Il semble que ce soit une raison bien suffisante de venir au secours des âmes du Purgatoire que l'étendue et la rigueur de leurs supplices ; et bien des personnes ne pensent pas plus loin en priant à leur intention.
Et pourtant, même en dehors de là, nous avons les raisons les plus sérieuses d'accomplir cet acte de charité envers les défunts.
La première, c'est que nous procurons ainsi la gloire de Dieu. Plus il y a d'élus dans le ciel, plus Dieu à de vrais adorateurs ; eh bien, par nos satisfactions, nous pouvons augmenter le nombre des élus, et conséquemment glorifier Dieu d'une manière efficace. Bien plus, nous lui causons de la joie, car il voudrait récompenser les malheureux détenus du Purgatoire ; il voudrait les serrer sur son cœur. Mais sa justice s'y oppose et demande une expiation. Or, en délivrant les âmes du Purgatoire, nous faisons cesser cet état de violence où Dieu se trouve en quelque sorte vis-à-vis d'elles. Aussi, rien ne saurait-il lui être plus agréable que cette dévotion.
Un nouveau motif de soulager nos frères défunts, c'est que nous pouvons ainsi consoler le Cœur de Jésus, qui leur porte l'amour le plus tendre et désire ardemment leur délivrance. Les âmes du Purgatoire doivent lui être particulièrement chères, puisqu'elles ne l'offensent plus et qu'elles soupirent après le bonheur de sa présence. S'il n'écoutait que sa bonté, il leur ouvrirait à toutes les portes du ciel ; mais il a en quelque sorte les mains liées par les droits de la justice divine. Oh ! Si nous l'aimons, venons donc en aide à ses amis qui souffrent ! C'est un père, le meilleur des pères, qui attend qu'on délivre ses enfants : ne lui refusons pas cette consolation : Jésus-Christ nous en récompensera au centuple.
Une autre raison encore, qui doit produire sur notre esprit une impression sérieuse, c'est que la dévotion aux âmes du Purgatoire comporte l'exercice de la charité chrétienne sous toutes ses formes et ne peut manquer par conséquent d'attirer sur nous les bénédictions du ciel.
Qui le dit ?... Saint François de Sales ; et il le démontre jusqu'à l'évidence.
« Cette dévotion, écrit-il, renferme en elle-même toutes les œuvres de miséricorde. Descendre en esprit au milieu des feux du Purgatoire, n'est-ce pas visiter les malades ? Verser la rosée de la grâce céleste sur des âmes dévorées du désir de voir Dieu, n'est-ce pas donner à boire à ceux qui ont soif ? Avancer pour elles le moment où elles posséderont le ciel, dont elles sont affamées, n'est-ce pas nourrir ceux qui ont faim? Payer la rançon de ces pauvres captifs, briser leurs chaînes par nos prières, n'est-ce pas racheter les prisonniers ?
Introduire les exilés du Purgatoire dans la cité triomphante des esprits bienheureux, n'est-ce pas donner l'hospitalité aux étrangers ?... »
Qu'ajouter à ces consolantes paroles ? Oui, vraiment, celui qui prie pour les défunts exerce d'une manière admirable la charité ; or, la charité est un passeport pour le ciel.
Enfin, rappelons-nous que la dévotion envers les pauvres âmes peut être pour nous un devoir de justice, motif bien plus impérieux encore de la pratiquer. Supposons un instant que par imprudence vous ayez blessé votre père, votre mère, ou l'une de vos amies, quels regrets n'en ressentiriez-vous pas ! Comme vous seriez heureuse de pouvoir réparer le mal ! Eh bien, voilà votre situation vis-à-vis des âmes dont nous parlons. Elles souffrent d'affreuses douleurs, et elles souffrent à cause de vous ; la justice exige que vous soulagiez ces pauvres âmes, victimes de vos imprudences, d'autant plus que vous le pouvez si facilement. Qu'est-ce que quelques prières, quelques sacrifices, en comparaison des tourments qu'elles endurent ! Ayez à cœur d'acquitter au plus tôt une dette sacrée.
Demandons-nous après cela, et en nous appuyant sur ces considérations, pour quelles âmes nous devons principalement prier.
Ce sera naturellement pour celles dont la justice, la reconnaissance et la piété filiale nous font un devoir de nous souvenir devant Dieu.
Tel a été notre bienfaiteur ; soit sous le rapport spirituel, soit au temporel, il nous a rendu de précieux services : C'est un devoir pour nous de l'en payer par les moyens en notre pouvoir, et tout au moins de prier pour lui.
Tel autre expie en Purgatoire des péchés que nous l'avons porté à commettre, soit par nos mauvais exemples, soit par de pernicieux conseils, soit par des impatiences et des mouvements d'humeur, d'insubordination qui ont provoqué ses fautes.
Ou encore sa complaisance pour nous, son désir de nous rendre service l’a fait tomber dans plusieurs péchés. A nous de prier pour lui.
Et nos parents, nos frères, nos sœurs, est-il vraiment nécessaire de rappeler ce que nous leur devons après la mort ?
Que leurs tendres supplications ne nous trouvent pas insensibles, mais qu'elles nous enflamment d'une sainte ardeur pour l'expiation et le gain des indulgences.
NDLR. Vous pouvez prier pour ma petite sœur Lucie, qui vient de terminer son pèlerinage sur cette terre.
Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)
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