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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 23:19

Les trois prières pour les mourants sont celles qui ont la côte  de mes lecteurs.

 

Merci à tous ceux qui les ont récités.

 

Et à tous ceux et celles qui en ont profités, je vous demande d’intercédez pour nous en faveur de notre Saint Père PAUL VI, qui doit bientôt nous revenir afin de sauver notre Église des faux papes qui travaillent à sa démolition.

 

http://elogofioupiou.over-blog.com/article-trois-prieres-pour-les-mourants-95808008.html

 

http://elogofioupiou.over-blog.com/article-histoire-des-trois-prieres-qu-il-faut-absolument-faire-connaitre-et-reciter-chaque-jour-121133268.html

 

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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 23:08

Hier soir, dans le calme extérieur, quand mes compagnes ont sombré dans le sommeil, je me suis retrouvée devant vous, ô mon Jésus, pour vous offrir ma petite « Hostie »... bien pauvre... difforme encore... et j'ai osé l'unir à la vôtre si immaculée, si divinement parfaite, puis, après avoir dit et redit ce Fiat dou­loureux dans cet état si pénible à toute nature, joyeux dans la volonté de Vous servir, j'ai ajouté, avec une grande envie de pleurer, mais en me reprenant, d'un effort suprême, pour « me » redonner à votre volonté : Magnificat ô mon Dieu, tant que vous, vous le voudrez, mais aidez-moi ! ... Vous me faites mal ! Ô di­vin sculpteur. Mon roc est-il donc si abrupt, tellement rebelle au ciseau ? ...

 

J'unis ma croix avec les croix, la croix qui me répugne, me désole... la croix si lourde, si épineuse, la croix qui me meur­trit {...}

 

La croix qui pénètre partout dans ma chair... mes membres dans ces brûlements, pas une région de mon pauvre organisme n'est exempte...

 

La croix de l'ambiance, la croix qui, par la souffrance épuisante, suscite des désirs fous, dans l'esprit fatigué : Partir ! Fuir ! Me faire au moins transporter dans le corridor ou, encore, me lever, bondir, aller parler à l'officière, ou m'asseoir dans mon lit. [... ]

 

Alors j'ai refoulé les pleurs, pleurs amollissants en la circonstance et j'ai prié la petite Thé­rèse. Elle avait le plus d'attention pour ses compagnes les moins agréables et cela, naïvement en apparence...

 

Oui, être naïve et douce ! ... J'ai la conviction maintenant que Lui seul permet toutes ses souffrances physiques afin de me faire communier étroitement à la souffrance pour la mieux comprendre et élever les âmes éprouvées, jusqu'à Lui. Pour réaliser cet idéal tant caressé en ces années de maladie, il me faut souffrir beaucoup... et la lumière vient...

 

Oh ! Jésus ! Je veux t'aimer avec ton propre amour et celui de l'Univers entier, t'aimer autant que tous les saints, tous les martyrs, toutes les âmes sacerdotales, consacrées, toutes les petites âmes héroïques dans leur silence et leur abnégation. Je veux t'aimer d'un amour si puissant, si pur, que rien de ma nature humaine ne subsiste dans cet amour, que Toi seul reste toujours ma Lumière, mon Guide, mon Modèle, ma Vie, et je te le demande, ô mon Jésus, d'augmenter ma volonté de Te servir en toutes circonstances de ma vie, de Te rayonner pleinement afin de me sanctifier et de Te gagner, par ton Amour, un nombre d'âmes aussi étendu que l'Infini. Il y a des multitudes à sauver ! Des oublieuses, des légères, des enténébrées !

 

Que ton amour, vivant en moi et me transformant en Toi, ô Jésus, devienne une consolation pour ton Cœur délaissé et une source jaillissante de lumière et d'amour pour toutes les âmes sacerdotales et consacrées qui doivent répandre la Foi et attirer les âmes...

 

Je veux T'ai­mer, pour aimer la vie, exactement celle que tu me destines, au jour le jour. En surnaturalisant tout, je veux expier mes fau­tes et être ton jouet. Dans la réalité, la vérité sans illusions. Je te supplie de me donner la grâce puissante et je veux être Hostie de louange d'action de grâces. Je veux T'aimer assez pour ne jamais cesser de te grandir en moi, pour accepter de vivre au­tant que tu le voudras. Même pour continuer la lutte ennuyante contre les ravages de la maladie dans mon pauvre corps. Aimer la vie pour aimer pleinement la vraie vie et désirer la « mort » seulement quand tu le voudras, ô mon Jésus, la mort, non celle qui débarrasse des maux dont on est las, mais la merveilleuse ren­contre avec le Père éternel, dans l'Infini, l'Éternité et seulement au jour, à l'heure, par toi choisie... quand tu jugeras bon, ô mon Bien-Aimé Jésus, de m'attirer à toi...

 

La souffrance est une vocation et Jésus destine véritablement des âmes à vivre dans cet ordre...

 

Il n'a pas fait de moi Son Épouse, car je n'ai pas consacré par des vœux, ma vie de jeune fille. Pourquoi ? Ma liberté a été entravée par la maladie... Le rêve « d'immolée » va se réaliser d'après Ses plans peut-être sur un théâtre humainement impro­pre à la vie intérieure, ardente, suivie, et au « rayonnement » désiré... Fiat ! Je veux être épouse cachée, selon votre Divin Cœur. Vous me permettez de désirer le calme, le silence, le re­cueillement, de Vous le demander aussi ? ...

 

Mais, je Vous de­mande avant tout la paix, dans l'obéissance à tous vos « capri­ces », ô mon Jésus... La patience a été harcelée, agacée, presque exaspérée. Causes multiples... Est-ce, mon Dieu, votre volonté ? Et la confiance s'ébranle avec le pourquoi qui surgit au loin...

 

Pendant toute ma prière les flots mugissaient : l'impatience, la souffrance, l'ennui, le doute, tous ces diables affreux, hideux, ont forcé les portes..., ébranlé les ouvertures. Mais veillez, priez a été votre conseil suivi... La foi pure, nue, sans consola­tion a été le garde sûr.

 

Je crois en la vocation de la souffrance dans le milieu où Vous me placez et dans toutes les circonstances défavorables à ma guérison, car je veux accepter cette conclusion. Je suis venue non pour guérir, mais pour mourir à moi-même et faire Votre Volonté.

 

Fiat ! Fiat ! Fiat comme une litanie quand je trouve très dure l'acceptation.               Olivette Halle

 

Extrait de : NOURRITURES  spirituelles.  Tome 1  (1956)

 

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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 06:23

Tout l'organisme fonctionne mal et me procure bien des pe­tites misères à offrir au Seigneur Jésus. Que j'en suis contente ! Je me pénètre de plus en plus de l'efficacité des petits sacrifices obscurs. Aussi je tâche de ne laisser passer aucune occasion d'en faire.

 

La Sainte Trinité vit incessamment là dans mon cœur. Elle ne me suffirait pas, Elle qui faisait le rassasiement de la Vierge Marie, mon modèle ! Elle y demeurait toujours puisque ma Mère chérie est toujours restée sortie d'elle-même, en Dieu qui doit être aussi mon centre.

 

J'ai fait mienne une ambition du bienheureux père Eymard en l'adaptant à ma condition. Partout où je passe je veux être une cause de rénovation spirituelle. Je veux, dans l'ombre, préparer les voies à Jésus et m'efforcer d'être comme un simple fumier qui engraisse la terre du sanatorium et de toute l'Église.  

 

Dans mon oraison d'aujourd'hui j'ai pensé que du Corps mys­tique je suis le moindre des membres. Et cependant, ô merveille ! Ma puissance est infinie dans le Christ; ce qui fait que les autres attendent ma collaboration à l'édification de l'œuvre que Jésus a fondée dans son sang. Oui, que c'est admirable cette vocation universelle à la réalisation du plan divin ! Ces affections abon­dent dans mon cœur et je les confie à mon carnet telles que le Sauveur les fait surgir en moi.

 

Ainsi dans la prière, je me nourris de la pensée que toute la chrétienté compte sur moi, elle fait fonds sur l'apport précieux que mon union à Jésus me permet de lui procurer. Toute petite que je suis, que je me sens grande à cette vue !

 

Ces lumières excitent ma plus vive admiration pour la sa­gesse divine qui éclate sous tous les aspects de la communion des saints ! En même temps, ces manifestations de l'amour de Dieu pour nous m'arrachent à mon apathie, me pressent d'accourir au champ du Père de famille.

 

Les mots tombent en ce moment de mon âme sur ces pages. Bien que je veuille faire oraison, je ne sens pas qu'il faille m'interdire cet épanchement, qui n'est pas une digression puisque je me sais comme jamais en la présence de Dieu.

 

Pour parler au Bien-Aimé je choisis toujours le temps de la cure, qui est le plus favorable au recueillement. S'il ne m'avait fallu recourir à la plume je n'aurais pu, comme je le fais, coucher sur le papier les effusions qui me viennent, et plus tard je n'au­rais peut-être pas pu y revenir.

 

Ce n'est pas que j'attache de l'importance à ce griffonnage puisque je n'agis que pour obéir. Mais je suis toujours heureuse de vous donner à constater ce que l'infinie Bonté verse dans mon âme en considération des autres.

 

C'est ordinairement durant les colloques commencés avec Jé­sus que je pourrais écrire longuement, car alors descend à flots ces grâces qui illuminent. D'autre part quand j'entreprends de vous écrire, cette occupation s'entremêle de la prière, vers la­quelle elle m'y conduit comme naturellement.

 

Il devrait bien en être ainsi pour tout ce que je fais. Mon activité vivifiée de prière servirait doublement la cause de l'Église tandis qu'elle resserrerait les liens qui déjà m'attachent au Christ. Dès lors, au lieu d'avoir des heures de prières, c'est ma vie entière qui serait «priée». Oh ! Le bel idéal. Plus de cloison entre l'action et l'oraison, mais les deux se compénétrant pour la plus grande efficacité de mon apostolat !

 

De ces riantes perspectives je reporte mes regards sur la mul­titude d'âmes qui ignorent leur valeur et celle de leur destinée. Que Notre-Seigneur doit souffrir de voir son règne si peu avan­cé ! Puisse-je aimer de plus en plus, aimer sans mesure, aimer jusqu'à me laisser consumer et détruire par l'Amour pour hâter l'avènement de ce règne tant désiré.

 

Quand je me place bien en face de ces réalités tant oubliées du grand nombre, il n'existe plus rien à mes yeux. Je souhaite une participation aussi large que possible à l'œuvre de rédemp­tion du monde par l'amour et la souffrance.

 

Ma force dérisoire ne m'arrête pas. Saint Paul s'est glorifié dans ses infirmités et la chère sainte du Carmel s'est complus dans sa faiblesse. J'en ferai autant avec la grâce de Dieu et le Tout-Puissant ne refusera pas d'opérer par moi de grandes choses. Il restera si évident que je n'y serai pour rien.      Marie-Claire Tremblay

 

Extrait de : NOURRITURES  spirituelles.  Tome 1  (1956)

 

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 09:30

Jésus est par excellence celui qui a aimé en souffrant. Après avoir épuisé le contenu dou­loureux d'un cœur d'homme, il a voulu que la lance nous ouvrît ce cœur uni à la Divinité, pour que le fond infini nous apparût, après les mani­festations finies de sa tendresse.

 

Catherine de Sienne ne peut se lasser de ru­miner ce thème : l'amour, le sang, l'homme et Dieu formant un mélange où l'âme se perd de confusion et d'extase. « La douleur fut faite divine, dit-elle, quand le sang du Fils unique fut pétri et comme mêlé avec la nature divine par le feu de la divine charité, qui fut le lien qui le tint attaché et cloué à la croix. »

 

Oh! La croix! La croix chargée d'amour, ruis­selante du sang glorieux et inondée de lumière céleste, quel talisman des douleurs, et quel appui pour les forces humaines qui déclinent! Quelle gloire pour notre humanité! La petite terre est plus grande que tous les astres, si en elle seule a été planté ce que Paul Claudel appelle « l'Eden de la croix », si sur elle seule se dressent l'hostie et le calice, où l'amour et le sang chantent encore et toujours la Divinité.

 

Anatole France écrivait : « La terre n'est qu'un grain de sable dans le désert infini des mondes, mais si on ne souffre que sur la terre, elle est plus grande que tout le reste du monde. » C'est vrai. Ce n'est vrai cependant que par la croix; car cela seul est grand que Dieu estime et que Dieu aime, et Dieu n'aime les corps souffrants, les âmes douloureuses, les familles en deuil ou les patries qui saignent qu'à travers son Église, à travers la Sainte Famille, à travers l'âme et le corps du Premier-né humain.

 

Rien ne vaut, en la souffrance, que ce qu'elle a de divin dans sa source, dans ses motifs, dans son inspiration chrétienne, dans sa fin. C'est la leçon de tout homme éprouvé, alors qu'il serait tenté d'orgueil stoïque, ou surtout de découra­gement et de rancœur.

 

Quand vous souffrez, faites  une croix; ap­prochez, plutôt, la croix du Christ, la croix fra­ternelle.   Couchez-y   pieusement   vos   membres; reposez là votre cœur, ou votre esprit troublé, ou votre conscience inquiète.

 

Tenez-vous proche du cœur divin aux indicibles battements. Prenez le rythme. Écoutez le commentaire et la sublime suggestion qui apaise :   « Mon Père, je remets mon esprit entre tes mains. » Il dit cela pour la mort;  dites-le aussi pour la vie.  Je te remets mon esprit, Père. A toi le jugement; à toi le gou­vernement;  à moi la  soumission  confiante.  Je ne comprends pas : je n'ai pas besoin de com­prendre; mon cœur soupçonne et cela me suffit. Tu aimes : je me livre à l'amour. Tu es le maître de l'œuvre;  je  suis l'ouvrier, l'imagier  qui sculpte, et aussi la pierre qu'on sculpte. Je col­labore par mon seul consentement. Je sais! Il s'agit de m'établir    « en la forme de Dieu »; j'accepte les conditions, la morsure de l'outil, le choc du marteau, et je goûte par avance la beauté heureuse. Amen.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

Dernière de cette série.  Avez-vous aimé ?

 

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 01:04

S'il n'y avait pas l'amour, nous aurions de fortes raisons de croire notre univers abandonné au hasard, tout au moins quant aux satisfactions ou à l'aide qu'il nous apporte. La douleur, scan­dale des philosophies et des âmes, n'a que ce seul antidote. Mais avec lui en Dieu, avec lui en nous, tout se transforme.

 

Dieu aime. Sa création est une œuvre d'amour. Au sommet de la création, l'homme est invité à porter ses regards vers les fines créatrices, à les juger en leur honte exaltante et à aimer en retour. La chaîne est formée; le courant passe; dans ce jeu d'effluves montants et descendants, quelle place pour la douleur révoltée ou cha­grine ?

 

La douleur, comme la joie, est une collabo­ration. L'une et l'autre s'égalent. L'une appelle l'autre ainsi qu'un écho. « Je surabonde de joie au milieu de mes tribulations », écrivait Paul. Il est joyeux, parce que sa vie, elle aussi, « sura­bonde », parce que le travail où il s'exténue est un grand œuvre d'édification, c'est-à-dire de construction spirituelle dans l'amour, et que ses tribulations apparaissent à son esprit de foi comme l'élément principal de la tâche.

 

Agir, pâtir, prouvent tous deux l'amour, mais combien plus sûrement pâtir! Agir répond à nos instincts; souffrir les opprime: travaillant contre soi, on est plus sûr de servir purement.

 

« Dans la voie de l'amour, dit le poète persan, la souffrance est une joie, la douleur un soutien. Que le cœur désireux de guérir soit blessé da­vantage ». Novalis écrivait : « Lorsqu'on fuit la douleur,  c'est qu'on ne veut plus aimer.» Et sainte Catherine de Sienne, parlant d'elle-même, disait : « Elle se délecte dans ses peines, et la mesure de ses peines est la mesure de sa joie. »

 

Il est vrai que les parfaits seuls sont à la hauteur de tels jugements et surtout de passions si sur­humaines. Il y a là du héros. Mais le vrai sens de la vie, avons-nous dû reconnaître, c'est le héros qui le conçoit. Pour nous, faibles cœurs, la souffrance par amour est une douceur qui nous épouvante, comme ces rosés qu'un homme des glaces n'osait toucher, de peur de se brûler les doigts. Que notre amour s'accroisse, il trouvera sa loi, comme l'ont trouvée les êtres sublimes. Il estimera toute simple l'exclamation de Thérèse d'Avila : « Ou souffrir, ou mourir »; ou bien servir l'Amour, ou bien le rejoindre. Bien mieux, consentir à ne jamais le rejoindre, afin de le mieux servir : « Toujours souffrir et ne jamais mourir. »

 

Que l'humble chrétien étranger à ces outrances cornéliennes sache du moins ceci : la douleur trouve dans la pensée et dans l'amour de Dieu des compensations merveilleuses. Des tristes sentiers de ce monde, l’amour sait faire une route inondée de soleil.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 08:44

Il y a une technique de l'action; il y a aussi une technique de la douleur.  L'essentiel, pour le chrétien, est de penser haut, cela revient   à oublier de penser à soi, à son cas, à sa plainte éventuelle et à sa peine.

 

Quand j'ai mal, j'appelle Dieu, et je pars avec lui bien loin de la douleur. Briser la chaîne du temps et fuir vers l’immobile; fixer son cœur là où règne l'éternelle sérénité, là où est notre place et où tend, d'un timide ou vaste essor, ce coup d'aile en nous qui s'appelle l'espérance, n'est-ce pas en finir avec les agitations et les rancœurs, avec les grossissements prétentieux que la souf­france, comme l'orgueil, suggère, avec les révoltes et les désespoirs, avec les dépressions et les en­gourdissements tristes? Si c'est fait, nous sommes dans la vérité de la douleur chrétienne, qui est passivité active et soumission dans la magnani­mité. Telle est la patience.

 

Chateaubriand écrivait : « Au jour de la mort, il nous sera fort indif­férent d'avoir été heureux ou malheureux ». Le jour de la mort ne fait qu'apporter ici une lumière plus vive; ce qu'il fait voir est vrai dès maintenant. Qu'importe le lieu de passage? Les causes de nos douleurs ne sont pas éternelles; elles passent, et nous restons. Que si nous avons tant de peine à noyer le sen­timent de nos tristesses dans celui de notre immortalité, ne serait-ce point que nous doutons, pratiquement, d'être des immortels? Mais alors, la vie est bien peu de chose, et peu importe qu'on la passe à rire ou à pleurer.

 

« Souffrir est une courte souffrance; avoir souffert est une longue joie. » (Le bienheureux Henri Suso.) Au coeur de la douleur même, cette joie se goûte du fait qu'elle s'annonce, du fait que l'amour est là, et que d'ailleurs, dans le pire état, tempéré de la paix chrétienne, bien des choses nous restent.

 

Le grand Willy écrivait : « Le pire n'est pas, aussi longtemps que nous pouvons dire : Voilà le pire ». Hamlet félicitait Horatio d'être « un homme qui en sachant tout souffrir se rend libre à l'égard de toute souffrance ».

 

La providence nous sou­tient contre ses propres chocs; elle nous rend en équivalents supérieurs tout ce qu'elle nous dérobe; elle nous laisse ce qu'une âme haute, place toujours bien au-dessus de ses épreuves : la grandeur de la vie et la beauté du monde. Même dans un buisson d'épines, on peut rester sensible au chant des oiseaux et à la douceur du ciel.

 

On entend bien que je parle ainsi au figuré; le « buisson » est légion,  les oiseaux et le ciel sont nombreux comme la vie elle-même. Toute­fois, l'univers a ici sa part.

 

Quand nous souffrons, nous accusons l'indif­férence des choses; nous voudrions que la nature suspendît son sublime travail; mais la nature est comme nous, elle a sa tâche et ne peut s'attarder à nous consoler. Son travail ne vaut-il pas mieux pour nous que sa plainte ?

 

Quand nous souffrons, l'univers continu à être beau, utile et artisan d'une œuvre éternelle. Il est au point de vue où nous devrions être nous-mêmes : celui des abou­tissements, auprès desquels nos souffrances ne comptent plus.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 08:51

Cette forme spéciale de souffrance mérite peut-être une considération à part. Elle est sou­vent méconnue. On y voit ce qu'elle est en effet, un affaiblissement; on y voit moins les puissances de recueillement, de détachement, d'élargissement, d'épuration et de reprise de vie qu'elle recèle.

 

Les théologiens et les mystiques n'acceptent pas l'idée que le Christ ait pu être malade. La maladie est trop proche du péché. Elle résulte de mauvaises dispositions organiques, d'acci­dents, d'imprudences. Or le Christ fut homme parfait; dans sa vie, rien d'accidentel; dans sa conduite, rien d'imprudent et de soustrait à la divine sagesse. Mais il ne s'ensuit aucunement que la maladie ne nous apparente pas au Christ et ne nous invite point à partager avec lui ce fardeau. De lui à nous, il reste ceci qu'il a pris librement sur lui les maux humains qui conve­naient à sa condition et à sa mission terrestre, et qu'ainsi nous devons faire. La maladie s'y prête à l'égal de toute autre douleur. Le lit du malade est aussi une croix, parfois combien rude! Toutes les vertus de la croix peuvent donc y être cueillis. Dans le malaise corporel peut se cacher une vigueur secrète, à l'encontre de tant de faiblesses que nous aimerions décorer du nom de vigueur.

 

La maladie élimine de la conscience les vanités coutumières ; elle ne laisse percevoir du courant de vie que les pentes essentielles. On se croit réduit à l'état d'horloge solitaire marquant péni­blement des heures inutiles : on est en train, au rebours, de retrancher l'inutile, si la pensée discerne et accepte, en ses moments de clarté alors si fréquents, le triage qu'exigé de nous l'art de vivre.

 

Au surplus, l'élimination n'est ici qu'un moyen de croissance et d'acquisition. En se dégageant du temps, c'est à l'éternité qu'on accède. « Le malade passe moins que les autres », écrit Paul Claudel.

 

Là où d'autres se précipitent tête baissée, tête enveloppée, sans plus rien voir que sous l'angle aigu de leur étroite action, voire de leur folle dissipation, le malade chrétien pressent l'immensité qui l'invite.

 

Sa maladie lui est une prophétie; elle lui révèle la précarité de ce qui nous amuse et lui annonce ce pour quoi nous sommes faits.

 

Un coup de cloche ; un cran d'arrêt ; le déclenchement d'un avertisseur ; un doigt levé ; une rupture du déterminisme mental; un anti­dote des poisons de la vie; un affaiblissement de l'homme au profit du surhomme; un martèlement du héros ; une puissante impuissance que la Force universelle anime par le dedans; bref, un chan­gement de climat spirituel favorable aux révi­sions, aux reprises, par suite au progrès, peut-être à un salut gravement compromis : telle est la maladie au regard de la pensée chrétienne.

 

Un grand médecin y voit une tendance à la créa­tion d'un ordre nouveau. Transportez cette pensée de l'ordre physiologique à l'ordre mental, à l'ordre religieux, à l'ordre mystique, vous aurez exprimé son prix et sa grandeur.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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