Sixième qualité de la prière - Prier avec persévérance…
Prions aussi avec persévérance surtout si Dieu diffère de nous accorder ce que nous lui demandons.
Nôtre-Seigneur a voulu nous donner l'exemple de la persévérance dans la prière en demeurant quarante jours dans le désert. Souvent aussi il se retirait du milieu de la foule et il passait des nuits entières en prières. (Luc, VI) Dans le jardin des Olives, trois fois il se prosterne, répétant les mêmes paroles ; au milieu de son agonie il priait avec une ferveur plus soutenue. (Luc, xxII)
Notre Divin Maître n'avait pas besoin d'une prière longue et persévérante pour être exaucé de son Père, il lui suffisait d'un regard intérieur plus prompt que l'éclair ; mais il a voulu nous montrer par son exemple que la persévérance était nécessaire à nos demandes, que Dieu, par des raisons de sagesse et de miséricorde, différait quelquefois de nous exaucer et qu'il fallait faire violence au ciel par la continuité de nos désirs. " Sachez, dit l'Esprit Saint, que Dieu exaucera vos demandes, si vous persévérez dans vos prières " (judith, VI).
Jésus enseigna un jour cette vérité par une parabole: "Si quelqu'un d'entre vous avait un ami et qu'il allât le trouver pendant la nuit, en disant : prête-moi trois pains parce qu'un de mes amis, qui est en voyage vient d'arriver chez moi et je n'ai rien à lui donner. Cet homme lui répond : ne m'importunez point ; ma porte est déjà fermée ; je ne puis me lever pour vous donner. Si l'autre persévère à frapper, quand même celui-ci ne se lèverait pas parce qu'il est son ami, je vous assure qu'il se lèverait à cause de son importunité et lui donnerait ce dont il a besoin. Je vous dis de même : demandez et il vous sera donné ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira ; car quiconque demande reçoit et l'on ouvrira à celui qui frappe. "
Remarquons bien que Nôtre-Seigneur ne nous dit pas seulement de prier, mais encore de chercher, de frapper à la porte de son Cœur et de ne point nous lasser, de redoubler sans cesse nos coups jusqu'à ce que la porte s'ouvre, étant assurés qu'elle se rouvrira si nous persévérons à la pousser.
" Ne nous lassons jamais de prier, dit saint Augustin ; car si Dieu ne nous donne pas aussitôt ce que nous lui demandons, ce n'est pas qu'il veuille nous refuser; mais, s'il en agit ainsi, c'est afin de nous donner plus d'estime pour la grâce qu'il nous aura accordée. "
Il nous faut faire une sainte violence au Cœur de Dieu par des prières ferventes et souvent répétées qui le pressent et l'importunent. Si Dieu ne nous exauce pas, c'est parce que nous nous lassons de demander; car il entre souvent dans les desseins de Dieu de ne pas nous accorder de suite les choses que nous lui demandons afin d'éprouver notre foi, notre confiance et notre fidélité, afin de nous faire multiplier nos prières qui sont des actions très agréables à son cœur et très méritoires à ses yeux.
" Si Dieu, dit saint Bernard, diffère quelquefois de nous exaucer ce n'est que pour nous obliger à redoubler nos prières avec plus de ferveur. S'il nous accordait aussitôt ce que nous lui demandons, nos prières deviendraient plus rares et moins pressantes, ses grâces moins précieuses. "
Ne sommes-nous pas souvent nous-mêmes cause des retards dont nous nous plaignons ? Ce que nous désirons vivement, le demandons-nous avec l'humilité, la piété, la ferveur qui rendent nos prières acceptables et immédiatement efficaces ? Sans cloute Dieu nous a dit : " Tout ce que vous demanderez vous sera accordé;" et fidèle à sa promesse, il est toujours prêt à nous exaucer ; mais encore faut-il que nos prières répondent aux exigences de son infinie majesté.
Puis, dans l'ordre providentiel, chaque chose a son temps et ce temps est celui que Dieu sait être le plus favorable à l'effusion de ses dons et à l'efficacité de ses grâces. Ce qui est différé, dit saint Augustin, n'est pas refusé mais nous sera donné en temps convenable.
Ne soyons pas impatients. Si Dieu, répondant à notre empressement, nous exauçait toujours aussitôt que nous exprimons un désir, nous serions exposés à nous attribuer des droits que nous n'avons pas; à méconnaître la bonté toute gratuite de notre bienfaiteur et à nous fermer par l'ingratitude le trésor de ses bienfaits.
Le Seigneur veut dans notre propre intérêt nous faire apprécier ses dons. Telle est la faiblesse humaine, telle est notre ingratitude que nous oublions facilement les bienfaits qui nous arrivent par un cours naturel et facile ; nous oublions et la grandeur du don et la libéralité du bienfaiteur. Nous ne faisons plus attention à la lumière du soleil, parce que tous les jours elle apparaît à une heure déterminée ; mais si l'astre du jour différait de quelques heures son retour à l'horizon, ce serait un cri d'effroi dans l'univers tout entier et nous comprendrions mieux ce que nous vaut sa présence. Le Seigneur diffère quelquefois de nous entendre et ce délai nous fait mieux sentir le besoin que nous avons de la grâce et la précieuse faveur qui nous est accordée ; alors nous apprécions davantage le bienfait du ciel ; nous le traitons avec plus de respect ; nous le faisons fructifier avec plus d'empressement et un plus généreux amour.
Au lieu de nous étonner, de nous désoler, de nous décourager des retards divins, admirons avec saint Jean Chrysostôme " l'admirable industrie d'un père tendre qui veut nous retenir auprès de lui. " S'il nous exauçait au premier appel de nos misères, peut-être que nous lui fausserions bien vite compagnie. En nous faisant attendre ses dons, il nous oblige à ne point le quitter. Et en insistant auprès de lui, nous prolongeons un acte religieux qui, le reconnaissant comme la source de tous biens, rend hommage à sa toute puissance, à son infinie bonté : acte méritoire qui ne peut rester sans récompense.
Quelquefois Dieu refuse de nous exaucer et plusieurs raisons de sagesse et de bonté expliquent cette conduite à notre égard. Il peut arriver que nous demandions des choses nuisibles à notre salut et même à notre bonheur temporel ; il peut arriver que nous sollicitions dans le détail des événements humains précisément ce qui empêcherait notre principal et légitime désir. Quand bien même il paraîtrait que Dieu n'entende pas notre prière, quand bien même toutes choses sembleraient tourner contre nous, comment savons-nous que nous ne sommes pas exaucés ? Notre vue est si bornée et Dieu est infiniment sage. Il peut se faire qu'il réponde à nos ardents désirs précisément à l'instant où nous nous croyons rebutés.
Saint Augustin nous fait comprendre admirablement cette vérité, en nous citant l'exemple des prières de sa mère. Il était alors un enfant prodigue il avait résolu de quitter l'Afrique pour se rendre à Rome afin de pouvoir vivre encore plus librement et de se soustraire à la surveillance et aux tendres reproches de sainte Monique. Déjà il avait retenu sa place sur un navire prêt à se mettre à la voile ; mais sa mère qui soupçonnait les desseins secrets du malheureux ne le quittait pas. Par ses paroles flatteuses et ses beaux discours, il parvint enfin à lui persuader de passer la nuit dans une chapelle voisine, et tandis que la pauvre mère y versait d'abondantes larmes et priait pour son fils, celui-ci prenait la fuite et s'éloignait d'elle. " Quelle grâce, s'écrie saint Augustin, quelle autre grâce, vous demandait-elle, sinon de m'empêcher de mettre à la voile ? Mais vous, qui dans la profondeur de vos décrets, aviez décidé de satisfaire le plus ardent de ses désirs et de me convertir, vous lui refusiez cette grâce parce que vous saviez que mon voyage en Italie serait plus tard l'occasion de ma conversion. "
Quelquefois Dieu qui nous aime refuse nos demandes. Nous ne devrions pas nous en plaindre. Il agit comme un père qui ne veut pas donner un instrument dangereux à son enfant, malgré ses pleurs et ses gémissements. Quand un malade, brûlé par la soif, demande un verre d'eau fraîche, le médecin exauce son désir en refusant et ce refus est un bienfait. Ainsi le Seigneur qui est le père des hommes et le médecin de la pauvre humanité souffrante, écoute nos prières alors même qu'il semble les rejeter ; il les exauce de la manière qu'il sait le plus utile. " Souvent, dit saint Augustin, Dieu ne nous accorde pas ce que nous voulons afin de nous accorder ce que nous aimerions mieux, si nous savions toutes choses ; " et alors nous pouvons vraiment dire que Dieu nous écoute davantage en nous refusant, qu'il nous exauce mieux et d'une manière plus utile.
Nôtre-Seigneur disait un jour à sainte Catherine de Sienne ces paroles qui résument tous les avantages de la conformité à la volonté de Dieu : " Croyez, ma fille, que Dieu peut, connaît et veut tout ce qui est votre bien, beaucoup plus que vous ; et que par conséquent, l'adversité et la prospérité sont réglées et dirigées pour votre bien, avec beaucoup plus de sollicitude qu'un père et qu'une mère n'en mettent à procurer le bonheur de leur fils uniquement aimé. "
Quand Dieu n'écoute pas nos prières, ses refus ne sont pas sans compensations. Aux biens que nous demandons il substitue d'autres biens et cela si mystérieusement que ce n'est qu'à la longue et en réfléchissant sur sa conduite à notre égard que nous pouvons nous rendre compte de l'efficacité de nos prières.
Nous demandons des biens temporels, Dieu les remplace par des biens spirituels ; il refusera de nous donner la richesse, mais il ornera notre âme de courage dans une vie de sollicitude et de labeurs plus honorable et plus saine pour notre vertu que la vie facile où nous aurions pu nous amollir et nous corrompre.
Il refusera de nous rendre la santé et de guérir nos infirmités, mais il nous donnera la patience et la résignation qui font le mérite des souffrances de cette vie.
Il refusera, malgré nos instantes supplications et nos larmes, de nous conserver des parents, des amis que nous voudrions retenir en ce monde ; en les ravissant à notre amour, il nous fera comprendre la fragilité des affections terrestres et la nécessité de nous rapprocher de lui, de nous jeter dans ses bras, de reposer notre cœur en cet unique et saint amour qui faisait dire à l'Apôtre : " Qui pourra nous ravir l'amour de notre Dieu?" (ROM. VIII).
Nos prières ne sont donc pas inefficaces ; quand Dieu refuse de nous accorder ce que nous lui demandons. Un jour nous connaîtrons le secret de ses miséricordieuses compensations, nous y admirerons sa sagesse et sa bonté, nous confesserons qu'il a bien fait toute chose. (marc, VII).
Extrait de : La Prière - Olivier Elzéar Mathieu. Archevêque de Régina (1925)
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