Descendez en esprit, dans les cachots ténébreux du Purgatoire ; placez-vous en présence d'une personne de votre âge, de votre pays, de votre condition, et demandez-lui pour quelles fautes elle souffre de si cruels tourments.
Voici à peu près ce qu'elle vous répondra :
« Pour mes distractions pendant mes prières et ma curiosité à l'église. Pour mes impatiences, mes immortifications et mes négligences. Pour mes mensonges, mes jugements téméraires et quelques légères médisances. Pour ma vanité et mon désir de paraître; puis pour beaucoup d'autres fautes plus graves dont je me suis dûment confessée, mais qui n'ont pas été expiées avant ma mort. »
Et vous, que répliquerez-vous à cette pauvre captive du Purgatoire, pour qui il n'est plus temps de se corriger ? Ah ! Vous lui avouerez sans doute que ses fautes ressemblent à celles que vous commettez tous les jours. Mais n'ajouterez-vous pas que vous voulez profiter de son malheur et améliorer votre conduite, pour ne pas partager un jour les mêmes supplices ?
Oui, certes, c'est le résultat principal que doit avoir pour nous la méditation du Purgatoire : Nous obliger à rentrer en nous-même, à nous amender, à embrasser un genre de vie foncièrement conforme à la morale évangélique.
De quel œil en effet les souffrances qu'on endure dans la prison du Purgatoire ne doivent-elles pas nous faire envisager la paresse, la tiédeur, l'amour de nos aises ?
Quelles réflexions ne nous suggèrent-elles pas sur notre façon d'accomplir nos dévotions comme par manière d'acquit ou par routine ?
Quel changement tout cela ne doit-il pas amener dans notre vie? Quel soin dans nos examens, dans nos confessions, dans les communions, et dans nos prières ? Il semble désormais que la grâce des grâces, pour laquelle nous ne devrions pas cesser d'importuner Notre-Seigneur, soit de haïr le péché d'une haine semblable à celle dont il le poursuit lui-même.
Ah ! Si le Purgatoire est tant à craindre, et si nous ne pouvons en toute sécurité compter que sur nous pour en abréger la durée, par les prières et les bonnes œuvres de notre vie, ayons toujours présente à la mémoire la pensée des supplices qu'on endure au fond de ces brasiers ardents ; ce sera pour nous un soutien, un aiguillon, en même temps qu'un préservatif des plus salutaires.
Pensons au Purgatoire dans la joie, pour nous rappeler que nous expierons plus tard ce qu'elle aurait de désordonné ou de coupable.
Pensons-y dans la tristesse, en nous disant que toutes nos douleurs ne sont rien auprès de celles du Purgatoire. Pensons-y le matin, pour nous encourager à passer saintement la journée; pensons-y le soir, afin de renouveler notre propos de mourir plutôt que d'offenser Dieu, afin aussi de prier pour ces millions d'âmes qui n'ont d'autre lit qu'un feu dévorant. Avant chaque action importante, demandons-nous si un jour dans le Purgatoire nous serons contente de l'avoir faite.
Que de généreuses résolutions nous inspireront ce souvenir, fréquemment renouvelé !
Saint François Xavier allait plus loin. Il suggérait, au sujet du Purgatoire, une réflexion dont tous les chrétiens devraient faire leur profit. « Vous pensez, disait-il, à vos frères qui souffrent dans un autre monde ; vous avez la religieuse ambition de les soulager ; c'est très bien, mais pensez d'abord à votre salut. Avant d'entreprendre de soustraire des âmes du Purgatoire, commencez par délivrer la vôtre de l'enfer.
«Que ce conseil est sage et qu'il importe de le suivre ! Or, pour se préserver de l'enfer, il faut avant tout vivre en état de grâce.
Voilà la première leçon que nous donnent les âmes du Purgatoire, « Si vous voulez éviter nos tourments, et à plus forte raison, ceux des damnés, gardez-vous de commettre le péché. »
Du reste, même pour être utile à ces pauvres âmes, pour gagner les indulgences de l'Église, nous devons nous trouver en état de grâce.
Mort au péché ! Telle doit être la devise de tout chrétien...
FÊTE DU JOUR: 13 novembre, Saint Stanislas Kostka, confesseur.
Saint Stanislas appartenait à une noble famille de Pologne. Dès son enfance on vit briller en lui une telle innocence qu'on disait qu'étant déjà un ange, il serait plus tard un saint.
Si, à la table du comte de Kostka, quelque parole légère venait à être prononcée, Stanislas pâlissait aussitôt, et il tombait en faiblesse si la conversation continuait.
A quatorze ans, le saint enfant alla, avec son frère aîné Paul, étudier au collège des jésuites à Vienne. La sévérité de sa vie parut à Paul un reproche continuel de ses habitudes trop libres, et malgré sa douceur et son caractère joyeux, Stanislas eut à souffrir de la part de son frère les plus indignes traitements.
Ces sévices et les mortifications qu'il s'imposait le firent tomber dangereusement malade. Stanislas et son frère logeaient chez un protestant qui n'eût admis la présence d'aucun prêtre catholique.
Dans cette extrémité, Stanislas se souvint que sainte Barbe, sa patronne, n'avait jamais laissé mourir sans le saint Viatique ceux qui l'imploraient : il l'appela donc dévotement à son aide, et la sainte lui apparut avec deux anges qui le communièrent.
La Sainte Vierge rendit elle-même la santé à Stanislas, et lui ordonna d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Pour échapper à l'opposition de son père, Stanislas dut s'enfuir de Vienne, et après avoir prouvé la fermeté de sa résolution, il fut reçu au noviciat à Rome où il s'était rendu à pied depuis Vienne.
C'est dans ce pieux asile que Stanislas mourut à dix-sept ans, le jour de l'Assomption, comme il l'avait demandé à Marie.
Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)
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