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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 19:31

 

Le premier tourment des pauvres exilés du Purgatoire est celui du feu. Ce feu produit sur les âmes les mêmes effets que le feu matériel produit sur les corps. Il ne peut s'éteindre ; les efforts les plus persévérants ne sauraient même le modérer. Il s'attache avec une sorte de fureur à ses victimes : les pénétrant jusqu'au plus intime de leur être, il torture leur imagination, leur mémoire, leur volonté.

 

Il agit avec une violence d'autant plus redoutable qu'il sert d'instru­ment à un Dieu vengeur, et vengeur du péché. C'est du milieu des abîmes qui vomissent la flamme que les défunts se montrent à nous en s'écriant : « Je suis consumé au fond de ces brasiers : de grâce, venez à mon secours !» Oh ! Mettons-nous donc seulement en   esprit à  leur  place  pendant   quelques secondes, et puis faisons pour les autres ce que vous voudriez que l'on fît pour nous !

 

C'est effrayant, dira-t-on, de s'arrêter à considérer un si triste spectacle, mais il est trop instructif pour qu'on puisse prudemment s'en dispenser. Après tout, nous fait remarquer saint  Augustin, il vaut mieux descendre par la pensée dans ces lugubres abîmes que d'y descendre en réalité, et d'y séjour­ner après la mort. »

 

Hélas ! Si nous étions condamnées à mourir dans les flammes, et que la cruauté du bourreau pût nous y conserver la vie pendant deux jours, ou même pendant quatre heures,

quels ne seraient pas nos cris et notre désespoir ? Qu'est-ce que le feu de la terre, en comparaison de celui de l'autre vie ?

 

Ce n’est qu’un souffle rafraîchissant, dit une révélation autorisée. Il faut insister sur ce point, parce que la sévérité de la justice de Dieu, s'exerçant ainsi sur les plus saintes âmes, est bien propre à faire réfléchir les pauvres  pécheurs  comme  nous,   qui nous  préparons, par nos fautes, un effroyable Purgatoire.

 

La seconde peine de ce lieu d'expiation est une douleurqu'on ne saurait ni concevoir, ni exprimer ici-bas : Elle con­siste à être privé de la vue de Dieu. Peut-être, pieuse chrétien­ne, vous semble-t-il que ce supplice doive être moins rigoureux et plus facile à supporter que le premier. Détrompez-vous, il est au contraire beaucoup plus intolérable. Les âmes du Purgatoire éprouvent un désir inouï de posséder Dieu, une faim et une soif de sa présence qui ne saurait être calmées par aucun objet. Elles voudraient s'élancer vers Dieu, et elles se sentent perpétuellement repoussées. Elles aspirent à entrer au ciel, et la porte leur en est fermée. Il résulte de ce douloureux état une angoisse si cruelle pour les pauvres âmes du Purgatoire qu'elle suffirait, dit une sainte, à les anéantir, si Dieu ne leur conservait l'existence. Rien au monde ne peut nous donner une idée de cette sorte d'agonie.

 

Mettons-nous seulement devant les yeux une famille dont les membres sont très attachés entre eux et supposons qu'on vienne tout à coup à séparer les enfants de leur père et de leur mère en les empêchant d'avoir avec ces derniers aucune com­munication : Quelle ne serait pas leur douleur ! Ce père et cette mère, c'est toute leur joie en ce monde ; c'est presque une condition de leur existence : ne pouvoir plus les voir ni leur parler, peut-on imaginer un plus cruel supplice ? On rap­porte qu'à l'époque de la Terreur, des enfants ainsi séparés de ce qu'ils avaient de plus cher au monde, venaient coller leurs lèvres aux barreaux extérieurs de la prison où on avait enfermé leur mère, et on ne pouvait plus les en éloigner. L'a­mour filial a maintes fois provoqué des actes d'un extraor­dinaire héroïsme, lorsqu'il s'agissait de retrouver un père ou une mère. Tout cela ne peut pourtant nous donner qu'une faible idée de ce que souffrent les âmes du Purgatoire tant qu'elles ne peuvent se réunir à Dieu.

 

« Si, dans le monde entier, écrit sainte Catherine de Gênes, il n'y avait qu'un seul pain, dont la simple vue dût rassasier toutes les créatures, et si d'autre part, l'homme ayant par na­ture, quand il est sain, l'instinct de manger, ne mangeait point et que cependant il ne pût ni tomber malade ni mourir, sa faim croîtrait toujours, parce que jamais son instinct de man­ger ne diminuerait, et sachant que cet unique pain le rassasie­rait, et que, faute de lui, sa faim ne pourrait lui être ôtée, il serait nécessairement dans une peine intolérable ; plus il approcherait de ce pain, sans le voir, plus aussi s'enflammerait en lui le désir naturel qui le pousserait constamment vers cet aliment, objet de toute son envie. De même, les âmes du Pur­gatoire souffrent une faim très cruelle, et sont dans une grande peine, tant qu'elles ne peuvent pas se nourrir du Pain vivant qui est Jésus-Christ, vrai Dieu Sauveur et notre suprême amour. Elles voudraient s'en rassasier; elles savent qu'elles au­ront un jour ce bonheur ; mais l'attente la torture. »

 

Quand on lit ce que disent les saints sur ce supplice, quand on pèse tout cela devant Dieu, dans le silence d'une âme re­cueillie, on est forcé de s'avouer que nous sommes tous des insensés. Comment s'expliquer autrement que nous, qui n'avons pas le courage de nous faire une légère violence pour nous corriger de nos défauts, nous que le seul mot de pénitence effraie, nous nous destinons, de gaieté de cœur, à de pareils châtiments ? Ah ! les Saints, ces Saints que le monde ne comprend pas, et que volontiers il traite d'insensés, les Saints sont les sages, les vrais sages, les seuls sages, parce que seuls ils ont les secrets du temps et ceux de l'Éternité !

 

FÊTE DU JOUR: Saint Bénigne, martyr.

 

Bénigne et plusieurs autres fervents apôtres, envoyés par saint Polycarpe, se rendirent à Autun, la Rome celtique, célèbre alors par ses écoles, ses monuments et son attache­ment aux superstitions païennes. Après un court apostolat à Autun pendant lequel il conféra le baptême à saint Symphorien tenu sur les fonts sacrés par saint Andoche, saint Bénigne alla porter le flambeau de la foi à Langres, puis à Dijon. ! Il y prêcha le christianisme pendant plusieurs années, avec tant de succès que Térence, le préfet de la ville, inquiet pour la religion des dieux, le fit amener devant son tribunal. Sommé de renoncer à Jésus-Christ, Bénigne préféra la mort à l'apostasie, et il succomba dans d'horribles tourments. On le fit battre de verges, suspendre par les mains à une poulie, et  étendre sur le chevalet, sans que sa constance en fût ébranlée.  Ramené en prison, il vit un ange descendre du Ciel pour guérir ses blessures. C'était le préparer pour un nouveau combat. Enfin, un coup de lance lui arracha la vie. Ce glorieux martyre eut lieu en 179.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

elogofioupiou.com

 

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