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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 09:04

Un seul parmi eux a été prédit comme étant le Messie, le Sauveur du monde.

L'histoire est remplie de gens qui se sont proclamés les envoyés de Dieu, porteurs de messages divins, qui même pré­tendaient être des dieux — Bouddha, Mahomet, Confucius, le Christ, Lao-tze, et combien d'autres, jusqu'à ceux qui, de nos jours, ont essayé de fonder une nouvelle religion. Cha­cun d'eux a le droit d'être entendu et pris en considération.

Pour prendre une mesure de longueur, on doit recourir à un mètre; ainsi doit-on trouver des mesures, des critères permanents, accessibles à tous, quelles que soient leur époque et leur civilisation, permettant de décider si ceux qui se proclament les envoyés de Dieu ont bien le droit de le faire. Ces critères sont de deux sortes : ils tiennent de la raison, dont un chacun jouit, et de l'histoire qui n'est étrangère à personne.

Si l'un ou l'autre de ces hommes venait aujourd'hui de la part de Dieu, la moindre des choses que Dieu puisse faire, pour sanctionner les dires de Son messager, serait d'annon­cer Sa venue. Cela nous semble raisonnable. Si Dieu envoie quelqu'un, ou s'il vient lui-même porter un message d'impor­tance vitale pour tous les hommes, il paraît raisonnable que l'humanité soit avertie de la venue du messager divin, du lieu de Sa naissance, de l'endroit où II vivra, de la doctrine qu'il prêchera, des ennemis qu'il pourra susciter contre Lui, de ce qu'il établira pour l'avenir et, enfin, de la manière dont Il mourra. Et c'est d'après la conformité qu'on remarquera entre le messager divin et les prédictions qui Le concernent qu'on pourra juger de la valeur de Ses prétentions.

En outre, la raison nous dit que, si Dieu ne prenait pas de telles assurances, rien n'empêcherait n'importe quel imposteur de se prétendre envoyé de Dieu, ou de déclarer : « Un ange m'est apparu dans le désert et m'a remis le mes­sage que je vous apporte. » Si ce cas se présentait, il n'y aurait aucun moyen valable, objectif, d'éprouver la sincé­rité du messager. Nous n'aurions que sa parole et, évidem­ment, celle-ci pourrait être mensongère.

Si un voyageur étranger venait à Paris et se disait diplo­mate, le gouvernement lui demanderait son passeport et les autres documents prouvant qu'il a reçu mission de repré­senter son pays. Ses papiers devraient être antérieurs à son arrivée en France. Si des preuves d'identité sont ainsi exi­gées des délégués de nations étrangères, la raison demande que l'on agisse de même avec les messagers qui se disent envoyés par Dieu. A chacun d'eux il serait raisonnable de poser cette question : « Quelle preuve présentez-vous que votre venue ait été annoncée avant votre naissance? »

C'est sur un tel témoignage que l'on pourrait juger ceux qui se réclament de Dieu. (A ce stade de notre raisonne­ment, le Christ est considéré sur le pied d'égalité avec les autres.) Nul n'a jamais annoncé d'avance la naissance de Socrate. Personne n'a prédit la venue de Bouddha ni la teneur de son message, ni indiqué le jour où il se tiendrait sous son arbre. On ne connaît ni le lieu de naissance, ni le nom de la mère de Confucius et, au cours des siècles précé­dant sa venue, ces noms ne furent pas révélés aux hommes, ce qui aurait pu le faire recevoir comme un messager de Dieu. Avec le Christ c'est tout différent. En raison des pro­phéties de l'Ancien Testament Sa venue n'était pas impré­vue, tandis qu'il n'y a aucune prophétie au sujet de Bouddha, de Confucius, de Lao-tze, de Mahomet ni d'aucun autre. Ceux-ci sont venus et ont dit simplement : « Me voici, croyez en moi. » Ils n'étaient donc que des hommes parmi les hommes et non pas Dieu parmi les hommes. Le Christ est le seul à se distinguer sur ce point parce qu'il peut dire : « Cherchez dans les Écritures du peuple juif et dans l'his­toire des Babyloniens, des Perses, des Grecs et des Romains. » (Pour le moment les documents païens et l'Ancien Testament peuvent être considérés comme simples pièces historiques et non comme des textes inspirés.)

Il est certain que les prophéties de l'Ancien Testament ne peuvent être bien comprises qu'à la lumière de leur réa­lisation, car le langage des prophètes n'a pas une précision mathématique. Cependant, si on cherche dans l'Ancien Testa­ment tous les passages qui ont trait au Messie, et si on com­pare l'image qu'ils nous en donnent avec la vie et l'œuvre du Christ, peut-on douter que les prédictions anciennes visaient Jésus et le royaume qu'il devait établir ?

Rappelons quelques-unes de ces prophéties : La promesse de Dieu aux patriarches que c'est par l'intermédiaire de leur descendance que tous les peuples de la terre seront bénis ; la prédiction que la tribu de Juda aurait la suprématie sur les autres tribus juives, jusqu'à la venue de Celui auquel toutes les nations devraient se soumettre; le fait étrange, et pourtant indéniable, que dans la bible des Juifs d'Alexandrie, appelée la Septante, on trouve clairement annoncé que le Messie naîtra d'une vierge; la prophétie du chapitre Lin d'Isaïe sur le serviteur souffrant qui donnera sa vie pour expier les péchés de son peuple; les perspectives ouvertes sur la glorieuse et perpé­tuelle royauté de la maison de David. En qui ces prophéties se sont-elles accomplies, sinon dans le Christ? En se plaçant sur le seul plan historique, il y a là un fait unique qui met le Christ à part de tous les autres fondateurs de religions. Il faut enfin noter qu'à partir du moment où ces prophéties ont été accomplies dans la personne de Jésus, il n'y a plus eu de nouvelles prophéties en Israël et, qui plus est, les sacri­fices traditionnels ont cessé lorsque le véritable Agneau pas­cal a été immolé.

Revenons aux témoignages des païens. Tacite, s'adressant aux Romains de son temps, dit que, « sur la foi d'anciennes prophéties, les peuples étaient persuadés que l'Orient aurait une prédominance et que de Judée viendrait le Maître et Législateur de l'univers ». Suétone, dans sa Vie de Vespasien, rapporte une tradition romaine d'après laquelle « une vieille croyance, répandue dans tout l'Orient et fondée sur d'indubi­tables prophéties, prédisait que les Juifs parviendraient à une très grande puissance ».

La Chine avait des traditions semblables, mais, en raison de sa position géographique, elle croyait que le Grand Sage viendrait de l'Occident. Les annales du céleste Empire font allusion à cet événement par ce bref récit : « La 24e année de Tchao-Wang de la dynastie des Tcheou, le 8" jour de la 4e lune, une lumière apparut au sud-ouest, illuminant tout le palais royal. Le roi, frappé par cette splendeur, interrogea les sages. Ceux-ci lui montrèrent des livres qui disaient que ce prodige signifiait l'apparition du Grand Saint de l'Occident dont la religion devait être intro­duite dans leur pays.»

Les Grecs L'attendaient, car Eschyle, dans son Prométhée écrit cinq siècles avant la venue du Christ, dit qu'il ne faut « espérer aucun terme à cette malédiction jusqu'à ce que Dieu apparaisse pour prendre sur Lui, à leur place, les souffrances de leurs propres péchés ».

Comment les Mages de l'Orient ont-ils eu connaissance de la venue du Christ? Vraisemblablement par les diverses prophéties qui circulaient dans le monde sous l'influence des Juifs, aussi bien que par les prédictions faites aux Gentils par Daniel, plusieurs siècles avant la naissance du Messie.

Cicéron, après avoir rappelé les dires des anciens oracles et des sibylles sur un « roi que nous devrons reconnaître pour être sauvés », demande : « A quel homme et à quelle époque doivent s'appliquer ces prédictions » ? La quatrième Eglogue de Virgile rapporte la même ancienne tradition et parle « d'une femme pure souriant à son petit enfant, grâce auquel l'âge de fer disparaîtra ».

Suétone cite un auteur contemporain à propos de ce fait que les Romains avaient une telle peur d'un roi qui régi­rait le monde, qu'ils décrétèrent que tous les enfants nés dans l'année seraient mis à mort. Hérode fut seul à faire exécuter ce décret.

Il n'y avait pas que les Juifs qui attendaient la venue d'un grand roi, d'un sage et d'un sauveur, mais Platon et Socrate parlent aussi du Logos (le Verbe) et de l'homme d'Uni­verselle Sagesse « qui doit venir ». Confucius a parlé du « Saint » ; les sybilles d'un « roi universel » ; le drama­turge grec, d'un sauveur et d'un rédempteur qui délivrera l'humanité de « la malédiction primitive ». Tous ces auteurs se trouvaient dans les rangs des Gentils en attente d'un évé­nement. Ce qui distingue le Christ de tous les autres hommes, c'est d'abord qu'il était attendu, ensuite que les Gentils eux-mêmes espéraient un libérateur, un sauveur. Ce fait, à lui seul, met le Christ à part de tous les -autres fondateurs de religions.

Un autre fait remarquable, c'est qu'à partir du moment où Il paraît, le Christ influe tellement sur l'histoire qu'il la sépare en deux périodes, celle qui précède Sa venue et celle qui la suit.

Une particularité Le met encore à part de tous les autres, c'est que toute personne venant en ce monde y vient pour vivre. Le Christ, Lui, y vient pour mourir ! La mort fut pour Socrate sa pierre d'achoppement : elle interrompit son ensei­gnement. Pour le Christ, au contraire, la mort était le but et la grande réalisation de Sa vie, le trésor qu'il désirait. La plupart de Ses actes et de Ses paroles sont incompréhen­sibles si on ne les relie pas à Sa Croix. Il s'est présenté comme un Sauveur, bien plus que comme un Maître. Il n'eût servi de rien d'enseigner aux hommes qu'il leur fallait être bons, s'ils ne leur eût donné en même temps le moyen de devenir bons, après les avoir sauvés de la ruine du péché.

L'histoire de toute vie humaine commence au berceau et finit à la tombe. Pour la Personne du Christ, c'est Sa mort qui vient en premier, et Sa vie qui passe au second plan. La sainte Écriture Le décrit comme « l'Agneau qui se tient comme égorgé depuis la fondation du monde ». Il était im­molé d'intention depuis le premier péché que fut la révolte contre Dieu. Ce n'était pas tellement Sa naissance qui jetait une ombre sur Sa vie et l'acheminait ainsi vers Sa mort, c'était plutôt la Croix qui se présentait la première et qui projetait son ombre sur Sa naissance. Sa vie est bien la seule qui ait jamais commencé par la fin. De même que la fleur qui pousse dans les crevasses d'un mur en ruine révèle la poésie de la nature, et que l'atome révèle en miniature ce qu'est le système solaire, ainsi la naissance du Christ révèle le mystère de Sa Passion. Il procéda par étapes, depuis la raison de Sa venue, manifestée par Son nom « Jésus » c'est-à-dire « Sauveur », jusqu'à l'accomplissement de Sa mission, Sa mort sur la Croix.

Saint Jean nous décrit Sa généalogie éternelle, saint Matthieu Sa généalogie temporelle. Quel symptôme de constater qu'il y a des pécheurs et des étrangers dans son ascendance humaine! Ces taches sur l'écusson de Son lignage humain invitent à la pitié pour les coupables et pour les étrangers à l'Alliance. Ces deux aspects de Sa compas­sion Lui seront reprochés et jetés à la face : « II est l'ami des pécheurs », « C'est un samaritain. » Mais l'ombre d'un passé d'opprobre laisse prévoir Son amour pour les méprisés. Né d'une femme, II était vraiment un homme et ne faisait qu'un avec l'humanité; né d'une vierge, couverte de l'ombre du Saint-Esprit et « plein de grâce », II échappait au fleuve de péché qui a submergé l'humanité.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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