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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 20:59

 

Depuis que l'impiété et l'indifférence religieuse ont fait de si tristes conquêtes, il est bien triste de penser à l'abandon dans lequel gémissent le plus grand nom­bre des âmes du Purgatoire. Même aux siècles de foi, l'Église ne cessait d'encourager les fidèles à prier pour ces pauvres âmes, en faisant dans la liturgie le déchirant tableau des sup­plices qu'elles endurent au fond de leur ténébreuse prison. Le trésor des indulgences était ouvert au profit des défunts ; le peuple était convoqué au pied des autels sur lesquels s'of­frait la divine Victime, afin d'obtenir la délivrance, ou du moins le soulagement des malheureux captifs du Purgatoire. Si cette intercession fervente et universelle était encore jugée insuffisante par nos pères, que sera-ce donc aujourd'hui ! Et combien ne devons-nous pas être émus de compassion pour tant d'infortunés auxquels presque aucune âme ne s'intéresse et ne songe à porter secours !

 

Un chrétien vient à mourir. C'était, comme il y en a si sou­vent de nos jours, un de ces hommes que le respect humain empêche de pratiquer la religion. Il était revenu à Dieu quel­ques années, quelques mois avant d'aller paraître devant lui ; peut-être même au lit de la mort. On ne peut penser sans ef­froi à la situation de cet infortuné. Une bonne confession l'a préservé de l'enfer ; mais n'est-ce pas toute une vie de fautes et de scandales qu'il s'agit pour lui maintenant d'expier ?

 

N'est-ce pas plusieurs siècles qu'il devra passer dans une cap­tivité douloureuse ? Plusieurs siècles pendant lesquels il se lamentera sur sa folie qui l'a précipité dans ce lieu de supplices ?

 

Plusieurs siècles pendant lesquels il se sentira irrésist­iblement attiré vers la Jérusalem céleste et retombera au fond de l'abîme chaque fois qu'il essaiera de s'élever vers son Dieu? Qui donc lui viendrait en aide ?  Ses compatriotes ?  Ils n'ont plus la foi et s'étourdissent dans les plaisirs et les vanités du monde.

 

Ses amis ? Il les a perdus dès le jour où ils ont accompagné au cimetière sa dépouille mortelle ; et d'ailleurs pour eux il n’y a que le présent qui compte ?

 

Ses héritiers, ses parents ? Les uns n'ont d'autre souci que de tirer le meilleur parti possible de sa succession ; les autres sont distraits par les affaires, les relations, les voyages : peut-être n'ont-ils même pas de reli­gion ; ou bien ils ont fait dire quelques messes pour l'acquit de leur conscience et ils s'en tiennent là. Pauvre exilé du Pur­gatoire,  je vous  entends répéter d'une  voix lamentable :

 

«Vous qui m'aimez, priez pour moi ! Vous pour qui j'ai tant travaillé sur la terre, qui même êtes cause que j'ai parfois of­fensé Dieu et aggravé mon supplice, espérant ainsi mieux as­surer votre bonheur, ayez pitié de moi ! Ayez pitié de moi ! »

 

Hélas ! Y aura-t-il dans toute la famille de ce défunt une seule âme qui entendra ses lugubres plaintes ? Et s'il ne trou­ve pas de protecteurs ni d'intercesseurs chez les siens, en trouvera-t-il parmi des étrangers ?

 

Lectrice chrétienne, vous serez cet intercesseur, cette amie inconnue qui ne laissera pas se perdre dans un inutile écho l'appel du pauvre captif : « Priez, priez pour moi !... » Vous  prendrez sincèrement à cœur les intérêts des âmes du Purga­toire et vous leur porterez efficacement secours.

 

Écoutez-nous un instant. S'il est douloureux de constater l'indifférence chaque jour croissante d'une multitude d'hom­mes pour tout ce qui touche à la religion et spécialement pour le sort des fidèles défunts, en revanche il est consolant de re­poser ses regards sur le petit nombre des fervents chrétiens qui recourent à des industries nouvelles pour venir en aide à ces pauvres âmes.

 

C'est par exemple l'ingénieuse pratique de la chaîne. Dans un incendie, on se passe les seaux les uns aux autres, et c'est en faisant ainsi la chaîne qu'on arrête les progrès du feu et qu'on finit par l'éteindre.

 

Immense est l'incendie du Purgatoire, l'incendie des âmes consumées par les flammes vengeresses de la justice divine jusqu'au jour de leur délivrance. Eh bien, cet incendie, com­me l'autre, diminue d'intensité et finit par s'éteindre lorsque des chrétiens généreux font la chaîne par leurs salutaires pra­tiques.

 

On se cotise à six ou à douze personnes par exemple : la première multipliera les prières, les invocations indulgenciées, les petits sacrifices, de huit heures à neuf heures du matin ; la seconde de neuf à dix et ainsi de suite jusqu'à huit heures du soir. Oh ! Quelle admirable invention !

 

L'urne des morts : Une autre pratique assez récente et d'une sérieuse efficacité. Pour ne pas oublier les morts, on s'oblige à inscrire sur un petit billet chaque bonne œuvre accomplie à leur intention : Sacrifice d'un dessert, d'une récréation, d'une lecture, d'une conversation ; exercice religieux, visite au Saint Sacrement, chemin de la croix, etc. ; tous ces billets sont jetés dans l'urne et forment, comme autant de pièces d'or, le trésor des pauvres âmes.

 

Ailleurs, c'est un chapelet spécial récité pour le soulage­ment des défunts ; ce sont des prières au cimetière, des neuvaines de messes, ou encore l'exercice du mois des âmes fidè­lement suivi en commun.

 

Ame charitable, tout est bon, tout ce qui rapproche de Dieu et plaide auprès de lui la cause des âmes du Purgatoire ! Vous-même, vous trouverez facilement des moyens nouveaux et variés de pratiquer cette belle dévotion qui a pour objet leur délivrance. Dès ce moment donc, entrez dans la pieuse croisade, promettez de ne pas rester en arrière sur vos frères et, pour que le souvenir des défunts vous revienne plus fré­quemment, figurez-vous entendre retentir sans cesse à vos oreilles, comme une cloche d'alarme, ces désolantes paroles des pauvres exilés du Purgatoire : Ayez pitié de moi ! Ayez pitié de moi !

 

Oui, montrons-nous toutes chrétiennement empressées à procurer la délivrance des habitants du Purgatoire, avec cet­te douce confiance que d'autres, plus tard, nous rendront le même service.

 

« Un jour viendra, écrit un pieux auteur contemporain, et ce jour peut-être n'est pas éloigné, où vous saurez, par une ex­périence personnelle, ce qu'est le Purgatoire, et, comme les pauvres âmes qui y souffrent en ce moment, vous crierez avec un accent lamentable : « Vous du moins qui m'aimez, priez pour moi !... »

 

Or par une juste permission de Dieu, ces cris déchirants pénétreront l'âme de ceux à qui vous vous adres­serez dans la mesure qu'à cette heure ces mêmes voix pénè­trent votre cœur.

 

Vous avez oublié, on vous oubliera ; vous avez été bon, dévoué, charitable pour les âmes du purgatoire, c'est Dieu, Dieu lui-même qui vous rendra au centuple ce que vous aurez fait en son nom pour les siens. »

 

FÊTE DU JOUR: Saint Charles Borromée, archevêque.

 

Issu d'une des plus illustres familles de Milan, Charles Bor­romée n'avait que vingt-deux ans lorsque le pape, son oncle, le créa Cardinal en 1560, et l'associa au gouvernement de l'Église. La direction du concile de Trente fut pour le jeune prince de l'Église la première occasion de déployer son zèle ; de loin, il en suivait les sessions et en dirigeait les dis­cussions par une incessante correspondance. Sa fermeté ame­na l'heureuse conclusion de ce célèbre concile, dont saint Char­les fit exécuter les décrets avec une énergie que les plus gran­des difficultés ne purent lasser. Nommé archevêque de Milan, il restaura la discipline ecclésiastique dans son diocèse en fai­sant observer exactement les décisions du Concile. Saint Char­les fonda des écoles pour les pauvres, des séminaires pour les clercs, et sa Congrégation des Oblats pour la sanctification du clergé. Toutes ces réformes furent violemment combattues par la cour d'Espagne et les hommes attachés à l'ancien état de choses ; mais jamais le ferme archevêque ne faillit à son devoir. Inflexible quand il s'agissait de maintenir la discipline, il savait se faire aimer de son peuple comme un père. On le voyait s'arrêter parfois sur le bord du chemin pour enseigner à un pauvre le Pater et l'Ave Maria ; sa charité le portait à pénétrer dans des réduits si infects que ses gens n'osaient en franchir le seuil. Pendant la grande peste qui désola Milan, saint Charles refusa d'abandonner la ville et on le vit cons­tamment au chevet des malades et des mourants : il alla jusqu'à vendre son lit pour les soulager. L'infatigable apôtre mourut en 1584.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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