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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 11:40

La nature divine du Christ existait de toute éternité, mais Sa nature humaine avait, elle, une ascendance juive. Le sang qui coulait dans ses veines provenait de la souche royale de David par Sa mère qui, bien que pauvre, appartenait au lignage du grand roi. Les contemporains de Jésus L'ont appelé le « Fils de David. » Le peuple n'aurait jamais pu accepter de regarder comme Messie un prétendant qui n'au­rait pas rempli cette condition indispensable. Aussi Nôtre-Seigneur n'a-t-Il jamais nié Lui-même Son origine davidique. Il a seulement déclaré que Sa descendance de David ne suffisait pas à expliquer les rapports qu'il avait avec le Père dans Sa Personnalité divine.

Les premiers mots de l'Évangile de saint Matthieu révèlent la «genèse» de Nôtre-Seigneur. L'Ancien Testament com­mence par le livre de la Genèse, récit de la création du ciel et de la terre par Dieu, Créateur de toutes choses.

Le Nou­veau Testament a une nouvelle sorte de genèse, en ce sens qu'il décrit le renouvellement de toutes choses. La généa­logie qui nous est donnée laisse entendre que le Christ est « le Deuxième Homme » et non pas seulement un des innom­brables descendants d'Adam. Saint Luc, qui destinait son Évangile aux Gentils, indique la descendance de Nôtre-Sei­gneur à partir du premier homme, mais Saint Matthieu, qui destinait le sien aux Juifs, présente Jésus comme «Fils de David et Fils d'Abraham». La différence entre les deux évangélistes vient de ce que saint Luc, écrivant pour les Gentils, prend soin de montrer la descendance selon la nature, tandis que saint Matthieu, écrivant pour les Juifs, s'écarte de cette descendance naturelle après l'époque de David pour montrer bien clairement à ses lecteurs que Nôtre-Seigneur est l'Héritier du Royaume de David. Saint Luc s'intéresse au Fils de l'Homme, saint Matthieu au Roi d'Is­raël. C'est pourquoi saint Matthieu ouvre son Évangile sur ces mots : Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham. Matthieu 1, 1.

Saint Matthieu décrit les générations depuis Abraham jusqu'à Nôtre-Seigneur, comme ayant passé par trois cycles de chacun quatorze, sans prétendre d'ailleurs donner une généalogie complète. Il indique quatorze générations d'Abraham à David, quatorze de David à la captivité de Babylone, et quatorze de celle-ci jusqu'à Nôtre-Seigneur.

La généalogie déborde l'ascendance juive pour inclure quelques ancêtres de race étrangère. Il a dû y avoir de bonnes rai­sons pour cette manière de faire, aussi bien que pour la mention, dans la lignée du Christ, d'ancêtres dont la répu­tation n'était pas sans tache. Dans le nombre on compte Rahab, étrangère et pécheresse, Ruth, étrangère elle aussi, bien que reçue dans la nation juive, et Bethsabée, dont le péché avec David jeta l'opprobre sur la lignée royale. Pour­quoi devait-il y avoir sur l'écusson royal des taches comme celles que provoquèrent Bethsabée, dont la pureté fut cor­rompue, et Ruth qui, malgré sa bonne tenue morale, intro­duisait dans la race un sang étranger? Peut-être pour marquer que le Christ ne rejetait ni les coupables, ni les pécheurs, ni les courtisanes, ni les criminels, ni même les Gentils auxquels s'adressaient, comme aux autres, Son Mes­sage et Sa Rédemption.

Dans certaines traductions de l'Écriture, le mot usité dans la généalogie est : «engendra», par exemple : « Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob.» Dans d'autres traductions on trouve : «fut le père de», par exemple : «Jechonias fut le père de Salathiel.» Cette différence n'a pas grande importance, mais ce qui ressort, dans cette généalogie, c'est que cette expression monotone revient pour quarante et une générations, alors qu'elle est omise pour la quarante-deuxième. La raison en est qu'on arrive à la nais­sance virginale de Jésus.

«Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ. Matthieu 1, 16.»

Saint Matthieu, en traçant la généalogie, savait bien que Nôtre-Seigneur n'était pas le fils de Joseph. Ainsi, dès les premières pages de l'Évangile, le Christ est présenté comme membre d'une famille qui, cependant, n'a pas été seule à intervenir dans Son origine. Il est évident qu'il descend de cette lignée, et pourtant Il s'en distingue.

S'il y a une indication de la naissance virginale dans la généalogie de saint Matthieu, il y en a une également dans celle de saint Luc. En saint Matthieu, Joseph n'est pas signalé comme ayant engendré Nôtre-Seigneur, et en saint Luc Nôtre-Seigneur est appelé : «comme tous le croyaient, fils de Joseph. Luc 3, 23.»

Saint Luc rappelle que Nôtre-Seigneur était considéré par les gens comme le fils de Joseph. Si nous rapprochons les deux généalogies, nous constatons qu'en saint Matthieu Jésus est le fils de David et d'Abraham; en saint Luc, Il est le fils d'Adam et le rejeton de la femme promise par Dieu pour écraser sous son talon la tête du serpent. Des hommes qui ont failli à la morale deviennent, par la Providence de Dieu, les instruments de Sa politique. David, meurtrier d'Urie, est de ceux par qui le sang d'Abraham passera jusqu'à Marie. Il y a eu des pécheurs dans l'arbre généalogique, et Jésus semblera être le plus grand de tous lorsqu'il sera attaché à l'arbre de la Croix, pour faire des hommes les fils adoptifs du Père qui est dans les cieux.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 09:05

Le nom de « Jésus » était très communément usité parmi les Juifs. Dans l'hébreu primitif, c'était « Josué ». L'ange dit à Joseph : « Marie enfantera un fils et tu Lui donneras le nom de Jésus. » Matthieu 1, 21.

Cette première indication de la mission du Christ sur la terre ne dit rien de Son enseignement, car l'enseignement aurait été inutile s'il n'y avait eu d'abord la Rédemption.

En même temps un autre nom Lui était donné : « Emma­nuel ». « Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils; et on L'appellera du nom d'Emmanuel » c'est-à-dire : Dieu avec nous. Matthieu 1, 23.»

Ce nom, tiré de la prophétie d'Isaïe, donnait la garantie d'une certaine présence divine. Uni au nom de « Jésus », il signifiait une présence de Dieu qui délivre et qui sauve. L'ange n'avait-il pas dit à Marie : « Voici que vous concevrez en votre sein, et vous enfan­terez un fils, et vous Lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut; et le Sei­gneur Dieu Lui donnera le trône de David, son père : et il régnera pour jamais sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. » Luc 1, 31-33.

Le titre de « Fils du Très-Haut » est le seul qui ait été donné au Rédempteur par l'esprit mauvais qui possédait le jeune homme du pays des Géraséniens. L'ange déchu recon­nut alors que Jésus était bien Celui qu'avait annoncé l'ange fidèle : « Qu'y a-t-il entre Toi et moi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut? » Marc 5, 7.

Le salut, garanti par le nom de « Jésus », n'est pas d'ordre social, c'est un salut d'ordre spirituel. Le Sauveur ne vient pas délivrer les peuples de leur pauvreté, Il vient les délivrer de leurs péchés. D'ailleurs, détruire le péché n'est-ce pas arracher les racines de la pauvreté ? Le nom de « Jésus » rappelle le souvenir du grand chef qui conduisit les Hébreux dans la terre promise et les y installa. Le fait qu'il ait été préfiguré par Josué indique que le Christ avait les qualités nécessaires pour conduire ses disciples à la victoire finale sur le mal, victoire qui viendrait de la généreuse acceptation de la souffrance, d'un courage résolu, d'une volonté ferme et d'une fidélité inébranlable aux ordres du Père.

Le peuple, courbé sous le joug de Rome, aspirait à sa déli­vrance. Aussi pensait-il que l'accomplissement de toute pro­phétie ayant quelque rapport avec Josué prendrait un cer­tain aspect politique. Plus tard, des gens demanderont à Jésus quand Il les délivrera du joug de César. Mais en ce moment, aux tout premiers jours de Sa vie, le divin Libérateur affirmait par la voix d'un ange qu'il avait à vaincre un ennemi plus grand que César. Les Juifs devaient conti­nuer de rendre à César ce qui était à César; Sa mission à Lui était de les délivrer d'un esclavage bien plus dangereux, l'esclavage du péché. Tout au long de la vie du Christ, le peuple persisterait à matérialiser l'idée de salut et à croire que la délivrance dont il s'agissait ne pouvait être comprise que dans un sens politique. Le nom de « Jésus », ou Sau­veur, ne Lui a pas été donné après qu'il a eu accompli l'œuvre du salut, mais au moment même où Il était conçu dans le sein de Sa mère. Le fondement du salut qu'il venait opérer n'était pas de l'ordre du temps, mais de l'ordre éternel.

premier-në

«Elle mit au monde son Fils premier-né. Luc 2, 7.»

L'expression « Premier-né » ne voulait pas dire que Notre-Dame devait donner le jour à d'autres enfants selon la chair. La loi accordait au premier-né une place d'honneur |dans la famille, même s'il ne naissait aucun autre enfant. Il très bien pu se faire que saint Luc ait employé ce mot, dans le verset cité ci-dessus, en pensant au récit qu'il ferait plus loin de la présentation de l'Enfant au Temple par Sa Sainte Mère comme « son Fils premier-né ». Les « frères du Seigneur », mentionnés ailleurs par saint Luc, n'étaient pas ses fils de Marie; ils étaient des cou­sins. Marie n'a pas eu d'autre enfant selon la chair. Mais « premier-né » pouvait aussi signifier une position par rap­port à d'autres enfants qu'elle aurait sur une nouvelle inter­vention de l'Esprit. C'est en ce sens que son divin Fils lui désigna Jean, debout au pied de la Croix, comme son « fils ». Spirituellement parlant, Jean fut son «second fils ».

Plus tard saint Paul utilisera l'expression « premier-né » dans le temps pour établir un parallèle avec la génération éternelle du Sei­gneur comme Unique Engendré du Père. Ce n'est qu'à Son divin Fils que Dieu a dit : « Tu es mon Fils, c'est moi qui T'ai engendré aujour­d'hui », ou encore : « Je serai pour Lui un Père et Lui sera mon Fils. » Et quand de nouveau il introduira son premier-né dans le monde, il dira : « Que tous les anges de Dieu L'adorent! » Hébreux 1, 5-6.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:42

« Le Verbe s'est fait chair. » La Nature Divine, qui était pure et sainte, entra comme un élément de rénovation dans la lignée corrompue de la race d'Adam, sans être affectée par la corruption. Par Sa naissance d'une Vierge, Jésus-Christ devint un artisan de l'histoire sans être soumis au mal qu'on y trouve.

«Et le Verbe s'est fait chair, et Il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qui est celle que le Fils unique tient du Père, et Il était plein de grâce et de vérité. Jean 1, 14. »

Bethléem devint un lien entre ciel et terre. Dieu et l'homme se rencontrèrent là et se regardèrent face à face. Cette prise de possession d'une chair humaine, le Père la prépara, l'Esprit la forma et le Fils l'assuma. Celui qui était engendré de toute éternité dans le sein du Père connais­sait maintenant une génération dans le temps. Celui qui naissait à Bethléem venait pour naître dans les cœurs des hommes. Car à quoi servirait qu'il naisse des milliers de fois à Bethléem, s'il ne devait pas naître aussi dans l'homme?

«Mais à tous ceux qui L'ont reçu, Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Jean 1, 12.»

Dorénavant, l'homme n'aurait pas à se cacher de Dieu comme le fit Adam, puisque Dieu pouvait être vu à travers la nature humaine du Christ. Le Fils de Dieu n'acquérait aucune perfection nouvelle en devenant homme, pas plus qu'il ne perdait quoi que ce soit de Ses prérogatives divines. Dans les mouvements de Son bras, il y avait la Toute-Puis­sance de Dieu; dans les battements de Son cœur humain, il y avait l'Amour infini de Dieu, et dans Ses yeux se reflétait l'incommensurable Miséricorde de Dieu. Dieu est maintenant révélé dans un corps, dans une chair humaine, c'est ce que l'Église appelle l'Incarnation. Tous les attributs divins de puissance, de bonté, de justice, d'amour et de beauté étaient en Lui. Lorsque notre divin Seigneur agissait et parlait, Dieu, parfait en Sa nature, Se manifestait à ceux qui Le voyaient, qui L'entendaient et Le touchaient. Comme Jésus le dit un jour à Philippe: «Celui qui me voit, voit aussi le Père. Jean 14, 9

Tout homme désire s'emparer de ce qu'il aime, et le « cos­mos » est trop grand et trop lourd pour se laisser saisir. Mais un jour Dieu Se fit petit Enfant, Se laissa envelopper de langes et coucher dans une crèche, de sorte que les hommes puissent dire : « Voici l'Emmanuel, voici Dieu avec nous. » En s'abaissant jusqu'à la fragile nature humaine pour l’élever jusqu'à l'incomparable privilège de l'union avec Lui, Dieu honorait cette nature et lui rendait sa dignité. Cette union était si réelle que tous les actes du Christ, toutes Ses paroles, Son agonie et Ses larmes, Ses pensées et Ses raisonnements, Ses décisions et Ses émotions étaient, en même temps que véritablement et proprement humains, les actes, les paroles, l'agonie, les larmes, les pen­sées et les raisonnements, les décisions et les émotions du Fils éternel de Dieu.

Ce que nous appelons l'Incarnation n'est pas autre chose que l'union de deux natures, la divine et l'humaine, en une seule Personne qui les dirige toutes les deux. Ceci n'est pas tellement difficile à comprendre, car qu'est-ce que l'homme, sinon un exemple — à un degré infime il est vrai, — de l'union de deux substances entièrement différentes, l'une matérielle, le corps, et l'autre immatérielle, l'âme, toutes les deux régies par une seule personnalité humaine. Qu'y a-t-il de plus éloignés les uns des autres que les pouvoirs et les capacités de la chair et de l'esprit? Avant leur union, comme il eût été difficile de concevoir qu'il viendrait un moment où le corps et l'âme seraient unis en une seule personnalité. Qu'ils soient unis de cette manière, c'est un fait que tout le monde peut constater, et c'est parce qu'on y est habitué que l'on ne s'en étonne plus.

Dieu, qui a lié l'un à l'autre le corps et l'âme en une seule personne humaine, malgré leur différence de nature, pouvait certainement unir un corps et une âme d'homme avec Sa Divinité sous l'autorité de Son éternelle Personne. C'est ce que signifie: Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. Jean 1, 14.

La Personne qui assume la nature humaine n'a pas été créée, comme c'est le cas des autres hommes. Cette Per­sonne est le Logos, le Verbe éternel préexistant. Sa nature humaine, d'autre part, procédait de la conception miraculeuse par Marie, en qui l'ombre divine de l'Esprit-Saint et le Fiat humain, ou consentement de la femme, se confondirent de la plus heureuse manière. Ce fut le commencement d'une nou­velle humanité distincte de la race déchue. Lorsque le Verbe Se fit chair, cela ne signifiait pas qu'il y eut le moindre changement dans le Verbe de Dieu. Le Verbe divin, en s'unissant à la nature humaine, ne quittait pas la droite du Père. Ce qui arriva n'était point le changement de la Divi­nité en une substance humaine, c'était plutôt l'absorption d'une humanité en Dieu.

Il y avait continuité de la race déchue par l'intermédiaire de la nature humaine issue de Marie, mais il y avait aussi une solution de continuité du fait de la Personne du Christ était le Logos éternel. Ainsi le Christ devient littéralement le second Adam, l'Homme grâce auquel la race humaine prend un nouveau départ. Son enseignement s'est concentré sur cette incorporation à Lui-même des natures humaines, suivant le mode d'après lequel fut unie au Verbe éternel la nature humaine qu'il prit de Marie.

Il est difficile pour un être humain de comprendre l'humi­lité que recouvre l'Incarnation du Verbe. Imaginez, si cela était possible, qu'un homme réussisse à se dépouiller de son corps et à envoyer son âme dans le corps d'un serpent. Il y aurait là une double humiliation : la première dans l'accep­tation de se voir limité à l'organisme d'un serpent, alors qu'on sait combien l'esprit lui est supérieur et que cet organisme ne pourra jamais correspondre à des pensées qu'un serpent n'a jamais pu avoir. La seconde humiliation serait d'être obligée, en raison de ce « dépouillement de soi », de vivre dans la compagnie des serpents. Mais tout cela n'est rien en comparaison du dépouillement, ou mieux de l'anéantissement, de Dieu lorsqu'il a pris la forme d'un homme et accepté les limites de la nature humaine, telles que la faim, la soif et la persécution.

N'était-ce pas aussi une déchéance pour la Sagesse de Dieu de se condamner Elle-même à vivre dans la compagnie de pauvres pêcheurs si ignorants ? Cepen­dant cette humiliation qui commença à Nazareth, lorsque Jésus fut conçu dans le sein de la Vierge Marie, n'était que la première parmi beaucoup d'autres, destinées à vaincre l'orgueil de l'homme, jusqu'à l'ultime humiliation de la mort sur la Croix. S'il n'avait pas dû y avoir la Croix, il n'y aurait pas eu la crèche; s'il n'avait pas dû y avoir de clous dans Ses mains et dans Ses pieds, il n'y aurait pas eu la paille de l'étable. Mais Il ne pouvait pas Se contenter de nous donner un enseignement sur la Croix, rançon du péché, Il devait prendre cette Croix. Dieu le Père n'a pas épargné Son Fils, tant Il a aimé le genre humain. Tel était le secret caché dans les langes de Bethléem.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 01:58

La Divinité se trouve tou­jours là où on L'attend le moins…

De tout autre enfant qui vient au monde, des amis peuvent dire qu'il ressemble à sa mère. Pour la première fois dans le temps, on pouvait dire que c'était la mère qui ressemblait à l'Enfant. Quel paradoxe : L'Enfant a créé Sa mère et, en réalité, c'est la mère qui n'est qu'une enfant. C'était aussi la première fois dans l'histoire qu'on pouvait penser que le ciel n'était pas seulement « quelque part là-haut » ; lorsque Marie regardait son Enfant dans ses bras, c'était le ciel qu'elle voyait.

En un des lieux les plus souillés de ce monde, dans une étable, naît Celui qui est la Pureté. Celui qui, plus tard, devait être mis à mort par des hommes agissant comme des animaux sans raison, naissait au milieu des animaux. Celui qui pouvait se dire le « Pain vivant descendu du ciel » était couché dans une mangeoire. Dans les siècles antérieurs, les Hébreux avaient adoré le veau d'or et les Grecs un âne. Les hommes s'étaient prosternés devant ces animaux comme devant Dieu. Maintenant, en manière de réparation, le bœuf et l'âne étaient là pour s'incliner devant leur Dieu.

Il n'y avait pas de place dans l'hôtellerie, mais il y en avait dans l'étable. L'hôtellerie est un lieu de rassemblement où se fait l'opinion publique, c'est le foyer où s'allument les mouvements révolutionnaires, c'est le rendez-vous des idoles du monde, le point de ralliement des gens populaires et des vedettes. L'étable, au contraire, est le lieu des pros­crits, des petits, des ignorés. Le monde aurait pu concevoir que le Fils de Dieu — s'il devait naître un jour — naîtrait dans une hôtellerie. Une étable était bien le dernier endroit du monde où on L'aurait attendu. La Divinité se trouve tou­jours là où on L'attend le moins.

Aucun esprit mondain n'aurait jamais supposé que Celui qui faisait réchauffer la terre par le soleil aurait un jour besoin d'être réchauffé par l'haleine d'un bœuf et d'un âne: que Celui qui, selon les Écritures, peut arrêter les astres dans leur course, aurait Son lieu de naissance déter­miné par un décret impérial; que Celui qui revêt les champs de plantes et de fleurs, serait lui-même dans la nudité; que Celui qui a façonné les étoiles et les mondes serait un jour un si petit enfant que Ses bras trop courts ne pour­raient atteindre les grosses têtes de l'âne et du bœuf; que les pieds qui parcouraient les collines éternelles, seraient un jour trop faibles pour marcher; que le Verbe éternel serait muet; que la Toute-Puissance serait enveloppée dans des langes; que le Salut serait couché dans une mangeoire; que l'oiseau qui a bâti le nid y pourrait être couvé — personne au monde n'aurait pu supposer que Dieu, venant sur la terre, s'y trouverait dans une telle impuissance et un tel dénuement. Et c'est justement pour cela qu'il y en a tant qui ne Le reconnaissent pas. La Divinité se trouve là où on L'attend le moins.

Un artiste se sent chez lui dans son atelier parce que les peintures sont le fruit de son talent; le sculpteur est à l'aise au milieu de ses statues parce qu'elles sont l'œuvre de ses mains; le viticulteur n'est point dépaysé dans la vigne qu'il a plantée; le père est en famille au milieu de ses propres enfants; de la même manière, on devrait s'attendre à ce que Celui qui a créé le monde y soit reçu et S'y trouve à l'aise comme chez Lui. Il aurait dû y venir comme l'artiste dans son atelier ou comme le père dans sa famille. Mais, que le Créateur vienne parmi Ses créatures et en soit ignoré; que Dieu vienne parmi les siens et n'y soit pas reçu; qu'il soit comme un étranger dans Sa propre demeure, — cela ne pouvait signifier qu'une chose pour un esprit mondain : c'est que cet Enfant n'était pas Dieu du tout et ne pouvait pas l'être. Et c'est bien pourquoi le monde ne L'a pas reconnu. La Divinité se trouve toujours là où on L'attend le moins.

Le Fils de Dieu fait homme fut appelé à entrer dans le monde qui était le Sien par la petite porte. Proscrit de la terre, II naquit sous terre et, dans un certain sens, fut le premier homme des cavernes de l'histoire écrite. Mais là, II ébranla la terre jusque dans ses fondements. Parce qu'il est né dans une caverne, tous ceux qui désirent Le voir doivent s'abaisser. S'abaisser, c'est le propre de l'humilité. Les orgueilleux refusent de s'abaisser et c'est pour cela qu'ils ne trouvent pas la Divinité. Par contre, ceux qui font flé­chir leur « moi » pour entrer découvrent qu'ils ne sont pas du tout dans une sombre caverne, mais dans un nouvel uni­vers où trône, sur les genoux de Sa mère, un Enfant qui tient le monde entre Ses mains.

La crèche et la Croix sont les deux pôles de la vie du Sauveur. Il a accepté la crèche parce qu'il n'y avait pas de place dans l'hôtellerie. Il a accepté la Croix parce que les hommes ont dit : « Nous ne voulons pas avoir cet Homme pour roi. » Désavoué à Son arrivée, rejeté à Son départ, Il reposa, à Sa naissance, dans une étable qui n'était pas à Lui, et, à Sa mort, dans un tombeau qui n'était pas le Sien.

Un âne et un bœuf L'entouraient dans Sa crèche de Bethléem, deux malfaiteurs L'entouraient au Calvaire, un de chaque côté de Sa croix. Enveloppé de bandelettes dans la man­geoire qui Lui servait de berceau, Il était de nouveau enve­loppé de bandelettes dans Son tombeau: n'était-ce pas le symbole des limites imposées à Sa Divinité par la nature humaine qu'il avait assumée?

Des anges vinrent dire aux bergers qui gardaient leurs troupeaux auprès de la grotte : « Ceci vous servira de signe : Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. »Luc 2, 12.

Jésus portait déjà Sa Croix, — tout au moins celle que pouvait porter un petit enfant, une croix de pauvreté, d'exil et de faiblesse. Son désir de sacrifice était déjà marqué dans le message chanté par les anges au-dessus des collines de Bethléem : Il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. Luc 2, 11.

La cupidité était désormais mise au défi par Sa pau­vreté, tandis que l'orgueil se heurtait à l'humiliation de l'étable. Les limites imposées à la puissance divine, qui de soi est illimitée, sont souvent considérées comme une exi­gence excessive par les esprits qui ne rêvent que de puis­sance. Ils ne peuvent pas se faire à l'idée d'un abaissement divin, « d'un homme riche qui devient pauvre pour que, grâce à Sa pauvreté, nous devenions riches ». Les hommes ne sauraient avoir une plus grande preuve de divinité que ce renoncement à la puissance telle qu'ils la conçoivent — le spectacle d'un Enfant qui a dit qu'il viendrait sur les nuées du ciel et qui, pour le moment, est enveloppé des oripeaux de la terre.

Celui que les anges appellent le « Fils du Très-Haut » est descendu dans la poussière dont nous avons tous été pétris afin d'être un faible parmi les faibles, un homme déchu en tout, hormis le péché. Et ce sont les bandelettes qui consti­tuent Son « signe ». Lui qui est la Toute-Puissance, s'il était venu au milieu des tonnerres, nous n'aurions pas eu de signe, car il n'y a de signe que lorsqu'une chose arrive en dehors des lois de la nature. L'éclat du soleil n'est pas un signe, mais son obscurcissement en est un. Il a dit qu'au dernier jour Sa venue serait annoncée par des « signes dans le soleil », peut-être par une disparition de la lumière. A Bethléem le Fils de Dieu vint comme dans une éclipse afin que seuls les humbles d'esprit puissent Le reconnaître.

Deux catégories d'hommes seulement ont pu trouver l'En­fant: les bergers et les Mages, les simples et les savants, ceux qui reconnaissent qu'ils ne savaient rien, et ceux qui reconnaissaient qu'ils ne savaient pas tout. Il n'est jamais reconnu par l'homme d'un seul livre, ni par celui qui croit tout savoir. Dieu même ne peut rien dire à l'orgueilleux! Seuls les humbles peuvent L'entendre.

Comme Caryll Houselander l'a décrit: «Bethléem est par l'intérieur une sorte de résumé du Calvaire, tout comme un flocon de neige résume en lui tout l'univers.» La même idée a été exprimée par le poète qui disait que, s'il connais­sait dans tous ses détails la fleur qui pousse dans la fente d'un mur, il connaîtrait également « ce qu'est l'homme et ce qu'est Dieu ». Les scientifiques ne nous disent-ils pas que l'atome reproduit en lui-même le mystère du système solaire ? Ceci ne veut pas dire que le berceau de Jésus jetait une ombre sur Sa vie et le conduisait ainsi à Sa mort; c'est plutôt que la Croix était présente dès le commencement et projetait par avance son ombre sur le berceau. Les simples mortels vont du connu à l'inconnu, ployant sous des forces dont le contrôle leur échappe; c'est pourquoi nous pouvons parler de leurs « tragédies ». Mais Lui, II venait du connu au connu, du motif de Sa venue : être « Jésus » le « Sau­veur », à l'accomplissement de Sa mission : la mort sur la Croix. Il n'y avait donc pas de tragédie dans Sa vie, car la tragédie implique l'imprévu, l'incontrôlable et la fatalité. La vie moderne est tragique tant que règnent l'obscurité inté­rieure et la culpabilité sans remède. Mais, pour le Christ Enfant, il n'y avait pas de forces incontrôlables, ni de sou­mission à des liens fatals auxquels il était impossible d'échapper ; il y avait au contraire une sorte de « vue inté­rieure » — la petite mangeoire représentant en réduction, comme l'atome pour le système solaire, l'immense Croix du Golgotha.

A Son premier avènement, II prit le nom de Jésus, qui veut dire « Sauveur»; ce n'est qu'à Son second, avènement qu'il prendra le nom de «Juge». Ce nom de Jésus n'est pas celui qu'il portait avant d'avoir assumé une nature humaine. Il s'applique à ce qui a été uni à la Divinité, et non à ce qui existait de toute éternité. Certains diront : « Jésus a enseigné », tout comme ils diraient : « Platon a enseigné », sans penser que Son nom signifie « Sauveur du péché ». Dès qu'il eut reçu ce nom, le Calvaire devint réellement quelque chose de Lui-même. L'ombre de la Croix qui couvrait Son berceau couvrait aussi Son nom. « L'affaire de Son Père » c'était cela, et tout le reste était secondaire par rapport à cela.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 09:21

«Il fut voulu, lui le Désiré des Nations… » Cette fête tombe le 25 mars.

Le St-Esprit qui couvrit l'humble femme de son ombre et engendra dans son sein virginal le « Dieu avec nous »,

L'enfance du Christ

Nous trouvons un quatrième signe distinctif dans le fait que Jésus n'entre pas, comme le font tous les maîtres de la terre, dans la catégorie conventionnelle de l'honnête homme. Les hommes honnêtes ne mentent pas. Or, si le Christ n'était pas ce qu'il prétendait être, à savoir le Fils du Dieu vivant, le Verbe de Dieu fait chair, Il n'était pas précisément un « honnête homme » ; Il était donc un coquin, un menteur, un charlatan et le plus grand imposteur qui ait jamais existé. S'il n'était pas ce qu'il prétendait être, le Christ, le Fils de Dieu, Il devait être l'antéchrist. S'il n'était qu'un homme, alors Il n'était même pas un « honnête » homme.

Mais justement II n'était pas seulement un homme. Il nous offre le choix entre l'adoration ou le mépris — le mépris s'il n'est qu'un homme, et un homme qui trompe, ou l'adoration s'il est vraiment Dieu et homme en même temps. Nous ne pouvons pas rester indifférents, et il est fort possible que des communistes, qui Lui sont en principe si opposés, se trouvent plus proches de Lui que ceux qui ne voient en Lui qu'un sentimal et un moralisateur un peu flou. Les communistes ont au moins cette certitude que, si c'est Lui qui triomphe, ils perdront à coup sûr; les autres ont peur de Le considérer comme gagnant ou perdant, parce qu'ils ne se sentent pas prêts à accepter les exigences que Sa vic­toire Lui permettrait de présenter à leurs âmes.

S'il est ce qu'il prétend être, un Sauveur, un Rédempteur, alors nous avons un Christ fort, un chef digne d'être suivi dans les temps si durs que nous traversons; alors nous avons l'Unique, le Seul qui soit capable de pénétrer dans la brèche pratiquée par la mort et de dominer le péché, la tristesse et le désespoir; alors nous avons un chef pour Lequel nous pouvons tout sacrifier sans crainte de perdre, parce qu'il nous fait gagner la liberté, et que nous pou­vons aimer jusqu'à mourir pour Lui. Nous avons besoin, de nos jours, d'un Christ capable de prendre des cordes pour chasser les acheteurs et les vendeurs de nos temples mo­dernes, capable de dessécher les figuiers stériles, assez auda­cieux aussi pour parler de croix et de sacrifices d'une voix aussi forte que celle de la tempête et des flots en furie. Mais II ne nous laissera pas choisir parmi Ses paroles selon notre goût ou notre humeur, pour écarter ce qui est dur et ne retenir que ce qui plaît à notre fantaisie. Nous avons besoin d'un Christ qui réhabilite la juste indignation, qui nous insuffle la haine du mal jusqu'à la passion et l'amour du bien jusqu'au sacrifice suprême.

L'ANNONCIATION

Toute civilisation a eu sa tradition d'un lointain âge d'or se situant dans les temps révolus. Une tradition juive plus précise parle d'une chute par rapport à un état de bonheur et d'innocence, et cette chute serait due à une femme qui aurait tenté un homme. Si une femme a joué un tel rôle dans la chute de l'humanité, pourquoi une femme ne Joue­rait-elle pas un rôle de premier ordre dans son relèvement? Et s'il y eut un paradis perdu dans lequel furent célébrées les premières noces de l'homme et de la femme, ne pourrait-il y avoir un nouveau paradis dans lequel seraient célébrées les noces de Dieu et de l'homme?

Dans la plénitude des temps un ange de lumière quitta le trône de l'éternelle Lumière et descendit vers une Vierge qui priait. Il lui demanda si elle consentait à donner à Dieu une nature humaine. Elle répondit qu'elle ne « connaissait » point d'homme et qu'elle avait l'intention de garder sa virgi­nité; elle ne pourrait donc pas devenir la mère du « Désiré des Nations ». Il n'y a jamais eu de naissance sans com­merce charnel et, sur ce point, la jeune fille avait raison de répondre comme elle le fit. La procréation d'une nouvelle vie requiert les feux de l'amour. Mais, à côté de la passion humaine qui engendre la vie, il y a « l'impassible passion et le calme puissant » de l'Esprit-Saint.

C'est cet Esprit qui couvrit l'humble femme de son ombre et engendra dans son sein virginal le « Dieu avec nous », l'Emmanuel. Au moment où Marie donnait son consentement en prononçant le Fiat (Oui), il se produisit un événement plus grand que la création de la lumière, lors du Fiat lux des origines. Ce qui venait de se faire en Marie était bien plus que le soleil, c'était le Fils de Dieu qui prenait chair. En prononçant son Fiat, Marie achevait d'accomplir le rôle de la femme, qui était de trans­mettre à l'homme les dons de Dieu. Il y a une réceptivité passive par laquelle la femme dit Fiat au cosmos dont elle partage le rythme, Fiat à l'amour de l'homme dont elle est l'objet, et Fiat à Dieu quand elle reçoit l'Esprit divin.

Les enfants ne viennent pas tous au monde en vertu d'une intention bien déterminée de l'amour entre homme et femme. Bien que cet amour entre eux soit voulu, l'enfant qui en est le fruit n'est pas voulu de la même manière que le com­merce charnel. Il y a quelque chose d'indéterminé dans l'amour humain. Les parents ne savent pas si leur enfant sera garçon ou fille, ni le moment exact de sa naissance, car la conception garde quelque chose de secret. Les enfants sont acceptés ensuite et aimés par leurs parents, mais ils n'ont pas été désirés comme êtres en tant que tels. Dans le mys­tère de l'Annonciation, au contraire, l'Enfant ne fut pas accepté d'une manière plus ou moins imprévue, Il fut voulu. Il y eut collaboration entre une femme et l'Esprit du divin Amour. Le consentement volontaire fut exprimé par le Fiat, et la coopération corporelle était librement offerte par le fait même. Les autres mères prennent conscience de leur maternité par les modifications physiques qui se produisent en elles; Marie, elle, prit conscience de son état par le change­ment opéré en elle sous l'action du Saint-Esprit. Elle éprouva vraisemblablement une extase bien supérieure à tout ce qu'homme et femme peuvent ressentir dans l'amour.

La chute de l'homme fut la conséquence d'un acte libre; il convenait que la Rédemption fût conditionnée par un acte libre. Ce que nous appelons l'Annonciation est l'acte par lequel Dieu demandait son libre consentement à une créa­ture dont II avait besoin pour s'incarner et « converser », demeurer parmi les hommes.

Supposez que, dans un orchestre, un musicien joue une fausse note. Le chef d'orchestre a la compétence voulue, les partitions sont exactes et faciles à jouer, mais notre mu­sicien continue à exercer sa liberté en lançant des notes discordantes. De deux choses l'une, ou bien le chef d'or­chestre demandera que l'on recommence le morceau, ou bien il laissera passer, sans se préoccuper de la cacophonie. Si nous allons au fond des choses, l'attitude du chef d'orchestre ne changera rien, quoi qu'il fasse, car la fausse note est partie dans l'espace à la vitesse du son, et elle a déjà pro­duit une discordance dans l'univers.

Existe-t-il un moyen de restaurer l'harmonie dans le monde? Cela ne peut être fait que par quelqu'un qui inter­vienne de l'éternité pour arrêter la fausse note dans sa course folle. Et encore, elle restera une fausse note. L'har­monie ne peut être restaurée qu'à une seule condition : il faut que cette note redevienne la note initiale dans une nouvelle mélodie; alors tout rentrera dans l'ordre. '

C'est précisément ce qui est arrivé lorsque le Christ est né. Une fausse note de désordre moral a été introduite dans l'harmonie initiale par le premier homme, et l'huma­nité entière en a été comme infectée. Dieu aurait pu igno­rer la chose, mais en agissant ainsi II eût violé la justice, ce qui est proprement impensable. Que fit-Il donc? Il demanda i\ une femme qui représentait l'humanité, de Lui donner librement une nature humaine grâce à laquelle Il ferait surgir une nouvelle humanité. Il y avait une vieille humanité en Adam, il y aura une humanité nouvelle dans le Christ, qui est Dieu fait homme grâce à la libre intervention d'une mère humaine. Lorsque l'ange apparut à Marie, Dieu pro­clamait Son amour pour la nouvelle humanité. C'était le commencement d'une nouvelle terre, et Marie devenait un « Paradis incarné que le nouvel Adam devait faire refleurir ». Eve avait apporté la destruction dans le premier jar­din, maintenant, dans le jardin de son sein virginal, Marie porterait le fruit rédempteur.

Pendant les neuf mois où Il fut en elle, toute la nourri­ture, le blé, les raisins, qu'elle consommait agissait comme une sorte d'Eucharistie naturelle, se transformant en Celui qui devait déclarer plus tard qu'il était le Pain et le Vin de Vie. Et lorsque les neuf mois furent révolus, l'endroit qui convenait pour Sa naissance fut Bethléem dont le nom signi­fie : « Maison du Pain ». Il dira un jour :

«Le Pain de Dieu est Celui Qui descend du ciel et donne la vie au mondeJean 6, 33.

«Je suis le Pain de vie ; celui qui vient à Moi n'aura jamais faim.» Jean 6, 35.

Lorsqu'il eut été conçu, l'humanité de Marie donna à l'Enfant-Dieu ses mains et ses pieds, ses yeux et ses oreilles, et un corps capable de souffrir. De même qu'après la rosée les pétales d'une rosé se referment sur les gouttelettes d'eau comme pour en absorber l'énergie, ainsi Marie, la Rosé Mystique, se referma sur Celui que l'Ancien Testament dépeint comme une rosée descendant sur la terre. Lorsqu'enfin elle Lui donna le jour, ce fut comme si un grand ciboire s'était ouvert, et elle tenait entre ses mains l'Hôte qui était aussi l'Hostie du monde, semblant dire : « Regar­dez, voici l'Agneau de Dieu; regardez voici Celui Qui efface les péchés du monde. »

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 09:04

Un seul parmi eux a été prédit comme étant le Messie, le Sauveur du monde.

L'histoire est remplie de gens qui se sont proclamés les envoyés de Dieu, porteurs de messages divins, qui même pré­tendaient être des dieux — Bouddha, Mahomet, Confucius, le Christ, Lao-tze, et combien d'autres, jusqu'à ceux qui, de nos jours, ont essayé de fonder une nouvelle religion. Cha­cun d'eux a le droit d'être entendu et pris en considération.

Pour prendre une mesure de longueur, on doit recourir à un mètre; ainsi doit-on trouver des mesures, des critères permanents, accessibles à tous, quelles que soient leur époque et leur civilisation, permettant de décider si ceux qui se proclament les envoyés de Dieu ont bien le droit de le faire. Ces critères sont de deux sortes : ils tiennent de la raison, dont un chacun jouit, et de l'histoire qui n'est étrangère à personne.

Si l'un ou l'autre de ces hommes venait aujourd'hui de la part de Dieu, la moindre des choses que Dieu puisse faire, pour sanctionner les dires de Son messager, serait d'annon­cer Sa venue. Cela nous semble raisonnable. Si Dieu envoie quelqu'un, ou s'il vient lui-même porter un message d'impor­tance vitale pour tous les hommes, il paraît raisonnable que l'humanité soit avertie de la venue du messager divin, du lieu de Sa naissance, de l'endroit où II vivra, de la doctrine qu'il prêchera, des ennemis qu'il pourra susciter contre Lui, de ce qu'il établira pour l'avenir et, enfin, de la manière dont Il mourra. Et c'est d'après la conformité qu'on remarquera entre le messager divin et les prédictions qui Le concernent qu'on pourra juger de la valeur de Ses prétentions.

En outre, la raison nous dit que, si Dieu ne prenait pas de telles assurances, rien n'empêcherait n'importe quel imposteur de se prétendre envoyé de Dieu, ou de déclarer : « Un ange m'est apparu dans le désert et m'a remis le mes­sage que je vous apporte. » Si ce cas se présentait, il n'y aurait aucun moyen valable, objectif, d'éprouver la sincé­rité du messager. Nous n'aurions que sa parole et, évidem­ment, celle-ci pourrait être mensongère.

Si un voyageur étranger venait à Paris et se disait diplo­mate, le gouvernement lui demanderait son passeport et les autres documents prouvant qu'il a reçu mission de repré­senter son pays. Ses papiers devraient être antérieurs à son arrivée en France. Si des preuves d'identité sont ainsi exi­gées des délégués de nations étrangères, la raison demande que l'on agisse de même avec les messagers qui se disent envoyés par Dieu. A chacun d'eux il serait raisonnable de poser cette question : « Quelle preuve présentez-vous que votre venue ait été annoncée avant votre naissance? »

C'est sur un tel témoignage que l'on pourrait juger ceux qui se réclament de Dieu. (A ce stade de notre raisonne­ment, le Christ est considéré sur le pied d'égalité avec les autres.) Nul n'a jamais annoncé d'avance la naissance de Socrate. Personne n'a prédit la venue de Bouddha ni la teneur de son message, ni indiqué le jour où il se tiendrait sous son arbre. On ne connaît ni le lieu de naissance, ni le nom de la mère de Confucius et, au cours des siècles précé­dant sa venue, ces noms ne furent pas révélés aux hommes, ce qui aurait pu le faire recevoir comme un messager de Dieu. Avec le Christ c'est tout différent. En raison des pro­phéties de l'Ancien Testament Sa venue n'était pas impré­vue, tandis qu'il n'y a aucune prophétie au sujet de Bouddha, de Confucius, de Lao-tze, de Mahomet ni d'aucun autre. Ceux-ci sont venus et ont dit simplement : « Me voici, croyez en moi. » Ils n'étaient donc que des hommes parmi les hommes et non pas Dieu parmi les hommes. Le Christ est le seul à se distinguer sur ce point parce qu'il peut dire : « Cherchez dans les Écritures du peuple juif et dans l'his­toire des Babyloniens, des Perses, des Grecs et des Romains. » (Pour le moment les documents païens et l'Ancien Testament peuvent être considérés comme simples pièces historiques et non comme des textes inspirés.)

Il est certain que les prophéties de l'Ancien Testament ne peuvent être bien comprises qu'à la lumière de leur réa­lisation, car le langage des prophètes n'a pas une précision mathématique. Cependant, si on cherche dans l'Ancien Testa­ment tous les passages qui ont trait au Messie, et si on com­pare l'image qu'ils nous en donnent avec la vie et l'œuvre du Christ, peut-on douter que les prédictions anciennes visaient Jésus et le royaume qu'il devait établir ?

Rappelons quelques-unes de ces prophéties : La promesse de Dieu aux patriarches que c'est par l'intermédiaire de leur descendance que tous les peuples de la terre seront bénis ; la prédiction que la tribu de Juda aurait la suprématie sur les autres tribus juives, jusqu'à la venue de Celui auquel toutes les nations devraient se soumettre; le fait étrange, et pourtant indéniable, que dans la bible des Juifs d'Alexandrie, appelée la Septante, on trouve clairement annoncé que le Messie naîtra d'une vierge; la prophétie du chapitre Lin d'Isaïe sur le serviteur souffrant qui donnera sa vie pour expier les péchés de son peuple; les perspectives ouvertes sur la glorieuse et perpé­tuelle royauté de la maison de David. En qui ces prophéties se sont-elles accomplies, sinon dans le Christ? En se plaçant sur le seul plan historique, il y a là un fait unique qui met le Christ à part de tous les autres fondateurs de religions. Il faut enfin noter qu'à partir du moment où ces prophéties ont été accomplies dans la personne de Jésus, il n'y a plus eu de nouvelles prophéties en Israël et, qui plus est, les sacri­fices traditionnels ont cessé lorsque le véritable Agneau pas­cal a été immolé.

Revenons aux témoignages des païens. Tacite, s'adressant aux Romains de son temps, dit que, « sur la foi d'anciennes prophéties, les peuples étaient persuadés que l'Orient aurait une prédominance et que de Judée viendrait le Maître et Législateur de l'univers ». Suétone, dans sa Vie de Vespasien, rapporte une tradition romaine d'après laquelle « une vieille croyance, répandue dans tout l'Orient et fondée sur d'indubi­tables prophéties, prédisait que les Juifs parviendraient à une très grande puissance ».

La Chine avait des traditions semblables, mais, en raison de sa position géographique, elle croyait que le Grand Sage viendrait de l'Occident. Les annales du céleste Empire font allusion à cet événement par ce bref récit : « La 24e année de Tchao-Wang de la dynastie des Tcheou, le 8" jour de la 4e lune, une lumière apparut au sud-ouest, illuminant tout le palais royal. Le roi, frappé par cette splendeur, interrogea les sages. Ceux-ci lui montrèrent des livres qui disaient que ce prodige signifiait l'apparition du Grand Saint de l'Occident dont la religion devait être intro­duite dans leur pays.»

Les Grecs L'attendaient, car Eschyle, dans son Prométhée écrit cinq siècles avant la venue du Christ, dit qu'il ne faut « espérer aucun terme à cette malédiction jusqu'à ce que Dieu apparaisse pour prendre sur Lui, à leur place, les souffrances de leurs propres péchés ».

Comment les Mages de l'Orient ont-ils eu connaissance de la venue du Christ? Vraisemblablement par les diverses prophéties qui circulaient dans le monde sous l'influence des Juifs, aussi bien que par les prédictions faites aux Gentils par Daniel, plusieurs siècles avant la naissance du Messie.

Cicéron, après avoir rappelé les dires des anciens oracles et des sibylles sur un « roi que nous devrons reconnaître pour être sauvés », demande : « A quel homme et à quelle époque doivent s'appliquer ces prédictions » ? La quatrième Eglogue de Virgile rapporte la même ancienne tradition et parle « d'une femme pure souriant à son petit enfant, grâce auquel l'âge de fer disparaîtra ».

Suétone cite un auteur contemporain à propos de ce fait que les Romains avaient une telle peur d'un roi qui régi­rait le monde, qu'ils décrétèrent que tous les enfants nés dans l'année seraient mis à mort. Hérode fut seul à faire exécuter ce décret.

Il n'y avait pas que les Juifs qui attendaient la venue d'un grand roi, d'un sage et d'un sauveur, mais Platon et Socrate parlent aussi du Logos (le Verbe) et de l'homme d'Uni­verselle Sagesse « qui doit venir ». Confucius a parlé du « Saint » ; les sybilles d'un « roi universel » ; le drama­turge grec, d'un sauveur et d'un rédempteur qui délivrera l'humanité de « la malédiction primitive ». Tous ces auteurs se trouvaient dans les rangs des Gentils en attente d'un évé­nement. Ce qui distingue le Christ de tous les autres hommes, c'est d'abord qu'il était attendu, ensuite que les Gentils eux-mêmes espéraient un libérateur, un sauveur. Ce fait, à lui seul, met le Christ à part de tous les -autres fondateurs de religions.

Un autre fait remarquable, c'est qu'à partir du moment où Il paraît, le Christ influe tellement sur l'histoire qu'il la sépare en deux périodes, celle qui précède Sa venue et celle qui la suit.

Une particularité Le met encore à part de tous les autres, c'est que toute personne venant en ce monde y vient pour vivre. Le Christ, Lui, y vient pour mourir ! La mort fut pour Socrate sa pierre d'achoppement : elle interrompit son ensei­gnement. Pour le Christ, au contraire, la mort était le but et la grande réalisation de Sa vie, le trésor qu'il désirait. La plupart de Ses actes et de Ses paroles sont incompréhen­sibles si on ne les relie pas à Sa Croix. Il s'est présenté comme un Sauveur, bien plus que comme un Maître. Il n'eût servi de rien d'enseigner aux hommes qu'il leur fallait être bons, s'ils ne leur eût donné en même temps le moyen de devenir bons, après les avoir sauvés de la ruine du péché.

L'histoire de toute vie humaine commence au berceau et finit à la tombe. Pour la Personne du Christ, c'est Sa mort qui vient en premier, et Sa vie qui passe au second plan. La sainte Écriture Le décrit comme « l'Agneau qui se tient comme égorgé depuis la fondation du monde ». Il était im­molé d'intention depuis le premier péché que fut la révolte contre Dieu. Ce n'était pas tellement Sa naissance qui jetait une ombre sur Sa vie et l'acheminait ainsi vers Sa mort, c'était plutôt la Croix qui se présentait la première et qui projetait son ombre sur Sa naissance. Sa vie est bien la seule qui ait jamais commencé par la fin. De même que la fleur qui pousse dans les crevasses d'un mur en ruine révèle la poésie de la nature, et que l'atome révèle en miniature ce qu'est le système solaire, ainsi la naissance du Christ révèle le mystère de Sa Passion. Il procéda par étapes, depuis la raison de Sa venue, manifestée par Son nom « Jésus » c'est-à-dire « Sauveur », jusqu'à l'accomplissement de Sa mission, Sa mort sur la Croix.

Saint Jean nous décrit Sa généalogie éternelle, saint Matthieu Sa généalogie temporelle. Quel symptôme de constater qu'il y a des pécheurs et des étrangers dans son ascendance humaine! Ces taches sur l'écusson de Son lignage humain invitent à la pitié pour les coupables et pour les étrangers à l'Alliance. Ces deux aspects de Sa compas­sion Lui seront reprochés et jetés à la face : « II est l'ami des pécheurs », « C'est un samaritain. » Mais l'ombre d'un passé d'opprobre laisse prévoir Son amour pour les méprisés. Né d'une femme, II était vraiment un homme et ne faisait qu'un avec l'humanité; né d'une vierge, couverte de l'ombre du Saint-Esprit et « plein de grâce », II échappait au fleuve de péché qui a submergé l'humanité.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 10:07

« Dieu le Père, nous dit l'Apôtre, nous a prédestinés à être ses fils adoptifs par Jésus-Christ » (Eph 1, 5.), c'est pour­quoi il nous a « prédestinés à être conformes à l'ima­ge de son Fils, afin que ce Fils fût lui-même le Pre­mier-né d'un grand nombre de frères. » (Rom 8, 29.)

La réalisation de ce dessein:

Dès avant la création du monde, le Père nous avait prédestinés à être conformes à l'image de son Fils, à être ses fils dans le Christ Jésus. (Rom 8, 29; Eph 1, 4-5.) Pour réaliser ce des­sein cher à son cœur, il a envoyé sur terre son Fils unique (Gal 4, 4.). Ce dernier a filialement réalisé sa mission: il « nous a donné d'avoir tous accès dans un même Esprit auprès du Père. » (Eph 2, 18.)

Puisque notre titre de fils du Père n'est pas fictif mais porte sa réalité, du côté de ce Père corres­pond une réelle adoption. Dieu nous accepte pour fils. « Voyez donc quel amour le Père nous a témoigné ; en nous appelle ses enfants, et nous le sommes réel­lement . . . Mes bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu. » (1 Jn 3, 1-2.) « Dieu le Père nous a appelés à la communion de son Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ . . . Nous ne sommes plus des étrangers, ni des hôtes de passage, mais des membres de la famille de Dieu, à titre d'enfants bien-aimés. » (I Cor 1, 19 ; Eph 2, 19; 5, 1. )

« Que Dieu appelle l'homme son fils, et que l'hom­me appelle Dieu son Père, c'est le don qui surpasse tous les dons. » Méditons, à la lumière des Saints Livres, cette paternité de Dieu le Père envers nous.

Le nom de fils de Dieu s'applique aux créatures de différentes manières, d'autant plus parfaites et excel­lentes que ces créatures se rapprochent davantage de la véritable filiation. En effet, si nous ouvrons les Sain­tes Ecritures, nous constatons que Dieu est dit Père des créatures à divers titres. S'agit-il des créatures irraisonnables, Dieu est appelé leur Père, car c'est lui qui leur a donné l'existence; elles portent un rayon de sa beauté: «Quel est le Père de la pluie et qui est celui qui engendre les gouttes de la rosée? » lisons-nous de Dieu au livre de Job (Job Î8, 28).

C'est dès maintenant que nous sommes en­fants de Dieu. L'état de grâce est un état de fils, dès cette vie. Le texte de saint Paul: «Nous gémissons en attendant l'adop­tion des enfants de Dieu» (Rom 8, 23), signifie que nous sommes encore des enfants au berceau qui gémissent en deman­dant à Dieu de hâter leur croissance et la pleine manifestation de leur filiation divine. Il en était de même des justes de l'Ancien Testament. Cette situation, déjà actuelle, de fils de Dieu montre l'écrasante indignité du péché qui revêt le caractère de la révolte d'un fils contre son père infiniment bon. Voilà pourquoi Nôtre-Seigneur a voulu nous dessiner l'image du pécheur sous les traits d'un « enfant prodigue », et Dieu, sous les traits du Père de famille (Lc 15, 11-32; Mt 20, 1.).

Dieu est dit le Père des créatures raisonnables pour une autre raison; c'est qu'il y retrouve une certaine image de lui-même, l'intelligence et la volonté: « N'est-il pas ton Père celui qui t'a créé? » s'écrie Moïse (Dent 32, 6.)

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Mais la ressemblance avec Dieu, imprimée à l'âme par la grâce sanctifiante, est plus excellente et plus haute, et c'est à titre d'enfants adoptifs que nous pou­vons dès lors donner à Dieu ce nom de Père. « Nous avons reçu un Esprit d'adoption. Cet Esprit-Saint lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Rom 8. 15-16.)

Nous sommes les fils d'adoption en raison de notre similitude avec le Fils naturel du Père . Le mot « adoption » suppose, en effet, la similitude avec ce qui est par nature. De là vient que le Christ, « Fils unique du Père » par droit de génération naturelle, est aussi le « Premier-né de toute créature, le Premier-né d'un grand nombre de frères. » (Jn 1, 18; Col 1, 15; Rom 8, 29.)

Pour nous montrer que nous ne sommes pas fils de Dieu au même titre que lui, le Christ prend soin de dire à ses Apôtres: «Je m'en retourne vers mon Père et votre Père » ; il ne leur dit pas : « vers notre Père », mais il fait la distinction entre sa filiation et la nôtre: « Je m'en retourne vers celui qui est mon Père par nature et votre Père par adoption, par bien­veillance toute gratuite » (Jn 20, 17. )

Pour mieux comprendre la grandeur de cette grâce, voyons en quoi consiste cette adoption divine.

Nous savons que l'adoption légale est une pure fic­tion sanctionnée par la loi civile. L'enfant adopté est considéré comme s'il était né de ceux qui l'adoptent. Il est évident que ces derniers sont incapables de lui con­férer une filiation réelle qui ne s'obtient que par voie de génération. Il n'en est pas ainsi de l'adoption di­vine. Elle confère réellement à l'adopté cette qualité de fils par le moyen d'une véritable régénération spiri­tuelle. Par la grâce sanctifiante, le fils adoptif de Dieu naît de Dieu et en reçoit cette filiation qui, dans son intérieur même, le rend vraiment fils du Très-Haut. « II leur a donné, à ceux qui sont nés de Dieu, le pouvoir de devenir ses enfants ... Et nous le sommes vraiment. » (Jn 1, 12).

Cette idée maîtresse du Nouveau Testament revient sans cesse sous la plume des écrivains sacrés. « Que la grâce et la paix de Dieu, votre Père, soit avec vous. » (Eph 1, 2. I Cor 1, 3; II Cor 1, 2; Gai 1, 4; Col 1, 3; Phil 1, 2; I Thess 1, 3; Philém 1, 3.)

Cette formule n'est pas une simple salu­tation protocolaire sous la plume de l'Apôtre; c'est le cri d'un enthousiasme qui évoque une vérité ensei­gnée avec insistance par le Christ lui-même.

« Que votre lumière brille devant les hommes, s'é­criait-il dans le sermon sur la montagne, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père, qui est dans 'les cieux. » (Mt 5, 16.)

« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent: afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux. » (Mt. 3, 44-45) « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséri­cordieux. » (Lc 6, 36) « Soyez parfaits comme votre Père cé­leste est parfait. » (Mt 5, 48.) « Et quand vous prierez vous direz: Notre Père qui êtes aux cieux » (Mt 6, 9).

Les prières liturgiques proclament la fidélité de l'Eglise à suivre cet enseignement de Jésus dans l'orientation de nos prières; c'est au Père qu'elle s'adresse, et elle le fait en se servant de cette mime appellation: Pater: Père.

Qu'on relise à la lumière de cette vérité le sermon sur la montagne. Elle est si importante que Jésus en fait l'âme de cette charte du Christianisme. Ces pages inspirées représentent Dieu comme un Père tendre et bon; il veille sur ses enfants; son amour pour eux le rend attentif et compatissant à leurs besoins». (Mt 6, 8); son cœur paternel l'incline au pardon et à la récom­pense (Mt 6, 14). Voilà pourquoi, parlant du royaume du ciel, le Christ nous dessine son Père sous les traits du Père de famille ( Mt 20, 1.).

Quel incomparable honneur d'avoir Dieu pour Père! Oui vraiment, notre humble condition nous dé­fendait même de soupçonner ce que Dieu a préparé pour ceux qu'il aime; les humains sont unis à la divi­nité par les liens d'une parenté mystérieuse, mais réelle; du sein de cette vie, l'homme appelle Dieu son Père : « Notre Père qui êtes aux cieux » (Mt 6, 9).

Extrait de : VERS LE PÈRE PAR LE CHRIST. Gérard Mercier O.S.B. (1946)

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