'attente de l'avenir, tout avertit l'homme qu'il peut avoir besoin de deviner, — et il n'y a pas de règle pour bien deviner. De là le sphinx.

Le spectacle des choses qu'il faut deviner, et qu'on ne devine pas, a conduit l'antiquité sur le bord d'un abîme, et l'abîme a attiré sa proie. Cet abîme, c'est la fatalité. Au bord de la fatalité, penchée sur le gouffre, se tient le sphinx, dans une attitude mystérieuse et terrible.

Si la fatalité était vraie, toutes les questions seraient insolubles, et l'unique réponse qui leur conviendrait à toutes serait le désespoir.

Mais, en général, les questions qui semblent appeler une réponse désespérante sont des questions mal posées, et les réponses désespérantes sont souvent aussi superficielles qu'elles semblent profondes.

Il y a à toute heure en ce monde une inconnue à dégager, un X, un grand X qui défie les ressources de l'algèbre.

Le sphinx antique voulait qu'il n'y eût pas de réponse.

Il y a une réponse, et nous pouvons tuer le sphinx.

Comment faire pour deviner ?

Un pauvre approche et demande l'hospitalité ?

Si c'était l'ange du Seigneur !

Mais aussi si c'était un assassin !

Comment donc faire pour deviner ? Faut-il un effort de pensée, un acte étonnant d'intelligence ?

Non, voici le secret.

Deviner, c'est aimer.

Demandez à tous ceux qui ont deviné comment ils ont fait ? Ils ont aimé, voilà tout.

L'intelligence, livrée à elle seule, s'embarque dans an océan de pensées. Le problème de la vie se dresse devant elle, et si l'aiguille aimantée a perdu la science du nord, si la boussole est affolée, l'intelligence peut très facilement parvenir, en pratique, au doute ; en théorie, à la fatalité.

Le sphinx antique, c'est l'intelligence impuissante aboutissant au désespoir, et se précipitant dans la mort.

L'amour sait mieux son chemin. Il arrive, en pratique, à la lumière ; en théorie, à la justice.

Voici une vérité admirable : cette récompense décer­née à qui devine, refusée à qui ne devine pas, récom­pense qui scandalisait tout à l'heure l'intelligence égarée du spectateur que je supposais à sa fenêtre , cherchant quelqu’un, cette récompense, décernée ou refusée, con­tient une suprême justice, une justice supérieure à la justice qui dit ses règles.

Celui qui devine est récompensé, parce que celui qui devine est celui qui aime.

Celui qui ne devine pas n'est pas récompensé, parce que celui qui ne devine pas est celui qui n'aime pas.

Celui qui aime la grandeur et qui aime l'abandonné, quand il passera à côté de l'abandonné, reconnaîtra la grandeur, si la grandeur est là.

Celui qui passe à côté de l'homme qui a besoin, reconnaîtra le besoin, s'il aime l'homme près de qui il passe.  Celui qui passe près de l'homme dont il a besoin reconnaîtra celui qu'il cherchait, s'il l'aime assez pour ne pas lui envier la place qu'il occupe, la place de celui qui donne et de celui qui pardonne.

Extrait de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 06:28

Qu'est-ce donc que le monde

Ce mot odieux a l'air de ne rien signifier du tout, et cependant il est odieux.

L'étymologie nous servira peu en apparence. Mundut en latin signifie pur ; alors que le monde, c'est l'impureté.

Le monde, est-ce le péché ? Évidemment non. Il y a une différence énorme. Sans doute, le monde est dans le péché, mais il est toujours situé en une région spéciale ; il a ses domaines à lui dans le mal, et ce sont ses do­maines qu'il s'agirait de terminer, ou au moins d'indi­quer.

Un assassin est un pécheur ; un voleur de grand chemin, comme on disait autrefois, est un pécheur. Sainte Marie l'Égyptienne, avant sa conversion, était une pécheresse.

Ce sont là des pécheurs ; ce ne sont pas des gens du monde.

Il y a plusieurs mots terribles dans l'Évangile, et, parmi ces mots, voici l'un des plus terribles : Non pro mundo rogo.

Je ne prie pas pour le monde. Celui qui parle ainsi connaît le fond des choses et va mourir pour les pé­cheurs. Il ne prie pas pour le monde, c'est saint Jean qui nous le raconte ; c'est à cette même cène où il a dormi sur la poitrine de Jésus-Christ, c'est à ce mo­ment solennel où les bras de Dieu allaient s'ouvrir sur la croix, c'est à cette cène, c'est à ce moment que saint Jean a entendu la Vérité dire : « Je ne prie pas pour le monde. » Vous savez ce qui est écrit ailleurs à propos des tièdes. Sans entrer dans les profondeurs de ces deux paroles, je voudrais, en regardant le monde, tel qu'on le voit, savoir à peu près de quoi on parle quand on parle de lui.

Le péché est le désordre, le désordre évident, avoué, violent, désastreux, Les passions font des ruines, et ne s'en cachent pas. Quelquefois même elles s'en glori­fient. Mais, encore une fois, qu'est-ce que le monde ? Le monde serait-il le domaine du péché, attiédi par la prudence ?

Le monde serait-il le domaine du péché, circonscrit par la tiédeur de la température ?

Le monde s'étend aussi loin que la tiédeur de l'air. Là où l'air est chaud ou froid, le monde s'en va scan­dalisé.

Et ainsi, comme il se fait à lui-même, au fond du désordre, un ordre apparent qui tient à sa tiédeur, — et au fond de l'impureté, une pureté apparente, qui tient à sa tiédeur, — peut-être rencontre-t-il, à ses propres yeux, la signification étymologique du mundus et  qui ont besoin de l'ironie pour reconnaître en français le monde, l'infâme par excellence, celui qui s'appelle le monde.

Les barrières de la tiédeur séparent le monde des péchés qui ne sont pas à lui.

Dans la catégorie des températures, la tiédeur cor­respond à la médiocrité. Or, la médiocrité est l'espace du monde. Le pécheur a des passions mauvaises, mais le monde a le goût du mal, le goût, non pas le trans­port.

Le monde a des goûts et des opinions; il n'a ni amour ni haine.

Ses goûts sont pour les choses mitoyennes. Ses opi­nions craignent d'être absolues, et par là de ressembler à des convictions. Elles ont cela de particulier qu'elles n'excluent pas les opinions contraires; je dis les opi­nions, je ne dis pas les convictions. Les opinions du monde pactisent volontiers avec les autres opinions qui sont de leur espèce. Que ces opinions-là se contredisent ou non entre elles, elles n'en sont pas moins bien en­semble ; car quelque chose les unit : c'est une haine profonde et tiède contre l'ennemi commun, c'est-à-dire la Vérité.

Les opinions du monde, même quand deux d'entre elles luttent ensemble, sont coalisées contre la Vérité. Cette coalition est la parodie de l'union.

Tous les dieux étaient reçus dans le Panthéon romain, excepté Jésus-Christ. Toutes les opinions sont reçues dans le Panthéon du monde ; la Vérité seule est mise à la porte.

Le monde ressemble à une hôtellerie où les passants trouvent place. Qu'une erreur passe au dehors et veuille entrer, les convives se serrent, et lui font place au banquet. Mais si la Vérité frappe à la porte, toutes les places sont prises et certains voyageurs, parfaitement choisis, sont chassés.

Le monde, si borné et si aveugle, a cependant un instinct merveilleux, quand il s'agit de reconnaître et de chasser. Il ne se trompe pas, il vise juste ; il se fait jus­tice, il s'exile. Il s'exile en voulant s'exiler ; car l'étran­ger qui s'en va emporte la cité habitable.

Le monde, lui, s'exile au désert. Qu'importé que ce désert se nomme ici la foule : il n'en est pas moins le désert, c'est-à-dire le vide, c'est-à-dire la mort.

Le désert, le vide et la mort, c'était Rome, quand Jean était à Pathmos. Pathmos était la vie, Pathmos était la cité. Voilà pourquoi saint Denis admirait la justice du monde qui fuyait, disait-il, la face de saint Jean.

Le monde est un désert où, la foule va et vient. Elle est très pressée ; on dirait une armée en déroute ; cette armée fuit, que fait-elle? Elle continue depuis Pathmos ; elle poursuit sa fuite haletante, elle fuit la face de saint Jean. Elle fuit en désordre, pêle-mêle ; les fuyards se tournent les uns contre les autres, et, dans leur égare-ment, s'égorgent entre eux ; car ils combattent dans la nuit. Mais leur terreur les aveugle : ils fuient la face de saint Jean.

Cette armée en déroute se trompe de chemin ; elle s'égare dans le désert, elle est trompée par des rêves et trompée par des mirages. Elle est poussée en tous sens; elle va au gré des vents qui lui jettent du sable dans les yeux, et, cependant, elle est poussée par une idée fixe ; elle fuit la face de saint Jean. Elle déguise son tumulte sous une apparence affairée ; mais sa principale affaire est de fuir la face de saint Jean. Tout le reste est un détail.

Voyez ces gens : ils vont, ils viennent, ils vendent, ils achètent, ils causent, ils remuent, ils discutent, ils se saluent, ils sont polis, ils sont courtois ; ils mentent, ils bavardent, ils flattent, ils dénigrent, ils séparent, ils égorgent, ils détruisent, ils empoisonnent. Mais leur principale affaire est de fuir la face de saint Jean.

Fuir la face de saint Jean, voilà leur travail intime, leur vie intérieure, la moelle de leurs os, l'essence qui produit tous leurs parfums; le reste est un détail, un ornement, une toilette, qui varie suivant la mode du jour, ou le caprice du personnage.

Le péché est moins déguisé que le monde. Il montre mieux ce qu'il est et ce qu'il fait. Le monde ment tou­jours. Il ne fait, jamais ce qu'il semble faire.

Le monde aime à contrefaire. Il est le singe de la sa­gesse; il a fabriqué une sagesse à son usage ; cette sagesse ressemble à la sagesse, comme l'orang-outang res­semble à l'homme.

La sagesse vraie rencontre la paix sur la hauteur parce qu'elle domine les contradictions. La sagesse du monde rencontre une paix qui ressemble au monde dans le trou où  elle est tombée, parce que de ce trou elle n'aperçoit plus en quoi le blanc diffère du noir.

La sagesse vraie tend à unir. La sagesse du monde tend à amalgamer des éléments qui ne peuvent pas s'unir, et, quand elle voit qu'elle les a juxtaposés, elle croit qu'elle les a fondus. Dès que l'on cohabite ensemble, le monde s'imagine qu'on est uni.

L'homme du monde ne craint pas de faire mal. Mais il craint de choquer. Il ne connaît pas les harmonies, mais il connaît les convenances.

C'est la convenance qui, dans le monde, remplaça l'harmonie.

Le monde aime la haine ; mais il faut que cette haine, attiédie par la température des salons, évite certains éclats. Il faut qu'elle appelle à son secours certains mensonges. Quand ces mensonges lui sont venus en aide, elle peut se présenter dans le monde, avec l'aplomb d'une personne en toilette.

Quand la haine a fait sa toilette, elle est dans l'ordre du monde, elle est en règle, elle peut entrer.

La loi du monde est peut-être l'insignifiance. Si un homme vivant se trouve par accident dans le monde, il faut qu'il se fasse insignifiant, plus insignifiant même que les autres, parce qu'il est suspect. Pourvu qu'il efface toute vérité et toute lumière, il peut être sup­porté un moment. Mais, comme l'essence des choses ne se trahit jamais longtemps, il viendra un moment où le monde, dans sa clairvoyance, se détournera, et, dans sa justice, se séparera.

L'insignifiance est si chère au monde et si nécessaire à ses voies, que le mal lui-même, bien qu'il lui soit natu­rellement sympathique, lui devient antipathique, si, mêlé a un principe de bien, il fait éclater, en vertu de ce mélange, le cercle que la mort trace autour du monde. Si le mal, altéré par un mouvement généreux, s'emporte et fait explosion, il reste encore quelquefois dans le domaine du péché, mais il ne reste plus dans le domaine du monde.

Le monde aime le mal, mais il l'aime confit, fardé, peigné, habillé suivant les habitudes ; il aime le péché, mais il aime le péché propret, gentil, attifé.

Dans les domaines du péché, on ment par intérêt, par passion, par honte, par peur. Dans les domaines du monde, on ment sans intérêt, sans passion, sans honte et sans peur. On ment parce qu'on est du monde, on ment par amour-propre, par vanité; on ment par tié­deur, on ment parce qu'on ment, on ment comme on respire, parce que le mensonge est, dans ce pays-là, identique à la parole.

Que dirait-on, dans le monde, si l'on ne mentait pas ?

Le pécheur peut, après avoir menti, dire la vérité.

Mais le monde, quand il a menti, continue à mentir ; et, s'il dit la vérité, il ment encore. La vérité devient mensonge en touchant ses lèvres. Quand le monde dit la vérité, il croit exprimer une opinion comme une autre ; il veut que cette vérité soit entourée de men­songes et vive avec eux en bonne intelligence. Il veut qu'elle soit déshonorée par d'infâmes voisinages, et, quand il l'a tellement souillée qu'il ne la reconnaît plus, alors il la tolère, parce qu'elle est devenue mensonge ; — et ce monsonge est précieux, car il abrite les autres, il les autorise, il les prend sous sa sauvegarde, il leur enlève ce qu'ils auraient de trop violent, de trop cru, de trop net. Cette vérité devenue mensonge, par le ton, par l’accent, par l'entourage, par le contexte, cette vérité achève de confondre le bien et le mal, et les gens du monde sont contents.

Dans les moments où l'homme du monde dit la vérité, il prend avec elle un ton protecteur. On dirait qu'il con­sent à ne pas mentir toujours, et qu'il y consent par impartialité. On dirait que, par pitié, il veut bien per­mettre à la vérité de se trouver un instant sur ses lèvres, il lui accorde cet honneur, et il le lui fait payer sur-le-

champ, en la rendant l'égale du mensonge qui reprend bien vite ses droits, et qui rentre en possession de sa chose.

L'apparence de l'impartialité est un des pièges les plus affreux que la tiédeur tende à ses dupes, et le monde aime beaucoup à tendre ce piège-là. Il prend des airs de justice, le misérable ! Rien ne trompe avec une force et une autorité si redoutable que la vérité mal dite. Elle donne aux erreurs qui l'entourent un poids que ces erreurs n'auraient pas elles-mêmes. Elles les rend impo­santes. Le mélange de la vérité et de l'erreur produit, dans la bouche du monde, des effets désastreux. Il donne à la vérité l'apparence de l'erreur, à l'erreur l'appa­rence de la vérité. Il fait participer l'erreur au respect qui est dû à la vérité.

Quand la vérité se rencontre sur les lèvres de l'homme du monde, elle est entrelacée avec l'erreur, et toutes deux sont si bien entrelacées qu'on ne les distingue plus. Elles s'embrassent, et ceux qui ont la vue basse les prennent pour deux sœurs.

Le monde, c'est la vieillesse ; il est difficile d'imaginer combien les gens du monde sont vieux. Les jeunes gens surtout sont remarquables par leur décrépitude, parce qu'elle est en eux plus monstrueuse, et par là plus écla­tante. Tous ces vieillards de vingt ans, sans enthou­siasme et sans désir, qui fuient la face de saint Jean, la fuient lourdement, lentement, tristement et pitoyable­ment. Ils se traînent, pour la fuir, dans un chemin où l'on ne respire pas, sans vue, sans montagne, sans air et sans horizon. Ils se condamnent non pas seulement à la douceur, mais au désespoir. Pour fuir la face de saint Jean, ils tournent le dos à Dieu, font leurs affaires sans adorer, et s'ennuient à jamais.

Il y a sans doute un secret pour rajeunir; ce secret appar­tient à Dieu qui réjouit la jeunesse. Dieu est le maître du temps, et le temps s'arrête, quand, il parle, comme sont pétrifiés les bœufs quand le tonnerre gronde. Dieu, qui a puissance sur le feu, est le gardien de la jeunesse. Dans sa jeunesse éternelle, la sainte Vierge, la bien-aimée de Dieu, n'a pas connu de diminution. Elle est sortie de l'enfance, elle n'est pas sortie de la jeunesse. La jeunesse ressemble a un dépôt qui ne pourrait être confié qu'à Dieu, parce qu'aucune autre main n'est de force à le tenir. Aussi les ennemis de Dieu détestent la jeunesse, comme s'ils voyaient, en elle, un reflet de celui qu'ils haïssent. Ils détestent 1a jeunesse, et, au lieu de la retenir, par la vertu de l'Éternel, à l'heure où le temps l'emporterait, ils supplient le temps de hâter les pas et de l'emporter avant l'heure. Le monde déteste la jeu­nesse, la vraie jeunesse. Il aime à paraître vieux et à l'être. Le monde vieillit les enfants.

Ne croyez pas que l'esprit du monde soit borné aux salons et aux lieux où on le croit généralement accepté et renfermé. Les salons, s'ils sont vivants, peuvent être vides du monde et pleins de la vérité, tandis que le monde peut remplir et remplit souvent de son infamie su­rabondante les maisons isolées, désertes, inhospitalières, les foyers sans chaleur où l'on n'aime pas l'étranger, les affreuses demeures qui refusent à l'humanité la commu­nion et l'amour.

Sur un rivage breton où il y a quelques baigneurs en été, et en hiver personne (quelques rares familles de pêcheurs habitent ce désert où même la nourriture est rare et difficile) ; sur ce rivage, je causais un jour avec une paysanne, et elle me confia le désir qu'elle avait de quitter le monde. J'admirai la profondeur de cette parole, et la connaissance qu'elle avait du monde, dans le sens vrai de ce mot. Le monde pouvait être dans sa cabane, d'autant plus hideux peut-être que la grande mer était plus voisine. Peut-être le bourdonnement des hommes était rendu plus insipide encore par le bruit solennel des vagues.

La loi du monde est l'effacement. Lui qui n'aime rien, il aime le niveau. Il veut faire passer toutes les têtes sous son joug, et ses sympathies sont acquises à ce qui est bas naturellement. La grandeur est sa haine, de quelque genre qu'elle soit, en quelque lieu qu'elle se manifeste. La médiocrité est son attrait. Le monde loi ouvre spontanément les portes dont il a la clef, et elle entre avec l'aplomb que donne le sentiment du droit. Elle est chez elle, dans le monde, et elle agit vis-à-vis des autres avec l'insolence qui est son caractère, à elle, et avec l'aveuglement qui est son caractère, à lui. La médiocrité est insolente, aussi naturellement que le monde est aveugle. S'il se passe quelque chose à côté d'eux, la médiocrité insulte, et le monde ne regarde pas.

Le goût du monde pour l'effacement est si prononcé, qu'il ne faut pas, pour lui plaire, aller très loin, même dans sa direction. Il ne faut pas trop faire ce qu'il fait. Il ne faut pas trop le dépasser, il ne faut pas excéder, même à son profit, ses habitudes. La tiédeur est son élément, et quiconque sortirait de cette région-là encour­rait sa disgrâce. Il ne faut pas avoir pour ses intérêts plus de zèle que lui-même. On aurait l'air de quelque chose et il faut n'avoir l'air de rien. On se distinguerait de son voisin, et il faut lui ressembler.

Le caractère des hommes du monde, étant de ne pas en avoir, la multiplicité est leur domaine. Il font mille choses: ils vendent, ils achètent, ils causent, ils lisent, ils écrivent, etc. etc. Quel est le lien qui unit entre elles les actions d'un homme du monde ? On dirait qu'il n'y en a pas ; ses actes se suivent et ne s'enchaînent point. Quel est le lien qui unit entre eux les hommes du monde ? On dirait qu'il n'y en a pas. Ils se coudoient et ne se touchent jamais. En réalité pourtant il y a un point de contact, il y a un mot de ralliement. L'unité, disons-nous, a une parodie qui est la coalition. Les hommes du monde ne sont pas amis : mais ils sont coalisés. L'unité vit d'amour. La coalition vit de haine. Les coalisés sont des ennemis privés qui se joignent ensemble contre l'ennemi public. Les hommes du monde ont une haine commune qui leur donne une occupation commune, qui détermine le point central de leur activité.

Le monde avait mille affaires, pendant que l'aigle écrivait à Pathmos son Apocalypse. Mais, malgré les mille affaires, le monde n'avait qu'une affaire, c'était d'éviter et d'oublier Pathmos. Les hommes du monde ont mille affaires; mais ils n'ont qu'une affaire, — car ils n'ont qu'une haine et qu'une terreur, ils fuient la face da saint Jean !

Extrait de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 12:31

DIFFÉRENCE ENTRE LA CRAINTE ET LA PEUR …

Ce qui caractérise l'époque où nous vivons, c'est que l'erreur chez elle a perdu l'équilibre.

L'erreur moderne confond le miracle et le fantastique

Pour rétablir l'ordre, étudions d'abord chez l'homme la nature de la peur.

La peur est fille du péché.

Le paradis terrestre était le temple de la sécurité. La menace relative au fruit défendu y introduisait la crainte, mais non la peur. La crainte et la peur sont, en effet, deux sentiments très différents. La crainte accompagne la joie, et l'amour, et la gloire. La peur est un affaissement qui procède de la défiance et de la haine.

L'Écriture prononce un mot dont nous ne connaî­trons jamais la profondeur : Que mon cœur se réjouisse afin qu'il craigne votre Nom !  La joie inspire la crainte du nom incommunicable, la crainte du nom de Jéhovah ! La joie dont parle l'Écriture, c'est le sentiment profond, ardent, léger et sublime, le sentiment de la présence et de la puissance de Dieu. La joie compte sur la Toute-Puissance, qui éclate dans la gloire quand elle cède et se rend devant les enfants à genoux. C'est pourquoi la joie craint le nom de Dieu. Craindre le nom de Dieu, c'est n'avoir peur de rien.

La peur est la parodie de la crainte. La peur exclut la paix et apporte le trouble. La crainte suppose le res­pect profond de l'ordre qu'on pourrait, mais qu'on ne veut pas troubler. La peur suppose le trouble qui naît du désordre, de la confusion, du pêle-mêle, la défaite de la sérénité, le triomphe de l'accident.

La crainte vient de la majesté de Dieu.

La peur vient du trouble qui nait de la loi violée.

Les choses divines ne troublent pas ; les choses infer­nales troublent toujours. Telle est, par exemple, la dif­férence entre le repentir et le remords.

Le repentir apporte l'espérance qui pacifie le regret.

Le remords apporte le désespoir qui aigrit et exas­père le regret.

Le repentir est une pente qui mène aux larmes ; il a la douceur, comme toute vérité sentie. Le remords mène à l'abîme; il est sans pitié, sans larmes et sans voix, aveugle, sourd et muet. Le repentir peut chanter; les Psaumes de la Pénitence nous indiquent les sons qu'il rend, quand le souffle passe.

Mais le remords ne parle même pas, il désespère et meurt.

Le remords précipite ; le repentir relève.

Le remords naît de la peur, le repentir naît de la crainte.

Beaucoup de gens, confondant le miracle avec l'action satanique, ou plutôt avec l'illusion humaine, car le diable n'est pour eux qu'une création de notre terreur, beaucoup de gens représentent très bien le signe parti­culier du dix-neuvième siècle, la confusion de l'Être et du Néant.

Ils confondent la terreur qui vient de l'illusion et celle qui peut venir du miracle; ils confondent l'ordre fantastique et l'ordre divin.

La vie a ses lois primordiales qui régissaient dans le paradis terrestre la nature innocente.

Les lois de la vie sont actuellement modifiées par les lois de la mort.

La Toute-Puissance peut modifier et vaincre les droits actuels de la mort en vue de la vie, et troubler le désordre en vue d'un ordre supérieur. Voilà la résurrection.

En face d'elle, j'admets la crainte et la terreur fondues dans l'amour.

Mais supposes ce que l'imagination humaine a tou­jours supposé, supposez un être qui échappe aux lois ordinaires de la mort sans rentrer dans l'ordre de la vie, et qui trouble le désordre non pas en vue de l'ordre, mais au profit d'un second désordre : voilà le revenant. Voilà le personnage fantastique. En face de lui, je conçois la peur et la terreur sans amour.

Car le revenant n'est pas délivré: il échappe illégale­ment.

Le ressuscité est vainqueur de la mort

Le revenant est vainqueur de la mort: il ne fait que la tromper un moment ; mais il est sous son empire. Il est avec elle en contravention, en rupture de ban. Mais il lui appartient plus que jamais. Il fait une escapade d'un moment qui le laisse tout entier dans le pouvoir de la mort.

Dieu est avec le ressuscité,

Le revenant est seul.

Le ressuscité est une réalité très supérieure aux réa­lités ordinaires. Le Lazare de là seconde vie a plus d'être en lui que le Lazare de la première vie.

Le revenant est une illusion ; son domaine est celui de l'ombre. Aussi c'est la nuit qu'il paraît paraître. Il ne faut pas confondre une réalité d'un ordre supérieur avec une illusion.

Il ne faut pas confondre le corps honoré par la visite de la Toute-puissance, et le corps restitué, avec une ombre.

Si la résurrection inspire la crainte, cette crainte ras­sure, car elle vient de la présence sentie de Dieu vivant, qui sait donner à la fois la crainte et l'épouvante.

Le revenant, c'est-à-dire l'illusion que ce mot repré­sente, apporte sa peur froide. Dieu, l'homme et la na­ture sont tous les trois absents de lui.

Le ressuscité apporte la plénitude et représente  la surabondance. Le revenant serait la forme du vide, s'il était quelque chose. Le ressuscité est, d'une manière spéciale, fils du Dieu qui est la vie.

Le revenant est la création de notre néant.

Comment ces mots de diables et de miracles ont-ils pu être associés dans une phrase pensée et écrite par un homme ?

Kosmos signifie à la fois le monde et l'ordre. Jusqu'où donc ira, dans ce monde, le triomphe du pêle-mêle ?

La peur est ce sentiment hideux qui de l'enfant de Dieu fait l'esclave tremblant des hommes et des choses. La crainte donne l'humilité. La peur dont je parle donne l'humiliation, mais  cette humiliation laisse  persister l'orgueil, qui est le compagnon de tous les mensonges. La peur fait honte, et cet homme qui a honte et peur se redresse et fait le fier, tandis que la joie fait tomber à genoux.

La crainte rassure : elle donne la tranquillité, elle appuie l'homme sur le souverain domaine de Dieu. La peur oublie Dieu, et divise toutes les choses créées ; la peur est panthéiste : par elle tout devient Dieu, excepté Dieu même.

La crainte et la peur se jouent, dans ce monde invi­sible, sur les confins de deux royaumes ennemis.

Il y a un homme qui a été immortalisé par la terreur: c'est Pascal.  Pascal avait la peur,  il n'avait pas la crainte. S'il avait eu la crainte, il aurait eu la joie. Ayant peur, il fut triste, et cette âme, qui avait un besoin immense de dilatation, un besoin immense de lumière, se rétrécit et se replia sur elle-même. Pascal, qui fut uniquement préoccupé de la sainteté, ne devint pas un saint. Il passa sa vie en face de lui, au lieu de la passer en face de Dieu. Acharné sur sa  propre substance, il fit de lui-même sa pâture, tandis que c'est l'Infini qui est la nourriture de l'homme.

Le jansénisme corrompait, dénaturait, empoisonnait la crainte : il la  tournait en peur. Saint Augustin disait : Voulez-vous vous sauver de Dieu ? Sauvez-vous dans le sein de Dieu. Voilà la crainte: si elle est distincte de l'amour, elle n'est pas séparée de lui.

La peur, au contraire, si elle se sauve de Dieu, se sauve loin de Dieu. Aussi, au lieu de se sauver, elle se perd; au lieu d'épanouir l'homme, elle le parque. Pascal, qui parla tant contre la vanité, fut victime et dupe d'une grande vanité ; car il manqua de simplicité et d'amour. Dans sa tristesse, il ne trouva que l'homme ; dans sa joie, il eût trouvé Dieu.

O réalité suprême, notre résurrection et notre paix, donnez-moi la joie pour que je craigne votre nom. Car vous  seul, Ô Dieu qui  sondez les cœurs, vous  seul connaissez la profondeur de cette parole ; Réjouissez mon cœur à craindre votre nom. Vous savez par quels liens mystérieux, délicats et sublimes, sont unies la joie et la crainte, et de quelles façons, si la joie m'abandonne, la crainte de votre nom m'abandonne au moment même. Jéhovah, qu'invoqué Élie sur le mont Carmel, Jéhovah, qui êtes ce que vous étiez alors, Jéhovah, qui serez ce que vous  êtes éternellement,   Jéhovah   qui savez seul votre plénitude et ma défaillance, Jéhovah, Dieu fidèle,   qui avez promis de donner à ceux qui demandent, je demande la joie, je demande la crainte de votre nom. Jéhovah, écartez de moi la tristesse et la peur. Car je suis si misérable que je peux avoir périr de quelqu'un ou de quelque chose, — et si j'ai peur, je cesse de craindre. Si j'ai peur d'un autre, je cesse de vous craindre ; la tristesse et la peur méprisent votre Nom. O Celui qui Êtes, donnez-moi la crainte et la joie, afin que je sente vivante en moi Sa signification inex­primable de votre Nom sans égal; délivrez-moi de tout mal, passé, présent ou à venir.  Être délivré  du mal passé : quelle parole ! Je la comprends mieux que je ne puis la traduire. Délivrez-moi des souvenirs qui font peur, délivrez-moi des menaces de l'ennemi ! Que je meure à la mémoire des cauchemars  d'autrefois !  Que votre Nom écrase celui qui veut provoquer la peur et étouffer la crainte ; que votre nom règne et domine dans la liberté de nos âmes affranchies !

Que votre Nom nous abrite dans les rayons de sa gloire souveraine, afin que, sans peur et pleins de crainte, nous l'adorions en sécurité, dans la forteresse de la lumière ! Amen à la joie et à la crainte ! Quand je dis Amen, je dis Fiat, et par une providence spéciale je rencontre aussi votre Nom, ô voue qui êtes sans borne et qui vous appelez Amen.

Extrait de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 17:14

NOTRE-DAME  DU  MONT-CARMEL…

Le 16 juillet.

Cette fête commémore les fa­veurs obtenues par Notre-Dame du Mont-Carmel, et fut étendue à l'Eglise universelle par Benoît  XIII, en 1726. La sainte Vierge apparut à Saint Simon Stock, général de l'ordre du Carmel, te­nant dans ses mains un scapulaire, et lui enjoignit de fonder une confrérie dont les membres porteraient ce scapulaire et se consacreraient à son service.

Notre Dame du Mont Carmel, priez pour nous, priez pour S.S. PAUL VI et pour votre Sainte Église. AMEN

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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 11:50

Le rendez-vous de la suprême justice…

Josaphat est un des personnages les plus mystérieux de l'histoire. L'Écriture est si sobre, si avare de détails, si solennelle dans ses silences ! Ceux qui ne sont connus que par elle restent dans une ombre lumineuse pleine de terreurs et de mystères ! Le nom de Josaphat signifie Justice! La vallée de Josaphat est le rendez-vous des créatures, le dernier rendez-vous, le rendez-vous suprême de la suprême justice ! Que de regards se sont élevés vers elle ! Que de cris ! Que de soupirs étouffés ! Que de silences ardents et terribles ! Que de choses, sans paroles, ont invoqué Josaphat !

C'est lui qui a vu ses ennemis se détruire ! C'est lui qui a dit cette parole profonde, qui ressemble à un cri de l'abîme, la parole de la Justice qui invoque la Puis­sance, et qui tomberait dans le désespoir, si la Puissance n'était pas là : Domine Deus, ergo non judicabiseos ? Le besoin de justice devint chose puissante, et ceux qui étaient là pour le combattre se détruisirent entre eux. Ils se jugèrent eux-mêmes. Et ils firent par leur Multitude ce que Josaphat ne pouvait pas faire, à cause de la multitude.

Car c'est l'habitude de la Puissance de changer les obstacles en moyens. Josaphat, dans son humilité, se sentait trop faible pour résister à la multitude. La mul­titude venge Josaphat d'elle-même; elle se déchire le sein avec les larmes qu'elle avait apportées contre lui; elle écrit avec son sang le nom de son ennemi. Josa­phat, je le répète, signifie Justice, et la multitude contre laquelle il appelle Jéhovah se fait Justice elle-même à elle-même, et change en suicide le crime qu'elle allait accomplir.

Le lieu où Josaphat pria et vainquit devint le sé­pulcre de la Vierge Marie, mère de Dieu.

Les noms des hommes ont une importance inouïe, une importance qui leur échappe, parce qu'elle est au-dessus de leur intelligence. Leur nom parle leur être; c'est leur substance qui se trahit. Quelle est donc l'im­portance de celui qui s'appelle Josaphat? (Josaphat Jugement !) Il est même étonnant que, préoccupés depuis tant de siècles de la vallée où fut enterrée Marie, de la vallée où les victimes rencontreront les bourreaux, de la vallée où le mensonge sera vaincu et la noirceur dévoilée, les générations humaines aient tant oublié cet homme, probablement immense, dont le nom est devenu le nom de la vallée où sera faite, pour toujours, la Justice.

Or, ce grand Josaphat, dont les dimensions inconnues épouvantent la pensée, ce grand Josaphat reçut un reproche du Seigneur.

Car il avait fait alliance avec le roi d'Israël. Faire alliance avec l'ennemi, ceci est le crime secret, le crime profond.

11 y a des crimes d'apparence, des crimes d'apparat. Mais l'intimité, qui a tout, a aussi son crime. Son crime est de s'allier avec l'ennemi.

La mesure de l'amour est dans l'exécration qu'on a pour la chose ennemie de l'ami. Le roi d'Israël était l'ennemi de Dieu, Josaphat avait oublié la chose que Dieu exécrait.

L'alliance, le rapprochement, le voisinage spirituel de l'ennemi, sont les crimes contre l'intimité ! Or, l'inti­mité, c'est la gloire, quand c'est de Dieu qu'il s'agit. Celui-là est le plus intime avec Dieu qui a le frisson le plus solennel en face de la Majesté. C'est pourquoi le péché contre le Nom sacré couronne d'horreur le front des saints! Celui qui a senti passer sur lui l'haleine de la gloire devient irréconciliable avec le crime contre la Gloire.

La charité le presse, c'est pourquoi il est intraitable, car elle l'oblige, comme une noblesse supérieure, à ne pas consentir aux choses de la haine. Celui qui tran­sige avec l'erreur, celui-là ne connaît pas l'amour dans sa plénitude et dans sa force souveraine.

Après une longue guerre, quand on n'en peut plus, quand la fatigue amène la ressemblance de l'apaise­ment, on a souvent vu les rois, lassés de combattre, se céder les uns aux autres telle ou telle place forte. Ce sont là des concessions qui fournissent des moyens d'en finir avec le canon. Mais on ne traite pas les vérités comme on traite les places fortes. Quand il s'agit de faire la paix, en esprit et en vérité, c'est la conversion qu'il faut et non l'accommodement. La Justice est tout entière ce qu'elle est.

Dans les relations d'homme à homme, quand un rap­prochement semble avoir lieu, sans que le cœur du coupable soit changé, quand il croit qu'une poignée de main remplace le repentir et le sentiment de sa faute, ce rapprochement menteur s'ouvre promptement pour laisser voir la graine qu'il portait en lui. C'est une seconde séparation beaucoup plus profonde que la pre­mière. Il en est de même vis-à-vis des doctrines. La paix apparente, qu'une complaisance achète et paye, est aussi contraire à la charité qu'à la justice, sar elle creuse un abîme là où il y avait un fossé. La charité veut toujours la lumière, et la lumière évite jusqu'à l'ombre d'un compromis. Toute beauté est une pléni­tude. La paix est peut-être, au fond, la victoire sûre d'elle-même.

Que dirait-on d'un médecin qui, par charité, ména­gerait la maladie de son client? Imaginez ce tendre per­sonnage. Il dirait au malade: Après tout, mon ami, il faut être charitable. Le cancer qui vous ronge est peut-être de bonne foi. Voyons, soyez gentil, faites avec lui une bonne petite amitié ; il ne faut pas être intrai­table ; faites la part de son caractère. Dans ce cancer, il y a peut-être une bête ; elle se nourrit de votre chair et de votre sang, auriez-vous le courage de lui refuser ce qu'il lui faut ? La pauvre bête mourrait de faim. D'ailleurs, je suis porté à croire que le cancer est de bonne foi et je remplis auprès de vous une mission de charité.

C'est le crime du dix-neuvième siècle que de ne pas haïr le mal, et de lui faire des propositions. Il n'y a qu'une proposition à lui faire, c'est de disparaître. Tout arrangement conclu avec lui ressemble non pas même à son triomphe partiel, mais à son triomphe complet, car le mal ne demande pas toujours à chasser le bien; il demande la permission de cohabiter avec lui. Un instinct secret l'avertit qu'en demandant quelque chose, il demande tout. Dès qu'on ne le hait plus, il se sent adoré.

La paix, disais-je, est la victoire sûre d'elle-même. La paix est un écrasement. C'est un écrasement assez complet pour ne plus faire d'effort.

Le sommeil semble placé au   sommet de l'activité humaine : quand l'effort extérieur a fait son œuvre et atteint son but, l'homme s'endort. C'est la vie qui se recueille ; c’est l'effort qui vainqueur au dehors, entre en lui-même pour vaincre au dedans, car le repos est la victoire remportée par la force qui répare sur la force qui dépense. La paix ressemble au sommeil. Elle est le recueillement du vainqueur qui, ayant fait son œuvre et atteint son but au dehors, demande aux sources de la vie la régénération intérieure, et la victoire intime après la victoire éclatante.

Mais, pour qu'il en soit ainsi, pour que la paix soit la paix, il faut que la justice ait été assouvie, il faut un dégagement de lumière et de chaleur qui ait fait mou­rir l'ennemi, car l'ennemi c'est le froid. Il faut que l'élé­ment mauvais soit arraché, non pas voilé. Il faut qu'aucune rougeur ne menace les fronts de ceux qui vont s'embrasser. L'absolu est la chasteté de la vic­toire.

Extrait de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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