C'est surtout le matin, que le contact doit être repris avec les réalités premières et que la pensée doit s'organiser elle-même, en vue d'organiser ce qui dépend de son pouvoir.
Le lever est une naissance. Notre âme consciente éclôt de la chair en sommeil comme autrefois d'une chair maternelle. La journée est là, portion de vie, vie en raccourci, pleine d'instructions et d'expériences, de grâces, de mérites, de richesses humaines et de valeurs célestes, à condition de l'aborder en pleine clarté et de nous ouvrir aux influences qui la guident, comme la plante au soleil.
Au spirituel plus encore qu'au temporel il est vrai de dire : « Celui qui ne se lève pas avec le soleil ne profite pas du jour. » Je me lève; je me livre à l'Esprit de Dieu pour y retrouver le sens des choses, de moi-même et de la vie. Ma méditation est une ascension, une purification, un lancement ferme. Je me détache de ce qui est inférieur en faveur de l'excellent et du suprême. Je redresse mes affections; j'oriente mes désirs; je me raidis contre les fléchissements; je refrène en pensée les excès; je rafraîchis mon sentiment des choses divines et humaines, de leur ordre de valeur, de leur droit à mon estime et à mon activité.
Tout serait confus sans ce discernement: je le range; tout serait dispersé et sans lien : je le rassemble. Je pénètre par avance des secrets; je découvre des vérités; je reconnais des vraisemblances et je dévoile des feintes; je prévois et détermine ce que je dois faire et ce que je dois éviter, ce que je dois supporter et de quel cœur je dois accueillir ce qui vient de la Providence.
Le matin, je médite, afin de recevoir ce que, le jour, j'ai mission de donner. Je recherche la solitude pour la quitter. Destiné à ouvrir, aux heures d'effort, les écluses de l'âme, j'ouvre, aux heures contemplatives, les écluses de Dieu. Ne sont-elles pas à ma disposition, ces barrières invisibles qui laissent passage, en s'écartant, au flot de lumière et de force que notre rôle est de redistribuer?
Avec le prochain, on s'use; avec Dieu, on se refait. Avec soi-même, on s'use encore plus irrémédiablement, si l'on ne fréquente de soi que les régions basses, là où l'instinct s'égare. C'est seulement dans une haute retraite et dans une sorte de nuit illuminée d'astres spirituels, que la bête rampante, en nous, peut se transformer en ailes.
Une zone de contemplation est nécessaire au jour, et nécessaire à la vie, parce que toutes nos durées avec leurs objets sont suspendues à la durée permanente, et que notre âme unie à son Principe est l'endroit de ce monde le plus éternel.
Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)
elogofioupiou.over-blog.com