Pascal disait : « L'homme, est visiblement fait pour penser; c'est toute sa dignité et tout son mérite; et tout son devoir est de penser comme il faut; et l'ordre de la pensée est de commencer par soi, par son auteur et sa fin.
Le monde ne pense jamais à cela, il pense plutôt à danser, à s’amuser, à chanter, à écrire des vers, à gagner des médailles, à se bâtir, à se faire roi, sans penser à ce que c'est qu'être roi, et qu'être homme. » Cette note jetée au fond d'un tiroir, a une telle portée qu'elle doit nous faire réfléchir.
Nous sommes pensée. La pensée nous mène. Le secret de notre destinée est donc là : régler nos pensées, donner force en nous à des représentations qui répondent à notre nature véritable et à notre fin, identifier notre âme avec ce qu'il y a en elle de meilleur et en exclure ce qui l'abaisse.
Il faut souvent méditer Dieu, concevoir l'unité de la vie et son exigence de progrès, prendre une vue simple de nos rapports et de notre destinée, que le train habituel du monde nous embrouille.
La plante est longtemps au soleil pour former ses tissus, élaborer sa sève, son parfum, sa couleur; elle n'est pour ainsi dire que de la lumière transformée : ainsi l'âme agissante n'est que de la pensée qui se transforme en œuvres, et elle est droite dès que, directement ou indirectement, elle emprunte sa lumière au Divin Soleil.
Notre attention, en se portant sur un objet central — et à plus forte raison sur le Centre universel — voit comme s'en échapper des irradiations, des ondes, qui de plus en plus s'élargissent et se composent en système cohérent, où la pensée s'enrichit et s'organise. C'est le moyen pour la vie de prendre possession d'elle-même, en s'attachant à ce qui la domine, l'enveloppe et lui fournit sa loi.
Tout le monde pense; mais beaucoup ne pensent jamais à faire retour sur la pensée pour la contrôler, l'ordonner, la redresser au besoin, et, pénétrant jusqu'au fond d'eux-mêmes, y entendre le bruit des sources.
Nature, Divinité, humanité individuelle et humanité collective ont pourtant leur résonance là. Qui y songe ou se propose même d'y songer? Sous prétexte d'action, on oublie la signification de l'action, on oublie le but de l'action, pareil à ce voyageur de Marc-Aurèle qui avait oublié en chemin le but de sa route.
A la rencontre d'un principe directeur servant à l'occasion de cran d'arrêt et toujours de guide: telle est la formule d'une vie sagement contemplative, et l'expression de sa nécessité.
Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)
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