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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 20:55

Il est encourageant et consolant tout à la fois de voir, dans les Biographies des catholiques contemporains, la sollici­tude que plusieurs d'entre eux ont manifestée pour le sou­lagement des âmes du Purgatoire.

 

Nous citerons quelques-uns de ces édifiants exemples.

Encore enfant, Renaud de la Frégeolière était plein de com­passion pour les âmes du Purgatoire. Doué d'une extrême sensibilité, il n'avait pu entendre sans s'émouvoir les instruc­tions données à l'église ou au catéchisme sur les tourments qu'elles endurent; et il tâchait de les soulager d'une manière efficace. Il s'était dit, avec beaucoup de raison, qu'en souffrant pour elles on diminue graduellement leurs propres souffrances et il faisait passer dans la pratique cette excellente doctrine. Un jour, il reçut un violent coup à la tête. Sa mère voulut es­sayer de calmer la douleur en appliquant un linge sur ses tempes. «Non, non, s'écria Benaud, qui retenait de grosses lar­mes ; ce sera pour les âmes du Purgatoire !... »

 

Maurice du Bourg, officier qui se distingua pendant la guerre de 1870, avait une grande dévotion envers les âmes du Purgatoire. On a retrouvé dans ses papiers un acte en leur faveur, dont le principal article était ainsi conçu : « Espérant de la bonté divine que ces âmes, pour lesquelles je veux me dévouer complètement, me serviront à leur tour de média­trices auprès de Dieu et de sa sain te Mère, pour m'épargner ces longues souffrances que m'auront méritées mes péchés... je dé­sire leur appliquer toutes les indulgences qu'il me sera possi­ble de gagner, » etc. Il avait envoyé à sa mère un petit livre sur cette dévotion, et un chapelet spécial qu'il l'engageait instamment à réciter tous les jours. « II me semble, ajoutait-il, qu'à cause de cette pratique les bonnes âmes du Purgatoire écartent de moi tous les dangers du corps et de l'âme. »

 

Le vicomte Walsh rapporte dans un de ses ouvrages qu'il a connu un luthérien que notre croyance au Purgatoire rendit catholique. Il avait perdu, au milieu d'une fête, un frère au­quel il était très attaché, et il se souvenait sans cesse de ce passage si brusque d'un festin au cercueil. Il savait toute la pureté qu'il faut pour le ciel, et dans sa religion il ne trouvait pas un lieu intermédiaire entre les parvis célestes et les pro­fondeurs de l'éternel abîme. « Ah! Me dit-il, un jour des Morts, par amour pour mon frère, je veux me faire catholique. Quand je pourrai prier pour lui, je vivrai pour demander chaque jour à Dieu de donner le bonheur du ciel à celui que j'ai tant aimé sur la terre. »

 

Ferdinand Rozat, fervent chrétien, que la mort a frappé au dernier siècle, mettait admirablement en pratique ces deux maximes : « Abrégeons le Purgatoire aux défunts ; tâ­chons de l'éviter pour nous-mêmes. » « A quoi pensez-vous donc ? » Lui demandait un jour un de ses amis, passant avec lui devant un cimetière et le voyant absorbé...» Je récite, ré­pondit-il, un De profundis pour ceux qui dorment à l'ombre de ces croix. Je fais ainsi toutes les fois que j'aperçois de près ou de loin un champ des morts, car il me semble entendre leurs supplications s'élever du milieu de ces tombes. »

 

Rozat priait pour les défunts ; il veillait sur lui-même... et ne perdait ja­mais de vue cette grave inscription qu'il avait lue au-dessous du cadran de l'église de Cambo : L'heure présente, incertaine pour tous, est la der­nière pour plusieurs ! »

 

Le zèle pour la délivrance des âmes du Purgatoire inspire quelquefois des dévouements héroïques. Le P. Blot cite celui d'une Irlandaise, condamnée à subir une opération très douloureuse et qui déploya en cette circonstance un courage surhumain, grâce à la pensée qu'elle soulagerait par ses souffran­ces les pauvres âmes. L'aspect seul des préparatifs du chirur­gien eût fait trembler les plus intrépides. Elle se contenta de sourire. « On va vous chloroformer, lui dit le médecin.  Non, non, repartit-elle vivement, je ne sentirais pas la douleur, et je veux souffrir. » L'opération dura une heure et demie. La pauvre malade fut soumise à un véritable mar­tyre ; devenue raide, froide, presque sans mouvement, elle ne présentait plus que les symptômes de la mort. « Avez-vous beaucoup souffert ? Lui demanda quelqu'un lorsque ce fut terminé.  Dieu seul le sait, répondit-elle ; mais je suis con­tente : c'était pour les âmes du Purgatoire ! »

 

Un capitaine polonais, émigré, a passé à Rome une partie de sa vie (quinze ou vingt ans) a aller d'église en église, par­tout où il savait que se gagnaient des indulgences ; et nul ne le savait si bien que lui. Il appliquait toutes ces indulgences aux âmes du Purgatoire ; et lorsqu'il croyait en avoir déli­vré une, il lui confiait une âme de ce monde, ami, adversaire, quelqu'un qu'il voyait dans une grande peine, et il recom­mandait à cette âme qu'il avait délivrée cette autre qu'il avait vue en souffrance et en péril.

 

 Ce qui peut prouver la solidité d'une telle dévotion, c'est le genre de vie que menait le capi­taine. Il écoulait une partie de ses nuits devant le Saint-Sa­crement... Tout son petit revenu passait aux pauvres ; les bonnes œuvres n'avaient pas de plus zélé protecteur.

 

La R. Mère de la Providence, fondatrice des Dames Auxiliatrices, religieuses spécialement vouées à prier et à souffrir pour les âmes du Purgatoire, a obtenu du ciel par leur inter­cession des faveurs véritablement innombrables. On peut en voir le récit dans sa Biographie.

 

Le saint curé d'Ars fut, toute sa vie, consumé du désir de procurer la gloire de Dieu. Comme saint Dominique, dont il est dit qu'il faisait trois parts de son sang, il faisait dans son cœur trois parts de ses travaux et de ses souffrances, la pre­mière pour ses péchés, la seconde pour les péchés des vivants et la troisième pour les péchés des morts.

 

 Il avait demandé à Dieu de souffrir le jour pour la conversion des pécheurs et la nuit pour la délivrance des âmes du Purgatoire. Il fut lar­gement exaucé, car la fièvre le brûlait sur son pauvre grabat ; une toux insupportable lui déchirait la poitrine. Rompu de fatigue, il se levait de quart d'heure en quart d'heure pour respirer un peu et trouver hors de son lit quelque soulagement à son martyre. Voilà la générosité qu'inspire à une âme, pour les membres de l'Église souffrante, un ardent amour de Dieu.

 

FÊTE DU JOUR: Sainte Gertrude, vierge.

Gertrude naquit en 1263, d'une noble famille saxonne, et fut confiée dès l'âge de cinq ans, pour son éducation, aux bénédictines de l'abbaye de Rodelsdorf. La rare intelligence de Gertrude fut cultivée avec soin ; elle écrivait le latin avec une élégance et une force remarquables, mais surtout elle se distingua par son humilité, sa mortification, son obéissance et sa fidélité aux observances monastiques. Sa pureté d'in­tention éclairait son âme d'une vive lumière, et lui donnait une grande largeur d'idées et une complète liberté d'esprit. On a pu dire de sainte Gertrude qu'elle n'avait pas une erreur dans l'intelligence, pas un nuage dans le cœur, et que person­ne ne pouvait résister à son ascendant. Le don des miracles imprima comme un sceau divin sur les vertus de cette âme d'élite aux prières de laquelle Jésus ne savait rien refuser. Affable pour tous, elle se montrait particulièrement bonne pour les pécheurs. Pendant quarante ans sainte Gertrude gou­verna son monastère avec autant de sagesse que de douceur. Sa vie cependant ne fut qu'une longue et presque continuelle souffrance.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 22:12

 

«Ne te fie qu'à toi-même », dit un proverbe. Cette défiance est peu chrétienne dans les relations avec le pro­chain ; mais quand il s'agit du Purgatoire, elle est très sage et très louable.

 

Beaucoup de personnes sont portées à se persuader que, si elles venaient à être surprises par la mort, les prières des vivants ne leur manqueraient pas. C'est une grande et bien funeste illusion. Nos amis nous auront vite oublié ; et quant à ceux qui conserveront notre souvenir, il est à craindre qu'ils ne songent que fort peu à nous délivrer du Purgatoire. Dans ce siècle irréligieux, on néglige trop facile­ment les morts pour ne s'occuper que des vivants ; la voix de l'Église est peu écoutée ; la pénitence n'est plus qu'un nom ; la plupart du temps, on se contente de faire célébrer quel­ques messes, sinon moins encore, et tout est fini...

 

Oh ! Qu'il vaut bien mieux prendre le parti le plus sûr et ne compter que sur soi-même ! Tant mieux, si la grande charité de nos pro­ches rend nos prévisions superflues !

 

Mais, tout en nous efforçant d'éviter le Purgatoire par notre action personnelle, avisons aux moyens les plus sûrs, ou plu­tôt les moins incertains, d'obtenir quelques prières après notre mort. En voici plusieurs qui nous semblent pouvoir être utilement suggérés :

 

1° Faire son testament tandis qu'on est en bonne santé, le montrer à un homme compétent, le déposer entre les mains d'une personne de confiance, et y bien préciser le nombre de Messes qu'on exige.

 

2° Se faire agréger à une pieuse Association ou Confrérie dont le but principal soit de prier pour les confrères défunts.

 

3° Faire bon accueil à ceux qui se recommandent à nos prières, mais ne pas négliger de leur demander le même servi­ce pour le temps auquel Dieu nous appellera à lui.

 

4° Recourir à quelque sûr expédient pour nous ménager d'abondants suffrages aussitôt après notre mort. Telle est la convention faite entre plusieurs amies chrétiennes, qu'au dé­cès de l'une d'elles les autres se regarderont comme en­gagées à multiplier leurs oraisons pour le repos de son âme, à ne rien négliger de ce qui peut lui obtenir une prompte dé­livrance.

 

Prier beaucoup pendant notre vie, — comme nous l'a­vons si souvent recommandé déjà — pour les âmes du Purga­toire, afin d'obtenir de la miséricorde divine que d'autres nous rendent le même service après notre mort.

 

6° Ne jamais perdre de vue la grande ressource que nous a ménagée l'Église pour abréger la durée de nos peines, les in­dulgences. — Dans le même but, porter le scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel, auquel de si insignes privilèges sont attachés.

 

7° Penser souvent aux fins dernières, à la rigueur de la jus­tice divine, et sous l'impression de ces salutaires souvenirs, nous obliger à vivre dans l'innocence, dans la pratique de la mortification et de la prière.

 

« Qu'est-ce donc que le feu du Purgatoire pourrait avoir à consumer, demande l'auteur de l'Imitation, sinon vos péchés ? »

 

Ne péchez plus, vous abré­gerez votre Purgatoire plus efficacement que partout le reste...

 

Croira-t-on que rien de tout cela soit de trop pour nous adoucir les souffrances du Purgatoire ?

 

Où dira-t-on que c'est minutie de pousser si loin la sollicitude et la prévoyance ?

 

Ah !  Sans doute, ce n'est pas celle qui a lu les écrits des Saints sur le Purgatoire qui sera tentée de  penser ou de dire comme saint Jérôme. «Je n'épouvante les autres qu'a­près avoir tremblé le premier.» Il est bien permis de répéter cette parole après lui.

 

N'oublions pas l'affirmation de saint Augustin et de saint Thomas que : « La plus petite des peines qu'on y endure dépasse tout ce qu'on peut souffrir en ce monde. »

 

Une des saintes qui ont le plus écrit sur le Purgatoire, sain­te Catherine de Gênes, ne pouvait se retenir d'insister sur la nécessité de pourvoir nous-mêmes à nos besoins spirituels, tout spécialement quand il s'agit du Purgatoire. Témoin de la présomption d'une foule de chrétiens qui se rassurent, d'une part, sur leur honnêteté humaine ou sur l'accomplissement des principales pratiques de la religion, d'autre part, sur la mi­séricorde de Dieu « trop bon, comme ils disent, pour damner les hommes », ou enfin sur la grande charité de leurs proches, elle laissait échapper dans ces brûlantes effusions les senti­ments de son âme :

 

« Il me prend envie de crier assez fort pour remplir d'épou­vante tous les hommes qui sont sur la terre, et de leur dire : O malheureux ! Pourquoi vous laissez-vous aveugler par le monde, au point de ne songer en rien à la grande et cruelle nécessité en laquelle vous vous trouverez au moment de la mort ? »

 

Quoi ! Vous vous tenez tous à couvert, sous l'espérance de la miséricorde de Dieu que vous dites être si grande ; Eh ! Ne voyez-vous pas que c'est précisément cette immense bonté de Dieu qui vous jugera et qui vous condamnera ? Il est infiniment bon, mais il est aussi infiniment juste !

 

Sa bonté devrait vous porter à vous soumettre à tous ses commandements, et non à lui désobéir, dans l'espérance du pardon, car la justice aura infailliblement son cours, et il faut que, de manière ou d'autre, elle soit pleinement satisfaite.

 

« Ne vous rassurez pas non plus en disant : Je me confesse­rai, je gagnerai une indulgence plénière, car la contrition né­cessaire pour gagner cette indulgence dans sa totalité est si difficile à acquérir que vous devez bien plutôt craindre de n'y jamais parvenir ! »

 

Donc, soyons désormais mieux avisées, et prenons tous les moyens à notre disposition pour tomber dans le moins de fau­tes possible et multiplier, tant que nous le pouvons, les satis­factions.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 20:04

 

Descendez en esprit, dans les ca­chots ténébreux du Purgatoire ; placez-vous en présen­ce d'une personne de votre âge, de votre pays, de votre condition, et demandez-lui pour quelles fautes elle souffre de si cruels tourments.

 

Voici à peu près ce qu'elle vous répondra :

 

« Pour mes distractions pendant mes prières et ma curiosi­té à l'église. Pour mes impatiences, mes immortifications et mes négligences. Pour mes mensonges, mes jugements témé­raires et quelques légères médisances. Pour ma vanité et mon désir de paraître; puis pour beaucoup d'autres fautes plus graves dont je me suis dûment confessée, mais qui n'ont pas été expiées avant ma mort. »

 

Et vous, que répliquerez-vous à cette pauvre captive du Purgatoire, pour qui il n'est plus temps de se corriger ? Ah ! Vous lui avouerez sans doute que ses fautes ressemblent à celles que vous commettez tous les jours. Mais n'ajouterez-vous pas que vous voulez profiter de son malheur et améliorer votre conduite, pour ne pas par­tager un jour les mêmes supplices ?

 

Oui, certes, c'est le résultat principal que doit avoir pour nous  la méditation du Purgatoire : Nous  obliger à rentrer en nous-même, à nous amender, à embrasser un genre de vie foncièrement conforme à la morale évangélique.

 

De quel œil en effet les souffrances qu'on endure dans la prison du Purgatoire ne doivent-elles pas nous faire envisa­ger la paresse, la tiédeur, l'amour de nos aises ?

 

Quelles ré­flexions ne nous suggèrent-elles pas sur notre façon d'accom­plir nos dévotions comme par manière d'acquit ou par rou­tine ?

 

Quel changement tout cela ne doit-il pas amener dans notre vie? Quel soin dans nos examens, dans nos confessions, dans les communions, et dans nos prières ? Il semble désor­mais que la grâce des grâces, pour laquelle nous ne devrions pas cesser d'importuner Notre-Seigneur, soit de haïr le péché d'une haine semblable à celle dont il le poursuit lui-même.

 

Ah ! Si le Purgatoire est tant à craindre, et si nous ne pou­vons en toute sécurité compter que sur nous pour en abréger la durée, par les prières et les bonnes œuvres de notre vie, ayons toujours présente à la mémoire la pensée des supplices qu'on endure au fond de ces brasiers ardents ; ce sera pour nous un soutien, un aiguillon, en même temps qu'un préservatif des plus salutaires.

 

Pensons au Purgatoire dans la joie, pour nous rappeler que nous expierons plus tard ce qu'elle aurait de désordonné ou de coupable.

 

Pensons-y dans la tristesse, en nous disant que toutes nos douleurs ne sont rien auprès de celles du Purgatoire. Pensons-y le matin, pour nous encourager à passer saintement la journée; pensons-y le soir, afin de renou­veler notre propos de mourir plutôt que d'offenser Dieu, afin aussi de prier pour ces millions d'âmes qui n'ont d'autre lit qu'un feu dévorant. Avant chaque action importante, de­mandons-nous si un jour dans le Purgatoire nous serons con­tente de l'avoir faite.

 

Que de généreuses résolutions nous inspireront ce souvenir, fréquemment renouvelé !

 

Saint François Xavier allait plus loin. Il suggérait, au su­jet du Purgatoire, une réflexion dont tous les chrétiens de­vraient faire leur profit. « Vous pensez, disait-il, à vos frères qui souffrent dans un autre monde ; vous avez la religieuse ambition de les soulager ; c'est très bien, mais pensez d'abord à votre salut. Avant d'entreprendre de soustraire des âmes du Purgatoire, commencez par délivrer la vôtre de l'enfer.

 

«Que ce conseil est sage  et qu'il importe de le suivre ! Or, pour  se préserver de l'enfer, il faut avant tout vivre en état de  grâce.

 

Voilà la première leçon que nous donnent les âmes du  Purgatoire, « Si vous voulez éviter nos tourments, et à plus forte raison, ceux des damnés, gardez-vous de commettre le péché. »

 

Du reste, même pour être utile à ces pauvres âmes, pour gagner les indulgences de l'Église, nous devons nous trouver en état de grâce.

 

Mort au péché ! Telle doit être la devise de tout chrétien...

 

 

FÊTE DU JOUR: 13 novembre, Saint Stanislas Kostka, confesseur.

 

Saint Stanislas appartenait à une noble famille de Pologne. Dès son enfance on vit briller en lui une telle innocence qu'on disait qu'étant déjà un ange, il serait plus tard un saint.

 

Si, à la table du comte de Kostka, quelque parole légère ve­nait à être prononcée, Stanislas pâlissait aussitôt, et il tom­bait en faiblesse si la conversation continuait.

 

A quatorze ans, le saint enfant alla, avec son frère aîné Paul, étudier au col­lège des jésuites à Vienne. La sévérité de sa vie parut à Paul un reproche continuel de ses habitudes trop libres, et malgré sa douceur et son caractère joyeux, Stanislas eut à souffrir de la part de son frère les plus indignes traitements.

 

Ces sé­vices et les mortifications qu'il s'imposait le firent tomber dangereusement malade. Stanislas et son frère logeaient chez un protestant qui n'eût admis la présence d'aucun prêtre catho­lique.

 

Dans cette extrémité, Stanislas se souvint que sainte Barbe, sa patronne, n'avait jamais laissé mourir sans le saint Viatique ceux qui l'imploraient : il l'appela donc dévotement à son aide, et la sainte lui apparut avec deux anges qui le com­munièrent.

 

La Sainte Vierge rendit elle-même la santé à Stanislas, et lui ordonna d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Pour échapper à l'opposition de son père, Stanislas dut s'en­fuir de Vienne, et après avoir prouvé la fermeté de sa résolu­tion, il fut reçu au noviciat à Rome où il s'était rendu à pied depuis Vienne.

 

C'est dans ce pieux asile que Stanislas mourut à dix-sept ans, le jour de l'Assomption, comme il l'avait de­mandé à Marie.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 20:57

 

Un moyen très efficace, en même temps qu'une condition indispensable, pour obtenir à nos parents ou amis dé­funts le soulagement que désire notre cœur, c'est de faire avec une parfaite générosité le sacrifice de leur présence, de nous résigner sincèrement à l'épreuve que Dieu nous a en­voyée en les retirant de ce monde.

 

Il est vrai que nous ne sommes pas toujours maîtres de nos sensations ; il y a quelque chose de plus fort que nous dans le premier choc d'une grande douleur occasionnée par la perte d'une personne qui nous était chère. Cette croix a des effets d'autant plus sensibles que rarement on s'y est pré­paré.

 

«La tendresse filiale, en particulier, écrit un pieux au­teur, ne comprend pas la possibilité de certaines séparations ; elle s'aveugle sur la tombe ouverte d'une mère ou d'un père, comme la mère s'aveugle sur le berceau d'un enfant. Il sem­ble que les cœurs, enlacés les uns dans les autres par une affec­tion pure, ne puissent ni vivre ni mourir l'un sans l'autre. Au­cun raisonnement, aucune pieuse pensée, pas même la foi chrétienne, n'est capable de détruire cette dernière illusion, tant elle est fondée sur l'éternelle vérité. »

 

Et, quand l'évé­nement est arrivé, mille circonstances concourent à augmen­ter encore les émotions et les regrets. Nous nous rappelons à chaque instant, plus ou moins volontairement, la sollicitude que la personne aimée, et qui n'est plus, eut pour nous, la part qu'elle prit à nos joies et à nos tristesses, les souffrances qu'elle supporta, les larmes qu'elle versa pour nous peut-être; et ces images, en brisant notre âme, nous livrent presque sans défense aux luttes et aux assauts qui ébranlent l'infirmité hu­maine, triste résultat de l'altération de tous nos organes par le péché originel. Mais notre raison n'est point anéantie, sur­tout quand elle est aidée de la foi ; elle attend que l'affliction qui était concentrée en nous ait suivi son cours, et qu'elle soit, sinon épuisée, du moins affaiblie et reposée. Alors, par l'effet de la grâce, si on ne la repousse pas, viennent sans effort se présenter à notre esprit les motifs de résignation.

 

D'abord, toute perte, toute affliction, quelle qu'elle soit, est une croix qui nous vient de la main du meilleur des pères, de notre Père qui est dans les cieux, et qui ne la permet que pour le plus grand bien de ceux qu'il frappe. Puis, quelle est l'heure, dans la vie, où chacune de nous n'a pas mérité d'être frappée à cause de ses offenses envers ce Père si clément ? C'est tout à la fois pour notre utilité et pour la gloire de Dieu ne nous sommes punies ; mais une voix secrète ne cesse point  nous avertir que, si la correction est inévitable, elle est salutaire et toujours accompagnée de quelque adoucissement. Ces pensées dictaient à saint Basile une admirable réponse a tous ceux qui, loin de bénir la main qui les frappe, sont près de se révolter contre elle, et qui demandent comment ils pour­raient faire autrement : « Pourquoi, s'écrie-t-il, en pensant que Dieu avait bien aussi quelque droit de disposer d'un bien qui était à lui, pourquoi donc ne pas laisser à ce Dieu, la sagesse même, la liberté d'appeler à lui ses enfants ?

 

Pourquoi ces murmures, comme si nous étions dépouillés de quelque chose qui fût à nous ? Pourquoi ces plaintes sur les morts, comme s'il y eût quelque injustice commise à leur égard ?

 

Pensez plu­tôt, non pas qu'il soit mort, mais qu'il n'a fait que retourner à son maître ; pensez, non plus que cet ami est perdu pour vous, mais qu'il est allé faire un voyage lointain et vous de­vancer de quelques jours au terme où nous devons tous abou­tir. Dans le grand chemin de la vie humaine, on ne rencontre de compagnon que pour se séparer un jour et se rendre, cha­cun de son côté, au terme inévitable du voyage.... »

 

Entrons courageusement dans ces dispositions, et lorsque Dieu frappe un de nos proches, disons-nous bien que si nous voulons abréger le Purgatoire de ce frère chéri, notre premier soin doit être de courber notre front sous la main de Dieu, de baiser nous-même la verge qui nous a frappée, de nous soumettre finalement à la volonté du Seigneur, sans plainte ni murmure.

 

Si Dieu ne veut pas que notre douleur soit excessive et in­consolable, ni surtout qu'elle prenne un caractère de murmure et de désespoir, il est bien loin de nous interdire le souvenir de ceux que nous pleurons.

 

 Tout au contraire la pensée de nos chers morts » est tout à la fois très utile à eux et à nous. Qu'elle leur soit utile à eux-mêmes, nous n'avons pas à le démontrer : elle provoque des prières à leur intention, des œuvres satisfactoires, des sacrifices qui leur valent de pré­cieux soulagements.

 

Mais ce souvenir ne nous est pas moins utile à nous-mêmes. Il se transforme, par la foi, en un sentiment de piété, de confiance en Dieu, d'encouragement, de chrétienne fermeté.

 

Souvenons-nous donc pieusement et longtemps de toute personne qui nous était chère, et qu'un trépas plus ou moins prévu nous a ravie ; aimons à nous retracer ses qualités, sur­tout ses bonnes actions : que son nom revienne fréquemment sur nos lèvres, et répétons dans les épanchements de notre cœur, avec nos parents ou nos amis, les paroles de saint Jé­rôme, après sa séparation de sainte Paule : « Nous la possé­dons encore auprès de nous ; car tout continue de vivre en Dieu, et celui qui retourne au Seigneur ne cesse pas de faire partie de la famille... »

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 23:11

 

C'est Bourdaloue qui va nous le dire, avec sa doctrine si sûre et son irrésistible logique. « Peu de personnes ont un vrai zèle pour les âmes du Purgatoire et, parmi ces personnes, peu l'exercent selon les règles de la religion et d'une solide charité. »

 

Pourquoi ? Parce qu'il y en a peu qui réellement contri­buent à soulager leurs peines ; peu qui, se servant des moyens que nous fournit pour cela le christianisme, leur procurent les secours dont elles ont besoin, et dont elles pourraient profiter. J'avoue, encore une fois, qu'on ne laisse pas d'avoir pour les morts de la piété ; mais il arrive que ce qu'on appelle piété, est dans les uns une piété stérile et infructueuse, dans les au­tres une piété d'ostentation et de faste ; dans ceux-ci, une piété mondaine et païenne, qui n'agit point par les vues de la foi ; dans ceux-là, une piété qui, toute chrétienne qu'elle est, ne produit que des œuvres mortes.

 

J'appelle piété stérile et infructueuse pour les morts celle qui ne consiste qu'en de vains regrets, qu'en d'inutiles la­mentations, qu'en des transports de douleur, qu'en des tor­rents de larmes, qu'en des emportements et des désespoirs ; or il n'est pourtant rien de plus commun. « Nous voyons tous les jours des morts pleurer d'autres morts, disait de son temps saint Bernard, nous voyons des hommes vivants, mais tout mondains et par là morts devant Dieu, pleurer sincèrement et amèrement la mort de ceux qui leur ont été chers pendant leur vie. Mais que nous paraît-il en tout cela ? Beaucoup de pleurs et peu de prières, peu de charité, peu de bonnes œu­vres ; des gémissements pitoyables, mais, de nul effet ; des excès de désolation sans aucun fruit. »

 

Cet abus que condamnait saint Bernard semble avoir passé parmi nous, non seulement en coutume, mais, ce qui me pa­raît plus étrange, en bienséance et en devoir, puisque au­jourd'hui ceux qui se piquent de vivre selon les lois du monde, à force de pleurer leurs morts, se tiennent comme dispensés de prier pour eux. A peine verrez-vous maintenant une femme du monde, au jour ou de la mort ou des funérailles de son mari, s'approcher des autels, et s'acquitter du devoir essentiel de la religion ; vous diriez qu'y manquer soit une marque de sa tendresse. Pendant que des étrangers accompagnent le corps et recommandent l'âme à Dieu, celle-ci dans sa maison fait l'inconsolable et la désespérée. Est-il sensé de se dispenser des prières solennelles de l'Église, pour payer aux morts un tribut de larmes qu'ils ne nous demandent point, et qui ne leur sera jamais utile ? Car enfin, je vous le demande, de quel secours peut être à une âme l'excès de votre douleur ? Tous ces témoignages d'une affliction outrée et sans mesure seront-ils capables d'adoucir sa peine ? Pensez-vous que ce feu puri­fiant, dont elle ressent les vives atteintes, puisse s'éteindre par les larmes qui coulent de vos yeux ?

 

«Ah! Mon frère, écrivait autrefois saint Ambroise à un sei­gneur de marque, pour le consoler sur la perte qu'il avait faite d'une sœur unique qu'il aimait, réglez-vous jusque dans votre douleur ; toute violente qu'elle est, soyez équitable et chrétien. Dieu vous a ôté une sœur qui vous était plus chère que vous-même, priez pour elle et pleurez sur vous ; pleurez sur vous, parce que vous êtes un pécheur encore exposé aux tentations et aux dangers de cette vie ; et priez pour elle, afin de la délivrer des souffrances de l'autre. Voilà le zèle que vous devez avoir ; car voilà ce qui lui peut servir, et de quoi elle vous sera éternellement redevable. » Rien de plus juste que cette remontrance, qu'il faudrait bien davantage nous appli­quer à nous-mêmes.

 

J'appelle piété d'ostentation et de faste à l'égard des morts, celle qui se borne à l'extérieur des devoirs funèbres, aux céré­monies d'un deuil, à l'appareil d'un convoi, à tout ce qui peut éclater aux yeux des hommes ; recherchant ce faux éclat jus­que dans les choses les plus saintes, tels que sont les services de l'Église, où souvent il y a plus de pompe que de religion ; étalant cette vanité jusque sur les autels, plus chargés des marques de la noblesse du défunt que des signes augustes du christianisme ; érigeant pour un cadavre des tombeaux plus magnifiques que ne sont les sanctuaires et les tabernacles où repose le corps de Jésus-Christ ; s'étudiant beaucoup plus à observer tout ce que l'ambition humaine a introduit qu'à pourvoir au solide et au nécessaire, qui est de secourir les âmes fidèles par nos sacrifices et par nos vœux. Non pas que je pré­tende absolument condamner tout ce qui se pratique exté­rieurement dans les funérailles ; l'abus que nous en faisons n'empêche pas que ce ne soient de saints devoirs dans leur origine, et dans l'intention de l'Église qui les a institués ; mais je veux seulement vous dire que ce n'est pas en cela que doit être renfermée toute notre piété envers les morts ; que si nous en demeurons là, nous ne faisons rien pour eux ; qu'une âme dans le Purgatoire nous est incomparablement plus obligée des bonnes œuvres et des aumônes dont nous lui appliquons le fruit, que de toute la magnificence de ses obsèques ; qu'une communion faite pour elle lui marque bien mieux notre recon­naissance que les plus riches et les plus superbes monuments ; et qu'il y a au reste une espèce d'infidélité à n'épargner rien quand il s'agit d'un corps qui tombe en pourriture pendant qu'on néglige de secourir une âme qui est l'héritière du Ciel. La vraie dévotion envers les âmes du Purgatoire sera celle qui se tiendra en garde de ces abus et se conformera aux re­commandations de la sainte Église ; celle qui se souciera peu de l'extérieur, mais apportera tous ses soins à remplir dévo­tement les pratiques religieuses destinées à soulager les dé­funts. »

 

FÊTE DU 10 novembre: Saint André Avellin, confesseur.

 

A près une sainte jeunesse, Lancelot Avellin fut ordonné  prêtre à Naples, et devint avocat devant les tribunaux ecclésiastiques. Un jour qu'il plaidait avec chaleur la cause d'un prêtre de ses amis, il lui arriva de laisser échapper un mensonge. Le soir même il tomba sur ce texte de la Sainte Écriture : « Celui qui ment tue son âme », et aussitôt il aban­donna le barreau et se consacra exclusivement à ses devoirs sacerdotaux. A trente-six ans, il entra dans l'Ordre des Théatins, et prit le nom d'André pour montrer son amour de la croix. De terribles et continuelles souffrances mirent à l'épreuve ses généreuses résolutions. Par suite d'une infirmité, André ne pouvait faire un pas sans souffrance et sans danger ; néan­moins, il ne consentit jamais à se servir de voiture, se rendant promptement, à pied, auprès des malades qui l'appelaient. Les hommes n'apportèrent jamais aucun soulagement aux souffrances de saint André. Dans sa dernière maladie, étendu sur une planche nue, il fut assailli par de cruelles tentations de désespoir, mais ne cessa pas un instant de demander à Dieu une bonne mort. Enfin, le 10 novembre 1608, il expira en paix, après un dernier combat contre l'ennemi du salut.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 20:49

 

N'arrive-t-il pas à certains chrétiens de se dire : « Je voudrais m'intéresser au sort des âmes du Purga­toire, mais j'ai déjà trop à faire de songer à mon salut ! Charité bien entendue commence par soi-même... ! »

 

Vous qui voulez avant tout votre salut, et certes avec raison, détrompez-vous. Vous travaillerez encore plus efficacement pour vous-mêmes en vous dévouant aux âmes du Purgatoire.

 

« Si votre intérêt vous touche, dit un pieux auteur, priez, faites des bonnes œuvres à l'intention des défunts. Assuré­ment, vous ne perdrez jamais ce que vous leur donnerez : Elles vous le rendront au centuple. Comme l'enseignent les docteurs, les âmes saintes ont un grand crédit auprès de Dieu après la mort ; elles ressemblent à ces vieux soldats qui, pour obtenir une grâce de leur prince, lui montrent les nombreuses bles­sures reçues à son service.

 

« Or, dit Bellarmin, les âmes souf­frantes sont saintes ; elles prient comme les saints, et comme eux elles sont exaucées en vertu de leurs mérites antérieurs. »

 

Elles ne peuvent plus mériter, mais elles peuvent faire jouir des mérites surabondants de leur vie passée les personnes à qui elles s'intéressent. La pensée d'un échange si avantageux doit donc vous engager à multiplier vos pieux suffrages pour les âmes du Purgatoire, bien loin de refroidir votre zèle.

 

Non seulement les âmes du Purgatoire nous compensent de nos prières pour elles de la manière que nous venons de dire, mais, lorsqu'elles sont délivrées de leur affreuse prison, elles portent dans le ciel l'amitié qu'elles ont conçue pour nous au milieu de leurs larmes, et elles ne cessent plus de nous com­bler de bienfaits.

 

Quel bonheur de penser que nous aurons plus tard des intercesseurs affectueux et sincères auprès du trône de Dieu, des amis qui ne trahiront jamais leurs engagements, et qui, pleins de sollicitude pour nos intérêts, écarteront par leurs prières les pièges que le démon tend chaque jour à notre inexpérience et à notre faiblesse !

 

Déjà même, dans le Purga­toire, tout semble indiquer que ces bonnes âmes prient pour leurs bienfaiteurs. «Lorsque je souhaite obtenir quelque grâce du Père éternel, disait sainte Catherine de Bologne, j'invite les âmes du Purgatoire à la demander en mon nom, et par leur intercession j'obtiens ce que je désire. » On pourrait citer des exemples innombrables de personnes qui affirment avoir reçu des grâces signalées par l'intercession des âmes du Purgatoire.

 

Saint Léonard de Port Maurice racontait dans une instruc­tion le trait suivant :

 

« Devenu orphelin dès son bas âge, saint Pierre Damien fut recueilli par un de ses frères qui le maltraitait et le laissait manquer de tout. Le pauvre enfant trouva un jour sur la route une pièce de monnaie. C'était pour lui un trésor : Il lui venait à l’esprit mille manières de l'employer pour subvenir à ses besoins. Cependant, après mûre réflexion, notre jeune saint, au lieu de dépenser son argent, le donna à un prê­tre pour qu'il dît une messe à l'intention des âmes du Purga­toire... Eh bien, à partir de là, son sort changea complète­ment. Accueilli par un autre de ses frères, meilleur que le pre­mier, il fut vêtu et nourri convenablement, il put faire ses études et il devint ce grand homme, ce grand saint, l'honneur du collège des cardinaux et de la sainte Église. Vous voyez combien sont reconnaissantes les âmes du Purgatoire !... »

 

Un laïque tout dévoué aux œuvres chrétiennes travaillait à la conversion d'un vieillard dangereusement malade. Ayant épuisé tous les moyens que lui suggérait son zèle sans pouvoir le décider à se confesser, il eut la pensée d'intéresser les âmes du Purgatoire à son salut. Il s'engage donc à faire célébrer un certain nombre de messes pour la délivrance de l'âme la plus délaissée, avec cette condition tacite qu'elle-même se char­gerait à son tour d'obtenir au moribond la grâce du repentir. Le même soir, ce pauvre pécheur, qui avait résisté à toutes les sollicitations et qui était sur le point de se perdre pour l'éter­nité, demanda un prêtre ; il remplit ses devoirs de chrétien et mourut dans les sentiments de la plus sincère pénitence.

 

Que de traits merveilleux on peut lire à ce même sujet dans la vie de la Mère Marie de la Providence, fondatrice de la Con­grégation des Auxiliatrices du Purgatoire ! Vraiment, par les âmes souffrantes, elle demandait des miracles comme nous demandons notre pain quotidien; et tout ce qu'elle demandait, elle l'obtenait.

 

Pourquoi n'essaierions-nous pas à notre tour ? Dira-t-on : Je ne puis pas ? » Raison fondée ou menson­gère que donnent couramment une foule de chrétiens lorsqu'on leur propose une bonne œuvre à faire, un apostolat à exer­cer, une entreprise qui intéresse la gloire de Dieu, le salut des âmes, le soulagement des malheureux....

 

Mais qui donc pourra faire valoir cette excuse lorsqu'on lui dira : « Devenez le libérateur, la libératrice des âmes du Pur­gatoire ?... »

 

Non, rien n'est plus facile, quoique rien ne soit plus fécond en excellents résultats. Pour remplir une si belle mission, il ne faut ni science, ni génie, ni fortune ; il n'est besoin ni de voyages, ni de démarches, ni de travail. La bonne volonté seule suffit.

 

Et quels fruits immenses on peut espérer ! Que la simple sa­gesse humaine, autant que la foi, nous détermine donc à nous intéresser à une aussi belle cause, même dans notre intérêt !

 

FÊTE du  9 novembre. Saint Théodore, martyr.

 

Saint Théodore, issu d'une noble famille de l'Orient, s'en­rôla très jeune dans les armées impériales. En 306, l'em­pereur publia un édit qui obligeait tous les chrétiens à sacrifier aux dieux.

 

Théodore venait précisément d'être incorporé dans une légion et se rendait avec elle dans la province du Pont, lorsqu'il fut mis en demeure de choisir entre l'apostasie et la mort. Il répondit sans trembler à son chef qu'il était prêt à se laisser couper en morceaux, et à offrir chacun de ses membres en sacrifice à son Créateur mort pour lui sur la croix. Cet officier, dans l'espoir de vaincre Théodore par la douceur, ordonna qu'on le laissât en paix pendant quelques jours pour lui donner le temps de réfléchir ; mais le jeune chrétien ne profita de sa liberté que pour incendier le temple de la déesse Isis, action dont il ne fit du reste mystère à personne. Le juge le pressa de nouveau de sauver sa vie en reniant sa foi, mais Théodore, s'armant du signe de la croix, répondit : « Aussi longtemps que j'aurai un souffle de vie, je confesserai le nom de Jésus-Christ. »

 

Il fut condamné à être brûlé vif, et lorsque les flammes s'élevèrent du bûcher, on vit l'âme du généreux martyr monter vers le ciel.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 21:27

Il semble que ce soit une raison bien suffisante de venir au secours des âmes du Purgatoire que l'étendue et la rigueur de leurs supplices ; et bien des personnes ne pensent pas plus loin en priant à leur intention.

 

Et pourtant, même en dehors de là, nous avons les raisons les plus sérieuses d'accomplir cet acte de charité envers les défunts.

 

La première, c'est que nous procurons ainsi la gloire de Dieu. Plus il y a d'élus dans le ciel, plus Dieu à de vrais ado­rateurs ; eh bien, par nos satisfactions, nous pouvons aug­menter le nombre des élus, et conséquemment glorifier Dieu d'une manière efficace. Bien plus, nous lui causons de la joie, car il voudrait récompenser les malheureux détenus du Pur­gatoire ; il voudrait les serrer sur son cœur. Mais sa justice s'y oppose et demande une expiation. Or, en délivrant les âmes du Purgatoire, nous faisons cesser cet état de violence où Dieu se trouve en quelque sorte vis-à-vis d'elles. Aussi, rien ne saurait-il lui être plus agréable que cette dévotion.

 

Un nouveau motif de soulager nos frères défunts, c'est que nous pouvons ainsi consoler le Cœur de Jésus, qui leur por­te l'amour le plus tendre et désire ardemment leur délivrance. Les âmes du Purgatoire doivent lui être particulièrement chè­res, puisqu'elles ne l'offensent plus et qu'elles soupirent après le bonheur de sa présence. S'il n'écoutait que sa bonté, il leur ouvrirait à toutes les portes du ciel ; mais il a en quelque sorte les mains liées par les droits de la justice divine. Oh ! Si nous l'aimons, venons donc en aide à ses amis qui souffrent ! C'est un père, le meilleur des pères, qui attend qu'on délivre ses enfants : ne lui refusons pas cette consolation : Jésus-Christ nous en récompensera au centuple.

 

Une autre raison encore, qui doit produire sur notre esprit une impression sérieuse, c'est que la dévotion aux âmes du Purgatoire comporte l'exercice de la charité chrétienne sous toutes ses formes et ne peut manquer par conséquent d'atti­rer sur nous les bénédictions du ciel.

 

Qui le dit ?... Saint François de Sales ; et il le démontre jusqu'à l'évidence.

« Cette dévotion, écrit-il, renferme en elle-même toutes les œuvres de miséricorde. Descendre en esprit au milieu des feux du Purgatoire, n'est-ce pas visiter les malades ? Verser la rosée de la grâce céleste sur des âmes dévorées du désir de voir Dieu, n'est-ce pas donner à boire à ceux qui ont soif ? Avancer pour elles le moment où elles posséderont le ciel, dont elles sont affamées, n'est-ce pas nourrir ceux qui ont faim? Payer la rançon de ces pauvres captifs, briser leurs chaînes par nos prières, n'est-ce pas racheter les prisonniers ?

 

Intro­duire les exilés du Purgatoire dans la cité triomphante des esprits bienheureux, n'est-ce pas donner l'hospitalité aux étrangers ?... »

 

Qu'ajouter à ces consolantes paroles ? Oui, vraiment, celui qui prie pour les défunts exer­ce d'une manière admirable la charité ; or, la charité est un passeport pour le ciel.

 

Enfin, rappelons-nous que la dévotion envers les pauvres âmes peut être pour nous un devoir de justice, motif bien plus impérieux encore de la pratiquer. Supposons un instant que par imprudence vous ayez blessé votre père, votre mère, ou l'une de vos amies, quels regrets n'en ressentiriez-vous pas ! Comme vous seriez heureuse de pouvoir réparer le mal ! Eh bien, voilà votre situation vis-à-vis des âmes dont nous par­lons. Elles souffrent d'affreuses douleurs, et elles souffrent à cause de vous ; la justice exige que vous soulagiez ces pauvres âmes, victimes de vos imprudences, d'autant plus que vous le pouvez si facilement. Qu'est-ce que quelques prières, quel­ques sacrifices, en comparaison des tourments qu'elles en­durent ! Ayez à cœur d'acquitter au plus tôt une dette sacrée.

 

Demandons-nous après cela, et en nous appuyant sur ces considérations, pour quelles âmes nous devons principale­ment prier.

 

Ce sera naturellement pour celles dont la justice, la re­connaissance et la piété filiale nous font un devoir de nous souvenir devant Dieu.

 

Tel a été notre bienfaiteur ; soit sous le rapport spirituel, soit au temporel, il nous a rendu de précieux services : C'est un devoir pour nous de l'en payer par les moyens en notre pou­voir, et tout au moins de prier pour lui.

 

Tel autre expie en Purgatoire des péchés que nous l'avons porté à commettre, soit par nos mauvais exemples, soit par de pernicieux conseils, soit par des impatiences et des mou­vements d'humeur, d'insubordination qui ont provoqué ses fautes.

 

Ou encore sa complaisance pour nous, son désir de nous rendre service l’a fait tomber dans plusieurs péchés. A nous de prier pour lui.

 

Et nos parents, nos frères, nos sœurs, est-il vraiment né­cessaire de rappeler ce que nous leur devons après la mort ?

 

Que leurs tendres supplications ne nous trouvent pas insen­sibles, mais qu'elles nous enflamment d'une sainte ardeur pour l'expiation et le gain des indulgences.

 

NDLR. Vous pouvez prier pour ma petite sœur Lucie, qui vient de terminer son pèlerinage sur cette terre.

 

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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