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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 22:22

 

Qui n'a remarqué, dans ses afflictions et ses chagrins, qu'il éprouve une douleur beaucoup plus sensible lors­que sa conscience l'oblige à dire : « Je souffre cela par ma faute ? »

 

On se console d'un mal qu'on ne pouvait pas em­pêcher ; mais être condamné à une peine rigoureuse parce qu'on l'a bien voulu, et tandis qu'on pouvait, au lieu de cette peine, jouir d'un bonheur immense, c'est là un sujet des regrets les plus amers, d'une inexprimable tristesse. Tel est l'état des âmes du Purgatoire. Elles se représentent sans cesse com­bien il leur était facile d'éviter telle et telle faute, que la Jus­tice divine leur fait si sévèrement expier, et elles demeurent inconsolables de les avoir commises. Plus ces fautes étaient légères, mieux elles comprennent la folie qu'elles ont faite en ne cherchant pas à les éviter. Cette vue, disent les saints, est pour elles comme un ver rongeur qui les déchire cruellement et ne leur laisse de repos ni jour ni nuit.

 

« Chacune de ces pauvres âmes, remarque un pieux auteur, se dit avec une poignante amertume : II ne tenait qu'à moi d'assurer ma félicité pendant que j'étais sur la terre : j'en avais tous les moyens ; je pouvais racheter toutes mes dettes par une légère pénitence, une aumône, un jour de jeûne, une injure soufferte avec patience, une visite faite à un malade, un pauvre soulagé, un affligé consolé, une petite mortifica­tion, suffisaient pour mon bonheur. Me voilà privée de ce bonheur pour longtemps, par ma négligence ! Où êtes-vous donc, ô mon Dieu, qu'êtes-vous devenu ? Plus je vous cherche, plus vous semblez vous éloigner de moi. Si au moins je ne vous étais pas désagréable, je ne souffrirais qu'à demi. Mais quand je me rappelle que vous refusez de m'admettre en votre présence à cause de mes fautes, c'est là le plus rigoureux de tous mes tourments.

 

Dans ces cuisants chagrins, dans ces regrets mortels, dans ces importuns souvenirs, les âmes des défunts deviennent elles-mêmes leurs propres bourreaux, et semblent être ingé­nieuses à augmenter leurs peines. Elles se reprochent d'avoir obligé Dieu à les éloigner de lui ; elles avouent qu'elles ne souf­frent que ce qu'elles ont mérité. Elles n'ignorent pas qu'elles ont des droits incontestables au royaume des cieux, qu'elles sont les héritières du Père éternel, les cohéritières de son Fils, et elles se voient obligées de vivre dans un horrible cachot, éloignées de leur patrie et bannies de la présence du plus ten­dre de tous les pères. La charité et l'amour les élèvent vers le ciel, mais les chaînes de leurs péchés non suffisamment ex­piés les retiennent. Dieu, comme père, les appelle; mais com­me juge, il les rejette. Quelle plus pénible situation que d'être attiré d'une main, et repoussé de l'autre ! Avoir toujours de­vant les yeux les délices du ciel, et ne pouvoir les posséder !

 

Être   à la porte du Paradis, et ne pouvoir y entrer ! Ce ver rongeur est si déchirant que ceux qui en ressentent (les morsures frémissent à chaque coup qu'il leur porte, et ces coups sont perpétuels. Nous ne pouvons apprécier de telles souffrances, parce que notre ignorance du surnaturel est trop profonde ; mais les âmes du Purgatoire en ont une connais­sance intellectuelle et expérimentale qui décuple leur douleur. Elles savent qu'elles sont destinées à jouir de Dieu, qu'elles en sont aimées, qu'elles l'aiment, et qu'un jour viendra où il se donnera totalement à elles, et qu'elles seront totalement à lui ; mais le délai de ce bonheur les torture sans cesse. Voyez si ces pauvres âmes ne sont pas parfaitement dignes de votre  compassion !

 

Maintenant essaierons-nous d'établir une comparaison entre les maux de cette vie et les souffrances du Purgatoire ?  Non sans doute, car il n'y a aucune ressemblance entre les uns et les autres. Un jour saint Augustin entendit de jeunes insensés, qui, dans leur étourderie, osaient s'écrier : « Peu importe le Purgatoire, pourvu qu'on n'aille pas en enfer !

 

Malheureux, leur dit-il, taisez-vous, et apprenez que, lors même que vous réuniriez ensemble tous les maux qui affligent l'humanité souffrante, tout ce que les pénitents de la primitive Église ont subi d'humiliations et de pénitences, tout ce que les solitaires de la Thébaïde ont exercé sur leurs corps de macérations et d'austérités ; tout ce que les bourreaux ont fait souffrir de supplices aux plus scélérats, tout ce que les tyrans ont inventé de tourments pour assouvir leur rage et leur fureur sur les membres des martyrs, enfin tout ce que l'esprit humain a pu imaginer de tortures pour désoler et pousser à bout la patience humaine, rien de tout cela ne peut  entrer en comparaison avec les épreuves du Purgatoire. »

 

Aussi, quelles ne sont pas les lamentations de ces pau­vres âmes ! Tourmentées par de si rudes supplices, en proie à de si cuisantes douleurs, elle se tournent sans cesse vers (l’Église militante, et nous conjurent de les secourir avec des accents qui seraient capables de toucher les cœurs les plus durs.) « O frères, ô amis, s'écrient-elles, quoi ! Depuis si longtemps nous vous attendons, et vous ne venez pas ! Nous vous ap­pelons, et vous ne répondez, pas ! Nous endurons d'atroces souffrances, et vous n'avez point de compassion ! Nous gé­missons, et vous ne nous consolez pas ! Partout le silence et l'oubli: L'oubli sur notre nom, sur notre tombeau, sur notre vie, sur notre mort ! Personne n'est là pour prier, pour nous garder un dernier souvenir ! » Qui que vous soyez, ces voix la­mentables ne vous sont pas inconnues : Ce sont celles de plu­sieurs âmes qui vous étaient unies par les liens les plus étroits. Oh ! Ne fermez pas l'oreille à leurs plaintes, mais empressez-vous de les secourir.

 

Si cette nuit, disait un vénérable religieux, le P. Engelvin, nous étions réveillés brusquement par ce cri toujours ter­rible : « Au feu ! Au feu ! » Nous nous empresserions de quitter notre lit et de porter secours aux malheureux incendiés. Le Purgatoire ne peut-il pas être comparé à une maison dévorée par les flammes ? »

 

Lorsqu'il nous arrivera à l'avenir d'oublier le Purgatoire, soit quant à ses malheureux habitants, soit quant à nous-mêmes, rappelons-nous les paroles si simples et si fortes en même temps d'une âme souffrante : « Oh ! Que ceux qui sont encore sur la terre savent peu ce qu'ils auront à expier pour la vie qu'ils mènent ! »

 

Mais combien de temps doivent durer ces épreuves si ter­ribles ? Sera-ce des mois ? Des années entières ? Plusieurs siè­cles même ? Sera-ce jusqu'au jour du jugement dernier ? Qui pourrait y penser sans frémir ? Et qui ne se préoccuperait de se préserver lui-même, par tous les moyens en son pouvoir, de connaître une si redoutable expiation !

 

FÊTE DU JOUR: Saint Willibrord, archevêque.

Saint Willibrord, apôtre du V siècle, aborda un jour dans une île où il était défendu de tuer aucun animal et de par­ler en puisant de l'eau aux sources. Il y baptisa quelques jeu­nes Danois qu'il avait instruits pendant la traversée, et tua tous les animaux nécessaires à sa nourriture. Le roi païen de cette île entra dans une grande colère, fit mourir un des compagnons de saint Willibrord et le menaça lui-même de mort pour avoir insulté ses dieux.

 

Le saint lui répondit sans s'émouvoir : « II n'y a qu'un seul Dieu qui a fait le ciel et la terre et qui donne la vie éternelle à ceux qui l'adorent. Je vous ordonne de quitter vos dieux pour lui, et si vous refusez, vous périrez, et vos dieux avec vous. » Le roi se calma et lui dit : « Je vois bien que mes menaces sont sans effet sur vous, et que vos paroles sont aussi fières que vos actes. » Il ne se convertit pas, mais renvoya Willibrord à Pépin avec une escorte d'honneur. Le saint dut se contenter de suivre les armées de Pépin, et de travailler à la conversion des tribus qu'elles soumettaient. Cédant aux pressantes sollicitations de Pépin, le saint se rendit à Rome, où le pape le consacra archevêque d'Utrecht. Le nouveau pontife, d'un aspect noble et majestueux, d'un caractère franc et aimable, était sage dans ses conseils, agréable dans ses discours, courageux et in­flexible lorsqu'il s'agissait du service de Dieu. Des multitu­des d'idolâtres se convertirent à la parole de saint Willibrord. Dieu lui accorda, avec les succès de son apostolat, le don des miracles et la connaissance de l'avenir. Le saint Archevêque occupa le siège d'Utrecht pendant plus de cinquante ans.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 17:37

 

« Un travail vaut ce qu'il coûte, » dit un proverbe. C'est une vérité qui est très applicable à nos bonnes œuvres en faveur des défunts. Celles qui nous imposent une gêne, une souffrance, la suppression d'un bien-être ont une efficacité toute particulière.

 

Notons du reste que les autres œuvres, comme la prière et l'aumône, ne revêtent qu'accidentellement un caractère pénitentiel et satisfactoire, tandis que la mortification est l'œuvre satisfactoire par essence. C'est ! La rançon des péchés commis.

 

La mortification, la pénitence, à un autre point de vue, doit nous tenir grandement à cœur, car, dans un certain degré, elle est indispensable au salut ; c'est l'oracle de la Sagesse : éternelle qui a prononcé que, « si nous ne faisons pénitence, nous périrons tous. »

 

Se mortifier à l'intention des âmes du purgatoire, c'est donc, d'un côté, assurer sa propre sanctification, et, de l'autre, procurer efficacement le soulagement des défunts. Du reste ce n'est pas d'aujourd'hui que la pratique de se mortifier, à l'intention des défunts, ou au moins à leur occasion, est établie, puisque nous lisons, au premier livre des Rois, dans la Bible, que les habitants de Jabès en Galaad, ayant appris la mort de Saül et de ses trois fils, se levèrent aus­sitôt, et marchant toute la nuit, prirent les corps, et les ayant ensevelis, jeûnèrent pendant sept jours.

 

Hélas ! Ce mot de mortification répugne tout particulière­ment à la délicatesse de notre siècle. Il semble que ce soit un reste du moyen âge, destiné à disparaître pour faire place au  progrès moderne. Les disciplines, les ciliées, sont aussi étrangers à la plupart des  chrétiens de nos jours que les  vieilles arquebuses de nos pères le sont à nos armées.

 

Le jeûne et l'abstinence eux-mêmes sont tombés en désuétude. On a fait tout ce que l'on a pu pour en atténuer les antiques ri­gueurs, et, malgré cela, devant les répugnances de ses enfants, l'Église, cette mère toujours indulgente, a dû, pour éviter un plus grand mal, donner dispense sur dispense. Le carême n'est plus guère qu'un mot vide de sens; l'abstinence du samedi est tombée à peu près dans tous les diocèses, et le peu qui reste d'obligatoire est méprisé par le plus grand nombre des chrétiens.

 

Ce n'est plus dans nos mœurs, » dit-on ; belle raison ! L'évangile ne change pas avec nos mœurs, ou plutôt nos ca­prices. Tant qu'il y aura des pécheurs en ce monde, il y aura pour eux obligation de faire pénitence en ce monde... ou en l'autre ; libre à chacun d'user des dispenses que la sainte Égli­se s'est vue forcée d'accorder à notre lâcheté, mais la loi de la pénitence ne change pas, et si, en continuant de pécher, nous ne nous préoccupons pas de payer nos dettes, nous aurons un terrible compte à solder en Purgatoire.

 

Qui peut d'ailleurs prendre le risque, qu'en négligeant ainsi la pénitence, il ne tombera pas dans certaines fautes graves qui le mettront, non plus sur le chemin du Purgatoire, mais bel et bien sur celui qui mène à l'enfer ?

 

Que de saints tremblaient d'y tomber, et nous ne concevons aucune crainte ? Savons-nous d'ailleurs si nous ne serons pas un jour forcés de confesser notre foi au milieu des supplices ?

Les progrès de l'impiété rendent très possible de nouvelles persécutions. Eh bien, après avoir tant ménagé et flatté notre chair, aura-t-elle tout à coup un tel empire sur elle-même qu'elle sache endurer les mauvais traitements on même la mort ?

 

Nous avons les indulgences, dites-vous ; d'accord, mais vous oubliez que l'Église ne les accorde qu'aux vrais pénitents. Elle ne prétend pas encourager la tiédeur, mais venir ci aide à ceux qui font tout ce qu'ils peuvent.

 

Il faut donc en revenir à la pratique  de la mortification si nous ne voulons pas laisser s'accumuler ces effroyables arriérés, et nous préparer un rigoureux Purgatoire. Après cela on objectera de nouveau sans doute, qu'ayant tant à payer pour nous-mêmes, il est imprudent de nous exhorter à payer encore pour les autres : il n'en est rien cependant.

 

Si nous avons la charité de payer les dettes de nos frères, nous pouvons espérer que nous inclinerons Dieu, notre grand créancier, à user de miséricorde à notre égard, et d'ailleurs nous garderons toujours le mérite de nos œuvres, car il est inaltérable, et cette part l'emporte infiniment sur l'autre.

 

Que les personnes faibles, de santé ou de courage, ne croient pas la mortification possible pour elles. Dieu regarde moins à l'acte en lui-même qu'à la générosité du cœur ; vous ne pouvez jeûner, porter le cilice, vous donner la discipline, imi­ter en un mot les exemples héroïques des saints ; consolez-vous, il vous reste bien des moyens de vous mortifier, sans affaiblir vos forces et sans détruire votre santé.

 

S'abstenir pour l'amour de Dieu, et en esprit de pénitence, de quelque distrac­tion permise, mais où la charité ne nous oblige pas à prendre part ; se retrancher, dans les repas, quelque chose qui serait à notre goût, mais qui n'est pas nécessaire à notre santé, qui peut-être même lui est nuisible ; donner un peu moins de liberté à nos yeux, à notre langue, à nos oreilles ; ne pas cher­cher à tout savoir, à tout voir, à être au courant de mille futilités qui se disent chaque jour dans le monde ; souffrir sans se plaindre une chaleur accablante, un froid rigoureux, les intempéries des saisons,etc., voilà des mortifications qui ne sont certainement pas bien terribles et bien héroïques, mais la bonté de notre Dieu est si grande qu'il veut bien les accep­ter, en expiation de nos fautes, et en payement des fautes des défunts.

 

Qui donc serait assez lâche pour se refuser à ces légers sacrifices, que nous avons l'occasion de pratiquer chaque jour, là chaque heure du jour, pour ainsi dire ?

 

Faisons-les, et nous aurons efficacement travaillé au profit des défunts et au nôtre.

 

FÊTE DU JOUR: Saint Martin, évêque.

 

Martin n'était encore qu'un enfant lorsqu'il se fit inscrire, malgré la volonté de ses parents, parmi les catéchumè­nes pour recevoir le baptême ; aussi dès l'âge de quinze ans son père l'enrôla-t-il dans une légion romaine. Un jour d'hiver, Martin rencontra près d'Amiens, où il était cantonné, un pau­vre mendiant presque nu et transi de froid : il n'avait point d'argent, mais il partagea en deux son manteau et en donna la moitié au pauvre pour se couvrir. La nuit suivante, le cha­ritable soldat vit Notre-Seigneur revêtu de cette moitié de manteau et l'entendit dire aux anges : « C'est Martin, simple catéchumène, qui m'a donné ce vêtement. » Cette vision le décida à recevoir sans plus tarder le baptême, et bientôt après il quitta l'armée. Martin eut le bonheur de convertir sa mère ; puis, chassé de sa demeure par les Ariens, il se réfugia auprès de saint Hilaire, et fonda près de Poitiers le premier monas­tère que l'on vit en France. En 372, Martin fut élu évêque de Tours. Son peuple, quoique chrétien de nom, était encore idolâtre au fond du cœur. Sans violence, et avec le seul se­cours de ses moines, le saint évêque détruisit tous les tem­ples et les bosquets païens, complétant et affermissant par ses prédications et ses miracles la conversion de son troupeau. Ses travaux lui ont justement mérité le nom d'apôtre de la Gaule.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 20:59

 

Depuis que l'impiété et l'indifférence religieuse ont fait de si tristes conquêtes, il est bien triste de penser à l'abandon dans lequel gémissent le plus grand nom­bre des âmes du Purgatoire. Même aux siècles de foi, l'Église ne cessait d'encourager les fidèles à prier pour ces pauvres âmes, en faisant dans la liturgie le déchirant tableau des sup­plices qu'elles endurent au fond de leur ténébreuse prison. Le trésor des indulgences était ouvert au profit des défunts ; le peuple était convoqué au pied des autels sur lesquels s'of­frait la divine Victime, afin d'obtenir la délivrance, ou du moins le soulagement des malheureux captifs du Purgatoire. Si cette intercession fervente et universelle était encore jugée insuffisante par nos pères, que sera-ce donc aujourd'hui ! Et combien ne devons-nous pas être émus de compassion pour tant d'infortunés auxquels presque aucune âme ne s'intéresse et ne songe à porter secours !

 

Un chrétien vient à mourir. C'était, comme il y en a si sou­vent de nos jours, un de ces hommes que le respect humain empêche de pratiquer la religion. Il était revenu à Dieu quel­ques années, quelques mois avant d'aller paraître devant lui ; peut-être même au lit de la mort. On ne peut penser sans ef­froi à la situation de cet infortuné. Une bonne confession l'a préservé de l'enfer ; mais n'est-ce pas toute une vie de fautes et de scandales qu'il s'agit pour lui maintenant d'expier ?

 

N'est-ce pas plusieurs siècles qu'il devra passer dans une cap­tivité douloureuse ? Plusieurs siècles pendant lesquels il se lamentera sur sa folie qui l'a précipité dans ce lieu de supplices ?

 

Plusieurs siècles pendant lesquels il se sentira irrésist­iblement attiré vers la Jérusalem céleste et retombera au fond de l'abîme chaque fois qu'il essaiera de s'élever vers son Dieu? Qui donc lui viendrait en aide ?  Ses compatriotes ?  Ils n'ont plus la foi et s'étourdissent dans les plaisirs et les vanités du monde.

 

Ses amis ? Il les a perdus dès le jour où ils ont accompagné au cimetière sa dépouille mortelle ; et d'ailleurs pour eux il n’y a que le présent qui compte ?

 

Ses héritiers, ses parents ? Les uns n'ont d'autre souci que de tirer le meilleur parti possible de sa succession ; les autres sont distraits par les affaires, les relations, les voyages : peut-être n'ont-ils même pas de reli­gion ; ou bien ils ont fait dire quelques messes pour l'acquit de leur conscience et ils s'en tiennent là. Pauvre exilé du Pur­gatoire,  je vous  entends répéter d'une  voix lamentable :

 

«Vous qui m'aimez, priez pour moi ! Vous pour qui j'ai tant travaillé sur la terre, qui même êtes cause que j'ai parfois of­fensé Dieu et aggravé mon supplice, espérant ainsi mieux as­surer votre bonheur, ayez pitié de moi ! Ayez pitié de moi ! »

 

Hélas ! Y aura-t-il dans toute la famille de ce défunt une seule âme qui entendra ses lugubres plaintes ? Et s'il ne trou­ve pas de protecteurs ni d'intercesseurs chez les siens, en trouvera-t-il parmi des étrangers ?

 

Lectrice chrétienne, vous serez cet intercesseur, cette amie inconnue qui ne laissera pas se perdre dans un inutile écho l'appel du pauvre captif : « Priez, priez pour moi !... » Vous  prendrez sincèrement à cœur les intérêts des âmes du Purga­toire et vous leur porterez efficacement secours.

 

Écoutez-nous un instant. S'il est douloureux de constater l'indifférence chaque jour croissante d'une multitude d'hom­mes pour tout ce qui touche à la religion et spécialement pour le sort des fidèles défunts, en revanche il est consolant de re­poser ses regards sur le petit nombre des fervents chrétiens qui recourent à des industries nouvelles pour venir en aide à ces pauvres âmes.

 

C'est par exemple l'ingénieuse pratique de la chaîne. Dans un incendie, on se passe les seaux les uns aux autres, et c'est en faisant ainsi la chaîne qu'on arrête les progrès du feu et qu'on finit par l'éteindre.

 

Immense est l'incendie du Purgatoire, l'incendie des âmes consumées par les flammes vengeresses de la justice divine jusqu'au jour de leur délivrance. Eh bien, cet incendie, com­me l'autre, diminue d'intensité et finit par s'éteindre lorsque des chrétiens généreux font la chaîne par leurs salutaires pra­tiques.

 

On se cotise à six ou à douze personnes par exemple : la première multipliera les prières, les invocations indulgenciées, les petits sacrifices, de huit heures à neuf heures du matin ; la seconde de neuf à dix et ainsi de suite jusqu'à huit heures du soir. Oh ! Quelle admirable invention !

 

L'urne des morts : Une autre pratique assez récente et d'une sérieuse efficacité. Pour ne pas oublier les morts, on s'oblige à inscrire sur un petit billet chaque bonne œuvre accomplie à leur intention : Sacrifice d'un dessert, d'une récréation, d'une lecture, d'une conversation ; exercice religieux, visite au Saint Sacrement, chemin de la croix, etc. ; tous ces billets sont jetés dans l'urne et forment, comme autant de pièces d'or, le trésor des pauvres âmes.

 

Ailleurs, c'est un chapelet spécial récité pour le soulage­ment des défunts ; ce sont des prières au cimetière, des neuvaines de messes, ou encore l'exercice du mois des âmes fidè­lement suivi en commun.

 

Ame charitable, tout est bon, tout ce qui rapproche de Dieu et plaide auprès de lui la cause des âmes du Purgatoire ! Vous-même, vous trouverez facilement des moyens nouveaux et variés de pratiquer cette belle dévotion qui a pour objet leur délivrance. Dès ce moment donc, entrez dans la pieuse croisade, promettez de ne pas rester en arrière sur vos frères et, pour que le souvenir des défunts vous revienne plus fré­quemment, figurez-vous entendre retentir sans cesse à vos oreilles, comme une cloche d'alarme, ces désolantes paroles des pauvres exilés du Purgatoire : Ayez pitié de moi ! Ayez pitié de moi !

 

Oui, montrons-nous toutes chrétiennement empressées à procurer la délivrance des habitants du Purgatoire, avec cet­te douce confiance que d'autres, plus tard, nous rendront le même service.

 

« Un jour viendra, écrit un pieux auteur contemporain, et ce jour peut-être n'est pas éloigné, où vous saurez, par une ex­périence personnelle, ce qu'est le Purgatoire, et, comme les pauvres âmes qui y souffrent en ce moment, vous crierez avec un accent lamentable : « Vous du moins qui m'aimez, priez pour moi !... »

 

Or par une juste permission de Dieu, ces cris déchirants pénétreront l'âme de ceux à qui vous vous adres­serez dans la mesure qu'à cette heure ces mêmes voix pénè­trent votre cœur.

 

Vous avez oublié, on vous oubliera ; vous avez été bon, dévoué, charitable pour les âmes du purgatoire, c'est Dieu, Dieu lui-même qui vous rendra au centuple ce que vous aurez fait en son nom pour les siens. »

 

FÊTE DU JOUR: Saint Charles Borromée, archevêque.

 

Issu d'une des plus illustres familles de Milan, Charles Bor­romée n'avait que vingt-deux ans lorsque le pape, son oncle, le créa Cardinal en 1560, et l'associa au gouvernement de l'Église. La direction du concile de Trente fut pour le jeune prince de l'Église la première occasion de déployer son zèle ; de loin, il en suivait les sessions et en dirigeait les dis­cussions par une incessante correspondance. Sa fermeté ame­na l'heureuse conclusion de ce célèbre concile, dont saint Char­les fit exécuter les décrets avec une énergie que les plus gran­des difficultés ne purent lasser. Nommé archevêque de Milan, il restaura la discipline ecclésiastique dans son diocèse en fai­sant observer exactement les décisions du Concile. Saint Char­les fonda des écoles pour les pauvres, des séminaires pour les clercs, et sa Congrégation des Oblats pour la sanctification du clergé. Toutes ces réformes furent violemment combattues par la cour d'Espagne et les hommes attachés à l'ancien état de choses ; mais jamais le ferme archevêque ne faillit à son devoir. Inflexible quand il s'agissait de maintenir la discipline, il savait se faire aimer de son peuple comme un père. On le voyait s'arrêter parfois sur le bord du chemin pour enseigner à un pauvre le Pater et l'Ave Maria ; sa charité le portait à pénétrer dans des réduits si infects que ses gens n'osaient en franchir le seuil. Pendant la grande peste qui désola Milan, saint Charles refusa d'abandonner la ville et on le vit cons­tamment au chevet des malades et des mourants : il alla jusqu'à vendre son lit pour les soulager. L'infatigable apôtre mourut en 1584.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 19:31

 

Le premier tourment des pauvres exilés du Purgatoire est celui du feu. Ce feu produit sur les âmes les mêmes effets que le feu matériel produit sur les corps. Il ne peut s'éteindre ; les efforts les plus persévérants ne sauraient même le modérer. Il s'attache avec une sorte de fureur à ses victimes : les pénétrant jusqu'au plus intime de leur être, il torture leur imagination, leur mémoire, leur volonté.

 

Il agit avec une violence d'autant plus redoutable qu'il sert d'instru­ment à un Dieu vengeur, et vengeur du péché. C'est du milieu des abîmes qui vomissent la flamme que les défunts se montrent à nous en s'écriant : « Je suis consumé au fond de ces brasiers : de grâce, venez à mon secours !» Oh ! Mettons-nous donc seulement en   esprit à  leur  place  pendant   quelques secondes, et puis faisons pour les autres ce que vous voudriez que l'on fît pour nous !

 

C'est effrayant, dira-t-on, de s'arrêter à considérer un si triste spectacle, mais il est trop instructif pour qu'on puisse prudemment s'en dispenser. Après tout, nous fait remarquer saint  Augustin, il vaut mieux descendre par la pensée dans ces lugubres abîmes que d'y descendre en réalité, et d'y séjour­ner après la mort. »

 

Hélas ! Si nous étions condamnées à mourir dans les flammes, et que la cruauté du bourreau pût nous y conserver la vie pendant deux jours, ou même pendant quatre heures,

quels ne seraient pas nos cris et notre désespoir ? Qu'est-ce que le feu de la terre, en comparaison de celui de l'autre vie ?

 

Ce n’est qu’un souffle rafraîchissant, dit une révélation autorisée. Il faut insister sur ce point, parce que la sévérité de la justice de Dieu, s'exerçant ainsi sur les plus saintes âmes, est bien propre à faire réfléchir les pauvres  pécheurs  comme  nous,   qui nous  préparons, par nos fautes, un effroyable Purgatoire.

 

La seconde peine de ce lieu d'expiation est une douleurqu'on ne saurait ni concevoir, ni exprimer ici-bas : Elle con­siste à être privé de la vue de Dieu. Peut-être, pieuse chrétien­ne, vous semble-t-il que ce supplice doive être moins rigoureux et plus facile à supporter que le premier. Détrompez-vous, il est au contraire beaucoup plus intolérable. Les âmes du Purgatoire éprouvent un désir inouï de posséder Dieu, une faim et une soif de sa présence qui ne saurait être calmées par aucun objet. Elles voudraient s'élancer vers Dieu, et elles se sentent perpétuellement repoussées. Elles aspirent à entrer au ciel, et la porte leur en est fermée. Il résulte de ce douloureux état une angoisse si cruelle pour les pauvres âmes du Purgatoire qu'elle suffirait, dit une sainte, à les anéantir, si Dieu ne leur conservait l'existence. Rien au monde ne peut nous donner une idée de cette sorte d'agonie.

 

Mettons-nous seulement devant les yeux une famille dont les membres sont très attachés entre eux et supposons qu'on vienne tout à coup à séparer les enfants de leur père et de leur mère en les empêchant d'avoir avec ces derniers aucune com­munication : Quelle ne serait pas leur douleur ! Ce père et cette mère, c'est toute leur joie en ce monde ; c'est presque une condition de leur existence : ne pouvoir plus les voir ni leur parler, peut-on imaginer un plus cruel supplice ? On rap­porte qu'à l'époque de la Terreur, des enfants ainsi séparés de ce qu'ils avaient de plus cher au monde, venaient coller leurs lèvres aux barreaux extérieurs de la prison où on avait enfermé leur mère, et on ne pouvait plus les en éloigner. L'a­mour filial a maintes fois provoqué des actes d'un extraor­dinaire héroïsme, lorsqu'il s'agissait de retrouver un père ou une mère. Tout cela ne peut pourtant nous donner qu'une faible idée de ce que souffrent les âmes du Purgatoire tant qu'elles ne peuvent se réunir à Dieu.

 

« Si, dans le monde entier, écrit sainte Catherine de Gênes, il n'y avait qu'un seul pain, dont la simple vue dût rassasier toutes les créatures, et si d'autre part, l'homme ayant par na­ture, quand il est sain, l'instinct de manger, ne mangeait point et que cependant il ne pût ni tomber malade ni mourir, sa faim croîtrait toujours, parce que jamais son instinct de man­ger ne diminuerait, et sachant que cet unique pain le rassasie­rait, et que, faute de lui, sa faim ne pourrait lui être ôtée, il serait nécessairement dans une peine intolérable ; plus il approcherait de ce pain, sans le voir, plus aussi s'enflammerait en lui le désir naturel qui le pousserait constamment vers cet aliment, objet de toute son envie. De même, les âmes du Pur­gatoire souffrent une faim très cruelle, et sont dans une grande peine, tant qu'elles ne peuvent pas se nourrir du Pain vivant qui est Jésus-Christ, vrai Dieu Sauveur et notre suprême amour. Elles voudraient s'en rassasier; elles savent qu'elles au­ront un jour ce bonheur ; mais l'attente la torture. »

 

Quand on lit ce que disent les saints sur ce supplice, quand on pèse tout cela devant Dieu, dans le silence d'une âme re­cueillie, on est forcé de s'avouer que nous sommes tous des insensés. Comment s'expliquer autrement que nous, qui n'avons pas le courage de nous faire une légère violence pour nous corriger de nos défauts, nous que le seul mot de pénitence effraie, nous nous destinons, de gaieté de cœur, à de pareils châtiments ? Ah ! les Saints, ces Saints que le monde ne comprend pas, et que volontiers il traite d'insensés, les Saints sont les sages, les vrais sages, les seuls sages, parce que seuls ils ont les secrets du temps et ceux de l'Éternité !

 

FÊTE DU JOUR: Saint Bénigne, martyr.

 

Bénigne et plusieurs autres fervents apôtres, envoyés par saint Polycarpe, se rendirent à Autun, la Rome celtique, célèbre alors par ses écoles, ses monuments et son attache­ment aux superstitions païennes. Après un court apostolat à Autun pendant lequel il conféra le baptême à saint Symphorien tenu sur les fonts sacrés par saint Andoche, saint Bénigne alla porter le flambeau de la foi à Langres, puis à Dijon. ! Il y prêcha le christianisme pendant plusieurs années, avec tant de succès que Térence, le préfet de la ville, inquiet pour la religion des dieux, le fit amener devant son tribunal. Sommé de renoncer à Jésus-Christ, Bénigne préféra la mort à l'apostasie, et il succomba dans d'horribles tourments. On le fit battre de verges, suspendre par les mains à une poulie, et  étendre sur le chevalet, sans que sa constance en fût ébranlée.  Ramené en prison, il vit un ange descendre du Ciel pour guérir ses blessures. C'était le préparer pour un nouveau combat. Enfin, un coup de lance lui arracha la vie. Ce glorieux martyre eut lieu en 179.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 21:58

 

Il y a parfois des personnes qui ne croient pas devoir se préoccuper beaucoup des pauvres exilés du Purgatoire. « Ils sont sauvés ! » se disent-elles, « c'est l'essentiel. Ils ne peuvent d'ailleurs être bien malheureux, n'ayant plus leur corps. »

 

Ainsi donc, on s'imagine que les souffrances corporelles endurées ici-bas par ces infortunés, tandis qu'ils étaient en vie, dépassent de beaucoup ce qu'ils peuvent souffrir depuis leur entrée en Purgatoire. Quelle illusion !

 

« Si l'on réunissait ensemble, dit saint Augustin, tous les maux qui affligent l'homme sur la terre, toutes les pénitences que les saints ont jamais souffertes, tous les tourments que les bourreaux ont fait endurer aux criminels, tous les suppli­ces inventés par les tyrans pour vaincre le courage des mar­tyrs, en un mot toutes les tortures et les douleurs que l'esprit humain peut imaginer, rien de tout cela ne pourrait entrer en comparaison avec les peines du Purgatoire. »

 

« Les tourments du Purgatoire, ajoute saint Cyrille, égalent ceux de l'enfer; la seule différence, c'est qu'ils doivent finir un jour. » Aussi les pauvres âmes seraient-elles heureuses d'é­changer leurs épreuves contre tout ce qu'on souffre ici-bas ; nos douleurs sont des jeux d'enfants auprès de ce qu'elles endurent. Jugez après cela si ces âmes méritent notre com­passion !

 

O Dieu ! S'écrie un auteur, quelle terrible impression doit se faire dans l'âme du chrétien au moment où elle franchit le seuil du Purgatoire ! Il n'y a qu'un instant, alors qu'il vivait encore dans la chair, il reposait dans un bon lit, et chacun de ceux qui l'assistaient s'ingéniait par tous les moyens possibles à adoucir les souffrances de son agonie ; maintenant voici son âme plongée dans le lieu de l'expiation, n'ayant pour couche que des brasiers ardents, sans aucun soulagement, sans au­cune autre consolation que l'espérance de voir un temps, bien éloigné peut-être, finir ces indicibles tourments.

 

Ah ! Si l'on pensait souvent à cette heure effroyable, on ne pécherait pas et l'on se consumerait en pénitences et en expiations pour effacer les derniers restes de ses souillures. Et ceux qui sont là, auprès de ce cadavre encore chaud, s'ils y pensaient, quelle prédication convaincante pour les survivants !

 

Mais au lieu de cela, l'esprit de foi est si peu vivace dans les âmes qu'on éprouve d'ordinaire un sentiment de soulagement, en pensant que le pauvre malade en est quitte des souffrances de la vie. On dit, je l'ai entendu bien des fois : « Il est bien heureux, il ne souffre plus ! «Parole païenne, qui devrait nous faire frémir». Il ne souffre plus ! Et qu'en savez-vous ?

 

Avez-vous donc la certitude que cette âme était assez pure pour entrer immédiatement au Ciel ? Ah ! Lectrices chrétiennes, en présence de ce cadavre qui ne souffre plus, c'est vrai, pensez donc à cette âme qui commence, à cette heure, à savoir ce que c'est que souffrir ; pensez au Purgatoire où cette  âme  vient de faire son entrée ; et  au lieu  de prodiguer au défunt ces louanges banales, qui ne sauraient lui servir, tombez à genoux près de ce lit funèbre, et commencez par une prière fervente ce grand ministère du soulagement des morts, que vous devez conti­nuer, jusqu'au jour où vous pourrez penser qu'à force de : prières,   de   bonnes œuvres et d'expiations de votre part, cette âme est enfin arrivée à la béatitude. Alors seulement vous pourrez vous reposer et dire : « Il est bien heureux, il ne souffre plus ! »

 

En effet, d'après l'enseignement de tous les docteurs, les souffrances du Purgatoire sont sans proportion aucune avec ce que l'on appelle de ce nom sur la terre. Après saint Tho­mas et les théologiens voulez-vous consulter les mystiques ?

 

Voici ce que dit sainte Catherine de Gênes, qui reçut des lu­mières étonnantes sur ces mystérieuses questions :

 

Les âmes éprouvent un tourment si extrême qu'aucune langue ne pourrait le raconter, ni aucun entendement en donner la moindre notion, si Dieu ne le faisait connaître par grâce spéciale. Non, aucune langue ne saurait exprimer, aucun es­prit ne saurait se faire une idée de ce qu'est le Purgatoire. » Et la durée de ces supplices ?...  Celui qui se purifie de ses  fautes pendant la vie, dit encore la sainte, satisfait avec un sou à une obligation de mille ducats ; et celui qui attend, pour s'acquitter, au jour de l'autre vie, se résigne à donner mille ducats pour un sou qui  lui  aurait suffi en temps oppor­tun.»

 

Sainte Bertille, vierge.

 

Bertille eut dès ses plus jeunes années un attrait si grand pour la retraite qu'elle fuyait toute espèce de compagnie. Ce goût pour la solitude croissant avec l'âge, le monde lui parut de plus en plus digne de mépris, et elle résolut d'y re­noncer entièrement. Comme elle n'osait s'en ouvrir à ses pa­rents, qui avaient d'autres desseins, elle en parla à saint Ouen.

 

Le saint la fortifia dans sa résolution et lui promit de la secou­rir de ses avis et de prier Dieu pour elle, afin qu'elle pût con­naître sa volonté. Bertille priait aussi très ardemment de son côté, et ressentait tous les jours une nouvelle ardeur pour la retraite. Ses désirs furent enfin agréés de ses parents, qui la conduisirent au monastère nouvellement fondé à Jouarre par saint Adon, frère de saint Ouen.

 

Au comble de ses vœux, Bertille montra autant de joie en entrant dans cette com­munauté qu'un passager en a de se voir échappé aux fu­reurs de la mer. Elle s'étudia à faire de jour en jour de nou­veaux progrès dans la vertu : elle s'humiliait sans cesse sous la main de Dieu, se chargeait avec joie de tout ce qui pouvait l'humilier devant ses sœurs ; et rien ne lui paraissait vil, par­ce que l'obéissance qui la guidait lui rendait tout précieux. Plus tard la reine Bathilde ayant fait bâtir un monastère à Chilles, près de la Marne, dans le diocèse de Paris, Bertille en fut la première abbesse.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 18:34

 

Trois Églises forment, dans le monde des âmes et le long des siècles, l'Église vraiment catholique et vraiment universelle. Il y a l'Église, la société des âmes bienheu­reuses qui sont arrivées, et déjà en possession de leur béati­tude, c'est l'Église triomphante.

 

Il y a aussi l'Église des âmes parvenues aux portes du Ciel; sorties de l'épreuve et du temps, elles sont assurées de leur bonheur ; c'est une conquête qui ne leur sera pas ravie : mais un obstacle temporaire entrave leur essor, elles ne peuvent entrer dans le Ciel qui leur appar­tient ; c'est l'Église souffrante, c'est le Purgatoire.

 

Enfin, il y a les âmes qui, sous les ombres du temps, doivent marcher encore pour arriver à la patrie : leurs droits sont précaires, elles peuvent s'écarter de la route et tomber par leur faute dans les éternels abîmes: c'est l'Église d'ici-bas, la société militante.

 

Il y a donc trois Églises : à chaque instant elles se renouvellent et s'enrichissent, à chaque instant de nouveaux élus viennent peupler le Ciel et le Purgatoire, de nouveaux baptisés grossissent les rangs de la société qui voyage ici-bas. Sont-elles étrangères l'une à l'autre ?

 

 N’y a-t-il plus entre elles aucun échange de bons offices ? Tout au contraire, les relations les plus intimes les unissent ; et toutes les trois ne forment qu'une société immense dans laquelle chacune ap­porte ce qu'elle a, donne et reçoit à son tour.

 

Les Saints de l'Église triomphante aiment leurs frères du Purgatoire et leurs frères d'ici-bas ; ils aiment parfaitement, immensément, nécessairement.

 

La gloire n'est que la grâce à son état parfait, comme la grâce est la gloire à son état élémentaire. Mais la grâce dans un cœur ne supprime pas l'amour, elle l'épure et l'avive da­vantage ; la gloire à son tour ne fera qu'ajouter à ses ardeurs ; au ciel, les élus aiment d'une façon parfaite. Le fond de leur état, c'est l'amour, l'amour de Dieu avant tout, mais on ne peut aimer Dieu sans aimer avec lui tout ce qu'il aime, et parce qu'il l'aime et comme il l'aime. Les Saints nous aiment de cet amour qu'ils ont pour Dieu, ils nous aiment dans cette vallée de larmes où nous marchons à travers les ombres, jus­qu'à ce que se lève l'aurore avant-courrière du jour éternel ; mais leur amour nous accompagne encore dans cette station du Purgatoire où la justice de Dieu nous retient pour un temps.

 

Et cet amour n'est pas inactif : les Saints nous assistent, ils parlent à Dieu, ils prient pour les âmes qui luttent et pour celles qui souffrent. Grande était ici-bas la puissance de leur prière, elle triomphait de tout, même de Dieu ; s'ils pou­vaient beaucoup, pécheurs et caducs, aujourd'hui, amis de Dieu pour toujours, que ne peuvent-ils pas ?

 

Mais comment connaissent-ils nos besoins ? Pour nous connaître, ils n'auraient qu'à se ressouvenir ; n'ont-ils pas été ce que nous sommes ? Mais ils nous voient et nous en­tendent en Celui qui voit tout. Ils prient donc selon nos désirs, pour nos vrais besoins ; ils prient pour nous quand nous les prions ; ils intercèdent, ils s'entremettent pour nous. Ils font plus, ils dispensent la grâce : Ministres de Dieu pour notre bien, ils rayonnent, ils échauffent, ils vivifient. Souvent ils se servent, pour nous assister, de quelque chose qui a vécu de leur vie ; leurs reliques, leurs cendres inanimées guérissent nos maladies, elles sont bienfaisantes pour le corps et pour l'âme. Souvent aussi, ils communiquent avec nous sans inter­médiaire, ils nous assistent spirituellement, nous visitent, ils nous parlent ; la même assistance va de leur part aux âmes du Purgatoire.

 

En échange de ces bons procédés, que leur rendons-nous ? Nous leur payons un tribut de louanges, de confiance, d'amour, d'imitation, nous leur créons une seconde vie en ce monde dans une postérité de vertus qui se continuent d'âge en âge sans jamais périr. Mais en même temps nous offrons l'aumône de notre compassion aux âmes souffrantes, nous prions pour elles ; nous multiplions les bonnes œuvres, et par une substitution magnanime, avec nos aumônes, nos souf­frances, nos immolations volontaires, nous acquittons leurs dettes envers la justice divine.

 

A leur tour, les pauvres âmes envoient leurs effusions de reconnaissance à leurs bienfaiteurs du ciel et de la terre ; aux Saints du ciel elles donnent la louange, la gloire, tous les hommages d'une pieuse gratitude.

 

A nous, elles donnent leurs prières, leurs mérites, une fidèle et ardente supplica­tion. Dieu leur permet de nous avertir, de nous conseiller, ou d'éveiller en nous ces pressentiments qui nous guident par­mi les incertitudes de la vie.

 

Enfin, sont-elles entrées dans la béatitude ? Elles s'empressent de nous tendre une main secourable pour nous élever à la participation de leur bonheur.

 

Tels sont les liens qui unissent les trois Églises, liens de fidélité et de confiance, de dévouement et de reconnaissance qui rapprochent, dans une charité indissoluble, les âmes voya­geuses et les âmes arrivées.

 

FÊTE DU JOUR: Saint Hubert, évêque.

Fils de Bernard, célèbre duc d'Aquitaine, et de la pieuse Hugberne, saint Hubert fut envoyé à la cour du roi Thier­ry Ier, où ses grandes qualités le firent élever à la dignité de comte du palais. Il se retira ensuite à Metz. La vie d'Hubert était alors celle d'un homme du monde, sacrifiant parfois à son plaisir les exigences de la piété chrétienne. Jésus-Christ, qui le voulait à lui sans réserve, lui donna un solennel aver­tissement. Un grand jour de fête, Hubert s'était permis de chasser ; tout à coup il aperçut entre les cornes d'un cerf qu'il poursuivait l'image de Jésus crucifié et en même temps il en­tendit une voix lui dire : « Hubert, si vous ne vous convertis­sez à une meilleure vie, vous serez, sans pitié, précipité en enfer. » Hubert, docile à la voix de Dieu, résolut dès lors d'ê­tre tout à lui. Sur un avis du ciel il s'adressa à saint Lambert,  évêque de Maestricht, dont il suivit les sages conseils. A la mort de sa femme, il se retira dans une solitude des Ardennes, et ses vertus firent pendant sept ans l'édification de toute la contrée. Par une inspiration divine, Hubert se rendit alors à Rome, où le pape Serge Ier le consacra évêque de Maestricht à la place de saint Lambert qui venait d'être martyrisé.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 21:08

EXORCISME

 

Nous t'exorcisons, qui que tu sois, esprit  immonde, puissance  satanique, horde  de  l'infernal  ennemi,  légion démoniaque, toute assemblée et secte diabolique.


Note importante le + signifie qu'il faut faire votre signe de la croix en récitant chacune de ces demandes.

 

Au nom et par la VERTU de Notre-Seigneur   Jésus Christ, soit extirpé et chassé par l'Église de Dieu, des âmes créées à l'image de Dieu et rachetées  par  le  précieux  Sang  + du Divin  Agneau.

 

Désormais, n'aies plus l'audace, perfide serpent, de tromper le  genre  humain, de  persécuter l'Église de Dieu, de secouer et de cribler comme le  froment  les  élus  de  + Dieu.

 

Il te le commande, le Dieu + Très Haut à qui, en ton grand orgueil, tu prétends encore être semblable, Lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité.

 

Il te le commande,  +  Dieu le Père !

   

Il te le commande,  +  Dieu  le  Fils !

 

Il te le commande, + Dieu le St - Esprit !

    

Il te le commande, le Christ en majesté, Verbe éternel de Dieu  +  fait chair !

  

Il te le commande,  +  Lui qui, pour le  salut de notre race, perdue par ta  jalousie,  s'est humilié lui-même et s'est fait obéissant jusqu'à  la  mort !

 

Il te le commande,  + Lui  qui  a  édifié son Église, sur le Roc, et  promis  que  les portes de l'enfer ne  prévaudront  pas contre elle,  puisqu'il  demeurera  avec  Elle  jusqu'à  la consommation des siècles.

 

Il te le commande, le signe sacré de la SAINTE + CROIX !

 

Il te le commande, + Lui, la vertu inhérente à tous les mystères de la foi chrétienne.

 

Elle te le commande,  la très  auguste Vierge Marie, +  Mère de Dieu, qui, dès  le  premier instant de  son  Immaculée  Conception, a par son humilité, écrasé ta tête trop orgueilleuse.

 

Elle te le commande la  Foi des saints Apôtres  Pierre  et  Paul + et de tous les autres Saints Apôtres !

 

Ils te le commandent, le sang des martyrs et la  pieuse  intercession  de  tous  les Saints   +  et  les  Saintes !   

 

par ce Dieu   +   Vivant,

par ce Dieu   +   Vrai,

par ce Dieu   +   Saint,

 

par ce Dieu qui a tant aimé le  monde au point de lui donner son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle.

 

 Ainsi donc, dragon maudit  et toute  légion   démoniaque,  nous  t'adjurons :

 

De cesser de tromper les créatures humaines,  de cesser de verser en eux le  poison de la damnation éternelle, et de cesser de nuire à l'Église et d'entraver sa liberté.

 

Arrière ! Satan, inventeur et maître de toute tromperie, ennemi  du  salut des hommes.  Cède ta place au  Christ en qui tu n'as rien trouvé de  tes  œuvres.  Cède la place à  l'Église, Une, Sainte,  Catholique   et   Apostolique,  que   le Christ a acquis au prix de son Sang.  Incline-toi sous la main  puissante  de Dieu, tremble et fuis à l'invocation que nous faisons du saint et redoutable Nom de Jésus qui fait trembler les enfers, à qui sont soumises les Vertus des Cieux, les Puissances, les Dominations et que les Chérubins, les Séraphins et les Trônes  louent  dans  un  concert sans fin, disant:  Saint,  Saint,  Saint  est  le  Seigneur,  Dieu des armées.

Seigneur,        Exaucez  ma  prière.

 

Et que mon cri monte jusqu'à vous.

 

Oraison

 

Dieu du Ciel,

Dieu de la terre,

Dieu des Anges,

Dieu des Archanges,

Dieu des Patriarches,

Dieu des Prophètes,

Dieu des Apôtres,

Dieu des Martyrs,

Dieu des Confesseurs,

Dieu des Vierges,

 

O Dieu qui avez le pouvoir de donner la vie après la mort, le repos après le travail, puisqu'il n'y a pas  d'autre Dieu que Vous, et  qu'il ne peut y en avoir si  ce n'est   Vous,  le  Créateur   de   toutes choses   visibles  et  invisibles,  Vous dont  le   règne n'aura  point  de   fin. Nous  supplions  humblement  votre Glorieuse  Majesté d'user de sa Puissance  pour  nous  délivrer, de  toute tyrannie  des esprits infernaux, de leurs pièges, tromperies, méchancetés,  et de  nous  conserver indemnes de tout mal.

 

Par Jésus Christ Notre Seigneur.

 

Ainsi soit-il.

 

--- Des embûches du Démon.

 

--- Délivrez-nous Seigneur.

 

--- Que votre Sainte Église vous serve en toute  liberté, dans l'ordre et dans la Paix!

 

--- Nous Vous en prions, Seigneur, écoutez-nous !

 

--- Que les ennemis de votre Sainte Église  soient  humiliés et  converties !

 

--- Nous Vous en supplions, Seigneur exaucez-nous !

 

 

Antienne:

 

Seigneur, ne  Vous  souvenez pas de nos  fautes, ni de  celles des personnes qui me sont chères et ne tirez  point  vengeance  de nos péchés; gardez-nous de consentir à la tentation,  délivrez-nous du  mal. 

 

 Ainsi soit-il.

 

 

(Aspergez d'eau bénite les personnes présentes et  les quatre coins de la salle. Remercier aussitôt des grâces obtenues en récitant le Magnificat.)

 

 

MAGNIFICAT  

 

Mon    âme   glorifie    le     Seigneur, et  mon  esprit s'est  réjoui  en  Dieu  mon  Sauveur,

 

Parce qu'il a regardé  la  bassesse de  sa   servante: Voici que désormais toutes les  générations  m'appelleront bienheureuse.

Parce que le Tout - Puissant a fait en moi  de  grandes  choses,  son   NOM  est Saint.

 

Sa miséricorde s'étend de générations en génération envers ceux qui le craignent.

Il a déployé la force de son bras. Il a dispersé les superbes avec leurs orgueilleuses pensées.

 

Il a renversé de leur trône les puissants,  et  il  a  exalté  les humbles.

Il a comblé de biens  les  indigents, et il a  réduit  les  riches  au  néant.

 

Il a rassemblé les  prédestinés sous sa protection, se souvenant de sa  miséricorde.

Telle qu’Il  l'avait   promise   à   nos  pères, à  Abraham  et à sa postérité pour toujours.

 

Glôria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto.

 

Sicut erat in principio, et nunc, et semper,

 

et in saécula saeculorum.    Amen

 

 

Soit loué, soit béni, soit aimé, soit adoré, soit glorifié, soit remercié le très saint, le très sacré, le très adorable, le très inexprimable Nom de Dieu, au ciel et  sur la terre, par toutes les créatures sorties des mains de Dieu, et par le Sacré-Cœur de N. S. J.-C., au très Saint Sacrement de l’Autel.  Ainsi soit-il.

 

Imprimatur de cette dernière prière : Louis Joseph, Arc. de Tours,   le 13 juillet 1933.  (100 jours indulg.)

 

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