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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 07:59

Quand notre mère Angèle se sentit près de la mort, Angèle qui, sur terre, vécut loin de la terre, elle fit son testament, et enseigna pour la dernière fois ses fils, et leur dit : «Mes chers enfants, je vous parle pour l'amour de Dieu, suivant la promesse que j'ai faite : je ne veux rien emporter avec moi, rien vous cacher, qui puisse vous être utile. Car Dieu a dit à l'âme : « Tout ce qui est à moi est à toi ». Par quelle vertu peut-il se faire que tout ce qui est à Lui soit à nous ; je vous le dis, en vérité, c'est la charité qui fait cela. Les paroles que je vais prononcer ne sont pas de moi, elles sont de Dieu.

«Car il a plu au Seigneur de me donner l'amour et la sollicitude de tous ses fils et de toutes ses filles, de tout ce qui respire sur le globe, en deçà et au delà de la mer. Je les ai gardés comme j'ai pu, et j'ai souffert pour eux les douleurs que personne ne sait. O mon Dieu, je les remets aujourd'hui entre vos mains, vous suppliant par votre ineffable charité de les préserver de tout mal, et de las affermir dans tout bien, dans l'amour de la pauvreté, du mépris et de la douleur, de transformer leur vie en votre vie, et de les introduire dans la perfection dont vos paroles et vos actions nous ont donné le modèle quand vous viviez dans la vie humaine.

« O mes fils chéris, écoutez la parole suprême, la parole et la prière de l'adieu. Voici cette parole : « Mes enfants, soyez humbles mes enfants, soyez doux ! » Je ne parle pas de l'acte extérieur ; je parle des profondeurs du coeur ; mes enfants, soyez doux dans le fond. Soyez en vérité les disciples de Celui qui a dit : «Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur. » Ne vous inquiétez ni des honneurs ni des dignités. O mes enfants, soyez petits pour que le Christ vous exalte dans sa perfection et dans la vôtre. Soyez humbles, et que votre néant soit immobile devant vos yeux. Les dignités qui enflent l'âme sont vanités qu'il faut maudire. Fuyez-les ! Car elles sont dangereuses ; mais écoutez ! Écoutez ! Elles sont moins dangereuses que les vanités spirituelles. Montrer qu'on sait parler de Dieu, comprendre l'Écriture, accomplir des prodiges, faire parade de son coeur abîmé dans le divin, voilà vanité des vanités, et les vanités temporelles sont après cette vanité suprême de petits défauts vite corrigés. Oh ! Comptez-vous pour rien ! O Rien inconnu ! Ô Rien inconnu ! En vérité l'âme ne peut avoir une science pli profonde ni une vision plus haute que de voir son Rien et de s'y tenir.

«O mes enfants, efforcez-vous d'avoir la charité sans laquelle le salut n'est pas, ni le mérite. O mes chers enfants, et mes pères, et mes frères, aimez-vous les uns les autres ! Voilà la condition de l'héritage promis ; et que votre amour ne soit pas borné à vous, qu'il embrasse toutes les nations. Je vous le dis, mon âme plus reçu de Dieu, quand j'ai pleuré et souffert pour les péchés des autres plus que pour les miens. Le monde rirait, si je disais que j’ai pleuré les péchés des autres plus que les miens car cela n'est pas naturel. Mais la charité n’est pas née du monde. O mes enfants, aimez et ne jugez pas; et si vous voyez un homme pécher mortellement, ayez horreur du péché, mais ne jugez pas l'homme, et ne méprisez personne car vous ne savez pas les jugements de Dieu Beaucoup semblent damnés qui sont sauvé devant Dieu. Beaucoup semblent sauvés qui sont damnés devant Dieu. Je puis vous dire que, parmi ceux que vous méprisez, il en est à qui je crois que Dieu tendra la main.

«Je ne vous laisse pas d'autre testament : Aimez-vous les uns les autres, et que votre humilité soit profonde. Je vous laisse tout ce que je possède, tout ce que je tiens de Jésus-Christ, la pauvreté, l'opprobre et la douleur, en un mot la vie de l'Homme-Dieu. Ceux qui accepteront mon héritage seront mes enfants ; car ce sont les enfants de Dieu, et la vie éternelle les attend. »

Elle fit silence, puis imposa la main sur chaque tête, et dit : « Soyez bénis, mes enfants, par le Seigneur et par moi. Soyez bénis, vous qui êtes présents, soyez bénis, vous qui êtes absents. Suivant l'ordre du Seigneur, je donne aux présents et aux absents ma bénédiction pour l'éternité, et que Jésus-Christ vous la donne en même temps ; soyez bénis par la main qu'a été élevée sur la croix.»

Angèle, brisée par la mort qui venait, et plus profondément absorbée qu'à l'ordinaire dans l'abîme sans fond de la Divinité, ne prononça que quelques paroles interrompues et rares. Ces paroles, nous qui étions là, nous avons essayé de les recueillir. Les voici à peu près.

Elle mourut vers le temps de Noël, vers la dernière heure: « Le Verbe s'est fait chair », dit-elle. Puis après un long silence, comme une personne qui revient d'un long voyage. « Oh ! Toute créature est en défaut, l'intelligence des anges ne suffit pas. »

Quelqu'un lui demanda : « Pourquoi toute créature est-elle en défaut? Pourquoi l'intelligence des anges ne suffit-elle pas? »

Angèle répondit: «Pour comprendre.»

Et puis plus tard : « Oh ! En vérité, voici mon Dieu qui fait ce qu'il a dit. Jésus-Christ me présente au Père. » Un instant auparavant elle venait de dire : « Vous savez que pendant la tempête Jésus-Christ était dans le navire? En vérité, il est ainsi dans l'âme quand il permet les tentations, quand il semble dormir. Et il ne met fin aux tentations et aux tempêtes que quand tout l'homme est broyé. Telle est sa conduite vis-à-vis de ses enfants véritables. »

Puis dans un autre moment: «O mes enfants, je vous dirais quelques paroles, si j'étais certaine de n'être pas trompée. »

Elle pensait à la certitude actuelle de sa mort, et craignait de la voir encore retarder. Angèle désirait. Elle ajouta :

« Je vous parle, mes enfants, uniquement pour vous engager à. poursuivre ce que je n'ai pas poursuivi. »

Et un instant après : «Mon âme a été lavée et purifiée dans le sang du Christ, qui était chaud comme au moment de sa mort. Et il fut dit à mon âme

«Voici le purificateur. Et mon âme répondit : « O mon Dieu, serai-je trompée ?» Et il me répondit: «Non.» Puis elle ajouta :

« Jésus-Christ, Fils de Dieu, m'a présentée au Père, et j'ai entendu ces paroles :

«O mon épouse et mon amour ! O celle que j'ai aimée en vérité, je ne veux pas que tu viennes à moi chargée de douleurs, mais parée de la joie inénarrable. Que la reine revête le manteau royal, puisque voici le jour de ses noces ! »

Et on me montra un manteau, semblable au cadeau de noces, gage d'un long et grand amour ; il n'était ni de pourpre ni d'écarlate, mais de lumière et capable de vêtir une âme.

«Et alors Dieu me montra son Verbe, de sorte que maintenant je sais ce que c'est que le Verbe, je sais ce que c'est que de proférer le Verbe, le Verbe qui voulut être incarné pour moi. Et le Verbe passa par moi, me toucha, m'embrassa et me dit : «Venez, ma bien-aimée, que je n'ai pas aimée d'un amour trompeur. Venez : car dans la joie tous les saints vous attendent. »

Et il ajouta: « Je ne vous confierai ni aux anges, ni aux saints ; je viendrai en personne, et je vous enlèverai moi-même. Vous êtes telle qu'il faut pour paraître devant la Majesté. »

La veille de sa mort, elle disait à chaque instant «Père, je remets mon âme et mon esprit dans vos mains » Une fois elle ajouta :

«Je viens d'entendre cette réponse : « Ce qui fut imprimé pendant ta vie sur ton coeur, il est impossible que tu ne possèdes pas cela dans ta mort. »

Et nous ! Vous voulez donc, mère, partir et nous quitter? »

Mais elle : «Je vous l'ai caché ; mais je ne vous le cache plus, mes enfants, je vais mourir »

Le même jour toute douleur cessa. Les souffrances, depuis quelques jours, étaient nombreuses et horribles.

Mais le corps entra dans un repos profond, et l'âme dans un océan de délices, et Angèle semblait goûter d'avance la joie promise.

Quelqu'un lui demanda s'il en était ainsi: « Oui », répondit-elle.

Dans cette paix du corps, dans cette joie de l'esprit, Angèle demeura le samedi soir, entourée des frères, qui lui montraient l'office du jour.

Ce jour-là même, octave de la fête des saints innocents, à la dernière heure de la soirée, comme quelqu'un qui s'endort d'un sommeil léger, Angèle, notre mère, s'endormit dans la paix.

Dégagée des liens de la chair, son âme très pure, absorbée dans l'abîme de la Divinité insondable, reçut des mains de son Époux, pour régner éternellement avec lui, la robe d'innocence et d'immortalité.

Par la vertu de la croix, par les mérites de la Vierge, par l'intercession de notre mère Angèle, que le Seigneur Jésus-Christ nous conduise là où elle est. Amen.

La servante de Jésus-Christ, Angèle de Foligno, sauvée du naufrage de ce monde, s'envola vers les joies célestes, depuis longtemps promises à ses désirs, l'an 1309 de l'ère chrétienne, dans les premiers jours de janvier, sous le pontificat du pape Clément V.

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Foligno/Visions.html

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 10:03

« Ce que tu sèmes ne reprend pas vie,

si d'abord il ne meurt. » (I, Cor., XV, 36).

S'il est vrai, comme l'écrit saint Paul, que « la mort est la rançon du péché » (Rom., VI, 23), la mort est une réparation et il s'agit de savoir quelles sont les conditions et la valeur de cette réparation. Si, d'autre part, comme le chante l'Église romaine dans sa Préface des défunts, la vie, après la mort, n'est pas « enlevée, mais changée » (Vita mutatur, non tollitur), la mort doit être conçue comme un changement d'état et il importe de rechercher en quoi consiste ce changement d'état, c'est-à-dire quelle est l'évolution posthume de l'être humain. Et si nous répondions avec quelque précision à ces deux questions, n'aurions-nous pas, de ce fait, entrevu le sens de la mort ?
Lire la suite à l’adresse suivante : http://www.livres-mystiques.com/partieTEXTES/Huan/lesensde.html

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 08:51

La fête de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie, lorsqu’elle tombe pendant la semaine sainte ou durant la semaine de Pâques, on doit la célébrer le lundi après le 1er dimanche de Pâques. Voilà ce que la véritable Église Catholique prévoit.

Le 4 avril, je vous invite à lire cette messe dans votre missel, en union avec le vrai pape, S.S. Paul VI, afin d’obtenir son retour…

Comme on ne peut pas forcer personne à croire en sa survie, cela ne nous empêche pas de clamer ce que nous croyons être la VÉRITÉ.

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 19:38

Pour le chrétien, la mort n'est pas la fin de la vie, mais le passage vers une plus belle vie. Le chrétien meurt comme Jésus-Christ, par obéissance à Dieu cl en offrant sa vie.

1. Le corps et l'âme se séparent.

La mort n'est pas la destruction ni le néant. Elle est simplement la séparation du corps et de l'âme, qui doivent se réunir un jour. 11 ne faut pas croire qu'à la mort tout est fini. Le corps, usé ou blessé, cesse de vivre et il se dissout en poussière ; mais l'âme, qui est un esprit, retourne vers Dieu.

2. La corps va reposer au cimetière.

Le corps du chrétien est saint. Il a été consacré par les onctions du Baptême et de la Confirmation (de l'Ordre pour le prêtre).

Près du corps du chrétien, on place de l'eau bénite et on l'asperge pour marquer qu'il est saint. A l'église, on encense le corps du chrétien pour lui rendre honneur. Au cimetière, on bénit la terre où il va reposer, et on plante au-dessus la croix pour rappeler que celui qui est là, racheté par Jésus-Christ, ressuscitera avec lui.

O Crux Ave, Spes Unica : Salut, ô croix, notre unique espérance.

Cimetière veut dire : lieu où l'on repose avant de se relever.

O Dieu, dont la miséricorde donne aux âmes le repos et la paix, bénissez cette tombe et envoyez votre ange pour la garder...

3. L'âme retourne vers Dieu.

L'âme du chrétien en état de grâce est unie au Bon Dieu et va vers Lui dès qu'elle quitte le corps, comme le papillon va vers la lumière. A la mort de sainte Scholastique, on a vu son âme monter au ciel sous l'apparence d'une colombe ; l'âme de sainte Jeanne de Chantal monta au ciel sous la forme d'un globe de feu.

Près d'un mourant on dit cette prière :

Partez de ce inonde, âme chrétienne, au nom du Père tout puissant qui vous a créée ; au nom de Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui a souffert pour vous ; au nom du Saint-Esprit qui s'est répandu en vous... que saint Joseph, doux patron des mourants, affermisse votre espérance ; que la sainte Vierge Marie vous regarde avec bonté ; que Jésus vous accueille avec douceur et joie et vous place au nombre de ceux qui sont toujours avec lui.

A l'église, on chante cette prière :

« Que les anges te conduisent en paradis ; qu'à ton arrivée les martyrs te reçoivent et t'introduisent dans la cité sainte de Jérusalem. Que le chœur des anges t'accueille, et puisses-tu, comme le pauvre Lazare, entrer dans le repos éternel. »

4. Le plus beau jour de la vie.

Nous avons peur de la mort parce que nous aimons trop la terre et que nous ne connaissons pas le ciel, mais nous devons penser :

— Que notre véritable patrie n'est pas la terre où tout passe, où tout meurt, mais le ciel où nous vivrons éternel­lement ;

— Que nous allons rejoindre Jésus, la sainte Vierge, les saints, les martyrs, nos parents et amis qui sont partis.

Dernière lettre d'un condamné

« Je vous dis adieu pour la dernière fois... Nous ne nous reverrons plus sur la terre, mais dans le ciel, s'il plaît à Dieu, je subirai la mort demain après-midi. Je meurs pour notre sainte religion, plein d'espérance en Dieu. Je regarde le jour de demain, vendredi comme le plus beau jour de ma vie, car j'espère qu'il m’ouvrira les portes du ciel. »

(Joseph HEBBERT, curé de Maillé, guillotiné à La Rochelle, le 5 septembre 1793.)

5. Comment un chrétien se prépare à mourir,

Il ne faut pas craindre la mort. Il faut s'y préparer.

A l'approche de la mort, un chrétien fait placer devant lui l'image du crucifix afin d'offrir ses souffrances avec celle de Jésus. Il fait venir le prêtre pour se faire aider à paraître devant Dieu.

1° Il fera une confession île toute sa vie ;

2° Il recevra l'onction des malades ;

3° Il recevra la communion en viatique : c'est-à-dire que le prêtre lui apportera la communion dans sa chambre à n'importe quelle heure, afin que s'accomplisse la parole Jésus : « En vérité je vous le dis, celui qui mangera ma chair aura la Vie en lui, et je le ressusciterai au dernier jour. »

4° Le prêtre lui accordera l'indulgence plénière.

« Par les fruits de notre très sainte rédemption, que le Dieu tout puissant voua remette les peines que vous devriez souffrir en cette vie et en l'autre, qu'il vous ouvre les portes de Son royaume et vous introduise au séjour des joies éternelles. Amen. »

6. La plus belle mort, est-ce la mort...

...de celui qui meurt subitement sans souffrir ?

...du pauvre qui s'en va sans laisser d'héritage ?

...du riche qui aura un bel enterrement ?

...du jeune soldat tué en défendant son pays ?

...de l'infirmière victime d'une épidémie ?

...de l'homme qui meurt après un bon dîner ?

...du missionnaire qui meurt de fatigue ?

La plus belle mort est celle qui ressemble à la mort de Jésus-Christ. Il a donné sa vie par obéissance à son Père et par amour pour nous. Un chrétien devrait mourir en baisant le crucifix.

Pour bien mourir, il faut être toujours en état de grâce et faire la volonté de Dieu.

Si nous donnons à Dieu tout ce que nous somme et tout ce que nous avons, notre mort sera l'acte le plus méritoire de toute notre vie. Elle sera un sacrifice volontaire nous pourrons offrir pour nos parents et amis, pour l'Eglise pour les prêtres, pour les pécheurs, pour la patrie.

7. Prière pour faire de sa mort un acte d'obéissance à Dieu.

Seigneur, mon Dieu, dès aujourd'hui, j'accepte volontiers et justement, de Votre main, le genre de mort Vous plaira de m'envoyer, avec toutes ses douleurs, toutes ses peines et ses angoisses. Ainsi soit-il.

8. Invocations.

Mon Dieu, ayez pitié de moi selon votre grande bonté.

Mon Dieu, je Vous aime.

Seigneur, je remets mon âme entre Vos mains, Mon sort est entre Vos mains.

Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour moi, pauvre pécheur.

Jésus, Marie, Joseph, je vous donne mon cœur, mon esprit et ma vie.

Jésus, Marie, Joseph, assistez-moi dans ma dernière agonie.

Jésus, Marie, Joseph, faites que je meure en 'votre sainte compagnie.

Extrait de : Le Catéchisme en Image (1954). Bonne Presse-Paris

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 13:04

VOICI LES AVIS ET EXERCICES REQUIS POUR CON­DUIRE L’ÂME DÈS SON PREMIER DÉSIR DE LA VIE DÉVOTE JUSQU’A UNE ENTIÈRE RÉSOLUTION DE L'EMBRASSER.

CHAPITRE PREMIER

DESCRIPTION DE LA VRAIE DÉVOTION

Vous aspirez à la dévotion, très, chère Amie (Philothée), parce qu'étant chré­tienne, vous savez que c'est une-vertu extrêmement agréable à la divine Majesté : mais, d'autant que-les petites fautes que l'on commet au commencement de quelque affaire s'agrandissent infiniment au progrès et sont presque irréparables à la fin, il faut avant toutes choses que vous sachiez ce que c'est que la vertu de dévotion ; car, d'autant qu'il n'y en a qu'une vraie, et qu'il y en a une grande quantité de fausses et vaines, si vous ne connaissiez quelle est la vraie, vous pourriez vous tromper et vous amuser à suivre quelque dévo­tion qui ne tend pas au vrai but et superstitieuse. Arélius peignait toutes les faces des images qu'il faisait, à l'air et ressem­blance des femmes qu'il aimait, et chacun peint la dévotion selon sa passion et fantaisie.

Celui qui est adonné au jeûne se tiendra pour bien dévot pourvu qu'il jeûne, quoique son cœur soit plein de rancune ; et n'osant point tremper sa langue dans le vin ni même dans l'eau, par sobriété, n’hésitera pas de la plonger dans le sang du prochain par la médi­sance et calomnie.

Un autre s'esti­mera dévot parce qu'il dit une grande multitude d'oraisons tous les jours, quoiqu'après cela, sa langue répande des paroles fâcheuses, arrogantes et injurieuses parmi ses domestiques et voisins.

L'autre tire fort volontiers l'aumône de sa bourse pour la donner aux pauvres, mais il ne peut tirer la douceur de son cœur pour pardonner à ses ennemis ; l'autre pardonnera à ses ennemis, mais jamais il donnera raison à ses créanciers, que par la force de justice. Tous ces gens-là sont vul­gairement tenus pour dévots, et ne le sont pourtant nullement.

Les gens de Saül cherchaient David dans sa maison; Michol ayant mis une statue dans un lit et l'ayant couverte des habits de David, leur fit accroire que c'était David même qui dormait malade. (I Reg., xix, 11-16.) : Ainsi beaucoup de personnes se couvrent de certaines actions extérieures appartenant à la sainte dévotion, et le monde croit que ce sont des gens vraiment dévots et spirituels; mais en vérité, ce ne sont que des statues et fantômes de dévotion.

La vraie et vivante dévotion, présuppose l'amour de Dieu, comme elle n'est autre chose qu'un vrai amour de Dieu ; mais non pas toutefois un amour tel quel : car, en tant que l'amour divin embellit notre âme, il s'appelle grâce, nous rendant agréa­bles à sa divine Majesté ; en tant qu'il nous donne la force de bien faire, il s'appelle charité; mais quand il est parvenu jusqu’au degré de perfection auquel il ne nous fait pas seulement bien faire, comme il nous fait opérer soigneusement, fréquemment et promptement, alors il s'appelle dévotion.

Les autruches ne volent jamais ; les poules volent, pesamment toutefois, vers le bas et rarement ; mais les aigles, les colombes et les hirondelles volent souvent, vitement et hautement. Ainsi les pécheurs ne volent point en Dieu, ils font toutes leurs courses sur la terre et pour la terre ; les gens de bien qui n'ont pas encore atteint la dévotion volent en Dieu par leurs bonnes actions, mais rarement, lentement et pesamment; les personnes dévotes volent en Dieu fréquemment, promptement et hau­tement.

Bref, la dévotion n'est autre chose qu'une agilité et vivacité spirituelle par le moyen de laquelle la charité fait ses actions en nous, ou nous par elle, promptement et affectionnément ; et comme il appartient à la charité de nous faire généralement

et universellement pratiquer tous les commandements de Dieu, il appartient aussi à la dévotion de nous les faire faire promptement et diligemment.

C'est pourquoi celui qui n'observe pas tous les commandements de Dieu, ne peut être estimé ni bon ni dévot, puisque pour être bon il faut avoir la charité, et pour être dévot il faut avoir, outre la charité, une grande vivacité et promptitude aux actions charitables.

Et puisque la dévotion gît en certain degré d'excellente charité, non seulement elle nous rend prompts et actifs et diligents à l'observation de tous les commandements de Dieu ; mais outre cela, elle nous provoque à faire promptement et affectionnément le plus de bonnes œuvres que nous pouvons, encore qu'elles ne soient aucunement commandées, alors seulement conseillées ou inspirées.

Car ainsi qu'un homme qui est nouvellement guéri de quelque mala­die chemine autant qu'il lui est néces­saire, mais lentement et pesamment, de même le pécheur étant guéri de son iniquité, il chemine autant que Dieu lui commande, pesamment néan­moins et lentement aussi longtemps qu'il faut pour parvenir à la dévotion ; alors, comme un homme bien sain, non seulement il chemine, mais il court et saute dans la voie des comman­dements de Dieu. (ps. cxvIIi, 32), et, de plus, il passe et court dans les sentiers des conseils et inspirations célestes.

Enfin, la cha­rité et la dévotion ne sont non plus différentes l'une de l'autre que la flamme l'est du feu, d'autant que la charité étant un feu spirituel, quand elle est fort enflammée elle s'appelle dévotion : alors que la dévotion n'ajoute rien au feu de la charité, sinon la flamme qui rend la charité prompte, active et diligente, non seulement à

l'observation des commandements de Dieu, mais à l'exercice des conseils et inspirations célestes.

Extrait de : Introduction à la VIE DÉVOTE. St-François De Sales. Texte original 1948

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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 08:53

Trente-trois ans avant le Calvaire, Marie reconnaît que sa mission est d'apporter son Seigneur au genre humain ; et elle est prise d'une telle impatience sainte, qu'elle commence cette mission avant même que son Fils ait vu le jour. Dans ce voyage, j'aime à voir en elle la première infirmière chrétienne qui en plus des soins qu'elle prodigue vient apporter le Christ dans la vie de ses malades : Salut des infirmes, secours des chrétiens, disons-nous dans ses litanies.

Les paroles exactes que Marie prononça ne nous sont pas rapportées. L'évangéliste dit seulement qu'elle salua Élisabeth. Mais remarquez que dès qu'elle eut salué sa cousine, de nouveaux liens sont aussitôt créés. Élisabeth ne s'adresse plus à elle en tant que cousine. Elle dit : « D'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? » (S. Luc 1, 43.)

Marie, maintenant, n'est plus une simple parente, ou la mère d'un autre enfant. Elle est appelée la « Mère de Dieu » ! Mais ce n'est pas tout. L'enfant qu'Élisabeth porte en son sein, et qui plus tard devait être appelé « le plus grand parmi les fils de la femme », par l'enfant que Marie porte en son sein, « se met à tressaillir de joie dans le sein de sa mère » ; nous pourrions aller jusqu'à dire que par cette allégresse, il désirait avancer sa nais­sance en hommage au Roi des rois ! Voici deux enfants qui manifestent une sorte de fraternité avant même d'avoir quitté le sein de leur mère.

Remarquez à quel point Notre-Dame est la médiatrice entre le Christ et les hommes. Tout d'abord, ce fut par elle, comme par une porte du Ciel, qu'il vint en ce monde. Ce fut en elle, ainsi qu'en un miroir de justice que pour la première fois il vit, avec des yeux humains, l'image du monde qu'il avait créé. C'est en elle, sorte de ciboire vivant, qu'il est porté à ce premier banc de com­munion qu'est la maison d'Élisabeth, où un enfant qui n'a pas encore vu le jour, salue en lui l'hôte qui va être l'invité du monde. C'est à sa demande qu'à Cana il met sa puissance divine au ser­vice d'un besoin humain. Et c'est enfin à la Croix que Marie, qui avait donné le Christ au monde, le reçoit une seconde fois en nous, qui sommes indignes du grand nom de chrétiens.

A cause de cette intimité, je me demande s'il n'est pas juste de dire que les hommes cessent d'adorer le Christ par le fait même qu'ils cessent de vénérer la mère du Christ. N'est-il pas vrai, dans les relations humaines, que si un soi-disant ami ignore votre mère lorsqu'il est reçu chez vous, tôt ou tard, il vous igno­rera ? Réciproquement, si les hommes viennent frapper à la porte de Marie, ils s'apercevront que c'est Nôtre-Seigneur lui-même qui répondra.

Si jamais auparavant vous n'avez prié Marie, faites-le main­tenant. Ne comprenez-vous pas que si le Christ lui-même a voulu être formé en elle, physiquement durant neuf mois, puis formé par elle spirituellement durant trente années, c'est auprès d'elle qu'il nous faut aller pour que le Christ puisse se former en nous ? Ayant élevé le Christ, elle seule est capable d'élever un chrétien.

Pour développer cette fraternité spirituelle avec Jésus et Marie, le chapelet est des plus efficace. Le mot chapelet signifie « guirlande de rosés » cueillies dans le jardin de la prière. Cha­que dizaine ne demande que deux ou trois minutes, si bien que le chapelet entier ne prend qu'un peu plus de dix minutes.

Si vous ne le dites pas en entier et à genoux, récitez une dizaine en vous levant le matin, une autre en vous rendant à votre travail ; une autre dizaine en balayant la maison ou à midi, au res­taurant en attendant l'addition ; une autre dizaine juste avant de vous coucher ; et la dernière dizaine, récitez-la au lit, juste avant de vous endormir.

Si vous avez moins de vingt-cinq ans, avant de vous endor­mir vous ne pouvez réciter qu'une dizaine, deux si vous avez qua­rante ans ; mais si vous approchez de soixante ans, vous avez bien le temps d'en réciter douze !

Parce que le « Je vous salue, Marie » est récité si souvent tout au long d'un chapelet, ne croyez pas cette répétition stérile, car chaque fois il évoque un tableau ou un cadre différents, lors­que vous méditez par exemple, sur des mystères tels que la Nativité de Nôtre-Seigneur, la Crucifixion ou la Résurrection. Quand vous étiez enfant et que vous disiez à votre maman que vous l'aimiez, vous ne pensiez pas alors que ces mots pourraient avoir le même sens que lorsque vous les lui avez redits plus tard. Parce que l'affection était sur un autre plan, elle s'exprima d'une façon nouvelle. Chaque jour, c'est le même soleil qui se lève, mais il fait un jour nouveau.

Voici certains des avantages du chapelet :

Si chaque jour de votre vie, vous récitez le chapelet avec dévotion, et tout ce que cela implique, vous ne perdrez jamais votre âme.

Si vous souhaitez la paix dans votre cœur et dans votre famille, et d'abondantes grâces divines pour votre foyer, rassem­blez votre famille chaque soir, et récitez le chapelet.

Si vous désirez convertir une âme à la plénitude de l'amour et de la vie en Dieu, apprenez à cette personne à réciter le chapelet : ou bien elle cessera de le réciter ou elle recevra le don de foi.

Si un nombre suffisant d'entre nous récitait le chapelet chaque jour, la Sainte Vierge obtiendrait de son divin Fils, main­tenant comme dans le passé, le calme après la tempête actuelle, la défaite des ennemis de la civilisation humaine, la véritable paix du cœur pour ceux qui peinent ou qui s'égarent.

Si votre charité s'est refroidie et vous a laissé malheureux et enclin à la médisance, le chapelet, en vous faisant méditer le grand amour de Nôtre-Seigneur pour vous sur la Croix, et l'af­fection de votre Mère pour vous au Calvaire, ranimera votre amour de Dieu et du prochain, et vous rendra cette paix qui dépasse tout entendement.

Ne croyez pas qu'en honorant Notre-Dame par le chapelet vous négligez Nôtre-Seigneur. Avez-vous jamais vu quelqu'un vous ignorer tout en étant bon pour votre mère ? Si Nôtre-Sei­gneur nous a dit : « Voici votre Mère », il convient que nous respections celle qu'il a choisie entre toutes les créatures. De toute manière, que vous le vouliez ou non, sachez qu'il vous faut tou­jours la suivre, car comme l'a dit Francis Thompson :

Il suffit que la céleste Tentatrice se mette à jouer, Pour que tout le genre humain goûte la félicité ; Attirés par vos saintes cajoleries Et la séduction infinie de vos yeux. Faites-nous retrouver le paradis !

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 10:14

Vous est-il parfois arrivé de dire, pour justifier votre égoïsme : « Après tout, il faut bien que je vive ma vie ! »?

La vérité, c'est qu'elle n'est pas réellement votre vie, puisqu'il vous faut la vivre avec tout le monde. Par son étymologie même, la religion n'est pas ce que vous faites dans votre individualité, mais dans vos rapports avec autrui. Vous êtes issu du sein de la société, d'où il découle que l'amour du prochain est inséparable de l'amour de Dieu. « Si quelqu'un dit: « J'aime Dieu », et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur ; comment celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? » (I S. Jean iv, 20.)

A mesure que les dangers se multiplient, la solidarité humaine devient plus évidente. Les hommes sont plus rapprochés moralement dans un abri antiaérien, ou dans un trou d'obus, que dans le bureau d'un homme d'affaires ou à une table de bridge. A mesure que les chagrins augmentent, un sentiment d'unité s'intensifie. C'est pourquoi on peut conjecturer que c'est sur le Calvaire, cette cime tragique dans la vie de notre divin Maître et de sa Mère, que se révélerait le mieux le caractère universel de la religion.

Il est particulièrement intéressant de noter que dans son évangile, saint Jean relate, avant la parole dite du haut de la Croix par Nôtre-Seigneur à sa Mère, le récit de la tunique sans couture que notre divin Maître avait portée et que les soldats étaient en train de tirer au sort. « Quand les soldats eurent cru­cifié Jésus, ils prirent ses vêtements, dont ils firent quatre parts, une pour chaque soldat, et aussi sa tunique. Or la tunique était sans couture, toute d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en bas. » (S. Jean xix, 23.)

Pourquoi, parmi tous les détails de la Passion, celui de cette tunique lui revient-il soudain à l'esprit ? C'est parce qu'elle avait été tissée par Marie. Cette tunique était si belle que ces criminels endurcis refusèrent de la déchirer. Selon la coutume, ils avaient droit aux vêtements de ceux qu'ils crucifiaient. Mais cette fois les criminels refusèrent de se partager la dépouille. Ils la jouèrent aux dés, afin que le gagnant eût la tunique entière.

Après avoir cédé ses vêtements à ceux qui les tirent au sort, Jésus sur le Calvaire va céder maintenant celle qui tissa la tunique sans couture. Notre divin Maître jette un regard sur les deux êtres qu'il a le plus aimés sur terre : Marie et Jean. Il s'adresse d'abord à sa Sainte Mère. Il ne l'appelle pas « Mère », mais « Femme ».

Comme saint Bernard le remarque avec dévotion, s'il l'avait appelée « Mère » elle aurait été uniquement sa Mère. Mais pour indiquer qu'elle devient à ce moment la Mère de tous ceux qu'il rachète, il lui donne ce titre de maternité universelle « Femme ». Puis, désignant d'un signe de tête son disciple bien-aimé qui est présent, il ajoute : « Voici ton fils ». Il ne l'appelle pas Jean, car s'il le faisait, Jean ne serait que le fils de Zébédée ; il ne le désigne pas par son nom, afin qu'il puisse représenter toute l'hu­manité.

C'était comme si Nôtre-Seigneur avait dit à sa Mère : « Vous avez déjà un Fils, et ce Fils c'est moi. Vous ne pouvez en avoir d'autre. Tous les autres seront en moi comme les sarments sont sur la vigne. Jean ne fait qu'un avec moi, et moi avec lui. C'est pourquoi je ne dis pas : « Voici un autre fils ! » mais « Me voici en Jean, et voici Jean en moi ».

C'était une sorte de testament. A la dernière Cène, il avait légué son corps et son sang à l'humanité. « Ceci est mon corps ! Ceci est mon sang ! » Maintenant il léguait sa Mère : « Voici ta Mère ». Notre divin Maître établissait, à ce moment, de nou­veaux liens de parenté ; une parenté par laquelle sa propre Mère devenait la mère de tous les hommes, tandis que nous devenions ses enfants.

Ce nouveau lien n'était pas charnel, mais spirituel, car il est d'autres liens que ceux du sang. Si le sang est plus épais que l'eau, l'esprit est plus important que le sang. Tous les hommes sans distinction de couleur, de race, de sang, ne font qu'un dans l'Esprit : « Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est pour moi frère, sœur et mère ». (S. Matthieu xii, 50.)

Dans le Christ, Marie avait vu Dieu ; maintenant son Fils lui demandait de voir ce même Christ dans tous les chrétiens. Il ne lui demandait pas d'aimer un autre que lui, mais il serait désor­mais dans tous ceux qu'il avait rachetés. La veille il avait prié pour que tous ne fassent qu'un en lui, comme il n'y a qu'une même vie pour la vigne et ses sarments. Maintenant il instituait Marie gardienne non seulement de la vigne mais aussi des sar­ments, dans le temps et l'éternité. Elle avait donné le jour au Roi ; et maintenant elle engendrait le royaume.

L'idée même de cette Épouse de l'Esprit devenant la Mère du genre humain nous accable, non pas parce que c'est Dieu qui la pensa, mais bien parce que nous y pensons trop rarement. Nous sommes si accoutumés à voir la Madone avec l'Enfant à Bethléhem, que nous oublions que c'est cette même Madone qui nous soutient, vous et moi, au Calvaire.

A la crèche, le Christ n'était qu'un nouveau-né ; au Calvaire, il est le chef de l'humanité rachetée. A Bethléhem, Marie était la Mère du Christ ; sur le Calvaire elle devient la Mère des chré­tiens. Dans l'étable ce fut sans souffrance qu'elle mit son Fils au monde et devint la Mère de joie ; à la Croix, elle nous enfanta dans la douleur et devint la Reine des martyrs. En aucun cas une femme n'oublie l'enfant de ses entrailles.

Lorsque Marie entendit Nôtre-Seigneur établir cette nouvelle parenté, elle se souvint nettement du début de ces liens spiri­tuels. Comme celle de Jésus, la troisième parole de Marie se rapportait à la parenté. Il y avait bien longtemps de cela.

Quand l'ange lui eut annoncé qu'elle serait la Mère de Dieu, ce qui eut suffi à la lier à tout le genre humain, il ajouta qu'Élisabeth, sa cousine avancée en âge, était alors enceinte : « Et voici qu'Élisabeth, votre parente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et ce mois-ci est le sixième pour elle que l'on appelait stérile, car rien ne sera impossible pour Dieu ». Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole ! » Et l'ange la quitta.

En ces jours-là, Marie partit et s'en alla en hâte vers la montagne, en une ville de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. Et elle s'écria à haute voix, disant : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car votre voix, lorsque vous m'avez saluée, n'a pas plus tôt frappé mes oreilles, que l'enfant a tres­sailli de joie dans mon sein. Heureuse celle qui a cru ! Car elles seront accomplies les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur ! » (S. Luc i, 36-45.)

On admet, à juste titre, que nul mieux qu'une femme qui porte un enfant, ne peut décliner tout service envers autrui. Si l'on ajoute à ceci, noblesse oblige, le fait que cette femme porte en elle le Maître de l'univers, entre toutes les créatures elle aurait le droit de se croire dispensée des obligations sociales et des devoirs envers ses voisins. Les femmes dans cette condition ne vont pas servir, mais se font servir.

Or nous voyons ici la plus grande de toutes les femmes devenir la servante des autres. Sans se targuer de sa dignité en disant : « Je suis la Mère de Dieu », mais comprenant que sa cousine âgée pouvait avoir besoin d'elle, cette Reine enceinte, au lieu d'attendre son heure dans une paisible retraite, comme le font les autres femmes, monte sur un âne, fait un voyage de cinq jours dans la montagne, et a une telle conscience de la fraternité spiri­tuelle que, selon le langage de l'Écriture Sainte, elle le fait « en hâte ». (S. Luc 1, 39.) A suivre.

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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