La vie, qui ne serait sans le Christ que l'enfantement de la mort, devient, par lui, l'enfantement d'une plus haute vie : nous devions trouver en lui l'exemplaire de cette transformation, en même temps que sa cause.
Le Christ est né, a vécu, est mort; il est ensuite ressuscité; il est parti et il est demeuré; la terre et le ciel sont deux mondes que réunit et anime sa présence.
Quand nous naissons, petits baptisés éclos à ce monde et au Royaume des cieux, nous accroissons Jésus en son « corps spirituel »; quand nous vivons chrétiennement, nous enrichissons ce corps; quand nous mourons, nous le transférons pour notre part en son lieu, celui où l'ascension en a porté la « Tête ».
La mort chrétienne prend ainsi son ultime signification. Elle est conformité; elle est union; elle est confiance et amour, dans la coïncidence des croix et le mélange des auréoles.
Voyez, au cimetière, ce qui surgit des tombes comme un symbole de foi et comme un étendard de victoire. Les morts sont dans la terre; on dirait que leurs bras sortent pour brandir la croix. Par là où il a passé, Lui, par là aussi nous passons. De la « douce lumière du ciel », comme disaient les vieux Grecs, nous montons à la lumière vraie, d'une ardeur plus profonde, et dont il nous apprit la douceur.
Comme ses souffrances n'ont pas aboli nos souffrances, mais en ont changé le signe : ainsi sa mort n'a pas aboli notre mort, mais elle lui a donné un sens de vie, une portée de triomphe.
Il a voulu être semblable à nous jusqu'au trépas. Lui qui ne devait pas mourir est mort pour que ne meure pas d'une mort définitive celui qui avait mérité de mourir : c'est bien le moins que nous acceptions de lui être à notre tour semblables. Il a obéi à son Père jusque-là, nous a aimés jusque-là : jusque-là aussi nous voudrons obéir et aimer.
La mort a été pour lui un dernier acte: « Mon Père, je remets mon esprit entre tes mains » : ce dernier acte sanglant de la « comédie », nous en serons aussi les acteurs volontaires, et c'est unis à lui que nous répéterons ses paroles : « Mon Père, je remets mon esprit entre tes mains. »
Il n'est plus vrai qu'on meurt seul, quand on a un tel compagnon, un tel introducteur dans le mystérieux royaume. L'épouvantable solitude n'est que du côté de la terre; un ami sûr a pris notre main pour nous conduire au ciel.
Oh ! Si nous vivions de la vie du Christ, comme il nous serait facile, et doux, de vivre aussi sa mort! Il y a un moyen bien simple de ne plus redouter le trépas : c'est de nous attacher à Celui qui l'a vaincu et nous en délivre.
Tous les désastres de la mort, comme tous ceux de la vie, ne sont jamais que pour celui qui trahit où qui doute.
Celui qui croit et qui aime vivra ; il est vivant déjà, au milieu de ces fantômes qui usent et voient tomber pièce à pièce, avec une effroyable hâte, ce qu'ils appellent la vie.
Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)
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