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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 09:53

Et parce que nos croix diffèrent, nos âmes aussi connaîtront une gloire différente. Trop souvent nous pensons qu'au Ciel il y aura une sorte d'équivalence avec nos positions sociales d'ici-bas ; que par exemple les domestiques sur terre, seront domestiques au ciel ; que les personnalités sur terre seront des personnalités au ciel. Ce n'est pas vrai.

Dieu tiendra compte de nos croix. Il sembla le suggérer dans la parabole de l'homme riche et de Lazare : « Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et pareil­lement Lazare ses maux. Maintenant il est consolé ici, et toi tu souffres. » (S. Luc XVI, 25.)

Il y aura une brillante récompense pour ceux qui souffrent ici-bas. Du fait que nous vivons dans un monde où la position sociale est basée sur la richesse, nous oublions trop que dans le royaume de Dieu, les notables sont ceux qui font sa volonté. Les premiers seront les derniers, et les derniers les premiers, car Dieu ne tient pas compte des personnes.

Une dame riche et haut placée dans la société arriva au ciel. Saint Pierre lui montra une belle demeure et lui dit : « Voici la maison de votre chauffeur ». « Eh bien ! dit-elle, si c'est là sa maison, quelle va être la mienne ! » Désignant une minuscule chaumière, saint Pierre lui dit alors : « Voilà la vôtre ». « Impos­sible, je ne puis vivre là-dedans ! » s'exclama-t-elle. Et saint Pierre de répondre : « Je regrette beaucoup, mais c'est tout ce que j'ai pu faire avec les matériaux que vous m'avez envoyés ! » Ceux qui ont souffert, comme le bon larron, ont envoyé à l'avance des matériaux de bonne qualité.

Qu'importe ce que vous faites ici-bas ; ce qui importe, c'est l'amour que vous y mettez. Le balayeur de rues qui, au nom de Dieu, accepte une croix due à sa position dans la vie, par exem­ple le mépris de ses concitoyens ; une mère de famille qui dit son fiât à la volonté de Dieu et élève ses enfants pour le royaume de Dieu ; les malades dans les hôpitaux qui disent leur fiât à la dou­leur qui les crucifie, sont des saints non canonisés, car qu'est-ce que la sainteté sinon une fixité dans le bien, acquise en s'aban­donnant à la volonté suprême de Dieu.

Il est typiquement américain de croire, qu'à moins de faire quelque chose de grand, on ne fait rien. Mais du point de vue chrétien, une chose n'est pas plus grande qu'une autre. L'impor­tance provient de la façon dont notre volonté utilise les choses. C'est pourquoi balayer un bureau pour l'amour de Dieu est plus important que diriger ce même bureau pour l'amour de l'argent.

La plupart de nos misères et de nos malheurs proviennent de notre révolte contre notre condition présente, augmentée de fausse ambition. Nous en arrivons à critiquer toute personne plus haut placée, comme si son manteau d'honneur avait été volé sur nos épaules. Soyez assurés que si la volonté de Dieu est que nous accomplissions une certaine tâche, elle sera accomplie, même si le monde entier s'insurgeait pour dire « non ». Mais si nous obte­nons cet honneur en abandonnant la vérité et l'humilité, il sera amer comme l'absinthe et le fiel.

Chacun d'entre nous doit louer et aimer Dieu à sa propre manière. L'oiseau loue Dieu en chantant, la fleur en s'épanouis­sant, les nuages par leurs ondées, le soleil par son éclat, la lune par sa clarté, et chacun d'entre nous par sa patience et sa résigna­tion aux épreuves de sa condition.

Au fond, votre vie ne comprend que deux choses : 1° des devoirs actifs, des circonstances passives. Les premiers dépen­dent de vous ; faites-les au nom de Dieu. Les secondes échappent à votre contrôle ; il faut vous y soumettre au nom de Dieu. Ne considérez que le présent ; abandonnez le passé à la justice de Dieu et l'avenir à sa providence. La perfection de la personnalité ne consiste pas à connaître les desseins de Dieu, mais à s'y sou­mettre à mesure que les circonstances de la vie nous les révèlent.

En réalité, il n'y a qu'un raccourci dans la voie de la sain­teté, c'est celui que Marie choisit dans la Visitation, celui que Nôtre-Seigneur choisit à Gethsémani, celui que le voleur choisit sur la croix — c'est l'abandon à la volonté de Dieu.

Si l'or, dans les entrailles de la terre, ne disait pas son fiât au mineur puis à l'orfèvre, jamais il ne deviendrait le calice de l'autel. Si le crayon ne disait pas son fiât entre les doigts de l'écrivain, jamais nous n'aurions le poème ; si Notre-Dame n'avait pas dit son fiât à l'ange, jamais elle ne serait devenue la Maison d'Or ; si Nôtre-Seigneur n'avait pas dit fiât à la volonté du Père à Gethsémani, jamais nous n'aurions été rachetés ; si le voleur n'avait pas dit fiât dans le fond de son cœur, jamais il n'aurait escorté le Maître pour entrer au Paradis.

Ce n'est qu'à cause de notre refus de laisser Dieu agir en nous que nous sommes ce que nous sommes, des chrétiens mé­diocres, débordants d'enthousiasme un jour, et abattus le lende­main. Comme du marbre rebelle, nous nous révoltons contre la main du sculpteur ; comme une toile sans vernis, nous redoutons les touches de couleurs du Divin Artiste. Nous craignons telle­ment qu' « en Le recevant, nous n'ayons à renoncer à tout » et nous oublions qu'il n'y a plus à se soucier des étincelles lorsqu'on possède tout le feu de l'amour, ni de l'arc quand on a le cercle parfait.

Nous commettons toujours l'erreur fatale de croire que ce qui compte c'est ce que nous faisons, alors que ce qui compte en réalité, c'est ce que nous laissons Dieu faire en nous. Dieu envoya l'ange à Marie, pour lui demander, non pas de faire quel­que chose, mais d'accepter que quelque chose fût fait.

Puisque Dieu est un meilleur ouvrier que vous, plus vous vous abandonnez à lui, plus il peut vous rendre heureux. S'il est bien d'être arrivé par ses propres moyens, il est mieux encore d'être arrivé par l'aide de Dieu.

Il est certain que Dieu vous aimera, même si vous ne l'aimez pas, mais rappelez-vous que si vous ne lui donnez que la moitié de votre cœur, il ne pourra vous rendre heureux qu'à moitié. Vous objectez qu'alors vous ne jouissez de la liberté que pour la sacrifier ? A qui la sacrifiez-vous ? Vous la sacrifiez aux inspira­tions du moment, à votre égoïsme, aux créatures, ou à Dieu ?

Savez-vous bien que si vous sacrifiez votre liberté à Dieu, au ciel vous ne serez plus libre de choisir, parce que possédant ce qui est parfait, il n'y a plus à choisir. Et pourtant vous serez par­faitement libre, car vous ne ferez qu'un avec celui dont le Cœur est liberté et amour !

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 08:43

De même, chacun de nous a sa croix. Nôtre-Seigneur a dit : « Si quelqu'un veut venir à ma suite. » (S. Marc viii, 34.) Il n'a pas dit : « Prenez ma Croix. » Ma croix n'est pas la même que la vôtre, et la vôtre n'est pas la même que la mienne. Chaque croix est faite sur mesure, façonnée pour convenir à un être, mais à nul autre.

C'est pourquoi nous disons : « Ma croix est dure. » Nous pensons que les croix des autres sont plus légères, en oubliant que notre croix est dure pour la seule et simple raison que c'est la nôtre. Nôtre-Seigneur ne fit pas sa Croix ; elle fut faite pour lui. Ainsi la vôtre est faite par les circonstances de votre vie, et par la routine de vos devoirs. C'est pourquoi elle vous pèse tant. Les croix ne sont pas faites en série.

Nôtre-Seigneur s'occupe de chaque âme séparément. Il se peut que, sous la couronne d'or que nous désirons, se trouve la couronne d'épines, mais les héros qui choisissent la couronne d'épines trouvent souvent par-dessous la couronne d'or. Même ceux qui semblent en être exempts, ont cependant leur croix.

Nul n'aurait jamais soupçonné qu'en se soumettant à la volonté de Dieu par son acceptation de devenir la Mère de Dieu, Marie aurait à porter sa croix. Il semblerait aussi, qu'étant préservée du péché originel, elle serait dispensée des peines de ce péché, de la douleur par exemple. Pourtant cet honneur lui valut sept croix, et finit par faire d'elle la Reine des martyrs.

Donc il y a autant de sortes de croix que de personnes : croix du chagrin et du malheur, croix de la misère, croix de l'insulte, croix de l'amour déçu et croix de l'échec.

Il y a la croix des veuves. Souvent Nôtre-Seigneur parle d'elles, par exemple dans la parabole du juge et de la veuve (S. Luc XVIII, 1-8.), quand il blâma les Pharisiens qui « dévorent les maisons des veuves » (S. Marc XII, 40.) ; quand il parla à la veuve de Naïm (S. Luc VII, 12.), et quand il loua la veuve qui mit deux leptes dans le trésor du Temple. (S. Marc XII, 42.) Il leur accorda une attention spéciale peut-être parce que sa Mère était veuve, car Joseph, son père nourricier, était sans doute déjà mort.

Lorsque Dieu enlève un être à nos affections, c'est toujours pour une bonne raison. Quand les moutons ont brouté jusqu'à éclaircir l'herbe sur le flanc du coteau, le berger prend un agneau dans ses bras, l'emporte sur la montagne où l'herbe est verte, et le dépose là ; et bientôt tous les autres moutons viennent à sa suite. De temps à autre, Nôtre-Seigneur retire un agneau dans le champ aride d'une famille pour l'emmener vers ces verts pâturages célestes, afin que le reste de la famille puisse fixer les yeux sur la vraie patrie, et suivre le même chemin.

Il y a aussi la croix de la maladie qui toujours a un but divin. Nôtre-Seigneur a dit : « Cette maladie n'est pas mortelle, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu en soit glorifié. » (S. Jean XI, 4.) La résignation à cette sorte de croix particulière est une des plus hautes formes de prière. Malheu­reusement, les malades désirent généralement faire tout autre chose que ce que Dieu leur demande.

La tragédie de ce monde n'est pas tant l'existence de la souffrance que son gaspillage. Ce n'est que lorsqu'une bûche est jetée dans le feu qu'elle commence à crépiter. De même le voleur ne commença à trouver Dieu que lorsqu'il fut jeté dans le brasier de la croix. Ce n'est que dans la souffrance que certains commen­cent à découvrir l'amour. (a suivre)

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 09:05

La volonté, est la seule chose au monde, qui nous appartienne de façon définitive et absolue. Santé, pouvoir, richesse et honneur peuvent nous être arrachés, mais notre volonté nous appartient irrévocablement, même en enfer. D'où il découle que rien n'importe vraiment dans la vie, sinon ce que nous faisons de notre volonté. C'est ce qu'illustre l'histoire des deux voleurs crucifiés de chaque côté de Nôtre-Seigneur, car c'est le drame des volontés.

Au début, les deux voleurs blasphémaient. Il n'y avait pas de bon larron au commencement de la Crucifixion. Mais quand le voleur de droite entendit l'Homme sur la Croix centrale pardonner à ses bourreaux, son âme connut un revirement,

II commença à accepter son malheur. Il considéra sa croix plutôt comme un joug que comme un gibet, il s'abandonna à la volonté de Dieu, et, s'adressant au voleur révolté de gauche, lui dit : « Tu n'as pas même la crainte de Dieu, toi qui subis la même condamnation ! Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce que méritent les choses que nous avons faites ; mais lui n'a rien fait de mal. » (S. Luc XXIII, 40-41.)

Alors, de son cœur déjà si soumis à son Sauveur, jaillit cette supplique : « Jésus, souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume. » (S. Luc XXIII, 42.) Et il lui fut immédia­tement répondu : « Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis » (S. Luc XXIII. 43.)

« Tu. » Dieu considère chacun de nous individuellement. Il appela sa brebis par son nom. Ce fut le fondement de la démocratie chrétienne. Au regard de Dieu, toute âme est précieuse, même celles que l'État rejette et tue.

Au pied de la Croix, Marie fut témoin de la conversion du bon larron, et son âme se réjouit de le voir accepter la volonté de Dieu. La seconde parole de son divin Fils, promettant le paradis en récompense de cette soumission, lui rappela la seconde parole qu'elle avait prononcée trente ans auparavant, quand l'ange lui était apparu pour lui dire qu'elle serait la Mère de celui qui maintenant se mourait sur la Croix.

Dans sa première parole, elle demandait comment cela se ferait puisqu'elle ne connaissait point l'homme. Mais quand l'ange lui eût dit qu'elle concevrait du Saint-Esprit, Marie répondit immédiatement : « Qu'il me soit fait selon votre parole ! » (S. Luc 1, 38.)

Ce fut l'un des grands Fiat du monde. Le premier fut au moment de la Création quand Dieu dit : « Fiat Lux ; que la lumière soit ; » il y en eut un autre à Gethsémani, quand le Sauveur s'écria, en approchant de ses lèvres le calice de la rédemption : Fiat voluntas tua : « Que votre volonté soit faite. » (S. Matt., xxvi, 42.) Le troisième fut celui que Marie prononça dans une humble maison de Nazareth, et qui se révéla comme une déclaration de guerre contre l'empire du mal : « Qu'il me soit fait selon votre parole ! » (S. Luc I, 38.)

La seconde parole de Jésus sur le Golgotha et la seconde parole de Marie à Nazareth nous enseignent la même leçon: Sur terre, chacun a sa croix, mais il n'y a pas deux croix iden­tiques. La croix du voleur n'était pas la croix de Marie, car à l'égard de chacun d'eux la volonté de Dieu était différente. Le voleur devait donner sa vie ; et Marie accepter la vie. Le voleur devait être pendu à sa croix, et Marie se tenir debout sous la sienne. Le voleur devait aller de l'avant, et Marie rester en arrière. Le voleur recevait son congé, et Marie une mission. Le

voleur devait être reçu en paradis, mais c'est le paradis qui allait être reçu en Marie. (a suivre)

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 08:42

Il existe une université où l'on pourrait désapprendre…

Dédiée à Marie, Reine du Saint Rosaire, Gracieuse Patronne des États-Unis. Pour lui demander humblement, que par son Cœur Immaculé, le monde puisse retrouver le chemin du Cœur sacré de son divin Fils.

Un millier d'années avant la naissance de Nôtre-Seigneur vivait un des plus grands parmi tous les poètes : l'illustre poète grec Homère. Deux grands poèmes épiques lui sont attribués : l'Iliade et l'Odyssée. Le héros de l'Iliade ne fut pas Achille, mais Hector, le chef des Troyens ennemis, qu'Achille vainquit et tua. Le poème se termine par le panégyrique non pas d'Achille, mais d'Hector le vaincu.

L'autre poème, l'Odyssée, a pour héros non pas Ulysse, mais Pénélope, sa femme, qui lui fut fidèle durant les années de ses voyages. Comme les prétendants lui faisaient une cour pressante, elle leur promit de les écouter lorsqu'elle aurait fini de tisser le vê­tement qu'ils voyaient sur son métier. Mais chaque nuit, elle défai­sait ce qu'elle avait tissé durant le jour, et ainsi resta fidèle jus­qu'au retour de son époux. « De toutes les femmes, disait-elle, je suis la plus affligée. » Comme on pourrait bien lui appliquer cette citation de Shakespeare : « Le malheur siège dans mon âme comme sur un trône. Ordonnez aux rois de venir s'incliner devant lui ».

Durant un millier d'années avant la naissance de Nôtre-Seigneur, l'antiquité païenne retentit de ces deux récits du poète qui jette en pâture à l'histoire ce défi étrange d'exalter un homme vaincu, et de s'incliner devant une femme malheureuse. Et au cours des siècles ultérieurs, on se demanda comment il était possible d'être victorieux dans la défaite, et glorieux dans le malheur. Et jamais il n'y eut de réponse, jusqu'au jour où vint celui qui fut glorieux dans sa défaite : le Christ sur la Croix ; et celle qui fut sublime dans le malheur : Sa sainte Mère au pied de la Croix.

Il est intéressant de remarquer que Nôtre-Seigneur parla sept fois sur le Calvaire, et que sept fois dans les Saintes Écritures on rapporte les paroles de sa Mère. Sa dernière parole notée fut dite aux noces de Cana, lorsque son divin Fils commença sa vie publique. Maintenant que le soleil s'était levé, la lune pouvait disparaître. Maintenant que la Parole s'était exprimée, point n'était besoin d'autres paroles.

Sur les sept paroles de Marie, saint Luc nous en rapporte cinq qu'il n'a pu tenir que d'elle-même. Saint Jean rapporte les deux autres. On peut se demander si, alors que Nôtre-Seigneur prononçait chacune de ses sept paroles, notre sainte Mère au pied de la Croix ne pensait pas à chacune de ses propres paroles qui y correspondaient. Tel sera le sujet de notre méditation: les sept paroles de Nôtre-Seigneur sur la Croix, et les sept paroles de la vie de Marie.

Les hommes ne peuvent supporter la faiblesse. Dans un cer­tain sens, les hommes sont le sexe faible. Il n'est rien qui déso­riente un homme autant que les larmes d'une femme. C'est pour­quoi les hommes ont besoin de la force et de l'inspiration de femmes qui ne s'affaissent pas en cas de crise. Il leur faut quel­qu'un non pas écroulé au pied de la Croix, mais debout comme le fut Marie. Jean s'y trouvait aussi ; il la vit debout, et il le nota dans son Évangile.

D'ordinaire, lorsque des innocents ont à souffrir entre les mains de juges impies, leurs dernières paroles sont soit « Je suis innocent », soit « La justice est corrompue ». Mais ici, pour la première fois dans l'histoire du monde, voici un condamné qui ne demande pas plus le pardon de ses péchés, car il est Dieu, qu'il ne proclame son innocence, car les hommes ne peuvent être les juges de Dieu. Il intercède plutôt en faveur de ceux qui le tuent: «Père, pardonnez-leur, car ils ne connaissent pas ce qu'ils font ». (S. Luc XXIII, 34.)

Marie, sous le gibet, entendit son divin Fils prononcer cette première parole. Lorsqu'elle l'entendit dire « ne connaissent pas » je me demande si elle se souvint de sa première parole, qui, elle aussi, comprenait ces mots : « ne connais pas ».

C'était lors de l'Annonciation, la première bonne nouvelle qui parvenait à la terre depuis des siècles. L'ange lui annonça qu'elle allait devenir la Mère de Dieu. « Voici que vous concevrez, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus, Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin.» Marie dit à l'ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? » (S. Luc 1, 31-34.)

Ces paroles de Jésus et Marie semblent suggérer qu'il y a parfois de la sagesse à ne pas savoir. L'ignorance ici, est repré­sentée non comme un remède, mais comme une bénédiction. Cela choque plutôt notre sensibilité moderne qui prône tant l'instruction, mais c'est parce que nous ne faisons pas de distinction entre la vraie et la fausse sagesse. Saint Paul appelle « sottise » la sagesse du monde, et Nôtre-Seigneur remercia Son Père céleste de n'avoir pas révélé la sagesse céleste aux sages de ce monde. (S. Luc. X, 21.)

L'ignorance qui est ici vantée n'est pas l'ignorance de la vérité, mais l'ignorance du mal. Remarquez-le tout d'abord dans la parole de notre Sauveur envers ses bourreaux : il entendait par là qu'il pouvait leur être pardonné parce qu'ils ne comprenaient pas leur crime terrible. Ce n'était pas leur savoir qui les sauverait, mais leur ignorance. S'ils savaient ce qu'ils faisaient en flagellant les mains de celui qui est la miséricorde éternelle, en perçant les pieds du bon Pasteur, en couronnant d'épines la tête de la sagesse incarnée, et s'ils continuaient à le faire, jamais ils n'au­raient été sauvés. Ils auraient été damnés ! Seule leur ignorance rendit possible pour eux la rédemption et le pardon. Comme le leur dit saint Pierre à la Pentecôte : « Je sais bien que vous avez agi par ignorance, ainsi que vos magistrats ». (Actes III, 17.)

Comment se fait-il que vous et moi, par exemple, puissions pécher un millier de fois et être pardonnes et que les anges qui n'ont péché qu'une seule fois, soient éternellement damnés ? La raison en est que les anges savaient ce qu'ils faisaient. Les anges voient les conséquences de chacun de leurs actes aussi nettement que vous voyez qu'une partie ne peut jamais être plus grande que le tout. Ce jugement établi, vous ne pouvez plus le reprendre. Il est irrévocable ; il est éternel.

Or les anges virent les conséquences de leur choix avec une netteté plus grande encore. C'est pourquoi quand ils prirent une décision, ils la prirent en toute connaissance de cause, et il n'y eut plus moyen de la reprendre. Ils étaient damnés à jamais. Comme les responsabilités de la connaissance sont effrayantes ! Ceux qui connaissent la vérité sont jugés plus sévèrement que ceux qui ne la connaissent pas. Comme Nôtre-Seigneur l'a dit : « Si je n'étais pas venu... ils n'auraient pas de péché ». (S. Jean XV, 22.)

La première parole que notre sainte Mère prononça à l'Annonciation révèle la même leçon. Elle dit: «Je ne connais pas d'homme ». Pourquoi le fait de ne pas connaître l'homme avait-il une certaine valeur ? Parce qu'elle avait consacré sa virginité à Dieu. Au moment où chaque femme aspirait au privilège d'être la Mère du Messie, Marie renonça à cet espoir, et c'est à elle qu'il fut donné ! Elle refusa de discuter avec un ange toute espèce de compromis de sa grande décision.

Si pour devenir la Mère de Dieu, il lui fallait renoncer à son vœu, elle ne pouvait admettre un tel abandon, connaître l'homme serait un péché pour elle, quoiqu'en d'autres circonstances cela n'en eût pas été un. Ne pas connaître l'homme est une forme de l'ignorance, mais cela devient ici une telle bénédiction, qu'en un instant le Saint-Esprit la couvre de son ombre, faisant d'elle un ciboire vivant, et lui accordant le privilège de porter en elle durant neuf mois l'Invité qui est l'Hôte du monde.

Ces premières paroles de Jésus et de Marie suggèrent qu'il y a du mérite à ne pas connaître le mal. Vous vivez dans un monde où ceux qui passent pour les sages de ce monde disent : « Vous ne connaissez pas la vie ; vous n'avez jamais vécu ». Ils prétendent qu'on ne peut connaître que par l'expérience — expé­rience non seulement du bien, mais aussi du mal.

Ce fut avec un mensonge de cette sorte que Satan tenta nos premiers parents. Il leur dit que Dieu leur défendait de manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal parce que Dieu ne voulait pas qu'ils fussent aussi sages qu'il l'était lui-même. Satan ne leur dit pas que s'ils acquéraient une certaine connaissance du bien et du mal, elle serait très différente de la connaissance de Dieu.

Dieu ne connaît le mal que de façon abstraite, c'est-à-dire par la négation de sa bonté et de son amour. Mais l'homme le con­naîtrait de façon concrète et expérimentale, et ainsi, deviendrait esclave, dans une certaine mesure, de ce mal dont il ferait l'expé­rience. Par exemple, Dieu désirait que nos premiers parents con­nussent la fièvre typhoïde, comme la connaît un docteur en bonne santé. Il ne voulait pas qu'ils la connussent comme le malade qui en est frappé. Et depuis le jour du grand mensonge jusqu'à nos jours, personne n'a gagné à connaître le mal par expérience.

Examinez votre propre vie. Si vous connaissez le mal par expérience, êtes-vous plus savant pour cela ? N'avez-vous pas méprisé ce mal, et n'êtes-vous pas plus malheureux d'en avoir fait l'expérience ? Il se peut même que vous soyez devenu l'esclave de ce mal. Combien de fois les blasés ne disent-ils pas : « Si seule­ment je n'avais jamais goûté à l'alcool » ou « comme je déplore le jour où j'ai volé mon premier dollar » et « si seulement je n'avais jamais connu cette personne ». Comme vous auriez été plus raisonnable si vous aviez été ignorant !

Que de fois vous n'avez découvert le principe qui inspira une loi que vous jugiez arbitraire et dépourvue de sens qu'après avoir violé cette loi. Étant enfant, vous ne pouviez comprendre pour­quoi vos parents vous défendaient de jouer avec des allumettes, et ce n'est qu'en vous brûlant que vous étiez convaincu du bien-fondé de cette défense. Ainsi le monde, pour avoir violé la loi morale de Dieu, apprend par la guerre, les dissensions et la mi­sère, la sagesse de la loi. Et alors, comme le monde aimerait désapprendre cette fausse connaissance !

Donc, ne croyez pas que pour « connaître la vie » il faille « faire l'expérience du mal ».

Un docteur est-il plus savant parce qu'il est terrassé par la maladie ? Apprenez-vous la propreté en vivant dans des égouts ? Savons-nous ce qu'est l'instruction en faisant l'expérience de la stupidité ? Connaissons-nous la paix en combattant ? Connaissons-nous les joies de la vue en étant aveu­glés ? Devenez-vous meilleur pianiste en faisant des fausses notes ? Point n'est besoin d'être ivre pour savoir ce qu'est l'ivresse.

Ne croyez pas trouver une excuse en disant que « les tenta­tions sont trop fortes » ou que « les vertueux ne savent pas ce qu'est la tentation ». Les gens de bien en savent plus sur la force des tentations que ceux qui y succombent. Comment connaissez-vous la force du courant d'une rivière ? En nageant avec le cou­rant, ou contre lui ? Dans une bataille, comment pouvez-vous esti­mer la force de l'ennemi ? En étant fait prisonnier ou en combat­tant ? Comment pouvez-vous connaître la force d'une tentation à moins de la vaincre ? Nôtre-Seigneur comprend vraiment mieux que quiconque la puissance de la tentation, parce qu'il triompha des tentations de Satan.

La grande erreur de l'éducation moderne c'est de croire que l'ignorance est la cause de l'existence du mal dans le monde, et que par conséquent si nous entassons plus de faits dans l'esprit des jeunes, nous les rendrons meilleurs. Si c'était vrai, nous serions le peuple le plus vertueux de l'histoire du monde, parce que nous sommes le mieux instruit.

Les faits, pourtant, indiquent le contraire : jamais aupara­vant l'éducation ne fut autant poussée, jamais auparavant on n'arriva si peu à connaître la vérité. Nous oublions que l'igno­rance vaut mieux que l'erreur, en confondant scientia et sapientia. Une grande partie de l'éducation moderne rend l'esprit sceptique quant à la sagesse de Dieu. Les jeunes ne sont pas nés sceptiques, mais ils peuvent le devenir par une éducation faussée. Le monde moderne se meurt, empoisonné par le scepticisme.

L'erreur de l'éducation sexuelle est de croire que si les enfants connaissent les effets nuisibles de certains actes, ils s'abstiendront de ces mêmes actes. On prend comme exemple que si vous saviez qu'il y a un cas de fièvre typhoïde dans une maison, vous n'y entreriez pas. Mais ce que ces éducateurs oublient, c'est que l'instinct sexuel n'est pas du tout comme l'attrait de la fièvre typhoïde. Personne ne sent le besoin de forcer la porte d'un malade atteint de cette fièvre, mais on ne peut en dire autant de la sexualité. Il existe un instinct sexuel, mais il n'y a pas d'instinct typhique.

La connaissance sexuelle ne rend pas nécessairement raison­nable ; elle peut faire désirer le mal, surtout lorsque nous appre­nons que les conséquences nocives peuvent être évitées. L'hygiène sexuelle ne peut pas être confondue avec la moralité, ni le savon avec la vertu. Le mal ne provient pas de l'insuffisance de notre connaissance, mais de la perversité de nos actes.

C'est pourquoi dans nos écoles catholiques, nous exerçons et disciplinons la volonté aussi bien que nous formons l'intelli­gence, car nous savons que le caractère se révèle par ce que nous choisissons, et non par ce que nous savons. Chacun d'entre nous en sait assez pour être vertueux, même avant l'âge scolaire. Ce qu'il nous faut apprendre, c'est à faire mieux.

Si nous oublions le fardeau de notre nature déchue et les nombreuses tendances au mal, dues au fait que nous nous y sou­mettons, nous nous trouvons bientôt enchaînés comme Samson, et toute l'éducation du monde est incapable de briser ces chaînes. L'éducation tend parfois à expliquer ces chaînes et nous les pré­sente comme des sortilèges, mais seul l'effort de la volonté, en plus de la grâce de Dieu, peuvent nous libérer de leurs servitudes. Sans l'aide de ces deux sources d'énergie, jamais nous ne ferons un iota de plus que dans le passé.

Par conséquent, entraînez vos enfants et vous-mêmes dans la vraie sagesse qui est la connaissance de Dieu et dans l'igno­rance de ce qui est mal. On n'est pas attiré par ce qu'on ignore ; être ignorant du mal, c'est ne pas le désirer. Aucune joie n'est comparable à l'innocence.

Sur la Croix et dans son ombre se trouvaient les deux per­sonnages les plus innocents de toute l'histoire : Jésus était totalement innocent, parce qu'il est le Fils de Dieu ; Marie était Imma­culée parce qu'elle fut préservée du péché originel, en vertu des mérites de son divin Fils. Ce fut leur innocence même qui rendit leurs souffrances si poignantes.

Les gens qui vivent dans la crasse, se rendent rarement compte de ce qu'est la crasse. Ceux qui vivent dans le péché comprennent à peine l'horreur du péché. Ce qu'il y a d'effrayant surtout dans le péché, c'est que plus on s'y plonge, moins on le reconnaît. On en arrive à si bien s'identifier à lui, qu'on ne sait plus ni dans quel abîme on a sombré, ni de quelle hauteur on est tombé.

On n'a jamais conscience d'avoir dormi avant de se réveiller ; et l'on n'a jamais conscience de l'horreur du péché avant d'en être sorti. C'est pourquoi, seuls ceux qui sont innocents savent vrai­ment ce qu'est le péché.

Et puisque l'innocence, à son degré suprême, se trouvait sur la Croix et au pied de la Croix, il s'ensuit que la douleur suprême s'y trouvait également. Par cette absence même du péché, on y trouvait la suprême compréhension de son horreur. Ce fut leur innocence, et leur ignorance du mal, qui constituèrent l'agonie de Jésus et de Marie au Calvaire.

A Jésus qui pardonna à ceux qui « ne connaissent pas », à Marie qui gagna Dieu parce qu'elle pouvait dire « Je ne connais pas », demandez la grâce de ne pas connaître le mal et ainsi d'être vertueux.

Sincèrement, si en ce moment même, vous aviez le choix entre en savoir davantage sur le monde, et désapprendre le mal que vous connaissez, ne préféreriez-vous pas désapprendre plutôt qu'apprendre ? Ne seriez-vous pas meilleur, débarrassé de votre perversité que drapé dans les parchemins de vos diplômes ?

N'aimeriez-vous pas être tel qu'aux fonts baptismaux, quand vous sortiez des mains de Dieu, sans cette connaissance du monde accumulée dans votre esprit, afin que pareil à un calice vide, vous puissiez passer votre vie à le remplir du vin de son amour ? Le monde vous dirait ignorant, et ne sachant rien de la vie. Ne le croyez pas — vous auriez la vie ! Donc vous seriez un des êtres les plus savants du monde.

L'erreur est tellement répandue dans le monde, de nos jours, les domaines où le mal est expérimenté et vécu sont si vastes, que ce serait vraiment une bénédiction si quelque âme généreuse fondait une université où l'on pourrait désapprendre. Son but serait de traiter l'erreur et le mal exactement comme les docteurs traitent les maladies.

Seriez-vous surpris d'apprendre que Nôtre-Seigneur institua réellement une telle université, et que tout catholique sincère s'y rend environ une fois par mois ? On l'appelle le confes­sionnal ! On ne vous donnera pas de diplôme quand vous en sortirez, mais vous vous sentirez tel un agneau parce que le Christ est votre berger. Vous serez stupéfié de tout ce que vous apprendrez en désapprenant. Car il est plus facile pour Dieu d'écrire sur une page blanche que sur une page couverte de griffonnage.

Extrait de : DU HAUT DE LA CROIX. Mgr Fulton J. Sheen

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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 12:57

«Je crois que ceux qui prient font plus pour le monde que ceux qui combattent et que le monde va de mal en pis, parce qu'il y a plus de batailles que de prière.»

On ne le prie pas ou presque pas… voici une occasion de le faire.

Office du Saint-Esprit

Cet office, …est tiré des deux plus belles séquences d'Adam de St-Victor, sur les mystères de la Pentecôte et de l’Année Litur­gique de Dom Guéranger, abbé de Solesmes. (Le Temps pascal, Tome III).

"Dans le Fils de Dieu, l'Emmanuel, nous avons notre frère, car il a pris notre chair avec ses infirmités; nous avons notre docteur, car il est la sagesse du Père, et il nous initie par ses leçons à toute vérité; nous avons notre médecin, car il guérit nos langueurs et toutes nos infirmités; nous avons notre médiateur, car il ramène, en son humanité sainte, toute l'œuvre créée à son divin auteur; nous avons notre réparateur, et, dans son sang, notre rançon: car le péché de l'hom­me ayant brisé le lien entre Dieu et nous, il nous fallait un rédempteur divin; nous avons un chef qui ne rougit pas de ses membres, si humbles qu'ils soient, un roi qui est couronné à jamais, un Seigneur que le Seigneur a fait asseoir à sa droite." (Psalmiste CIX).

Si l'Esprit-Saint nous gouverne pour toujours, c'est maintenant du haut des cieux qu'il le fait et jusqu'au moment où il apparaîtra de nouveau, pour juger les vivants et les morts, à la fin du monde. En attendant, des siècles nombreux doivent se dérouler, et ces siècles ont été destinés à l'empire de l'Esprit divin.

Quant à l'Esprit-Saint, le Dieu inconnu pour un grand nombre de catholiques, c'est Jésus-Christ lui-même, notre Emmanuel, qui durant sa vie mortelle, s'est fait le hérault de son règne prochain. Ne l'avons-nous pas entendu dire: "Il vous est avantageux que je m'en aille; car si je ne me retirais pas, le Paraclet ne viendrait pas à vous". Le monde a un grand besoin de ce divin hôte, dont le propre Fils de Dieu s'est fait ainsi le précurseur! Et afin que nous connaissions quelle est la majesté de ce maître nouveau qui va régner sur nous, Jésus nous déclare la gravité des châti­ments mérités par ceux qui l'offenseront.

Que dire de cette méconnaissance d'un grand nom­bre de catholiques envers l'Esprit-Saint? Que dire des blasphèmes contre sa personne adorable? Tout .ce qui exprime l'amour du Père et du Fils: le zèle dans la création, la Rédemption, les sacrements, les anges, les saints, la Sainte Ecriture, etc., c'est le Saint-Esprit qui est Dieu comme le Père et le Fils. L'affaiblissement et la perte de la foi d'un grand nombre de catholiques ne proviennent-ils pas de cette ignorance de l'Esprit-Saint? On ne le prie pas ou presque pas. Nôtre-Seigneur Jésus-Christ dit: "Quiconque aura proféré une parole contre le Fils, elle lui sera pardonnée; mais celui qui aura dit cette parole contre le Saint-Esprit, il n'en obtiendra le pardon ni en ce monde, ni en l'autre". ( Ils sont déjà jugés par la perte de la foi).

Cet Esprit divin vient avec une immensité d'amour qui ne saurait être méprisée impunément. Le châti­ment des blasphémateurs, dès ici-bas, est le mépris de Dieu et des choses de Dieu qui fait qu'ils se fabriquent par là leur damnation éternelle.

En novembre 1931, l'intention générale bénie par notre Saint-Père le Pape Pie XI et recommandée à l'apostolat de la prière, fut la dévotion au Saint-Esprit. On ajoutait:

"À un groupe de chrétiens, saint Paul demandait s'ils avaient reçu le Saint-Esprit. "Est-ce que cela existe?" répondirent-ils. À considérer les pratiques de dévotion de plusieurs catholiques d'aujourd'hui, l'on n'est pas loin de croire que pour eux l'Esprit-Saint n'existe pas. Ils prient saint Joseph, la bonne sainte Anne, la petite Thérèse, très bien. Mais il ne faut pas oublier Dieu: le Père, le Fils et le Saint-Esprit; ses dons, ses lumières, dont les gouvernants, les parents, les éducateurs ont tant besoin. Combien de fidèles comprennent cela: l'état de grâce fait de moi le temple du Saint-Esprit? Ceux qui aiment vraiment le Sacré-Cœur, qui en comprennent la dévotion, devraient avoir un amour profond du Saint-Esprit dont le Cœur de Jésus était rempli.

Demandons à Dieu, au Saint-Esprit spécialement, de faire que nous le connaissions, que nous l'aimions, que nous sachions le prier, et souvent.

Paroles de Sa Sainteté Pie XI, décembre 1933: "Nous n'avons qu'un mot à répéter aussi longtemps qu'on nous posera cette question: Que doivent faire ceux qui désirent le bien-être et la concorde de toute la famille chrétienne, mais qui sont dans les mêmes conditions que nous et, comme nous, astreints à juger de ces questions par ce qui se fait, ou mieux par ce qui ne se fait pas? Que leur reste-t-il à faire? D'abord prier, ensuite prier, et enfin prier toujours!"

PRIÈRE

Ô mon Dieu, suscitez parmi nous des saints; par eux faites triompher l'Eglise dans la lutte qu'elle sou­tient contre l'enfer déchaîné, et, par la vertu du Saint-Esprit, établissez le régné du Christ sur la terre entière, afin que la paix du ciel y demeure à jamais. Ainsi-soit-il.

Ô Marie Immaculée, Reine du ciel et de la terre, nous vous en supplions très humblement, demandez à Dieu qu'il inspire à tous les heureux habitants du ciel et du purgatoire de combattre avec l'Eglise mili­tante et de lui donner la victoire. Ainsi-soit-il.

Venez, Esprit-Saint, renouvelez la face de la terre.

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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 09:49

La volonté de salut du Christ est condi­tionnée par les libres réactions des âmes …

A Bethléem, Jésus était un exilé; lors de la Circoncision, il était par avance le Sauveur; maintenant, à la Présen­tation, Il devient un signe de contradiction. Lorsque Jésus a été circoncis, Marie a été purifiée, bien qu'il n'ait pas eu besoin de ce rite, puisqu'il était Dieu, pas plus que Sa mère n'avait besoin de l'autre rite, puisqu'elle était conçue sans péché.

«Et quand les jours de la purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, ils Le portèrent à Jérusalem pour Le présenter au Seigneur. » (Luc 2, 22.)

L'existence du péché dans la nature humaine est soulignée non seulement par la nécessité de l'expiation dans la souffrance, lors de la Circoncision, mais encore par le besoin Ide purification. Depuis qu'Israël avait été délivré de la servitude des Égyptiens, après le passage de l'ange exterminateur de leurs premiers-nés, les premiers-nés Israélites avaient toujours été considérés comme voués à Dieu. Quarante jours après Sa naissance, soit le temps légal fixé pour les enfants mâles, Jésus fut porté au Temple. L'Exode avait décrété que tout premier-né appartenait à Dieu. Au livre des Nombres on lit que la tribu de Lévi avait été mise à part pour les fonctions sacerdotales, et cette consécration était interprétée comme une substitution au sacrifice des pre­miers-nés, rite qui n'avait jamais été pratiqué. Mais lorsque le divin Enfant fut présenté au Temple par Marie, la loi de consécration des premiers-nés fut observée à la lettre, car l'offrande de l'Enfant à Son Père était absolue et devait Le conduire jusqu'à la Croix.

La Présentation nous offre un nouvel exemple de la ma­nière dont Dieu fait homme partageait la pauvreté des hommes. L'offrande traditionnelle pour cette cérémonie était un agneau et une tourterelle, si les parents étaient riches, et deux tourterelles ou deux pigeons, s'ils étaient pauvres. Or la mère qui portait l'Agneau de Dieu venu en ce monde n'avait pas d'agneau à offrir — en dehors de l'Agneau de Dieu. Dieu était présenté au Temple à l'âge de quarante jours. Environ trente ans plus tard, II revendiquerait le Temple et l'utiliserait comme symbole de Son Corps dans lequel résidait la plénitude de la Divinité. Lors de la Pré­sentation, ce n'était pas seulement le premier-né de Marie " qui était là, c'était le Premier-né du Père éternel. Unique v, engendré du Père, II était présenté maintenant comme le premier-né d'une humanité restaurée. Une race nouvelle commençait avec LUI.

«Le vieillard Siméon, qui accueillit l'Enfant au Temple, est décrit simplement comme un homme juste, plein d'esprit de foi; il vivait dans l'at­tente du Sauveur d'Israël.» (Luc 2, 25.)

Le Saint-Esprit lui avait révélé «qu'il ne mourrait pas avant d'avoir vu l'Envoyé du Seigneur.» Luc 2, 26.

Les paroles de Siméon semblent indiquer qu'aussitôt que quelqu'un a vu le Christ, la crainte de la mort s'évanouit. Le vieillard, prenant l'Enfant dans ses bras, s'exclama de joie : « Maintenant, Seigneur, vous pouvez laisser aller en paix votre serviteur, selon votre parole; car mes yeux ont vu votre salut, le salut que vous avez préparé à la face de tous les peuples, lumière qui doit éclairer les nations, et gloire d'Israël votre peuple. » (Luc 2 29-33)

Siméon était comme un éclaireur que Dieu aurait envoyé pour guetter l'apparition de la Lumière. Lorsqu'enfin elle apparut, il était prêt à chanter son Nunc dimittis. En un pauvre petit Enfant, porté par de pauvres gens, qui ne pouvaient donner qu'une bien pauvre offrande, Siméon sut découvrir la suprême richesse du monde. Lorsque ce vieil­lard prit l'Enfant dans ses bras, il n'avait rien de l'homme âgé dont parle Horace. Il ne regarda pas en arrière, mais en | avant, et pas seulement pour s'arrêter à l'avenir de son peuple, mais pour entrevoir l'avenir des Gentils de toutes les l, tribus et de toutes les nations de la terre. Un vieillard au | couchant de sa vie parlait du levant du monde ; proche de son dernier jour, il chantait la promesse d'un jour nouveau. Il avait déjà vu le Messie par la foi, maintenant ses yeux pouvaient se fermer pour toujours, car ils ne pourraient jamais voir un spectacle plus beau. Ce qu'il venait de voir, c'était le «Salut» — non pas le salut qui sauve de la pau­vreté, mais le salut qui sauve du péché.

Le cantique de Siméon était un acte d'adoration. Au cours de l'enfance du Christ on trouve la description de trois actes d'adoration : les bergers ont adoré, Siméon et la prophétesse Anne ont adoré, les Mages païens ont adoré. Le chant de Siméon ressemblait à un coucher de soleil dans lequel une ombre annonce la présence de quelque chose. C'était le premier chant humain dans la vie du Christ. Le vieillard s'adressait A Marie et à Joseph, non à l'Enfant, car il ne convenait pas qu'il bénît le Fils du Très-Haut. Il bénit les parents, mais l'Enfant, il ne le bénit pas parce qu'il n'avait pas à Le bénir.

Après son cantique de louange, Siméon s'adressa parti­culièrement à la mère. Il savait qu'elle seule, et non pas Joseph, avait un lien de parenté avec l'Enfant qu'elle tenait dans ses bras. Il voyait en outre qu'il y aurait abondance de douleurs pour elle et non pour Joseph. Il déclara: « Celui-ci est établi pour la chute et la résurrection d'un grand nombre en Israël, et comme un signe qu'on contre­dira.» Luc 2, 34.

C'était comme si toute l'histoire du divin Enfant passait devant les yeux du vieillard. Chaque détail de sa prophétie devait s'accomplir au cours de la vie de ce Petit. On y trou­vait l'horreur de la Croix annoncée avant que Ses petits bras puissent s'étendre assez largement pour dessiner la forme d'une croix. L'Enfant susciterait une terrible contradiction entre le bien et le mal, arrachant le masque de chacun et provoquant ainsi une haine implacable. Il allait être dès maintenant une pierre d'achoppement, un glaive qui sépa­rerait le bien du mal, une pierre de touche qui révélerait les secrètes dispositions des cœurs. Les hommes ne seraient plus les mêmes dès lors qu'ils auraient entendu Son nom ou appris à connaître Sa vie. Ils seraient contraints ou de L'ac­cepter ou de Le rejeter. Il ne pourrait y avoir de compromis à Son sujet, mais seulement l'acceptation ou le refus, la résurrection ou la mort. Par Sa nature même Il mettrait les hommes dans l'obligation de révéler leur attitude secrète envers Dieu. Sa mission ne serait pas de juger les âmes, mais de les racheter et, malgré cela, beaucoup d'hommes, à cause de leurs péchés, détesteraient Sa venue.

Ainsi donc Son destin serait de rencontrer, de la part du genre humain, une fanatique opposition allant jusqu'à la mort, et cela plongerait Marie dans une profonde détresse. L'ange lui avait dit : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes », et voici que Siméon lui dit que dans sa félicité elle sera Mater dolorosa. Un des châtiments du péché ori­ginel condamne la femme à enfanter dans la douleur; Siméon déclare à la Sainte Vierge qu'elle vivra toute sa vie dans la douleur à cause de son Enfant. S'il doit être l'Homme des Douleurs, elle sera, elle, la Mère des Douleurs. Une Ma­done qui ne souffrirait pas avec le Christ souffrant serait une Madone sans cœur. Puisque le Christ a tant aimé le monde qu'il a voulu donner Sa vie pour expier son forfait, Il a voulu aussi envelopper Sa mère dans les liens mêmes de Sa propre affliction.

A partir du moment où elle entendit la prédiction de Siméon, Marie comprit que si l'Enfant était consacré pour la souffrance, elle l'était elle aussi. A peine cette jeune vie avait-elle pris son départ que Siméon, tel un vieux marin, parlait de son naufrage. La coupe d'amertume n'avait pas encore été présentée par le Père aux lèvres de l'Enfant, que déjà un glaive était montré à Sa mère.

Plus le Christ S'approche d'un cœur, plus celui-ci prend conscience de sa culpabilité. La conséquence sera, soit une demande de pardon qui fera trouver la paix, soit une révolte contre le Sauveur de la part du cœur qui n'est pas encore prêt à rejeter son iniquité. C'est ainsi qu'il séparera les bons des mauvais, le bon grain de la balle. La réaction de l'homme à la divine Présence portera témoignage : ou bien cette Présence provoquera l'opposition des natures égoïstes, ou bien elle les stimulera pour les engager dans la voie de leur régénération et de leur résurrection.

Pratiquement, Siméon désigne Jésus comme le «divin Perturbateur» qui invitera les cœurs humains à choisir entre le bien et le mal. Une fois mis en Sa présence, ils devront opter pour la lumière ou pour les ténèbres. Devant n'importe quel autre ils peuvent apparaître comme « ayant l'esprit large », mais la présence du Christ suffit à révéler si les cœurs offrent une terre fertile ou s'ils sont durs comme le roc. Il ne peut S'approcher des âmes sans les éclairer et les départager. Une fois en Sa Présence, chacun est obligé de découvrir ses pensées intimes sur la bonté aussi bien que sur Dieu.

Il ne pourrait en être ainsi s'il n'était qu'un docteur humanitaire. Siméon savait bien cela, et c'est pourquoi il dit à la mère de Nôtre-Seigneur que son Fils aurait à souffrir parce que Sa vie s'opposerait avec force aux maximes de facilité d'après lesquelles la plupart des hommes organisent leur vie. Avec telle Âme Il agira d'une manière, avec telle autre d'une manière différente, un peu comme le rayon de soleil qui amollit la cire et qui durcit la boue. Il n'y a aucune modification dans le soleil, c'est dans les objets tou­chés par ses rayons que se produisent des effets différents. Lumière du monde, Jésus sera la joie des bons et de ceux qui aiment la lumière, mais Il sera aussi comme une clarté révélatrice pour les mauvais qui préfèrent vivre dans les ténèbres. La semence est la même, mais les terrains sont différents, et chaque terrain sera apprécié d'après le rende­ment qu'il fournira. La volonté de salut du Christ est condi­tionnée par les libres réactions des âmes pour L'accepter ou Le rejeter. C'est ce que Siméon voulait dire en proclamant : « Et ainsi seront manifestées les pensées cachées dans le cœur d'un grand nombre. » (Luc 2 35)

Un conte oriental parle d'un miroir magique qui était clair lorsque les bons s'y regardaient et qui se ternissait lorsque les impurs cherchaient à s'y contempler. Grâce à cela, le possesseur connaissait toujours le caractère de ceux qui utilisaient son miroir. Siméon découvrait à Marie que son Fils serait en quelque sorte comme ce miroir : selon leurs propres dispositions intimes, les hommes aimeraient ou haï­raient Jésus. Dès que la lumière atteint une plaque photo­graphique, elle provoque une réaction chimique qui ne peut plus s'effacer. Siméon déclarait que la Lumière de cet Enfant, tombant sur les Juifs et les Gentils, imprimerait sur eux des marques ineffaçables de son action.

Siméon dit aussi que l'Enfant révélerait les dispositions secrètes des hommes. Il éprouverait les pensées de tous ceux qui Le rencontreraient : Pilate chercherait à temporiser, puis faiblirait; Hérode se moquerait; Judas pencherait pour une sorte de situation sociale bien nantie; Nicodème se glis­serait furtivement dans la nuit pour trouver la Lumière ; les publicains, collecteurs d'impôts, deviendraient honnêtes; les prostituées, pures; des jeunes gens riches repousseraient Sa pauvreté, tandis que des prodigues retourneraient à la maison paternelle; Pierre se repentirait, tandis que Judas se pendrait. Depuis ce moment jusqu'à nos jours, le Christ continue d'être un signe de contradiction. Il convenait dès lors qu'il dût mourir sur une pièce de bois dont une poutre couperait l'autre. La poutre verticale de la volonté de Dieu est traversée par la poutre horizontale de la volonté humaine de contradiction. Comme la Circoncision préfigurait l'effusion du sang, la Purification annonçait le Crucifiement.

Après avoir dit que Jésus serait un signe de contradiction, Siméon, se tournant vers Marie, ajouta : « Un glaive transpercera votre âme. » Luc 2, 35.

Elle apprenait ainsi que son Fils serait rejeté par le monde et que, lorsqu'il serait crucifié, son cœur à elle serait transpercé. De la même volonté que l'Enfant voudrait la Croix pour Lui, Il voudrait le glaive de douleur pour elle. S'il avait choisi d'être l'Homme des douleurs, Il l'avait aussi choisie pour être la Mère des douleurs. Dieu n'épargne pas toujours les bons. Le Père n'a pas épargné SON Fils, et le Fils n’a pas épargné Sa mère. Avec la Passion de Jésus il fallait compassion de Marie. Un Christ non souffrant, qui n'aurait pas payé volontairement la dette du péché des hommes, n'aurait été qu'un simple moraliste, et une mère qui n'aurait pas participé aux souffrances de son Fils n'aurait pas été à la hauteur de son rôle.

Siméon n'avait pas seulement tiré un glaive. Il avait dit aussi à quoi la Providence le destinait. Un jour l'Enfant dira: «Je suis venu apporter un glaive». Siméon révélait à Marie qu'elle sentirait ce glaive lui transpercer le cœur lorsque son Fils serait suspendu au signe de contradiction, et qu’elle-même se tiendrait debout, au pied de la Croix, dans l’accablement de sa douleur. La lance qui percerait physiquement le cœur de Jésus pénétrerait d'une manière mystique dans son propre cœur.

L'Enfant était venu pour mourir et non pour vivre, car «Sauveur» était Son nom.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 09:22

«Quand les huit jours furent accomplis pour la circoncision de l'Enfant, on Lui donna le nom de Jésus, nom qui avait été indiqué par l'Ange, avant qu'il fût conçu dans le sein de sa Mère, Luc 2, 21.»

La Circoncision était le symbole de l'Alliance de Dieu avec Abraham et sa descendance. On la pratiquait le huitième Jour après la naissance. Elle laissait présumer que celui qui la subissait était un pécheur. L'Enfant Jésus prenait main­tenant la place du pécheur — ce qu'il devait faire par la suite tout au long de Sa vie. La circoncision était un signe et une garantie d'appartenance à la communauté Israélite. La seule naissance ne suffisait pas à introduire un enfant dans la communauté du peuple élu : il fallait un rite spécial, comme il est marqué au livre de la Genèse :

Dieu dit à Abraham : « Et toi, tu observeras mon alliance, toi, et ta race, qui viendra après toi, de génération en génération. Et voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, toi et ceux de ta race : que tous vos mâles soient circoncis. » Genèse 17, 9-11.

La circoncision de l'Ancien Testament préfigurait le baptême du Nouveau Testament. L'une comme l'autre symboli­sait la renonciation de la chair à ses péchés.

La première se faisait par une mutilation du corps, le second par une puri­fication de l'âme.

La première incorporait l'enfant à la com­munauté Israélite, le second l'incorpore à la communauté du nouvel Israël, qui est l'Église. Le mot «Circoncision» a été utilisé par la suite dans l'Écriture pour signifier le sens spirituel de l'application de la Croix à la chair par la pénitence personnelle. Le Deutéronome parle clairement de la circoncision des cœurs. Jérémie emploie la même expression. Saint Étienne, dans le discours qu'il fit au Sanhédrin avant d'être lapidé, accusa ses auditeurs d'être des incirconcis d'oreille et de cœur. Le Fils de Dieu, en Se soumettant à ce rite dont Il n'avait nul besoin, puisqu'il était sans péché, satisfaisait à une exigence de la nation à laquelle Il appar­tenait comme homme. Il se soumettrait de la même manière à toutes les autres lois hébraïques. Il observa la Pâque et le Sabbat; Il participa aux diverses fêtes et obéit à la Loi mosaïque, jusqu'au jour où Il lui donna son plein accomplis­sement en réalisant d'une manière spirituelle tout ce qu'elle préfigurait des faveurs divines.

Dans la circoncision du divin Enfant on trouve cette obscure insinuation du Calvaire qu'est la première effusion de sang. L'ombre de la Croix s'étendait déjà au-dessus d'un Enfant de huit jours. Sept fois Il devrait verser Son sang, celle-ci était la première. Les autres seraient: l'Agonie au jardin des Oliviers, la Flagellation, le Couronnement d'épines, la montée au Calvaire, la Crucifixion et le percement de Son Cœur. Mais, chaque fois qu'on trouve une évocation du Calvaire, on trouve aussi une évocation de la gloire : c'est au moment où, déjà, Il verse Son sang, dans une anticipation du Calvaire, qu'il reçoit le nom de Jésus.

Un Enfant de huit jours commençait dès ce moment l'ef­fusion de sang que Son âge mûr devait achever. Prélude du Calvaire: le berceau était teint de sang. Le Précieux Sang commençait son long pèlerinage.

Au huitième jour de Sa naissance, le Christ obéissait à une loi dont Il était Lui-même l'Auteur, une loi qui devait trouver en Lui son ultime application. Le sang humain avait été souillé par le péché, et voici que déjà coulait le sang qui devait effacer le péché. De même que l'Orient reflète au crépuscule les couleurs du couchant, ainsi la Circoncision reflète d'une certaine ma­nière le Calvaire.

Fallait-il donc que Jésus commence tout de suite à nous racheter ? La Croix ne pouvait-elle attendre? Il y aurait un temps aussi pour elle.

Venant directement des bras de Son Père céleste dans les bras de Sa mère terrestre, le Christ est porté par les bras maternels à Son premier Calvaire. Plus tard, Il sera de nouveau enlevé des bras de Sa mère, après le broiement de Sa chair sur la Croix, lorsqu'aura été accomplie toute la volonté de Son Père.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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