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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 21:59

 

 

Quand on y réfléchit un peu sérieusement, on ne peut s'empêcher de faire la remarque suivante : C'est une chose à la fois étonnante et terrifiante que la manière dont on disparaît de ce monde.

 

Voilà un homme bien connu dans la localité qu'il habite. Il a des relations étendues ; beaucoup de personnes dépendent de lui ou même pourraient difficilement se passer de lui. Il est d'une forte constitution, inaccessible à la fatigue, jamais ma­lade, sachant à peine ce que c'est que la souffrance physique. Plein d'activité, il s'occupe avec entrain de ses affaires, et même un peu de celles de la commune, et des intérêts de diffé­rentes sociétés.

 

Son entourage est si mêlé à tout ce qu'il fait qu'il concevrait à peine l'existence sans lui. Un soir, il rentre avec un mal de tête. Quelques moments après, une fièvre typhoïde se déclare.

 

En quarante-huit heu­res il est terrassé, broyé, anéanti par cet ennemi invisible et in­saisissable ; la mort a fait son œuvre.

 

C'est fini : il ne faut plus pour le malheureux ni nourriture ni vêtements, ni feu ni lumière, ni chevaux ni domestiques, ni fêtes ni divertissements, ni même un coin perdu de sa gran­de maison pour l'espace que doit occuper son corps. Rien, rien, rien...

 

Voici pourtant : Un valet réclame le plus vieux drap de la garde-robe pour ce pauvre corps privé de tout ; quatre planches de sapin formant une boîte seront désormais son habitation ; un grand trou creusé dans la terre recevra con­tenant et contenu, puis il sera là enfoui et jamais plus on ne le sortira de cette dernière demeure.

 

Huit jours après, personne ne parlera plus de lui. Des hé­ritiers avides se seront partagé ses dépouilles, mais tout oc­cupés à satisfaire leur cupidité ou leurs plaisirs, ils n'auront même pas, pour celui qui les a enrichis, un souvenir recon­naissant. Les cousins, les amis, les serviteurs, les clients, les obligés, les compatriotes.... tous les hommes qui vivaient dans son intimité, ne vont-ils pas du moins vivre encore avec lui par la pensée, l'affection, les regrets ?...

Allons donc ! Ils ont bien autre chose à faire ! Et puis, penser aux morts, c'est trop triste. Si ces morts se sont tués pour les vivants, tant pis pour eux, se dit-on.

 

Après tout, quand bien même il n'en serait pas ainsi et que les anciens protégés du défunt reconnaîtraient son mérite, il n'en serait pour lui ni plus ni moins.

 

Son âme, l'unique sur­vivante de la suprême catastrophe, n'en saurait rien et n'en éprouverait aucun contentement.

 

Eh bien, n'est-il pas vrai que c'est là, la manière dont nous finissons tous et qu'il y a de quoi être plongé dans la frayeur et la stupeur en y pensant.  Et pourtant il n'y a rien de plus sage que d'y penser, rien de plus stupide que de ne pas vouloir y penser.

 

C'est justement en pensant à la mort, à sa proximité, à sa soudaineté, à l'impitoyable rigueur avec laquelle elle nous prive et nous sépare de tout, que l'on découvre la bonne ma­nière d'user de la vie.

 

« II y a, dit excellemment un pieux auteur, une terrible moissonneuse qui ne se contente pas d'une récolte par an, mais qui fait chaque jour une nouvelle moisson. Cent mille personnes tombent sous sa faux entre la première heure du jour et la dernière. C'est la mort.

 

« Que de chrétiens s'occupent, du matin au soir, de futilités et de bagatelles, s'intéressent à mille détails de la vie des autres, et, tandis que leur propre vie est toujours menacée par la grande moissonneuse, ils n'y songent pas, ils demeurent dans la plus complète imprévoyance !

 

« C'est agir à la façon des enfants et faire preuve d'une effroyable légèreté. »

 

Au lieu de suivre les papillons qui volent, ne pourrions-nous, une fois du moins, suivre par l'imagination la course de la mort à travers le monde et faire ensuite les réflexions que ce spectacle doit inspirer à tout homme sage ?

 

Voyez cette famille : on n'entend de toutes parts que des gémissements et des sanglots. Une pauvre mère va rendre le dernier soupir : elle est inconsolable d'abandonner ses petits enfants, et ceux-ci la supplient de rester au milieu d'eux, pour les vêtir, les nourrir, les aimer. Désirs inutiles : la mort frap­pe, la séparation est consommée.

 

A quelques pas de là, c'est un jeune homme qui se sentait hier plein de vie. Il a commis une imprudence ; un refroi­dissement s'est produit ; une pleurésie s'est déclarée ; les es­pérances des médecins se trouvent déçues : le mal a fait soudain d'épouvantables ravages et la mort a fauché le pauvre jeune homme...

 

Plus loin, c'est un orphelin : qu'il est triste sur sa couche solitaire ! Personne ne vient essuyer la sueur qui baigne son front, ni adresser une parole encourageante à son cœur angois­sé. Aussi dépérit-il rapidement et, dans un morne désespoir, tombe-t-il, lui aussi, sous la faux de la mort.

 

Le même spectacle se reproduit sous tous les climats, dans tous les pays, dans toutes les villes, dans tous les villages. Il y a des variantes dans les circonstances, mais partout c'est le deuil et la douleur : la mort passe et fait chaque jour sa terrible moisson. Nul assureur contre ses coups ; nul docteur capable de l'écarter, ni même de retarder sa marche victorieuse.  L'arrêt est porté : il faut mourir.

 

Puisque la mort peut nous frapper à toute heure, le simple bon sens, d'accord avec la foi, nous fait un devoir d'être prête à toute heure.

 

N'avons-nous donc jamais vu un de ces chré­tiens insouciants surpris par une maladie sans remède et se désespérant de n'avoir que quelques moments pour mettre or­dre à leurs affaires et se préparer à paraître devant Dieu ?

 

Si nous avons un grain de sagesse, nous ne nous exposerons pas à être prise ainsi à l'improviste !

 

Un des plus grands généraux de Louis XIV allait mourir. Le roi, qui l'estimait et qui avait pour lui une sincère affec­tion, lui fit porter en reconnaissance de ses glorieux services le bâton de maréchal de France. Le héros saisit avec joie cet insigne dans ses mains tremblantes, et il le fixa en s'écriant : « C'est bien beau, mais il m'est inutile dans le pays où je vais !... »

 

Lorsque Colbert mourait disgracié, et loin de la cour, le même monarque envoya demander de ses nouvelles. Comme on invitait le grand ministre à écrire au roi pour l'en remer­cier : « Hélas s'écria-t-il, en soupirant, si j'avais fait pour Dieu la moitié de ce que j'ai fait pour cet homme, je me serais sauvé deux fois, et je tremble aujourd'hui, ne sachant ou j'en suis avec mon éternité. »

 

FÊTE DU JOUR: Saint Edmond de Cantorbéry, archevêque.

Il a été dit de saint Edmond que sa bouche ne respirait que paix, innocence et piété, et que son cœur n'était rempli que de Jésus-Christ.

 

Il fut redevable de ces grâces à sa pieuse mère Mabel Rich, qui sut inspirer à son jeune cœur un admi­rable amour de la pureté et une tendre dévotion à la très Sainte Vierge.

 

Tout entier à la contemplation des choses di­vines, Edmond ne tarda pas néanmoins à être appelé à la vie active en qualité de trésorier du diocèse de Salisbury. Il mon­tra tant de charité dans l'exercice de cette charge que le doyen du chapitre disait qu'Edmond était plutôt le trésor que le tré­sorier de son église.

 

En 1234, saint Edmond fut élevé sur le siège archiépiscopal de Cantorbéry, où, malgré sa douceur naturelle et son amour de la solitude, il sut défendre avec in­trépidité les droits de l'Église et de l'État contre l'avarice et la rapacité du roi Henri III.

 

Se jugeant impuissant, après une lutte énergique, à contraindre le roi à restituer les reve­nus des bénéfices qu'il laissait vacants au profit du trésor royal, le saint archevêque préféra s'exiler plutôt que de pa­raître consentir à une injustice si criante. Après deux années passées dans la retraite, saint Edmond reçut la suprême ré­compense à l'abbaye de Pontigny, en France. Les nombreux miracles qui s'opérèrent à son tombeau le firent canoniser.

 

Louis XIV lui-même, dans les derniers moments de sa vie, prononça sur ce grave sujet une parole bien mémorable : « Je vois maintenant, s'écria-t-il, que les rois n'ont, comme les autres hommes, qu'une seule chose à faire, leur salut ; mais on y pense trop tard ! »

 

Puisqu'on ne meurt qu'une fois et que la mort peut nous frapper au moment où nous y penserons le moins, vivons toujours de telle sorte qu'à n'importe quel moment de notre existence nous n'ayons pas à redouter le coup fatal, ni à regretter de n'avoir pas été suffisamment pré­parées !

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

elogofioupiou.com

 

 

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