« Dieu le Père, nous dit l'Apôtre, nous a prédestinés à être ses fils adoptifs par Jésus-Christ » (Eph 1, 5.), c'est pourquoi il nous a « prédestinés à être conformes à l'image de son Fils, afin que ce Fils fût lui-même le Premier-né d'un grand nombre de frères. » (Rom 8, 29.)
La réalisation de ce dessein:
Dès avant la création du monde, le Père nous avait prédestinés à être conformes à l'image de son Fils, à être ses fils dans le Christ Jésus. (Rom 8, 29; Eph 1, 4-5.) Pour réaliser ce dessein cher à son cœur, il a envoyé sur terre son Fils unique (Gal 4, 4.). Ce dernier a filialement réalisé sa mission: il « nous a donné d'avoir tous accès dans un même Esprit auprès du Père. » (Eph 2, 18.)
Puisque notre titre de fils du Père n'est pas fictif mais porte sa réalité, du côté de ce Père correspond une réelle adoption. Dieu nous accepte pour fils. « Voyez donc quel amour le Père nous a témoigné ; en nous appelle ses enfants, et nous le sommes réellement . . . Mes bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu. » (1 Jn 3, 1-2.) « Dieu le Père nous a appelés à la communion de son Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ . . . Nous ne sommes plus des étrangers, ni des hôtes de passage, mais des membres de la famille de Dieu, à titre d'enfants bien-aimés. » (I Cor 1, 19 ; Eph 2, 19; 5, 1. )
« Que Dieu appelle l'homme son fils, et que l'homme appelle Dieu son Père, c'est le don qui surpasse tous les dons. » Méditons, à la lumière des Saints Livres, cette paternité de Dieu le Père envers nous.
Le nom de fils de Dieu s'applique aux créatures de différentes manières, d'autant plus parfaites et excellentes que ces créatures se rapprochent davantage de la véritable filiation. En effet, si nous ouvrons les Saintes Ecritures, nous constatons que Dieu est dit Père des créatures à divers titres. S'agit-il des créatures irraisonnables, Dieu est appelé leur Père, car c'est lui qui leur a donné l'existence; elles portent un rayon de sa beauté: «Quel est le Père de la pluie et qui est celui qui engendre les gouttes de la rosée? » lisons-nous de Dieu au livre de Job (Job Î8, 28).
C'est dès maintenant que nous sommes enfants de Dieu. L'état de grâce est un état de fils, dès cette vie. Le texte de saint Paul: «Nous gémissons en attendant l'adoption des enfants de Dieu» (Rom 8, 23), signifie que nous sommes encore des enfants au berceau qui gémissent en demandant à Dieu de hâter leur croissance et la pleine manifestation de leur filiation divine. Il en était de même des justes de l'Ancien Testament. Cette situation, déjà actuelle, de fils de Dieu montre l'écrasante indignité du péché qui revêt le caractère de la révolte d'un fils contre son père infiniment bon. Voilà pourquoi Nôtre-Seigneur a voulu nous dessiner l'image du pécheur sous les traits d'un « enfant prodigue », et Dieu, sous les traits du Père de famille (Lc 15, 11-32; Mt 20, 1.).
Dieu est dit le Père des créatures raisonnables pour une autre raison; c'est qu'il y retrouve une certaine image de lui-même, l'intelligence et la volonté: « N'est-il pas ton Père celui qui t'a créé? » s'écrie Moïse (Dent 32, 6.)
60
Mais la ressemblance avec Dieu, imprimée à l'âme par la grâce sanctifiante, est plus excellente et plus haute, et c'est à titre d'enfants adoptifs que nous pouvons dès lors donner à Dieu ce nom de Père. « Nous avons reçu un Esprit d'adoption. Cet Esprit-Saint lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Rom 8. 15-16.)
Nous sommes les fils d'adoption en raison de notre similitude avec le Fils naturel du Père . Le mot « adoption » suppose, en effet, la similitude avec ce qui est par nature. De là vient que le Christ, « Fils unique du Père » par droit de génération naturelle, est aussi le « Premier-né de toute créature, le Premier-né d'un grand nombre de frères. » (Jn 1, 18; Col 1, 15; Rom 8, 29.)
Pour nous montrer que nous ne sommes pas fils de Dieu au même titre que lui, le Christ prend soin de dire à ses Apôtres: «Je m'en retourne vers mon Père et votre Père » ; il ne leur dit pas : « vers notre Père », mais il fait la distinction entre sa filiation et la nôtre: « Je m'en retourne vers celui qui est mon Père par nature et votre Père par adoption, par bienveillance toute gratuite » (Jn 20, 17. )
Pour mieux comprendre la grandeur de cette grâce, voyons en quoi consiste cette adoption divine.
Nous savons que l'adoption légale est une pure fiction sanctionnée par la loi civile. L'enfant adopté est considéré comme s'il était né de ceux qui l'adoptent. Il est évident que ces derniers sont incapables de lui conférer une filiation réelle qui ne s'obtient que par voie de génération. Il n'en est pas ainsi de l'adoption divine. Elle confère réellement à l'adopté cette qualité de fils par le moyen d'une véritable régénération spirituelle. Par la grâce sanctifiante, le fils adoptif de Dieu naît de Dieu et en reçoit cette filiation qui, dans son intérieur même, le rend vraiment fils du Très-Haut. « II leur a donné, à ceux qui sont nés de Dieu, le pouvoir de devenir ses enfants ... Et nous le sommes vraiment. » (Jn 1, 12).
Cette idée maîtresse du Nouveau Testament revient sans cesse sous la plume des écrivains sacrés. « Que la grâce et la paix de Dieu, votre Père, soit avec vous. » (Eph 1, 2. I Cor 1, 3; II Cor 1, 2; Gai 1, 4; Col 1, 3; Phil 1, 2; I Thess 1, 3; Philém 1, 3.)
Cette formule n'est pas une simple salutation protocolaire sous la plume de l'Apôtre; c'est le cri d'un enthousiasme qui évoque une vérité enseignée avec insistance par le Christ lui-même.
« Que votre lumière brille devant les hommes, s'écriait-il dans le sermon sur la montagne, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père, qui est dans 'les cieux. » (Mt 5, 16.)
« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent: afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux. » (Mt. 3, 44-45) « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » (Lc 6, 36) « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 48.) « Et quand vous prierez vous direz: Notre Père qui êtes aux cieux » (Mt 6, 9).
Les prières liturgiques proclament la fidélité de l'Eglise à suivre cet enseignement de Jésus dans l'orientation de nos prières; c'est au Père qu'elle s'adresse, et elle le fait en se servant de cette mime appellation: Pater: Père.
Qu'on relise à la lumière de cette vérité le sermon sur la montagne. Elle est si importante que Jésus en fait l'âme de cette charte du Christianisme. Ces pages inspirées représentent Dieu comme un Père tendre et bon; il veille sur ses enfants; son amour pour eux le rend attentif et compatissant à leurs besoins». (Mt 6, 8); son cœur paternel l'incline au pardon et à la récompense (Mt 6, 14). Voilà pourquoi, parlant du royaume du ciel, le Christ nous dessine son Père sous les traits du Père de famille ( Mt 20, 1.).
Quel incomparable honneur d'avoir Dieu pour Père! Oui vraiment, notre humble condition nous défendait même de soupçonner ce que Dieu a préparé pour ceux qu'il aime; les humains sont unis à la divinité par les liens d'une parenté mystérieuse, mais réelle; du sein de cette vie, l'homme appelle Dieu son Père : « Notre Père qui êtes aux cieux » (Mt 6, 9).
Extrait de : VERS LE PÈRE PAR LE CHRIST. Gérard Mercier O.S.B. (1946)
Elogofioupiou.over-blog.com