Il est encourageant et consolant tout à la fois de voir, dans les Biographies des catholiques contemporains, la sollicitude que plusieurs d'entre eux ont manifestée pour le soulagement des âmes du Purgatoire.
Nous citerons quelques-uns de ces édifiants exemples.
Encore enfant, Renaud de la Frégeolière était plein de compassion pour les âmes du Purgatoire. Doué d'une extrême sensibilité, il n'avait pu entendre sans s'émouvoir les instructions données à l'église ou au catéchisme sur les tourments qu'elles endurent; et il tâchait de les soulager d'une manière efficace. Il s'était dit, avec beaucoup de raison, qu'en souffrant pour elles on diminue graduellement leurs propres souffrances et il faisait passer dans la pratique cette excellente doctrine. Un jour, il reçut un violent coup à la tête. Sa mère voulut essayer de calmer la douleur en appliquant un linge sur ses tempes. «Non, non, s'écria Benaud, qui retenait de grosses larmes ; ce sera pour les âmes du Purgatoire !... »
Maurice du Bourg, officier qui se distingua pendant la guerre de 1870, avait une grande dévotion envers les âmes du Purgatoire. On a retrouvé dans ses papiers un acte en leur faveur, dont le principal article était ainsi conçu : « Espérant de la bonté divine que ces âmes, pour lesquelles je veux me dévouer complètement, me serviront à leur tour de médiatrices auprès de Dieu et de sa sain te Mère, pour m'épargner ces longues souffrances que m'auront méritées mes péchés... je désire leur appliquer toutes les indulgences qu'il me sera possible de gagner, » etc. Il avait envoyé à sa mère un petit livre sur cette dévotion, et un chapelet spécial qu'il l'engageait instamment à réciter tous les jours. « II me semble, ajoutait-il, qu'à cause de cette pratique les bonnes âmes du Purgatoire écartent de moi tous les dangers du corps et de l'âme. »
Le vicomte Walsh rapporte dans un de ses ouvrages qu'il a connu un luthérien que notre croyance au Purgatoire rendit catholique. Il avait perdu, au milieu d'une fête, un frère auquel il était très attaché, et il se souvenait sans cesse de ce passage si brusque d'un festin au cercueil. Il savait toute la pureté qu'il faut pour le ciel, et dans sa religion il ne trouvait pas un lieu intermédiaire entre les parvis célestes et les profondeurs de l'éternel abîme. « Ah! Me dit-il, un jour des Morts, par amour pour mon frère, je veux me faire catholique. Quand je pourrai prier pour lui, je vivrai pour demander chaque jour à Dieu de donner le bonheur du ciel à celui que j'ai tant aimé sur la terre. »
Ferdinand Rozat, fervent chrétien, que la mort a frappé au dernier siècle, mettait admirablement en pratique ces deux maximes : « Abrégeons le Purgatoire aux défunts ; tâchons de l'éviter pour nous-mêmes. » « A quoi pensez-vous donc ? » Lui demandait un jour un de ses amis, passant avec lui devant un cimetière et le voyant absorbé...» Je récite, répondit-il, un De profundis pour ceux qui dorment à l'ombre de ces croix. Je fais ainsi toutes les fois que j'aperçois de près ou de loin un champ des morts, car il me semble entendre leurs supplications s'élever du milieu de ces tombes. »
Rozat priait pour les défunts ; il veillait sur lui-même... et ne perdait jamais de vue cette grave inscription qu'il avait lue au-dessous du cadran de l'église de Cambo : L'heure présente, incertaine pour tous, est la dernière pour plusieurs ! »
Le zèle pour la délivrance des âmes du Purgatoire inspire quelquefois des dévouements héroïques. Le P. Blot cite celui d'une Irlandaise, condamnée à subir une opération très douloureuse et qui déploya en cette circonstance un courage surhumain, grâce à la pensée qu'elle soulagerait par ses souffrances les pauvres âmes. L'aspect seul des préparatifs du chirurgien eût fait trembler les plus intrépides. Elle se contenta de sourire. « On va vous chloroformer, lui dit le médecin. Non, non, repartit-elle vivement, je ne sentirais pas la douleur, et je veux souffrir. » L'opération dura une heure et demie. La pauvre malade fut soumise à un véritable martyre ; devenue raide, froide, presque sans mouvement, elle ne présentait plus que les symptômes de la mort. « Avez-vous beaucoup souffert ? Lui demanda quelqu'un lorsque ce fut terminé. Dieu seul le sait, répondit-elle ; mais je suis contente : c'était pour les âmes du Purgatoire ! »
Un capitaine polonais, émigré, a passé à Rome une partie de sa vie (quinze ou vingt ans) a aller d'église en église, partout où il savait que se gagnaient des indulgences ; et nul ne le savait si bien que lui. Il appliquait toutes ces indulgences aux âmes du Purgatoire ; et lorsqu'il croyait en avoir délivré une, il lui confiait une âme de ce monde, ami, adversaire, quelqu'un qu'il voyait dans une grande peine, et il recommandait à cette âme qu'il avait délivrée cette autre qu'il avait vue en souffrance et en péril.
Ce qui peut prouver la solidité d'une telle dévotion, c'est le genre de vie que menait le capitaine. Il écoulait une partie de ses nuits devant le Saint-Sacrement... Tout son petit revenu passait aux pauvres ; les bonnes œuvres n'avaient pas de plus zélé protecteur.
La R. Mère de la Providence, fondatrice des Dames Auxiliatrices, religieuses spécialement vouées à prier et à souffrir pour les âmes du Purgatoire, a obtenu du ciel par leur intercession des faveurs véritablement innombrables. On peut en voir le récit dans sa Biographie.
Le saint curé d'Ars fut, toute sa vie, consumé du désir de procurer la gloire de Dieu. Comme saint Dominique, dont il est dit qu'il faisait trois parts de son sang, il faisait dans son cœur trois parts de ses travaux et de ses souffrances, la première pour ses péchés, la seconde pour les péchés des vivants et la troisième pour les péchés des morts.
Il avait demandé à Dieu de souffrir le jour pour la conversion des pécheurs et la nuit pour la délivrance des âmes du Purgatoire. Il fut largement exaucé, car la fièvre le brûlait sur son pauvre grabat ; une toux insupportable lui déchirait la poitrine. Rompu de fatigue, il se levait de quart d'heure en quart d'heure pour respirer un peu et trouver hors de son lit quelque soulagement à son martyre. Voilà la générosité qu'inspire à une âme, pour les membres de l'Église souffrante, un ardent amour de Dieu.
FÊTE DU JOUR: Sainte Gertrude, vierge.
Gertrude naquit en 1263, d'une noble famille saxonne, et fut confiée dès l'âge de cinq ans, pour son éducation, aux bénédictines de l'abbaye de Rodelsdorf. La rare intelligence de Gertrude fut cultivée avec soin ; elle écrivait le latin avec une élégance et une force remarquables, mais surtout elle se distingua par son humilité, sa mortification, son obéissance et sa fidélité aux observances monastiques. Sa pureté d'intention éclairait son âme d'une vive lumière, et lui donnait une grande largeur d'idées et une complète liberté d'esprit. On a pu dire de sainte Gertrude qu'elle n'avait pas une erreur dans l'intelligence, pas un nuage dans le cœur, et que personne ne pouvait résister à son ascendant. Le don des miracles imprima comme un sceau divin sur les vertus de cette âme d'élite aux prières de laquelle Jésus ne savait rien refuser. Affable pour tous, elle se montrait particulièrement bonne pour les pécheurs. Pendant quarante ans sainte Gertrude gouverna son monastère avec autant de sagesse que de douceur. Sa vie cependant ne fut qu'une longue et presque continuelle souffrance.
Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)
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