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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 09:53

C'est surtout le matin, que le contact doit être repris avec les réalités premières et que la pen­sée doit s'organiser elle-même, en vue d'orga­niser ce qui dépend de son pouvoir.

 

Le lever est une naissance. Notre âme con­sciente éclôt de la chair en sommeil comme au­trefois d'une chair maternelle. La journée est là, portion de vie, vie en raccourci, pleine d'instruc­tions et d'expériences, de grâces, de mérites, de richesses humaines et de valeurs célestes, à con­dition de l'aborder en pleine clarté et de nous ouvrir aux influences qui la guident, comme la plante au soleil.

 

Au spirituel plus encore qu'au temporel il est vrai de dire : « Celui qui ne se lève pas avec le soleil ne profite pas du jour. » Je me lève; je me livre à l'Esprit de Dieu pour y retrouver le sens des choses, de moi-même et de la vie. Ma médi­tation est une ascension, une purification, un lancement ferme. Je me détache de ce qui est inférieur en faveur de l'excellent et du suprême. Je redresse mes affections; j'oriente mes désirs; je me raidis contre les fléchissements; je refrène en pensée les excès; je rafraîchis mon sentiment des choses divines et humaines, de leur ordre de valeur, de leur droit à mon estime et à mon activité.

 

Tout serait confus sans ce discernement: je le range; tout serait dispersé et sans lien : je le rassemble. Je pénètre par avance des secrets; je découvre des vérités; je reconnais des vrai­semblances et je dévoile des feintes; je prévois et détermine ce que je dois faire et ce que je dois éviter, ce que je dois supporter et de quel cœur je dois accueillir ce qui vient de la Providence.

 

Le matin, je médite, afin de recevoir ce que, le jour, j'ai mission de donner. Je recherche la solitude pour la quitter. Destiné à ouvrir, aux heures d'effort, les écluses de l'âme, j'ouvre, aux heures contemplatives, les écluses de Dieu. Ne sont-elles pas à ma disposition, ces barrières invi­sibles qui laissent passage, en s'écartant, au flot de lumière et de force que notre rôle est de redistribuer?

 

Avec le prochain, on s'use; avec Dieu, on se refait. Avec soi-même, on s'use encore plus irré­médiablement, si l'on ne fréquente de soi que les régions basses, là où l'instinct s'égare. C'est seulement dans une haute retraite et dans une sorte de nuit illuminée d'astres spirituels, que la bête rampante, en nous, peut se transformer en ailes.

 

Une zone de contemplation est nécessaire au jour, et nécessaire à la vie, parce que toutes nos durées avec leurs  objets  sont  suspendues   à  la durée permanente, et que notre âme unie à son Principe est l'endroit de ce monde le plus éternel.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 09:24

Chaque homme doit chaque jour comparer son existence avec l’objectif prévu pour en découvrir le secret. Pour cela, il faut rentrer en soi-même et fermer les yeux.

 

Éteindre nos regards, ou pour mieux dire les retourner vers l’intérieur, ce sera notre dernier geste; car ce geste décisif de la mort a besoin d'un entraîne­ment.

 

Un peu d'éloignement pour ce que nous devons quitter pour toujours; un peu de contact avec ce qui sera notre vie permanente : n'est-ce pas l'état normal ?

 

Fermer les yeux, pour tout voir! Les yeux ouverts voient si peu de chose! Nos rapports essentiels sont dans l'invisible, et dans le visible même est un secret que l'invisible doit révéler. Les yeux ouverts dispersent l'attention; les yeux clos la concentrent. On ne prend conscience des choses qu'en les étreignant au dedans. A plus forte raison on ne perçoit la signification de toute sa portée éternelle que dans la nuit de la con­templation, où notre jour s'éteint et où naissent les étoiles.

 

La vie nous cache la vérité comme le jour les astres. Les reflets qui dansent autour de nous, le reflet de nous-même sur nous-même troublent la nuit sacrée où le réel se dévoile et où Dieu appa­raît.

 

Le premier effort est de nous guérir de cet éblouissement. On n'acquiert la gouverne de ses pensées qu'en se mesurant avec elles derrière les paupières.

 

Il ne s'agit pas de rêverie. La rêverie nous aliène et nous livre à ce qui s'agite en nous sans nous. Mais la concentration nous rend à nous-même et au vrai. Retiré quelque peu de la vie, on la voit; on peut régler sa marche. Sans cela, on ne fera que la subir.

 

La plupart des hommes n'y songent point; c'est pourquoi si peu vivent. On obéit à des im­pulsions, à des poussées, à des tractions, à des glissements dont on n'est pas juge. On est poussé par le courant. Et l'on ne songe pas qu'une vie personnelle doit venir de la personne.

 

Le départ de l'action suppose son organisation, pour cela l'idée de ses fins, la vue de ce que nous sommes, de notre place dans le petit ou le grand univers. Cela ne se voit pas en ouvrant les yeux.

 

Notre univers astral n'est pas au dehors. L'as­tronomie spirituelle n'établit pas ses observatoires sur les monts californiens, mais dans les con­sciences. Que je baisse les paupières un moment et que je regarde au dedans, aidé de mon expérience et de celle de mon Christ témoin de l'autre sphère, et tout s'éclairera.

 

Mais tout ne sera pas dit d'un seul coup. Le changement est la loi de notre être. Il y a lieu constamment de nous ressaisir, de nous rassem­bler, de réfléchir pour continuer à penser, de nous résoudre à nouveau pour continuer à vou­loir, de reprendre contact au dedans avec ce que nous aimons pour continuer à aimer.

 

Et l'essentiel, parce que c'est là que tout com­mence, que tout se confirme ou que tout se perd, c'est toujours de voir.

 

C'est pourquoi il faut fermer les yeux.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 09:41

Toute idée, toute image qui séjourne en nous tend à s'emparer de nous et à nous modeler selon sa forme. C'est comme une magie intérieure, pré­parant une métamorphose.

 

Dans le règne animal déjà se manifeste cette loi. On peut dire que l'abeille est ruche, miel, bourdonnement et vol, car elle est constituée, psychologiquement, par la représentation de ces choses, qu'elle a reçue de naissance et qu'elle passe à ses descendants.

 

Chez nous, les représentations utiles ne sont pas innées; nous devons les acquérir, nous en pé­nétrer, les ranger dans leur hiérarchie, sous la domination de notre objet suprême. Toujours est-il que leur acquisition équivaut à une sorte de fabrication de nous-mêmes par nous-mêmes.

 

Le mystique utilise cette plasticité de l’âme et cette puissance de l'idée pour se « conformer à Jésus-Christ », espérant pouvoir dire un jour avec l'Apôtre : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi », et à ses moments de plus haute concentration, il se sent fondre, pour ainsi dire, au feu de l'image ardente qu'il porte en son cœur.

 

En revanche, le mondain devient monde et le charnel devient chair du fait seul de leurs représentations, qui entraînent des actes et par là se renforcent.

 

« Je crois que si on regardait toujours les cieux, on finirait par avoir des ailes », disait Flaubert; en regardant trop la terre, ne se fera-t-on pas pousser des pattes ?

 

Notre vie intérieure est un perpétuel envahis­sement d'idées et d'images qui, si nous ne réagis­sons pas, déterminent sans nous notre activité jus­qu'en ses plus lointaines conséquences.

 

Réagir, oui mais comment? Par la volonté? Mais si la volonté n'est que le poids, la puissance d'entraî­nement des idées elles-mêmes ?

 

Nous ne sommes pas libres contre nos pensées. Notre liberté ne consiste qu'à choisir nos pensées, et, en les faisant nôtres, à les identifier pour ainsi dire avec notre être. Ainsi affectés par elles, nous devenons leurs esclaves; d’où l’importance de bien les choisir, car cela signifie escla­ves de nous-mêmes, c'est-à-dire libres.

Tout revient donc à savoir quelles pensées nous aurons élues, à quelles pensées nous aurons laissé finalement prendre racine en nous.

 

Celles qui nous vien­nent de l'extérieur, anarchique et le plus souvent tentateur ont tendance à nous accaparer au profit du mal. On ne maîtrise leur puissance qu'en leur opposant une puissance adverse, celle de quel­que idée maîtresse, de quelque point de vue supé­rieur qui nous empêchera d'être envahis tout à fait.

 

« Une maison illuminée dans la nuit » : tel est, selon Barrés, l'idéal de l'âme vigilante. N'al­lons pas y substituer la pure nuit, qu'on prend, parce qu'on l'emplit de vives illusions, pour une éclatante lumière.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 17:18

Pascal disait : « L'homme, est visiblement fait pour penser; c'est toute sa dignité et tout son mérite; et tout son devoir est de penser comme il faut; et l'ordre de la pensée est de commencer par soi, par son auteur et sa fin.

 

Le monde ne pense jamais à cela, il pense plutôt à danser, à s’amuser,  à chanter, à écrire des vers, à gagner des médailles, à se bâtir, à se faire roi, sans penser à ce que c'est qu'être roi, et qu'être homme. » Cette note jetée au fond d'un tiroir,  a une telle portée qu'elle doit nous faire réfléchir.

 

Nous sommes pensée. La pensée nous mène. Le secret de notre destinée est donc là : régler nos pensées, donner force en nous à des représenta­tions qui répondent à notre nature véritable et à notre fin, identifier notre âme avec ce qu'il y a en elle de meilleur et en exclure ce qui l'abaisse.

 

Il faut souvent méditer Dieu, concevoir l'unité de la vie et son exigence de progrès, prendre une vue simple de nos rapports et de notre destinée, que le train habituel du monde nous embrouille.

 

La plante est longtemps au soleil pour former ses tissus, élaborer sa sève, son parfum, sa couleur; elle n'est pour ainsi dire que de la lumière trans­formée : ainsi l'âme agissante n'est que de la pen­sée qui se transforme en œuvres, et elle est droite dès que, directement ou indirectement, elle em­prunte sa lumière au Divin Soleil.

 

Notre attention, en se portant sur un objet cen­tral — et à plus forte raison sur le Centre uni­versel — voit comme s'en échapper des irradia­tions, des ondes, qui de plus en plus s'élargissent et se composent en système cohérent, où la pen­sée s'enrichit et s'organise. C'est le moyen pour la vie de prendre possession d'elle-même, en s'at­tachant à ce qui la domine, l'enveloppe et lui fournit sa loi.

 

Tout le monde pense; mais beaucoup ne pen­sent jamais à faire retour sur la pensée pour la contrôler, l'ordonner, la redresser au besoin, et, pénétrant jusqu'au fond d'eux-mêmes, y entendre le bruit des sources.

 

Nature, Divinité, humanité individuelle et humanité collective ont pourtant leur résonance là. Qui y songe ou se propose même d'y songer? Sous prétexte d'action, on ou­blie la signification de l'action, on oublie le but de l'action, pareil à ce voyageur de Marc-Aurèle qui avait oublié en chemin le but de sa route.

A la rencontre d'un principe directeur servant à l'occasion de cran d'arrêt et toujours de guide: telle est la formule d'une vie sagement contem­plative, et l'expression de sa nécessité.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 10:12

La vie, qui ne serait sans le Christ que l'en­fantement de la mort, devient, par lui, l'enfan­tement d'une plus haute vie : nous devions trou­ver en lui l'exemplaire de cette transformation, en même temps que sa cause.

 

Le Christ est né, a vécu, est mort; il est en­suite ressuscité; il est parti et il est demeuré; la terre et le ciel sont deux mondes que réunit et anime sa présence.

 

Quand nous naissons, petits baptisés éclos à ce monde et au Royaume des cieux, nous accroissons Jésus en son « corps spirituel »; quand nous vi­vons chrétiennement, nous enrichissons ce corps; quand nous mourons, nous le transférons pour notre part en son lieu, celui où l'ascension en a porté la « Tête ».

 

La mort chrétienne prend ainsi son ultime signification. Elle est conformité; elle est union; elle est confiance et amour, dans la coïncidence des croix et le mélange des auréoles.

 

Voyez, au cimetière, ce qui surgit des tombes comme un symbole de foi et comme un étendard de victoire. Les morts sont dans la terre; on di­rait que leurs bras sortent pour brandir la croix. Par là où il a passé, Lui, par là aussi nous passons. De la « douce lumière du ciel », comme disaient les vieux Grecs, nous montons à la lu­mière vraie, d'une ardeur plus profonde, et dont il nous apprit la douceur.

 

Comme ses souffrances n'ont pas aboli nos souffrances, mais en ont changé le signe : ainsi sa mort n'a pas aboli notre mort, mais elle lui a donné un sens de vie, une portée de triomphe.

 

Il a voulu être semblable à nous jusqu'au tré­pas. Lui qui ne devait pas mourir est mort pour que ne meure pas d'une mort définitive celui qui avait mérité de mourir : c'est bien le moins que nous acceptions de lui être à notre tour sembla­bles. Il a obéi à son Père jusque-là, nous a aimés jusque-là : jusque-là aussi nous voudrons obéir et aimer.

 

La mort a été pour lui un dernier acte: « Mon Père, je remets mon esprit entre tes mains » : ce dernier acte sanglant de la « comédie », nous en serons aussi les acteurs volon­taires, et c'est unis à lui que nous répéterons ses paroles : « Mon Père, je remets mon esprit en­tre tes mains. »

 

Il n'est plus vrai qu'on meurt seul, quand on a un tel compagnon, un tel introducteur dans le mystérieux royaume. L'épouvantable solitude n'est que du côté de la terre; un ami sûr a pris notre main pour nous conduire au ciel.

 

Oh ! Si nous vivions de la vie du Christ, comme il nous serait facile, et doux, de vivre aussi sa mort! Il y a un moyen bien simple de ne plus redouter le trépas : c'est de nous attacher à Celui qui l'a vaincu et nous en délivre.

 

Tous les désastres de la mort, comme tous ceux de la vie, ne sont jamais que pour celui qui trahit où qui doute.

 

Celui qui croit et qui aime vivra ; il est vi­vant déjà, au milieu de ces fantômes qui usent et voient tomber pièce à pièce, avec une effroyable hâte, ce qu'ils appellent la vie.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 11:05

La mort procure à celui qui meurt bien, cette jeu­nesse toujours renouvelée qui ignore désormais l'agonie des hommes : il est naturel qu'on la voie en beauté. La jeunesse, printemps de la vie, n'est-elle pas le symbole de tout ce qui fleurit et rayonne?

 

Le moyen âge représentait les morts jeunes et beaux, quel que fût leur âge. Au portail de Bourges, saint Louis est un jouvenceau tenant une fleur. Tous les élus d'Angélico sont charmants. C'est là une façon, pour l'esprit de foi, de célé­brer la jeunesse éternelle. Les théologiens, s'insé­rant entre Platon et Mallarmé, affirment que la résurrection change en lui-même le mort, c'est-à-dire réalise son idée type, écartant les accidents de la naissance ou de la vie, les tares de la vieil­lesse.

 

La couche funèbre, déjà, prélude à ce redres­sement. Elle ennoblit presque toujours les corps. Le reflet du ciel sur l'âme, à plus forte raison doit-il y apporter de la beauté. C'est là ce qui importe.  Quand le  sacrifice sera accompli,  on tentera de le poétiser avec des fleurs, des chants, un cortège et des pompes religieuses. On décorera la tombe; on s'efforcera de conserver au cime­tière sa gravité et la paix de son majestueux habi­tant : le silence.

 

Au lit de mort, le partant a dans son âme le principe d'une plus haute harmonie, moins mêlée à nos banalités et spirituelle dans son essence, cette fois, non plus en symbole.

 

Placé en quelque sorte entre ciel et terre, ayant toute sa vie devant soi, et le monde, et les domai­nes mystérieux où il accède, coupé du mal, con­fiant dans le bien, élargi au dedans par l'espérance, le mourant a licence de tout accorder, de tout harmoniser en soi, comme Dieu fait dans sa providence. Il juge mieux des rapports des choses;  il pèse les valeurs; il fait leur part à toutes gens et à tous événements. Je regard vers Dieu fournissant la lumière, et l'ultime désintéressement écartant ces jugements passionnés qui troublent nos consciences et nos vies.

 

L'entrée dans la communion des saints est alors facile. En quelque sorte on la voit. Nos proches sont là. Nos anciens les prolongent vers le passé. On pense aux hommes avec souci et indulgence. On veut du bien à tous. On comprend. On par­donne. On se détache de ce qui divisait.

 

On se sent un en Dieu, et ceux qu'on va rejoindre là haut sont de la fête. On salue les anges de loin, de près, escomptant leur aide. L'humble chambre est comme un univers entre deux : tel l'auguste local où Rembrandt fait mourir Marie, dans une gravure célèbre.

 

Est-ce une chambre, est-ce l'ha­bitat humain sanctifié, est-ce le ciel, on ne sait; mais la beauté est présente, beauté spirituelle in­tense, prolongée par la beauté du décor.

 

Ainsi aimerait-on voir mourir tout chrétien. Cela se produit, et les témoins en gardent une impression comme d'un parfum qu'aucun vent ne dissipe. Flaubert a écrit :  « Quand une fois on a baisé un cadavre au front, il vous en reste toujours sur les lèvres quelque chose, une amer­tume infinie, un arrière-goût de néant que rien n’efface. »

 

Je comprends ce langage d'incroyant; mais ce n'est pas cela que Michel-Ange regrettait de n'avoir osé cueillir sur un front noble et cher; le chrétien sublime avait en lui de quoi noyer toute amertume dans la beauté et dans la gran­deur de l'âme, et ainsi pense à sa manière tout humble chrétien.    

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 11:03

Un de nos savants a disait : « On ne fait pas éclore une rose en tirant sur le bouton. » Pour faire éclore notre vie, la rendre utile à nous et aux autres, le moyen n'est pas de nous livrer à l'ex­térieur en négligeant nos sources cachées, nos ra­cines et la sève. Si la bouche parle de l'abondance du cœur, l'action aussi parle et dit la richesse ou la pauvreté de notre âme, son orientation, ses volontés profondes et ses fins. C'est là surtout ce qu'il faut assainir, quand il en est besoin ; c'est là, en tout cas, ce qu'il faut faire croître.

 

Katherine Mansfield souhaitait que sa vie fût « la fleur de la plante qui a été semée », formule bien belle, chrétienne essentiellement, bien que Katherine elle-même crût ne l'être pas. La graine qui a été semée, c'est l'être que nous avons reçu de Dieu, avec ses caractères au complet, y com­pris son milieu avec toutes ses circonstances. La fleur doit en sortir, homogène, correspondant à l'espèce, à la variété, à l'individualité essentielle.

 

Une individualité est une création de la na­ture et de Dieu. Son progrès et sa fleur sont œuvre commune; Dieu y collabore avec nous et avec tout; car  « tout est pour les élus », y compris Dieu, pour autant qu'il est mêlé à son ouvrage. Nous avons en nous-mêmes une   vie   créée; mais nous avons en Dieu une vie incréée qui est Dieu même. Plus la première ressemble à la se­conde, plus nous sommes nous-mêmes, plus nous sommes assimilés à Dieu.

 

Notre Maître ne nous a-t-il pas dit : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait? » Cela s'entend humainement : soyez comme hommes ce que votre Dieu est comme Dieu; c'est une proportion, non un rapport direct, non la recherche d'une égalité impossible.

 

Mais on peut aller plus avant dans la profon­deur de cette formule. Etre un homme parfait, c'est réaliser la pensée qui nous crée, la graine avant qu'elle soit semée, dirait Katherine Mans­field. Or toute pensée, en Dieu, est Dieu même; tout, en Dieu, est conforme à Dieu. De sorte que, 1 devenir parfait au sens plein du mot, ce serait | bien, en quelque façon, nous diviniser.

 

Qu'on est loin, de ces pensées ! On se croit toujours au stade définitif. Quand on en change, on ne change pas de persuasion, on change 0 seulement de misère.

 

L'obsession de notre état nous le fait  considérer  comme  une règle à laquelle ses   fluctuations   n'enlèvent   rien   de son prétendu droit devant Dieu et devant les hommes.

 

J'agis selon moi : mais moi, où en suis-je? Sainte-Beuve écrivait : « Mû­rir, mûrir!  on durcit à certaines places,  on   pourrit   à   d'autres, on ne mûrit pas. »

 

La sagesse orientale nous avertit,  quand   elle dit avec le Zend-Avesta : « Nous honorons le meilleur bien, celui de la pureté   parfaite, et   le séjour   parfait   des justes, et la route excellente de ce bien parfait. »

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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