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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 09:21

«Il fut voulu, lui le Désiré des Nations… » Cette fête tombe le 25 mars.

Le St-Esprit qui couvrit l'humble femme de son ombre et engendra dans son sein virginal le « Dieu avec nous »,

L'enfance du Christ

Nous trouvons un quatrième signe distinctif dans le fait que Jésus n'entre pas, comme le font tous les maîtres de la terre, dans la catégorie conventionnelle de l'honnête homme. Les hommes honnêtes ne mentent pas. Or, si le Christ n'était pas ce qu'il prétendait être, à savoir le Fils du Dieu vivant, le Verbe de Dieu fait chair, Il n'était pas précisément un « honnête homme » ; Il était donc un coquin, un menteur, un charlatan et le plus grand imposteur qui ait jamais existé. S'il n'était pas ce qu'il prétendait être, le Christ, le Fils de Dieu, Il devait être l'antéchrist. S'il n'était qu'un homme, alors Il n'était même pas un « honnête » homme.

Mais justement II n'était pas seulement un homme. Il nous offre le choix entre l'adoration ou le mépris — le mépris s'il n'est qu'un homme, et un homme qui trompe, ou l'adoration s'il est vraiment Dieu et homme en même temps. Nous ne pouvons pas rester indifférents, et il est fort possible que des communistes, qui Lui sont en principe si opposés, se trouvent plus proches de Lui que ceux qui ne voient en Lui qu'un sentimal et un moralisateur un peu flou. Les communistes ont au moins cette certitude que, si c'est Lui qui triomphe, ils perdront à coup sûr; les autres ont peur de Le considérer comme gagnant ou perdant, parce qu'ils ne se sentent pas prêts à accepter les exigences que Sa vic­toire Lui permettrait de présenter à leurs âmes.

S'il est ce qu'il prétend être, un Sauveur, un Rédempteur, alors nous avons un Christ fort, un chef digne d'être suivi dans les temps si durs que nous traversons; alors nous avons l'Unique, le Seul qui soit capable de pénétrer dans la brèche pratiquée par la mort et de dominer le péché, la tristesse et le désespoir; alors nous avons un chef pour Lequel nous pouvons tout sacrifier sans crainte de perdre, parce qu'il nous fait gagner la liberté, et que nous pou­vons aimer jusqu'à mourir pour Lui. Nous avons besoin, de nos jours, d'un Christ capable de prendre des cordes pour chasser les acheteurs et les vendeurs de nos temples mo­dernes, capable de dessécher les figuiers stériles, assez auda­cieux aussi pour parler de croix et de sacrifices d'une voix aussi forte que celle de la tempête et des flots en furie. Mais II ne nous laissera pas choisir parmi Ses paroles selon notre goût ou notre humeur, pour écarter ce qui est dur et ne retenir que ce qui plaît à notre fantaisie. Nous avons besoin d'un Christ qui réhabilite la juste indignation, qui nous insuffle la haine du mal jusqu'à la passion et l'amour du bien jusqu'au sacrifice suprême.

L'ANNONCIATION

Toute civilisation a eu sa tradition d'un lointain âge d'or se situant dans les temps révolus. Une tradition juive plus précise parle d'une chute par rapport à un état de bonheur et d'innocence, et cette chute serait due à une femme qui aurait tenté un homme. Si une femme a joué un tel rôle dans la chute de l'humanité, pourquoi une femme ne Joue­rait-elle pas un rôle de premier ordre dans son relèvement? Et s'il y eut un paradis perdu dans lequel furent célébrées les premières noces de l'homme et de la femme, ne pourrait-il y avoir un nouveau paradis dans lequel seraient célébrées les noces de Dieu et de l'homme?

Dans la plénitude des temps un ange de lumière quitta le trône de l'éternelle Lumière et descendit vers une Vierge qui priait. Il lui demanda si elle consentait à donner à Dieu une nature humaine. Elle répondit qu'elle ne « connaissait » point d'homme et qu'elle avait l'intention de garder sa virgi­nité; elle ne pourrait donc pas devenir la mère du « Désiré des Nations ». Il n'y a jamais eu de naissance sans com­merce charnel et, sur ce point, la jeune fille avait raison de répondre comme elle le fit. La procréation d'une nouvelle vie requiert les feux de l'amour. Mais, à côté de la passion humaine qui engendre la vie, il y a « l'impassible passion et le calme puissant » de l'Esprit-Saint.

C'est cet Esprit qui couvrit l'humble femme de son ombre et engendra dans son sein virginal le « Dieu avec nous », l'Emmanuel. Au moment où Marie donnait son consentement en prononçant le Fiat (Oui), il se produisit un événement plus grand que la création de la lumière, lors du Fiat lux des origines. Ce qui venait de se faire en Marie était bien plus que le soleil, c'était le Fils de Dieu qui prenait chair. En prononçant son Fiat, Marie achevait d'accomplir le rôle de la femme, qui était de trans­mettre à l'homme les dons de Dieu. Il y a une réceptivité passive par laquelle la femme dit Fiat au cosmos dont elle partage le rythme, Fiat à l'amour de l'homme dont elle est l'objet, et Fiat à Dieu quand elle reçoit l'Esprit divin.

Les enfants ne viennent pas tous au monde en vertu d'une intention bien déterminée de l'amour entre homme et femme. Bien que cet amour entre eux soit voulu, l'enfant qui en est le fruit n'est pas voulu de la même manière que le com­merce charnel. Il y a quelque chose d'indéterminé dans l'amour humain. Les parents ne savent pas si leur enfant sera garçon ou fille, ni le moment exact de sa naissance, car la conception garde quelque chose de secret. Les enfants sont acceptés ensuite et aimés par leurs parents, mais ils n'ont pas été désirés comme êtres en tant que tels. Dans le mys­tère de l'Annonciation, au contraire, l'Enfant ne fut pas accepté d'une manière plus ou moins imprévue, Il fut voulu. Il y eut collaboration entre une femme et l'Esprit du divin Amour. Le consentement volontaire fut exprimé par le Fiat, et la coopération corporelle était librement offerte par le fait même. Les autres mères prennent conscience de leur maternité par les modifications physiques qui se produisent en elles; Marie, elle, prit conscience de son état par le change­ment opéré en elle sous l'action du Saint-Esprit. Elle éprouva vraisemblablement une extase bien supérieure à tout ce qu'homme et femme peuvent ressentir dans l'amour.

La chute de l'homme fut la conséquence d'un acte libre; il convenait que la Rédemption fût conditionnée par un acte libre. Ce que nous appelons l'Annonciation est l'acte par lequel Dieu demandait son libre consentement à une créa­ture dont II avait besoin pour s'incarner et « converser », demeurer parmi les hommes.

Supposez que, dans un orchestre, un musicien joue une fausse note. Le chef d'orchestre a la compétence voulue, les partitions sont exactes et faciles à jouer, mais notre mu­sicien continue à exercer sa liberté en lançant des notes discordantes. De deux choses l'une, ou bien le chef d'or­chestre demandera que l'on recommence le morceau, ou bien il laissera passer, sans se préoccuper de la cacophonie. Si nous allons au fond des choses, l'attitude du chef d'orchestre ne changera rien, quoi qu'il fasse, car la fausse note est partie dans l'espace à la vitesse du son, et elle a déjà pro­duit une discordance dans l'univers.

Existe-t-il un moyen de restaurer l'harmonie dans le monde? Cela ne peut être fait que par quelqu'un qui inter­vienne de l'éternité pour arrêter la fausse note dans sa course folle. Et encore, elle restera une fausse note. L'har­monie ne peut être restaurée qu'à une seule condition : il faut que cette note redevienne la note initiale dans une nouvelle mélodie; alors tout rentrera dans l'ordre. '

C'est précisément ce qui est arrivé lorsque le Christ est né. Une fausse note de désordre moral a été introduite dans l'harmonie initiale par le premier homme, et l'huma­nité entière en a été comme infectée. Dieu aurait pu igno­rer la chose, mais en agissant ainsi II eût violé la justice, ce qui est proprement impensable. Que fit-Il donc? Il demanda i\ une femme qui représentait l'humanité, de Lui donner librement une nature humaine grâce à laquelle Il ferait surgir une nouvelle humanité. Il y avait une vieille humanité en Adam, il y aura une humanité nouvelle dans le Christ, qui est Dieu fait homme grâce à la libre intervention d'une mère humaine. Lorsque l'ange apparut à Marie, Dieu pro­clamait Son amour pour la nouvelle humanité. C'était le commencement d'une nouvelle terre, et Marie devenait un « Paradis incarné que le nouvel Adam devait faire refleurir ». Eve avait apporté la destruction dans le premier jar­din, maintenant, dans le jardin de son sein virginal, Marie porterait le fruit rédempteur.

Pendant les neuf mois où Il fut en elle, toute la nourri­ture, le blé, les raisins, qu'elle consommait agissait comme une sorte d'Eucharistie naturelle, se transformant en Celui qui devait déclarer plus tard qu'il était le Pain et le Vin de Vie. Et lorsque les neuf mois furent révolus, l'endroit qui convenait pour Sa naissance fut Bethléem dont le nom signi­fie : « Maison du Pain ». Il dira un jour :

«Le Pain de Dieu est Celui Qui descend du ciel et donne la vie au mondeJean 6, 33.

«Je suis le Pain de vie ; celui qui vient à Moi n'aura jamais faim.» Jean 6, 35.

Lorsqu'il eut été conçu, l'humanité de Marie donna à l'Enfant-Dieu ses mains et ses pieds, ses yeux et ses oreilles, et un corps capable de souffrir. De même qu'après la rosée les pétales d'une rosé se referment sur les gouttelettes d'eau comme pour en absorber l'énergie, ainsi Marie, la Rosé Mystique, se referma sur Celui que l'Ancien Testament dépeint comme une rosée descendant sur la terre. Lorsqu'enfin elle Lui donna le jour, ce fut comme si un grand ciboire s'était ouvert, et elle tenait entre ses mains l'Hôte qui était aussi l'Hostie du monde, semblant dire : « Regar­dez, voici l'Agneau de Dieu; regardez voici Celui Qui efface les péchés du monde. »

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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